VOTRE OPINION ET LA NOTRE 1/2
VOTRE OPINION ET LA NOTRE
L'incendie du Poste central de Téléphones à Paris, suggère une infinité de réflexions sur les avantages et sur les inconvénients de ce que nous appelons « le progrès ». Il y a vingt ans le téléphone était inconnu ; nous nous figurions pourtant que les communications à longue distance avaient atteint le maximum de commodité et de rapidité avec le télégraphe électrique. Maintenant, le téléphone paraît si indispensable que les affaires sont gênées par sa disparition momentanée. Demain, une invention nouvelle nous créera de nouveaux besoins.
A vrai dire, le « progrès » consiste surtout dans cet accroissement continu des besoins et des exigences de l'humanité. Aucune invention de génie n'ajoutera aux sensations ni aux sentiments dont l'être humain est capable depuis des milliers d'années et qui constituent proprement sa vie.
D'autre part on a constaté l'inconvénient de ces centralisation à outrance, appliquées dans l'outillage industriel et scientifique aussi bien que dans l'organisation administrative et politique. Un accident à la machine principale arrête d'un coup tous les rouages. Pendant un temps appréciable. Paris s'est trouvé isolé (en ce qui concerne les téléphones) de la province et de l'étranger.
L'homme commande de plus en plus à la matière et aux forces de la nature ; et réciproquement, il se trouve de plus en plus dans leur descendance. Sa merveilleuse ingéniosité rend la vie plus curieuse, plus compliquée, plus intense, mis il ne la rend ni plus libre ni plus douce.
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On a souvent noté le préjugé qui subsiste contre les hôpitaux, dans la classe même à laquelle ils sont destinés. Beaucoup de gens aisés, quand ils sont malades, n'hésitent pas à se faire passer pour des pauvres, afin de recevoir à l'hôpital les soins gratuits des premiers médecins et des premiers chirurgiens du monde. Au contraire, les pauvres véritables hésitent avant de se faire admettre ; ils attendent jusqu'à la dernière extrémité ; ils redoutent le mépris de leurs voisins et ils craignent aussi toutes sortes de choses mystérieuses.
De tels états d'esprit quand ils sont répandus dans une classe entière,de la société s'expliquent toujours par des causes anciennes. L'hôpital d'autrefois était réellement un lieu d'horreur. Il fallait de puissante recommandations pour y occuper un lit exclusivement. La règle ordinaire était de trois ou quatre malades pour chaque lit. Leurs maladies étaient différentes et il y avait souvent de la confusion dans les remèdes. Mais quand une maladie était contagieuse, tout le monde l'attrapait, ce qui unifiait le traitement.
Sur quatre hôtes d'un lit, deux étaient couchés ans un sens, et deux dans l'autre, de sorte que les pieds des uns arrivaient à l'épaule des autres. On entassait même jusqu'à huit malade sur la même couche. Quelquefois on leur permettait de se relayer par équipes qui occupaient alternativement le lit six à huit heures sur vingt quatre. Les fenêtres étaient toujours clouées, car on regardait alors l'air comme dangereux. La terreur de cet enfer dure encore, chez les pauvres, après cent cinquante ans.
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Vous savez de quoi se compose une pile électrique ; de deux masses métalliques différentes, baignées dans un liquide acidulé. Bien. Votre salive est un liquide acidulé. Si vous mettez dans votre bouche deux fourchettes ou cuillers, l'une d'argent, l'autre d'aluminium, sans contact entre elles, vous avez les éléments d'une pile électrique. Une autre personne en fait autant à l'extrémité de la maison. Reliez par un fil de cuivre chacune de vos cuillers ou fourchettes à l'objet correspondant qui se trouve ans l'autre bouche ; un circuit électrique s'établit. Détachez et rattachez l'un des fils à des intervalles irréguliers et convenus, comme sont les contacts et les interruptions qui constituent l'alphabet Morse, et les sensations de saveur que vous éprouverez vous permettront de causer avec votre interlocuteur.
C'est une revue anglaise qui donne la recette : « le télégraphe chez soi » que Jules Verne a oublié dans l'île mystérieuse.
REVUE NOS LOISIRS DU 25 OCTOBRE 1908