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UN PEU DE BON VIN

1 Septembre 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

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Il nous est arrivé cent fois quand nous donnions dans les petites villes et jusque dans les villages des conférences d'utilité sociale, de faire des reproches à nos auditeurs. Ils paraissaient de pleine de bonne volonté pour s'instruire ; ils en sentaient la nécessité cependant, ils ne se procuraient aucun instrument d'étude, ils ne possédaient point de bibliothèque, ils n'avaient pas de local permanent pour les réunions et pour l'enseignement, alors que la moindre coopérative ouvrière en Belgique est propriétaire d'une maison organisée, outillée, installé pratiquement.

Les braves gens disaient : « Où voulez-vous que nous prenions des ressources ? » Et nous leur répondions : « Où les prennent ceux que nous vous donnions en exemple. Les ressources qui suffiraient à faire beaucoup de choses utiles, fécondes vous les buvez »

Avant la conférence, après la conférence, pour faire honneur au conférencier, puis pour le remercier, on le menait dans un café, dans un estaminet de campagne et tout le monde absorbait du vin, de la bière, des alcools en fumant des cigarettes ou des pipes. Dans la soirée cent, deux cent, trois cent personnes dépensaient chacune 50 centimes, 1 franc même davantage. Il n'y a pas d'argent pour louer une salle d'étude, pour acheter des livres, pour prendre des abonnements aux revues et aux journaux ; mais, à chaque instant, on gaspille plusieurs centaines de francs pour s'empoisonner.

Le conférencier même qui a cru faire œuvre libératrice est un peu honteux que sa conférence serve d'occasion à de malfaisantes beuveries, à une orgie de boissons et de tabac. On crie : « Éclairons-nous » et l'on s'abrutit.

D'année en année, les ravages de l'alcoolisme sont plus terribles. Le procureur général de la cour de Rouen a publié pour la Normandie, des statistiques effrayantes qui montrent que le nombre des crimes, des suicides et des cas d'aliénation mentale s'élève parallèlement à la consommation de l'alcool. Depuis un demi-siècle la proportion des aliénés au chiffre de a population a presque quintuplé. Vers 1890, elle était 32 fous pour cent mille habitants ; elle est maintenant de 142 ; dans la Seine inférieure , en proie aux ravages de l'alcool elle est de 234. or, c'est exactement dans la même mesure que dans la même période, les cabarets se sont multipliés et que la consommation de l'alcool s'est développée. Dans le Calvados, par exemple, il a aujourd'hui un débit par vingt cinq habitants et la consommation de l'alcool a monté en cinquante ans, de trois litres à seize litres par tête.

Notez de plus, que l'alcool consommé au milieu du XIXe siècle était réellement produit par la distillation du vin, tandis que les alcools modernes grâce aux progrès de la chimie, sont des toxiques motels. On les extrait de toutes sortes de tubercules, de fécules, de grains, même du bois et de la paille ; on les décolore, on les rectifie par des opérations de laboratoires ; on leur recolore avec du brou de noix et du cachou ; on leur donne du mordant au moyen de poivre, d'alun, de laurier-cerise, de pyrèthre de stramoine ; et du bouquet avec de l’ammoniaque ou de l'acide sulfurique.

Le kirsch contient une forte quantité d'acide prussique et parfois de la micro-benzine. Dans le cidre on introduit de la chaux, de la soude, de l'acétate de plomb, de l'acide salicylique. Dans la bière on remplace volontiers les éléments essentiels l'orge fermentée et surtout le houblon, très coûteux par les matières les plus diverses et les lus malsaines : ivraie, jusquiame, belladone, quassia amara, datura stramonium, coloquinte, écorce de buis, germandrée, noix vomique, acide picrique etc. quant aux falsifications des vins, de retentissants débats parlementaires ont éclairé la question.

Aussi ce qu'on appelle alcoolique de nos jours constitue moins de crime de l'alcool que le crime de la chimie. Beaucoup de médecins ont cru devoir prescrire l'alcool totalement et discréditer le vin. C'est une fâcheuse exagération. Le bon vin est bon, non seulement au goût mais encore à la santé quand il est pris avec modération. L'ivresse joyeuse de nos pères, si elle n'était pas édifiante, n'avait rien de funeste. Au contraire, les ivrognes de ce temps-ci deviennent promptement des fous sadiques, mes meurtriers, des brutes.

