VOTRE OPINION ET LA NOTRE 2/3
p { margin-bottom: 0.21cm; }
VOTRE OPINION ET LA NOTRE 2/3
Les législateurs qui se consacrent à l'étude des questions militaires viennent de faire une découverte à savoir que les uniformes de l'armée française allient le maximum d'inélégance au maximum d'incommodité. L'excuse d'un vêtement incommode peut se trouver dans son élégance ; et l'excuse d'un vêtement inélégant dans sa commodité. Mais les nôtres sont laids sans être pratiques. Cela frappe les étrangers au premier coup d’œil ; on finit par s'en apercevoir même chez nous.
Comment expliquez-vous qu'un peuple comme le nôtre, qui s'est tellement passionné pour son armée, qui a pratiqué la guerre si longtemps, n'est pas encore arrêtés ses idées sur un pareil sujet ? On fait mille essais ; on déguise des pelotons et des escadrons de toutes les manières ; on ne trouve ni les formes ni les couleurs convenables. Or, dans les théâtres, les dessinateurs spéciaux montrent une fécondité d'imagination stupéfiante, pour combiner, varier, rajeunir, perfectionner les costumes.
Le ministère de la Guerre devrait demander leur concours et quand il aurait trouvé quelque chose de bien s'y tenir. Si l'on ne peu décidément unir l'élégance à la commodité qu'on choisisse ; mais qu'on ne fasse pas le tour de force de les exclure à la fois.
Méfiez-vous des amis photographes. L'affaire Thérèse Humbert avait illustré déjà ce sage conseil ; l'affaire Lemoine le confirme. La vie de Paris est dangereuse ; on se lie imprudemment ; les chevaliers d'industrie qui prévoient tout, profitent de l'étourderie des snobs. Pour être vues dans un endroit brillant, chez un personnage qui possède hôtel, automobiles, chasses et château, les alouettes vont se brûler les plumes autour de son lustre.
« Tiens ! Si nous garions un souvenir de cette exquise réunion. Puisque nous ne sommes ici que des amis... » Un éclair de magnésium jaillit, un déclic se fait entendre, les invités sont inscrits à jamais sur une plaque photographique.
Et quand l'inévitable catastrophe se produit, le chevaler d'industrie apporte, dans le cabinet du juge d'instruction ou sur les bancs de la correctionnelle une jolie série d'épreuves, pour montrer l'étendue de de ses relations mondaines. Vous ne vous souciez plus de lui donner vote témoignage amical mais il se l'est assuré d'avance.
Évitez donc de dîner chez les aventuriers, tout au moins, ne vous y laissez pas photographier.
REVUE NOS LOISIRS DU 9 FEVRIER 1908