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MOINEAUX SANS NID N° 170

15 Août 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-170--.jpegDés que la femme se fut éloignée, réclamée par un malade, Lornier dit à Grégoire :

— Je crois que cette discussion sur ce qui n’est ou ne s’est pas passé n’a aucun sens et ne nous mènera à rien. Je ne veux pas mentir ; il est vrai qu’après votre agression stupide de la nuit dernière, ma colère envers vous était telle que je vous aurais tué volontiers !... Mais, naturellement, je n’avais aucunement l’intention de le faire. Comme vous vous étiez évanoui, à la suite du coup que je vous ai asséné, pour me défendre, j’ai craint qu’en vous découvrant devant chez moi, on ne m’accusât, moi, de cette agression ... et je vous ai traîné jusqu’au bout de la rue ...

— Et vous m’avez jeté dans le canal ! S’écria le gardien. Il est juste que je vous aie attaqué, mais moi non plus je n’avais pas du tout l’intention de vous tuer. Je voulais simplement vous donner une bonne leçon !

Lornier hocha la tête en disant doucement :

— C’est la fatalité qui a décidé de tout, mon pauvre Grégoire ... En vous traînant loin de chez moi, comme il faisait une nuit très noire, et que nous étions arrivés tout près de ce maudit canal ... brusquement, vous avez glissé le long de la pente ...

Il s’interrompit et le fixa pour bien s’assurer qu’il était cru et poursuivit :

— Vous comprenez, à présent ? Lorsque j’ai entendu le bruit sourd de votre corps tombant dans l’eau, il m’a semblé alors que mon sang se glaçait soudain dans mes veines ... La nuit était très noire ... J’ai essayé de regarder dans l’eau, et j’ai couru comme un fou le long de la berge ...

— Et vous n’avez pas essayé de me secourir ? Coupa Grégoire à son tour, plein d’indignation.

Mais, remarquant que le malade du lit voisin tournait vers eux un regard indigné, il baissa la voix et poursuivit :

— Il m’a semblé voir que vous vous agitiez dans le canal et je vous ai vu, ensuite, nager vers la rive opposée ... Que pouvais-je faire alors ?

Grégoire ne répondit pas tout de suite.

— C’est vrai, reconnut-il. Le contact de l’eau glacée m’a fait revenir à moi immédiatement et je crois avoir nagé instinctivement. Vous ne pouvez savoir le mal que j’ai eu à me sortir de là. Je crois avoir de nouveau perdu connaissance en atteignant la rive, épuisé.

— Oui, et vous avez été découvert par des ouvriers qui rentraient chez eux. Ils ont été aussitôt alerter la police. Bref, mon vieux, vous vous en êtes tiré. Tout cela est arrivé par votre faute, et vous n’avez rien à me reprocher. Remercier la Providence de vous avoir protégé.

— Alors, d’après vous, c’est moi qui suis le principal coupable dans tout ceci ? Demanda Grégoire avec une certaine ironie dans la voix.

— Sûrement, car jamais, autrement, il ne me serait venu à l’esprit de vous frapper, Grégoire ! Protesta Lornier. Je vous conseille donc vivement de vous taire, car, dans le cas contraire, nous pourrions être punis assez sévèrement tous les deux. Vous n’ignorez pas combien notre directeur à horreur de toute publicité. Il n’hésiterait pas à nous mettre à la porte. Et moi, je ne tiens pas du tout à perdre ma situation à cause de vous !

Grégoire réfléchit, soupira et reconnut finalement que Lornier avait raison.

— C’est entendu, je ne parlerai pas. Je dirai seulement que j’ai joué de malheur, et que, en sortant de chez des amis habitant par là, j’ai fait un faux-pas ; j’ai alors perdu l’équilibre et, à cause de cette nuit très noire, j’ai roulé dans l’eau.

Lornier poussa un profond soupir de soulagement.

— Parfait, mon vieux ! S’exclama-t-il. Je constate avec plaisir que vous êtes bien plus raisonnable que je ne pensais, mais la prochaine fois, soyez plus prudent et essayez de vous contrôler davantage. Réalisez-vous la stupidité de votre geste hostile vis-à-vis de moi ?

— Je vous ai déjà dit, protesta l’autre, que je ne cherchais qu’à vous intimider, assez rudement, je dois l’avouer ... (Puis, reprit d’une colère soudaine, il ajouta durement) : Et puis, tout a été causé par votre faute, car si vous ne vous étiez pas mêlé de ce qui ne vous regardait pas, je ...

— Qu’entendez-vous par là ? Interrompit Lornier.

— Je veux parler de mademoiselle d’Evreux, expliqua le gardien, vous le savez bien !

— Ne soyez pas aussi grotesque ! Répliqua Lornier. Est-il possible que vous puissiez prétendre être remarqué& par une grande dame aussi ravissante ?

— Ce n’est pas précisément ce que je voulais dire, mais je ne pouvais supporter l’idée que vous vous soyez moqué de moi !

