VOTRE OPINION ET LA NOTRE 1/2
VOTRE OPINION ERT LA NOTRE
Quand un citoyen des États-Unis investi d'une fonction publique, reçoit d'un gouvernement étranger quelque présent, comme un vase de Sèvres, une photographie, une décoration, une épingle de cravate commémorative, il n'a pas le droit de conserver le précieux objet ; il est obligé d'en faire le dépôt au ministère des Affaires étrangères. S'il veut mettre quelque chose dans son salon, pour se hausser dans l'estime des visiteurs, ce ne peut être qu'une pancarte ainsi conçue : « Ici devrait se trouver la coupe que m'a offerte M. Félix Faure et que le gouvernement de Washington conserve dans ses coffres »
il faut une loi spéciale du Congrès pour autoriser tel ambassadeur à retirer sa rosette, son Grand Aigle où son remontoir. Depuis dix ans, le Congrès n'a donné cette autorisation que cinq fois. Mais le ministre des Affaires étrangères commence à se trouver encombré de tout ce bric-à-brac. On va liquider ! On liquide !
On pourrait en aie une vente générale au profit des immigrants sans travail, où garnir quelques salles du Musée de New-York de ces objets — pour une fois — authentiques.
A propos de lockont décrété par certains patrons et du knock outappliqué tous les soirs par les boxeurs, on observeque notre langage usuel est inondé de mots étrangers. Le sport, la lutte économique, la vie financière, l'art militaire et naval donnent lieu à une débauche de jargon. Les mots allemands, italiens, surtout anglais, forment la plus étrange salade avec les mots français, non seulement dans la conversation mais dans les journaux et dans les revues.
Sous prétexte que nous avons longtemps ignoré les langues étrangères, nous voulons faire croire maintenant que nous les parlons toutes et nous en fourrons des lambeaux dans nos phrases, à tort et à travers.
Cette manie commence à fournir des armes contre nous. Ainsi dans les Universités américaines, on a décidé l'adoption pour l'enseignement de l'allemand d'un recueil de morceaux modernes, extrait des gazettes germaniques. Et l'on a refusé d'en faire autant pour l'enseignement du français, alléguant que mes journaux et revues emploient une sorte d'argot international. Nos écrivains devraient la portée de cette leçon. Même les académiciens s'imaginent qu'ils passeront pour des gens très chic s'ils émaillent des mots anglais leurs romans mondains. Pourquoi l'Académie ne supprime-t-elle pas leurs jetons ?
Le développement de la criminalité dans les grandes villes et la proportion effrayante de très jeunes gens parmi les criminels, raniment la campagne qu'on avait entreprise naguère pour l'emploi des châtiments corporels.
Dans une partie de l'Angleterre les tribunaux ont ordonné l'application du fouet aux Apaches et les cités inquiètes ont retrouvé promptement leur sécurité. Cet exemple est invoqué par les partisans d'une réforme en France. On suppose que les jeunes bandits qui considèrent la prison comme une maison de repos et le bague comme une villégiature, auraient peur des coups de fouet.
Naturellement les objections se présentent. Nous sommes accoutumés à considérer l'adoucissement des peines comme un indice de civilisation ; le rétablissement des peintes corporelles nous semblerait un retour vers la barbarie. Quoique les procédés des malfaiteurs à l'égard des honnêtes gens ne s'améliorent pas, les honnêtes gens tiennent beaucoup à n'user que des meilleurs procédés envers les malfaiteurs. Et ce souci de progrès est évidemment respectable.
Pendant qu'ils y sont les réformateurs suggèrent qu'il ne serait peut-être pas mauvais de fouetter un peu plus les enfants dans les familles ; car cette tradition aussi s'est perdue. Les jeunes générations ne sont pas d'honneur à subir de pareils traitements.
REVUE NOS LOISIRS DU 21 JUIN 1908