SI VOTRE MALLE EST BIEN FAITE...
Tout d'abord choisissez une malle pratique. Plus de chapelière, c'est horriblement incommode, le dessus bondé ne sert à rien.
Que faire d'ailleurs d'une malle bombée dans une chambre d'hôtel, dans un salon de campagne ? La malle plate au contraire, vous tiendra lieu de table, de siège, d'étagère etc. etc.
Donc prenez une malle anglaise en bois léger ou en osier recouvert de moleskine, doublée de toile cirée, maintenue par de solides barreaux de bois et d'élégantes ferrures de cuivre, telle que vous la montrent nos gravures.
Choisissez autant que possible une malle à deux compartiments, l'un sans couvercle, l'autre divisé en deux et sur lequel se rabat un dessus léger à pattes boutonnées.
Avant de commencer votre malle préparez une liste de tout ce que vous voulez emporter, une liste soigneusement établie, avec une répartition claire et ordonnée de tous les objets.
1° Ce qu'il faut pour se laver et ce qu'il faut pour s'habiller : longe, chaussures, jupons, corsages, robes, vêtements, chapeaux, gants, compléments de toilette (ceintures, cols, gilets, plastrons, rubans, bijoux etc)
2° Ce qu'il faut pour travailler à l'aiguille, avec les matériaux nécessaires à toutes les petites réparations urgentes et si fréquentes en voyage.
3° Ce qu'il faut pour vous distraire. Les livres, la musique, les appareils photographiques, la boite à peinture, les raquettes de tennis, etc.
4° Ce qu'il faut pour vous soigner en voyage, des bandes, de la ouate, de quoi faire en un mot un pansement sommaire.
Mettre au fond de la malle tout ce qui est lourd et encombrant : les livres, les papiers, les chaussures, celles-ci enveloppées soit d'un sac spécial, soit d'un papier autour duquel vous enroulerez le linge qu'on peut chiffonner sans remords : bas, mouchoirs, serviettes etc. etc. Ceci pour faire de l'objet biscornu qu'est une chaussure, un paquet bien homogène et uni, qui se placera sans laisser de vide en dessous ou de côté.
Pas de vides, voilà la formule d'une malle bien faite. Bourrez tous les coins , serrez, comprimez, tassez et rappelez-vous que ce qui froisse les robes ce n'est pas d'être trop serrées, c'est de ballotter.
Lorsqu'elles sont bien pliées et qu'elles sont maintenues en place par une pression égale exercée par tous les objets qui remplissent la malle, les robes ne se chiffonnent pas.
Si vous n'avez pas de caisse spéciale pour les chapeaux mettez encore, au fond, votre carton à chapeaux.
Vous pourrez y enfermer aussi les dentelles légères, les petits cols, les rubans etc qui tiennent peu de place et son fragiles. Calez bien le carton en bourrant tout autour des chemises et des mouchoirs roulés.
Après les chaussures, les livres et le chapeau, vient le linge de corps ; les chemises de nuit d'abord, celles de jour, les pantalons, les cache-corset.
Pas de piles surtout, que tout soit bien répandu. Imaginez-vous que vous couvrez un paquet de tapis en cherchant à conserver l'égalité du sol. Le grand art, c'est de maintenir uni le niveau des objets contenus dans la malle, au fur et à mesure qu'il s'élève.
Après le linge, les jupons, puis les jupes. Vous placez d'abord les jupes lourdes et point fragiles en laine ou en toile.
Nous voici arriver au premier compartiment. Dans celui-ci vous mettez le reste des jupes, les jaquettes et les corsages. De la façon dont vous les plierez, dépendent votre élégance et la netteté de votre tenue durant tout le temps de vote absence.
Évitez pour les jupes les pliés en biais. Pliez soit dans le sens du fil, soit dans celui des coutures mais étendez toujours votre jupe sur toute la longueur de la malle et rabattez soigneusement ce qui dépasse.
Pour les jaquettes et les corsages, posez-les bien à plat, devant contre le dos, rabattez les manches par-dessus, repliées à la hauteur du coude, si ce sont des manches longues. S'il y a des revers, des berthes, des mancherons etc. etc. évitez surtout qu'ils soient rebroussés, rabattus dans un autre sens que celui qu'ils doivent avoir.
Que mettez-vous dans le dernier compartiment, le compartiment à couvercle. Vous voyez qu'il forme en quelque sorte deux boites. Dans l'une vous placerez vos sachets de dentelles, à gants, à mouchoirs, à rubans, vos bijoux, votre boa, votre ruche de tulle, si vous en emportez une, tout ce qui est fragile en un mot, et le plus délicat de vos corsage. Dans l'autre — et ne craignez ce voisinage que si vous savez pas bien bourrez et matelasser votre malle — vous mettrez des fioles, les bouteilles, tout ce qui est cassant, chaque flacon enveloppé à part, dans beaucoup de papier, puis dans du linge, posé de façon à ce qu'il ne puisse se trouver, quels que soient les cahots en contact avec aucun angle dangereux.
Si votre nécessaire de toilette n'est pas enfermé dans un sac spécial, mettez-le également ans ce compartiment.
Et maintenant, faites venir quelques personnes de poids, qui s'assiéront sur le couvercle afin de vous permettre de le fermer en comprimant, avec énergie, tout ce que vous avez logé. Fermez à clé, bouclez-les courroies, et surtout ne vous apercevez pas à la dernière minute que vous avez laissé à côté de la malle les objets qui vous seront le plus nécessaires.
Un dernier conseil ! : Ne mettez dans vos malles ni spiritueux pour éviter tout ennui avec l'octroi, ni tabac, ni allumettes, pour éviter tout ennui avec la douane ; ni surtout de morceaux d'huissier ou de vieille demoiselle, pour éviter tout ennui avec la gendarmerie et la justice.
REVUE NOS LOISIRS DU 21 JUIN 1908