VOTRE OPINION ET LA NOTRE 1/2
VOTRE OPINION ET LA NOTRE
Un restaurateur de Tunis est en train d'acquérir la renommée et la fortune par sa manière d'accommoder les sauterelles.
De tout temps les Arabes se sont vengés des triquets qui dévoraient leurs récoltes en les dévorant eux-mêmes. Mais ils n'y mettaient pas de raffinement ; ils cherchaient à satisfaire leur irritation plus que leur gourmandise. Notre compatriote a entrepris avec succès, de satisfaire à la fois les deux passions e de faciliter au même degré les eux pêchés capitaux. Vengeons-nous ! Mais que ce ne soit point avec dégoût ; que ce soit avec délices !
De même que, dans les quartiers populaires de Paris on se régale avec deux sous de « frites » on se régale maintenant à Tunis avec deux sous de sauterelles. Au lieu de manger les produits de la terre, on mange les sauterelles qui ont mangé la moisson. Cela revient finalement au même. Nous mangeons bien des bœufs et les moutons qui ont brouté le pâturage !
L'homme est réellement le roi de la création parce qu'il mange toutes les choses créées, animales, végétales, minérales. De la terre, de la mer, des airs, des rivières, tout ce qui vit tomber dans notre estomac. Nous digérons tout.
Les manifestations du féminisme sont diverses. Tandis qu'une candidate aux élections municipales de Paris, a conduit sa campagne avec une modération exemplaire, d'autres ont affirmé leur énergie en renversant les urnes.
Les hommes les ont aussitôt traitées devant un tribunal composé d'hommes pour s'entendre appliquer des peines édictées par d'autres hommes. Il faut convenir que la défense des accusées ne manquait pas de logique.
Les hommes, ont-elles dit en substance, n'ont pas toujours possédé le droit de suffrage ; ils l'ont conquis étage par étage, d'abord pour quelques catégories privilégiées, puis pour des catégories plus nombreuses, puis pour tout le sexe masculin — mais toujours par le même procédé, par l'émeute, par la violence, par des barricades. Nous ne voulons pas faire le coup de feu comme les hommes de 1789, de 1830, de 1848. Nous nous contentons de renverser quelques urnes, pour avoir l'occasion de crier que le suffrage universel est un mensonge tant qu'il exclut la moitié (féminine) de la nation. Nos barricades ne sont pas ensanglantées comme les vôtres, elles ont la même signification.
Que répondre ? Rien. Les hommes ont prononcé une condamnation — qui n'est pas un argument.
Le Bulletin hebdomadaire de police criminelle est indispensable à tous les fonctionnaires qui s'occupe de chasser les malfaiteurs car il contient les photographies, les indications anthropométriques, les documents de justice et de police, tout ce qui peut servir à la reconnaissance et à l'identification d'un individu poursuivi.
Devinez un peu dans quel établissement s'imprime cette publication ?
A la maison centrale de Melun ! Ce sont les prisonniers qui, au lieu de tresser les chaussons de lisière, composent et tirent le fatal papier. L'administration pénitentiaire ne dédaigne pas l'ironie. Son chef sera reçu d'acclamation dans la Société des Pince-sans-rire.
Il faut espérer, toutefois que le travail des prisonniers est soumis à la révision de quelques correcteurs non sujets à caution. Car ils pourraient commettre des erreurs. Ils connaissent les agents de la Préfecture et de la Sûreté générale ayant passé par leurs mains ; ils pourraient s'amuser à modifier les plaques de photogravure et les notes signalétiques de manière à faire prendre pour les véritables criminels des auxiliaires de la justice. Voyez-vous le chef de la Sûreté arrêté sur la foi du Bulletin de police comme l'assassin de la famille Steinheil ?
REVUE NOS LOISIRS DU 5 JUILLET 1908