MOINEAUX SANS NID N° 87
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87 – LES PROPOS DE VALERIE
La nouvelle gouvernante s’efforçait d’inspirer la plus grande confiance en se rendant indispensable aux deux hommes.
Dès son arrivée chez les d’Evreux, Valérie avait remarqué le désordre qui régnait dans leur demeure et l’incapacité certaine d’Alice en temps que maîtresse de maison.
Aussi, depuis huit jours, à présent, qu’elle en assurait la direction, un changement complet avait été réalisé ; tout resplendissait de propreté, de la cave au grenier.
La nouvelle gouvernante avait rangé dans les armoires le linge de maison et le linge de corps avec le plus grand soin ; les meubles détériorés avaient tous été remis à neuf, ou même remplacés et les domestiques, bien surveillés, accomplissaient leurs tâches très scrupuleusement.
La jeune femme connaissait le prix exact de chaque chose, améliorait les menus et réussissait par-dessus le marché, à réduire les dépenses qui avaient été faites jusqu’alors.
Cependant, elle n’était pas encore arrivée, malgré une surveillance de chaque instant, à saisir un seul mot concernant ce qui lui tenait tant à cœur.
Pourtant, les deux hommes semblaient assez préoccupés ... Ils lui témoignaient toujours la plus grande amabilité, et plus particulièrement lorsqu’ils n’étaient pas ensemble. Un jour Anselme lui déclara :
— Nous sommes extrêmement satisfaits de votre service, et avons décidé de vous augmenter, Emilie. A partir d’aujourd’hui nous vous donnerons quarante-cinq mille francs par mois.
— Je vous remercie infiniment, Monsieur le marquis, vous êtes vraiment trop bons pour moi tous les deux, répondit aimablement la jeune femme.
— Vous le méritez, soyez-en certaine, Emilie, car cette maison est complètement transformée depuis que vous y êtes. De plus vous savez vous faire obéir et respecter par les domestiques comme une très grande dame.
— Oh !! Monsieur ! Protesta Valérie en rougissant, je fais seulement ce que je peux pour essayer de vous satisfaire.
— Et vous avez pleinement réussi, affirma le marquis en souriant ; aussi j’espère vous garder toujours auprès de nous.
— Peut-être que lorsque Mademoiselle rentrera ...
— Elle ne reviendra plus chez nous, l’informa Anselme ; elle vient de m’écrire et m’avise qu’elle désire désormais mener une existence tout à fait indépendante, loin de nous.
— Dans ce cas, Monsieur le marquis, vous pouvez compter entièrement sur moi. De mon côté, je suis très heureuse de mon travail ici, assura Valérie.
Anselme la fixa longuement, et il ajouta, une lueur bizarre dans les yeux.
— Pourtant, je crains quelque chose, Emilie ...
— Et quoi donc, Monsieur ? S’enquit-elle, légèrement inquiète.
— Que vous vous épreniez de quelqu’un un beau jour et que vous nous quittez !
La gouvernante sourit et hocha énergiquement sa jolie tête :
— Non, Monsieur le marquis, n’ayez aucune crainte à e sujet. C’est une chose qui n’arrivera jamais.
— Vous n’êtes pas fiancée ? Demanda Anselme en la fixant très attentivement.
— Non, Monsieur, et ne le désire nullement ! affirma-t-elle avec force.
— Je ne puis croire une chose pareille ! Vous être beaucoup trop jolie pour ne pas avoir un amoureux.
— Pourtant, je n’en ai pas, Monsieur, croyez-le.
— C’est absolument inconcevable ! Reprit Anselme en détaillant avec des yeux luisants de désir ce visage et ce corps parfaits.
Valérie le remarqua et rougit, embarrassée. Elle surmonta sa contrariété et dit d’une voix calme, mais froide et sévère :
— Je pris Monsieur le marquis de ne pas oublier que je ne suis qu’une simple gouvernante.
— Ne me permettez-vous pas d’apprécier votre beauté, Emilie ? Il me faudrait être réellement aveugle, ce que je ne suis pas, heureusement !
— Monsieur le marquis, je vous supplie de me ...
Mais elle s’interrompit et se tourna vers la porte que jacques venait d’ouvrir. Anselme changea immédiatement d’attitude.
