VOTRE OPINION ET LA NOTRE 1/2
VOTRE OPINION ET LA NOTRE 1/2
A l'occasion de l'ouverture des Salons, plus de six mille peintres et sculpteurs ne sont adressés à la direction des Beaux-Arts pour obtenir que l'État leur achète à chacun un chef-d'oeuvre. A quelques milliers de francs la pièce, vous voyez d'ici le total.
La surproduction artistique est plus désastreuse encore que la surproduction littéraire. Les livres invendus peuvent être mis au pilon et servir à fabriquer de nouveau papier ; mais les statues et les tableaux ne servent à rien du tout. L'État qui a rempli jusqu'au dernier musée, jusqu'au dernier square de province ne sait plus où fourrer ses acquisitions. Cependant l'innombrable armée de jeunes artistes grossit toujours. De quoi vivent-ils ? Mystère. Mais ils produisent sans relâche.
Ne trouvant que de rares occasions de vente chez les particuliers, ils se tournent vers le Mécène, vers la Providence universelle, vers l'État. Puisque l'État « dirige » les Beaux-Arts ne leur doit-il pas le pain quotidien, sous forme d'un achat annuel ? Les « revendications » qui assaillent e »n ce moment, le sous-secrétaire d'État prouvent la justesse de la thèse déjà soutenu dans Nos Loisirs ; qu'il serait temps de décourager énergiquement les vocations artistiques.
La prétention des Américains qui s'efforcent d'exclure du Nouveau Monde les Chinois et les Japonais paraît déjà singulière quand on réfléchit que les Américains ne sont nullement les indigènes de l'Amérique. Ils sont des immigrants, des intrus, des usurpateurs. Ce n'est pas leur patrimoine qu'ils défendaient contre une race étrangère, c'est le fruit de leur larcin qu'ils refusent de partager avec un autre larron.
Mais il y a mieux ; les Asiatiques ont certainement sur le continent américain un droit de propriété. Le voyageur même qui ne s'est jamais occupé d'ethnographie ou d'anthropologie constate au premiers coup d’œil que les indiens appartiennent à la race jaune. Les vieux monuments de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud ressemble fort à ceux de la Chine et de l'Indochine. On y trouve même représenté l'éléphant et le lion, inconnus sur la terre américaine.
D'autres part les anciennes chroniques chinoises fournissent la preuve que dix siècles avant Christophe Colomb, des prêtres bouddhistes allaient au Mexique prêcher la doctrine de Brahma.
Si les Chinois n'étaient pas un peuple philosophe modéré, circonspect ils réclameraient la propriété des deux Amériques et ils en excluraient les « Américains ».
les révélations de la mauvaise alimentation de la troupe ont fait naître toutes sortes d'idées plus ou moins ingénieuses. On s'est avisé , notamment que les Allemands avaient créé un colis postal à cinq sous pour permettre aux familles d'envoyer des saucissons à leurs garçons sous les drapeaux. Nous aurons donc un de ces jours le colis positif militaire à cinq sous et la bonne nourriture, par les soins maternels, affluera dans les casernes.
C'est très bien. Mais on ne peut s'empêcher de aire une fois de plus l'observation qui se présente à l'esprit quand le gouvernement se décharge sur les particuliers de la dépense imputable au budget. Si la bonne volonté des citoyens pourvoit à la nourriture du soldat, ou à l'augmentation du traitement des facteurs, où à l'entretien du château de Versailles où à l'hospitalisation des blessés et des malades coloniaux, enfin à mille et mille œuvres pour lesquelles nous payons d'autre part tant d'impôts, cela fait un double emploi. Les contribuables cesseront de comprendre l'utilité de leur contribution.
Nous ne demandons qu'à nourrir nous-mêmes nos enfants au régiment, pour qu'ils ne mangent pas de vache enragée ; mais alors nous ne devons plus verser le prix de cette vache enragée.
REVUE NOS LOISIRS DU 24 MAI 1908
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