Quand on vous conseille de vous défendre contre l’alcoolisme on vous met en garde contre les poisons ; mais on ne vous dissuade pas de boire la bonne bouteille de vin naturel, ni même un petit verre d'eau-de-vie véritable. Tout est là. Le bon vin est un aliment, le bon alcool est quelquefois un médicament nécessaire.

En ce qui concerne la quantité, chaque individu doit la régler lui-même ; selon son tempérament, selon sa santé actuelle, selon la nature de ses travaux. Il y a autant de conditions possibles que d'estomacs différents.

Parmi les méfaits imputés à l'alcoolisme, un au moins n'est pas son œuvre ; la dépopulation. Les apôtres de la repopulation accusent l'alcoolisme de la diminution des naissances. Ils se trompent. Les classes sociales et les régions géographiques les plus dévastées par l'alcool sont aussi les plus prolifiques. D'abord parce que l'alcool surexcite les facultés génétiques ; ensuite, parce qu'il ôte aux ivrognes toute prudence et toute raison. Les alcooliques engendrent à tort et à travers de malheureux enfants qu'ils n'auront pas le moyen de nourrir, et auxquels ils transmettent par exemple, les germes de mille infirmités. Non seulement l'alcoolisme ne dépleuple pas, mais il repeuple ; malheureusement, la progéniture de l'alcoolique ne sera qu'un déchet social.

Gardez-vous donc de l'alcool, d'abord pour vous-mêmes, ensuite pour votre race. L'homme qui ruine son propre corps et sa propre intelligence est un malheureux ; mais l'homme qui fait payer à d'innocence créature la rançon de son vice es réellement un criminel. On condamne les mères dénaturées qui suppriment leurs enfants par peur de la misère ; on devrait condamner avec la même rigueur les pères qui transmettent à leurs enfants les tares de l'alcoolisme.

 

Si jamais vous avez l'occasion d'aller en Perse et d'être introduit dans le domicile habité par une veuve, vous y verrez sûrement deux vases dont la forme singulière vous étonnera. Ils ne représentent ni des girafes minuscules, ni d'autres animaux extraordinaires, ce sont simplement des « flacons aux larmes ».

N'allez pas rire. Au pays du schah, lorsqu'une veuve sent les larmes lui monter aux yeux en songeant au cher disparu, vite elle se précipite vers le bleu flacon aux larmes (car il est bleu, il paraît que c'est la couleur du deuil vert fait en sorte de ne perdre aucune de ces perles, fruits amers du souvenir.

Lorsque « l'eau de la douleur » est en quantité suffisante les chères désolées vont pieusement en arroser les tombes de leurs bien-aimés.

Que doit-on penser en Perse des femmes qui souffrent sans pleurer ? Sans doute elles y sont peu nombreuses et les mauvaises langues (il y en a en Perse) prétendent au contraire, qu'il y a beaucoup de femmes qui pleurent sans avoir du chagrin.

 

 

L'animal suisse passera peut-être un jour de l'opérette dans la réalité.

Le consul général de suisse à Patra s (Grèce) vient de demander au gouvernement helvétique l'autorisation d'arborer sur son yacht le pavillon national.

Depuis longtemps déjà, des négociants suisses établis à Trieste, à Smyrne, à Saint-Pétersbourg réclament la même autorisation.

La mer est à tout le monde, disent-ils et nul à la droit d'interdire à un yacht de plaisance où à un navire de commerce de porter le pavillon helvétique.

Le gouvernement suisse devait engager, à ce propos des négociations avec les autres puissances. Mais il ne semble pas que la question ait été résolue.

 

 

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REVUE NOS LOISIRS DU 31 MAI 1908

 

UN PEU DE BON VIN ET DE BON ALCOOL

MAIS PAS DE BOISSONS FRELATEES

 

 

LES VEUVES PERSANES CONSERVENT

LEURS LARMES DANS DE PETITS VASES

 

 

VERRONS-NOUS BIENTOT DES ANIMAUX SUISSES ?

 

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