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PAYONS MIEUX NOS INSTITUTEURS ...!

28 Mars 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

 

PAYONS MIEUX NOS INSTITUTEURS... !

Notre collaborateur Giverny compare les traitements des instituteurs dans tous les pays du monde, il démontre que les instituteurs français sont les moins payés. Si toute peine mérite salaire, ne devrait-on pas rétribuer honorablement l'effort de ceux qui forment les citoyens de l'avenir ?

 

Les pouvons publics, les élus, les candidats, les représentants de l'autorité se plaisent à reconnaître le mérite du personnel enseignant. Il était peut-être excessif de prétende que l'instituteur allemand avait gagné la bataille de Sadowa ; mais il est très juste de constater que, dans une démocratie, l'instituteur tient en ses mains l’avenir de la nation.

Depuis que les lois laïcisatrices ont supprimés ― au moins en grande partie ― la concurrence de l'école congréganiste, la tâche et la responsabilité de l'école publique se sont lourdement accrues. Le maître d'école comme on l'appelait autrefois, devient réellement le maître du peuple, qu'il prépare à ses destinées. C'est pourquoi les orateurs officiels ne trouvent jamais d'expressions assez fortes, assez nobles, assez flatteuses pour célébrer le rôle de l'instituteur.

Le côté matériel est moins brillant. Beaucoup d'épithètes mais peu d'élus. Les instituteurs sont répartis en cinq classes. Et dans la cinquième classe qui comprend 25 % de l'effectif total, les traitements sont de 1 100 francs. Dans la quatrième classe qui comprend encore 25 % de l'effectif, le traitement monte à 1 200 francs. Les stagiaires depuis quelques années, reçoivent 1 000 francs par an, 83.33 F par mois, 2.73 F par jour !

Il faut cinq ans pour passer de la 5e classe dans la 4e, cinq encore pour passer dans la 3e et puis six ans pour passer dans la 2e. On est nommé qu'au choix dans la première classe, où les traitements atteignent 1 600 francs pour les femmes et 2 000 francs pour les hommes.

Il est remarquable que dans les trois catégories les plus mal payées, de 1 000 à 1 200 francs, les deux sexes sont traités pareillement ; une institutrice stagiaire , ou de 5en ou de 4e classe, vaut un instituteur de même qualification. Mais au-dessus l'égalité cesse ; l'institutrice ne reçoit que 1 400 francs , 1 500 francs, 1 600 francs, quand l'instituteur en reçoit 1 500 puis 1 800 puis 2 000. on aimerait connaître l'explication de cette incohérence, qui est aussi une injustice. Pourquoi la maxime « A travail égal salaire égal »est-elle applicable aux bas emplois et pas aux meilleurs ?

Si les institutrices votaient comme les instituteurs on les paierait certainement comme les instituteurs de la cinquième à la première classe.

Aux traitements s'ajoutent des « indemnités de résidence » qui vont de 25 à 200 francs pour les stagiaires, de 50 à 400 francs pour les titulaire selon l'importance de l'agglomération où se trouve l'école ; la plus basse catégorie comprenant les communes au-dessous de 3 000 habitants et lus élevée, les villes au-dessus de 100 000 habitants. Dans le département de la Seine seulement les indemnités de résidence vont de 200 à 1 000 francs.

Or, si l'on étudie la situation des instituteurs dans les autres pays, voici ce qu'on apprend.

En Allemagne, l'instituteur ordinaire reçoit un traitement, une indemnité d'anciennement, une indemnité de logement. Ces trois éléments réunis produisent (1 450 marks, 200 marks et 500 marks) un total de 2 150 marks où 2 687.50 marks à Dusseldorf ; de 2 200 marks ou 2 750 francs à Cologne ; de 3 500 marks ou 4 375 francs à Francfort-sur-le-Mein ; de 2 000 marks ou 2 500 francs à Posen et à Breslau ; de 1 800 marks ou 2 250 francs à Magdebourg.

A Berlin le salaire du début est de 1 200 marks ou 1 500 francs. Au bout de sept ans, il est porté à 1 500 marks ; il augmente tous les. Outre une indemnité de logement de 810 francs, un supplément de 300 marks est attribué aux maîtres qui se spécialisent dans l'enseignement de la gymnastique ou qui sont employés dans les classes élémentaires des établissements secondaires, dans les écoles supérieures de jeunes filles, dans les institutions d'aveugles ou de sous-muets.

En Bavière, les traitements varient également ; 2 187.50 F à Lindau ; 2 250 francs à Kaiserslautern ; 2 500 F à Kissengen ; 2 312 F à Augsbourg ; 2 628 F à Nuremberg ; 2475 F à Ratisbonne ; 2 100 F à Ingolstadt ; 2 625 F à Munich — avec augmentation de 120 à 240 marks tous les trois ans.

Les municipalités octroient aux instituteurs des suppléments très appréciables dans toute l'Allemagne.

En Suisse naturellement la situation change selon les cantons. Dans le canton de Genève, les sous-régents reçoivent au début 1 400 à 1 700 F selon l'importance de la localité. Dans le canton de Schaffouse, les plus bas salaires sont de 1 500 F et dans le canton de Zurich de 1 200 F avec augmentations périodiques, indemnités de logements, deux stères de bois de chauffage, et jouissance d'un terrain cultivable d'un demi hectare. Les cantons de Zurich et de Soleure n'établissent aucune différence entre l'instituteur et l'institutrice.

En Angleterre les situations varient à l'infini selon que l'école est confessionnelle ou non confessionnelle, selon la secte qui l'entretien, selon le nombre des classes et des élèves dans l'école. Mais on peut noter que dans la catégorie inférieure des maîtres, la moitié de l'effectif reçoit à peu près 100 livres (2 500 F) de traitement et que personne ne touche moins de 1 250 F.

Aux États-Unis, les États les moins libéraux allouent au moins 1 500 F et les États les plus généreux (dans la région du Pacifique) 300 F par mois.

Ainsi entre les grands pays, la République Française est particulièrement avare à l'égard du personnel enseignant. L'instituteur français est le plus mal rétribué, bien que la valeur de ses services et l'importance de sa mission soient hautement reconnue en toute circonstance. Quand fera-t-on justice ?

Comment les représentants du peuple osent-ils offrir un misérable salaire de 2.73 F par jour au jeune maître qui leur forment des électeurs, après avoir affirmé qu'on ne peut subsister à moins de quinze mille francs ? La disproportion est vraiment trop grande, entre la rétribution de ceux qui font des lois et la rétribution de ceux qui font des citoyens.

L'instituteur pour occuper dignement son poste et pour accomplir sa tâche, doit être entouré d'un certain prestige. Ses élèves et les parents de ses élèves doivent avoir pour lui une considération qui est malheureusement refusée, dans notre société aux indigents. On ne peu pas soutenir que l'instituteur n'est pas un véritable indigent quand il vit avec trois ou quatre francs par jour. On ne peut pas soutenir davantage que la carrière de l'enseignement n'attirerait pas un plus grand nombre de sujets distribués, si les traitements y étaient plus convenables.

Dans l'intérêt de l'instituteur lui-même, dans l'intérêt des générations qu'il élève, dans l'intérêt de la dignité nationale, il faut améliorer promptement la situation du personnel de l'enseignement primaire.

REVUE NOS LOISIRS DU 29 MARS 1908

 

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