VOTRE OPINION ET LA NOTRE 2/2
VOTRE OPINION ET LA NOTRE 2/2
Au moment où les nouvelles municipalités entrent en fonctions et où les maires s'enorgueillissent de leur écharpes neuves, un jugement rendu dans la Charente inférieure, rappelle à ces mandataires du peuple qu'ils peuvent encourir des responsabilités effectives.
Faute de transcription en temps utile, par le maie de sa commune, d'un arrêt d'adoption, une personne s'est trouvée simple légataire de ses parents adoptifs au lieu d'être héritière légale au premier degré et elle a payé un supplément de droit successoraux montant à 30 000 francs. Elle a réclamé la somme au maire négligent, qui est condamné à la lui rembourser.
Ce trait ne devrait pas rester isolé. Nous admettons trop aisément que le représentant élu par les populations et le fonctionnaire nommé par le gouvernement peuvent commettre à nos dépens des fautes graves et demeurer irresponsables. Les mandats électifs et les fonctions publiques, au contraire, supposent un contrat synallagmatique entre leur titulaire et le public. La responsabilité des élus et des administrateurs doit jouer comme celle des fournisseurs et des entrepreneurs privés.
Si l'habitude s'établissait de faire payer aux coupables, aux ignorants, aux maladroits, les conséquences de leur incapacité, le niveau des candidats monterait infailliblement ; la vie publique aurait moins d'attrait pour les gens qui n'ont pas réussir ailleurs.
Aux élections municipales, dans un des quartiers les plus réellement parisiens de la capitale, une femme —enfin ! —à posé sa candidature. Elle a recueilli un millier de suffrages ; c'est-à-dire plus qu'une infinité de candidats mâles n'en ont obtenu dans les soixante dix autres quartiers.
La loi du règle les conditions d'éligibilité vise la qualité des Français. Or, il est incontestable que le mot collectif de Françaiscomprend les Françaises. Quand on parle des quarante millions de Français, on parle des Françaises aussi bien que des citoyens de autre sexe.
Les arguments en faveur de la capacité politique de la femme seront rebattus ; les hommes y résistent encore en fait ; mais en raison, ils ne peuvent plus rien répondre. La femme supporte toutes les charges que supporte l'homme dans la société, moins le service militaire, plus de maternité. Or il est certain que l'épreuve de la maternité, surtout quand elle se répète équivaut et au delà aux deux ans de caserne ; elle es infiniment plus pénible et plus dangereuse.
Et il est effronté d'appeler suffrage universelun mode de suffrage qui exclut simplement la moitiédu corps électoral au nom de la force brutale.
Le doyen des abonnés de l'Opéra est mort ; il payait son abonnement de 3000 francs depuis soixante douze ans ; il avait vu naître et grandir des légions de « rats » et de « petits sujets » il connaissait un nombre infini d'anecdotes sur les coulisses, sur les directions successives, sur les ténors et les fortes chanteuses du XIXe siècle ; enfin il avait assisté de près à l'origine de grands événements politiques dans le foyer de la danse, il était la ressource des chroniqueurs dans l'embarras.
Les statisticiens du boulevard ont calculé que si un amateur avait placé chaque année ses trois mille francs, à intérêts composés, au lieu de les donner à l'opéra, il aurait laissé à ses héritiers deux millions de plus. On reconnaîtra que sa passion pour la musique leur coûte assez cher. Et ce qui fait l'originalité de la chose, c'est que depuis un demi siècle, le doyen des abonnés était sourd !
Un tel exemple montre bien la part de snobisme qui entre dans les prétendus plaisirs des oisifs. A l'Opéra même eux qui ne sont pas sourds n'écoutent pas ; ils causent à haute voix ; ils croiraient être des gens du commun s'ils prêtaient une attention soutenue aux œuvres qu'ils jugeront ensuite avec un partit pris de louages ou de critique. Le seul plaisir du snob et qu'il payé très cher, est de gâter le plaisir des gens sincères.
La plupart des français croient que la vie est meilleur marché en France qu'en Angleterre ; meilleur marché à Paris qu'à Londres. Il faut distinguer. Les objets de luxe coûtent beaucoup plus cher à Londres qu'à Paris ; mais les objets et les denrées de première nécessité coûtent 30, 40 et même 50 % plus cher à Paris qu'à Londres.
Nous payons la viande, le beurre, le café, le sucre de 30 à 50 % plus cher que nos voisins. Nous sommes bien en République, mais non pas en Démocratie.
REVUE NOS LOISIRS DU 24 MAI 1908
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