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VOTRE OPINION ET LA NOTRE 2/2

24 Décembre 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

N° 28

VOTRE OPINION ET LA NOTRE

Les examens de fin d'année sont à peine commencés que les candidats et leurs familles gémissent sur la sévérité des épreuves, sur l'étendue des programmes, sur la durée des compositions. Quelques pères et mères de famille trop alarmés ne craignent pas d'invoquer l'intérêt de la race, qui compromettrait un surcroît de fatigue à l'âge du baccalauréat.

Il faut dissiper ces inquiétudes, éveillées à tort par les plaintes de quelques « potaches » mystificateurs. Tout le monde reconnaît que les programmes sont de plus en plus chargés ; mais aussi tous les hommes familiers avec l'enseignement savent que plus les programmes sont vastes, moins les maîtres ont le temps de les effleurer, moins les élèves se donnent de mal pour les parcourir. Les programmes exagérés ont pour conséquences les études superficielles.

Les examinateurs qui connaissent le vice de la situation, font preuve d'une indulgence paternelle. Ils posent quelquefois des questions difficiles dans l'espoir de découvrir un sujet brillant ; si le candidat reste muet, on le repêche bien vite avec des questions élémentaires. Les programmes sont effrayants ; les examens le sont moins que jamais.

 

O O O O

 

Il n'y a pas de progrès que les exagérations ne compromettent pas de bonne idée que les surenchères absurdes ne défigurent.

Ainsi dans la transformation que subit l'éducation de la jeune fille, on ne peut qu'approuver tout ce qui tend à rendre la femme la plus robuste, plus saine, plus maîtresse de ses nerfs, plus capable d'envisager bravement la vie et d'y remplir sa tâche. On trouve donc excellent que la jeune fille pratique les sports, sa fasse un corps agile et solide.

Elle ne peut plus vivre comme autrefois sous l'aile maternelle et sous la protection permanente d'un père ou d'un mari ; dans une foule de circonstances, elle a besoin de se tirer d'affaires par ses propres moyens. Qu'elle acquière du sang-froid, de la confiance. La gymnastique surtout la gymnastique suédoise, la marche, la natation, la bicyclette, le canotage, toutes les variétés du jeu de balle, sont des exercices précieux pour la jeune fille comme pour le jeune homme.

Mais voici les bêtises qui commencent ; on demande que la jeune fille manie l'épée, qu'elle tire le fusil, qu'elle chasse à pied et à cheval. Oh ! L'horreur de la femme qui devient ainsi cruelle que l'homme qui verse le sang, qui se plaît à l'agonie des bêtes innocentes ! La mission de la femme au milieu de la sauvagerie humaine, est toute de douceur et de pitié ; la femme qui se plaît à tuer la perdrix ou le chevreuil inspire un sentiment d'effroi.

 

O O O O

 

Les concours par l'admission aux Grandes Écoles sont presque achevées ; ils ont donné lieu à de vives réclamations de la part des candidats français au sujet des avantages octroyés aux candidats étrangers. Notamment à l'École centrale des ars et manufactures, c'est-à-dire dans l'établissement qui fournit à l'industrie la plupart de ses ingénieurs.

Avec votre générosité, quelquefois imprudent, nous avons ouvert l'École aux élèves du monde entier ; il en vient de toute l'Europe, de l'Amérique centrale, de l'Égypte, des extrémités de l'Asie, et ils apprennent avec ardeur à se passer de nous.

L'idée première est que ces jeunes gens, retournant chez eux après quelques années passées au milieu des nôtres, imprégnés de l'enseignement de nos maîtres, propageront au loin les sympathies pour la France et favoriseront les rapports économiques de leur pays avec le nôtre. Mais le même résultat serait atteint plus sûrement, si nous fournissions aux pays neufs nos jeunes Français comme ingénieurs.

Les techniciens étrangers que nous formons, ayant pris chez nous ce qui peut leur servir, créent chez eux les usines qui nous ferment ensuite le marché extérieur. Il faut vivre en paix et en amitié avec les autres hommes ; il faut leur souhaiter sincèrement toutes sortes de prospérités, mais il ne faut pas leur donner des verges pour nous fouetter.

 

REVUE NOS LOISIRS DU 19 JUILLET 1908

 

 

 

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