VOTRE OPINION ET LA NOTRE 1/3
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VOTRE OPINION ET LA NOTRE 1/3
Le Times, qui a été longtemps le plus puissant journal du monde et qui était encore l'un des plus fameux, subit une grave révolution. L'Angleterre s'émeut de voir chanceler une de ses institutions nationales et l'industrialisme moderne porter un rude coups à la dernière citadelle des traditions.
Le Times était la propriété d'une véritable dynastie, les Walter, qui le dirigeaient de père en fils depuis le dix septième siècle. Il avait combattu à ses débuts, pour les libertés politique ; il était regardé en dernier lieu, comme l'oracle du conservatisme. Il était surtout profondément anglais et s'efforçait d'exprimer les ambitions, les vertus, l'égoïsme, de la nation anglaise.
Tout à coup, une combinaison financière détrône la famille. Walter et met le Times en société anonyme. Il va se transformer, suivre le goût du jour, s'américaniser. La bourgeoisie dirigeante d'Angleterre aura perdu sa boussole. Elle ne saura plus où elle en est.
Les historiens étudient curieusement les modifications de l'esprit public et de l'originalité anglaise qui vont suivre la métamorphose du Times. Rien d'équivalent à ce journal n'existait dans les autres pays.
Il y a des rois authentiques qui croient tenir de Dieu la mission de gouverner leurs peuples ; il y a les rois du pétrole, de l'acier, du cochon salé que leurs milliards égalent aux potentats couronnés. Il y a les rois du crime.
La presse annonce et commente la mort du « roides rats d'hôtels » avec autant de détails qu'elle en donnera pour un souverain d'importance moyenne.
Il s'appelait Manolescu et se rendit célèbre sous le pseudonyme de prince Lahovary. Les grands hôtels de tous les pays civilisés avaient été tour à tour le théâtre de ses exploits. Il avait soustrait et dévoré des fortunes, subi des condamnations nombreuses, couru des aventures jusqu'aux îles Sandwich et en Alaska. Finalement il avait épousé une Parisienne millionnaire, et il s'était retiré en Italie pour cultiver les belles-lettres.
Comment trouvez-vous cette biographie ? Et surtout la conclusion ? L'imprudence tranquille avec laquelle on peut exercer aujourd'hui le métier de malfaiteur eût déconcerté des honnêtes gens d'autrefois. Un criminel était alors au ban de la société, même après qu'il avait subi son châtiment. Le criminel moderne sorti du bagne ou des prisons, conserve seulement une notoriété brillante, le bon d'exciter l'intérêt, de aire des conquêtes et de finir millionnaire.
REVUE NOS LOISIRS DU 2 FÉVRIER 1908