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VOTRE OPINION ET LA NOTRE 1/3

2 Juin 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

 

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VOTRE OPINION ET LA NOTRE

Pendant un armistice, dans la lutte autour de Casablanca, des photographes ont organisé des combats pour rire, des fantasias, des charges de spahis et de goumiers, des défilés de Marocains et les ont cinématographiés. Ainsi le bon public pourra se donner, dans un fauteuil, l'illusion de la guerre bien mieux que devant les tableaux des musées.

Poussant plus loin le réalisme, des entrepreneurs de cinématographe ont décidé de précipiter, à l'ile de Groix, un vieux cheval et sa charrette du haut des falaises, à l'endroit dit « le gouffre d'Enfer » afin de prendre de bonnes vues de la chute. Malheureusement les habitants du village voisin sont intervenus ils ont empêché l'opération et menacé les photographes de jeter leur matériel à la mer. Ces bons paysans de Bretagne n'entendant rien aux affaires ; ils ne comprennent pas non plus le plaisir de la cruauté pour elle-même.

A Paris où nous contemplons sans frémir des scènes continuelles de sauvagerie, les fournisseurs du cinématographe auraient opéré librement. Car c'est pour « amuser » les spectateurs des grandes villes pour secouer d'un petit frisson leur indifférence blasée, que les entrepreneurs de spectacles cherchent des trucs abominables. Nous ne sommes pas responsables seulement des mauvaises actions que nous commettons nous-mêmes ; nous le sommes aussi des mauvaises actions que d'autres commettent pour nous servir et pour flatter note perversité.

 

 

Le rapport présenté au Sénat sur la catastrophe du Iéna contient des indications bien édifiantes su l'incurie des administrations responsables.

Depuis 1893 dans les usines de fabrication, dans les magasins d'approvisionnements, sur les navires, il s'était produit vingt quatre accidents analogues à celui qui a détruit l'Iéna mais d'une gravité moindre. Le rapporteur du Sénat en dresse la liste avec les dates et les détails. Tout le monde était donc fixé depuis douze ans au moins, sur la possibilité sur la probabilité du désastre. On l'attendait. Avec un courage stoïque, avec une résignation fataliste, les officiers naviguant se disaient chaque matin « C'est peut-être aujourd'hui que nous sauterons ; mais il ne faut pas critiquer le corps de l'artillerie, ni contrister les ingénieurs des poudres et salpêtres. »

Voilà de la bravoure et du dévouement ; mais de la bravoure mal employée, du dévouement dont on abuse. Le moyen de remédier à l'instabilité des poudres dangereuses a été trouvé en 1896 ; on na décidé d'y recourir qu'en février 1907. Comment qualifier ce retard ?

REVUE NOS LOISIRS DU 15 DECEMBRE 1907

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