— Je vous promets que jamais plus je ne parlerai de vous à mademoiselle d’Evreux, conclut Lornier. Et nous ne reviendrons plus jamais là-dessus !

— Vous avez raison ; j’ai été un imbécile, murmura Grégoire, qui, à présent, semblait vouloir renoncer à la jolie femme, cause involontaire de leur tragédie ... Puis-je vous demander de me rendre un petit service, monsieur Lornier ?

— Très volontiers, parlez vite, car je dois aller travailler et je ne veux pas profiter avec exagération de la permission accordée par le directeur.

— Excusez-moi, soupira le gardien ? Je vous promets de ne plus être aussi sot. Vous avez raison ; cette femme n’est pas pour moi et je renonce à vous prier de lui dire quelques mots de ma part ... Cependant, elle n’aurait pas dû me provoquer non plus comme elle l’a fait ... Ah ! Oui, j’ai été bien ridicule et prétentieux.

— Allons, allons, n’y pensez plus, Grégoire ! Mademoiselle d’Evreux ne saura jamais rien de cette histoire, je vous le jure ! Je suis content de vous entendre parler comme vous venez de le faire. Guérissez vite, Grégoire, et lorsque vous serez rétabli, je suis sûr que nous deviendrons une paire d’amis !

— Merci, monsieur Lornier, d’être venu me voir et de m’avoir parlé comme vous l’avez fait, répondit §Grégoire, qui après le danger couru, avait reprit entièrement son bon sens, et réalisé la sottise de sa conduite.

— Bon ! Au revoir, Grégoire ; meilleure santé et je passerai demain vous dire un petit bonjour ; promit Lornier.

Il s’éloigna, suivi des yeux par le malade.

Une fois seul, Grégoire reprit le cours de ses pensées. L’idée que mademoiselle d’Evreux ait pu se moquer de lui le tracassait tellement que tout d’un coup, sa rage se réveilla.

« Lorsquejequitterailhôpitalcettefilleauraaffaireàmoi,sedit-il.Jeluiapprendraiquonnesejouepasimpunémentdunpauvrediable !...QuantàcethypocritedeLornier,ilnelemporterapasauparadis,luinonplus !...

Claude Lornier avait, à présent, recouvré tout son calme. Il croyait à la sincérité des regrets de Grégoire, il était persuadé qu’il n’avait plus rien à craindre du gardien.

Maintenant, il pouvait se consacrer entièrement à la conquête d’Alice, sans compter qu’il avait également Christine qui l’adorait ...

Ce soir-là, le sourire aux lèvres, il rentra chez lui plus tôt que de coutume. Il désirait un second tête-à-tête avec la jeune fille dont il commençait à apprécier l’innocence douceur.

Aussi fut-il vivement contrarié en arrivant, de découvrir que madame Gérard venait de regagner la demeure.

— Vous voici donc de retour, Madame ? S’enquit-il avec empressement. Votre sœur va mieux, sans doute ?

— Hélas ! Non ! Soupira la pauvre femme dont les yeux se remplirent brusquement de larmes. Je crains le pire d’un instant à l’autre. Je suis même forcée d’aller m’installer chez elle pour quelques jours avec ma fille, et ce déplacement la contrarie beaucoup.

Cette nouvelle déplu également au bandit.

— J’avoue que j’en suis aussi très ennuyé, Madame, dit-il car je serai sans doute forcé de demander à quelqu’un d’autre de venir m’occuper de mon ménage.

— Cela ne durera pas bien longtemps, monsieur Lornier. Nous ne tarderons pas à revenir, Christine et moi.

— Eh bien ! Au revoir, Madame, répliqua-t-il en lui tendant la main. Je souhaite meilleure santé à votre sœur.

Et sans s’occuper de Christine, Claude Lornier monta dans sa chambre.

Ainsi, il était forcé d’interrompre son petit roman d’amour avec la jeune fille ! C’était vraiment dommage !... Il le reprendrait plus tard, voilà tout ... La chose n’avait pas une importance capitale, que diable !

Ce qui comptait pour le moment, c’était d’obtenir de l’argent d’Alice d’Evreux. Mais il lui faudrait user de beaucoup de finesse et d’habileté pour lui en prendre ...

Ce soir-là, il se coucha de bonne heure, mais ne put s’endormir tout de suite, se demandant comment s’y prendre avec Alice ? L’entreprise était ardue, car la jeune femme aimait Robert Montpellier. Pourtant, avec de la patience et de la ruse, il arriverait à ses fins, il n’en doutait pas !

Très énervé, il se leva et alla à la cuisine chercher un calmant. Mais au moment où il s’apprêtait à l’avaler, il entendit soudain frapper légèrement à sa porte. Il sursauta, se demandant qui pouvait venir le trouver à une heure aussi tardive ... Il se décida quand même à aller ouvrir et, à sa grande stupeur, il se trouva devant Christine.

( A SUIVRE LE 18 AOUT )

 

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