— Comme je viens de vous le dire, Emilie, fait-il d’un ton tout différent, nous sommes très contents de vos services ; nous avons décidé de vous augmenter et espérons vous garder auprès de nous le plus longtemps possible.
Jacques s’approcha.
— Ainsi, s’écria-t-il, l’air satisfait, tu as donc communiqué notre décision à Emilie. En effet, nous sommes très, très contents de vous.
— Merci beaucoup, Messieurs, dit Valérie avec froideur. Désirez-vous quelque chose ?
— Non, c’est tout, vous pouvez disposer, répondit le marquis.
La jeune femme s’empressa de sortir, mais demeura dans la pièce voisine pour essayer de suspendre leur entretien, s’occupant à épousseter certains bibelots précieux.
Tout d’abord, les deux frères gardèrent quelques instants le silence, puis Jacques demanda :
— Que penses-tu de la lettre de note chère sœur ?
— S’il ne s’agit pas d’une nouvelle toquade je me demande ce que ça peut bien cacher ! Grogna Anselme.
— Que vas-tu chercher ? Elle aime ce garçon et ne s’en défend pas. Qu’est-ce que ça peut bien nous faire, après tout ? Et nous ne pouvons nous y opposer.
- — Il nous a tout de même accusés ! Protesta Anselme.
— Il ne peut plus nous faire de mal. A présent, puisque nous avons touché notre part d’héritage.
— N’oublie pas non plus que Montpellier est le tuteur de l’enfant.
— Et alors ?
— Alors, s’ils se marient, Alice, éprise comme elle l’est sera capable de lui révéler notre secret.
— Nous n’aurons qu’à nier, répliqua Jacques et comme nul ne retrouvera ce testament, on ne pourra rien contre nous ... Sais-tu reprit-il après un bref silence que j’aimerais parler à cette fameuse Anna ?
— C’est à moi de le faire, puisque je lui ai, autrefois, remis l’argent pour la mère du petit, protesta Anselme.
— C’est vrai, reconnut Jacques. Penses-tu la reconnaître après si longtemps ?
— Sûrement ! Mais pourquoi ne pas aller à Biarritz pour sonde les intentions de notre sœur et apprendre la raison pour laquelle elle a tant tenu à retrouver cet enfant ? Elle ne peut avoir commis d’erreur, car elle sait très bien qui est le véritable fils de l’oncle Julien.
De la pièce voisine, Valérie n’avait pas perdu un seul mot de cette conversation ; Pierrot lui avait donc bien dit la stricte vérité ! Elle quitta avec précaution son poste d’écoute, et en proie à une violente émotion, regagna sa chambre ou elle s’enferma pour réfléchir.
Elle ne pouvait garder aucun doute ; le marquis et son frère étaient deux misérables ! Avec leur sœur, ils n’avaient pas hésiter à frustrer le pauvre Pierrot de sa fortune et de son nom. Cependant, un autre très important détail avait frappé Valérie : « Comme le testament ne sera pas retrouvé, on ne pourra rien cotre nous » avait dit Jacques.
Donc, ce testament existait, et ils le cachaient ... peut-être dans cette maison.
En même temps qu’elle avait fait cette précieuse découverte, la fausse Emilie avait également appris l’amour d’Alice pour Robert. Cette femme serait donc la cause du changement de Montpellier à son égard ?
D’après ce qu’elle venait d’entendre, Alice et Robert se trouvaient ensemble à Biarritz ...
« Robert serait-il si léger ? Se demandait la pauvrette angoissée. Pourtant je suis sûre qu’il m’aime ; autrement, il n’aurait jamais pu exécuter ce portait de mémoire. Il ne peut donc chasser mon image de son esprit ni de son cœur ! Pourquoi, alors, m’a-t-il traitée ainsi ? Sa domestique m’a parlé d’une femme qui l’aurait odieusement trompée ... Cependant, je ne lui ai jamais rien caché de ma vie ... C’est certainement cette triste affaire des bijoux qui l’a dressé contre moi, hélas ! Son attitude est logique, et un homme tel que Robert ne peut lier sa vie à celle d’une femme comme moi, même si je ne puis pas coupable. Il chercha certainement à m’arracher de son coeur et il a raison, car je ne peux lui apporter que la honte et nuire à la carrière qui s’ouvre devant lui »
Valérie soupira profondément, essuya une larme du bout de son doigt et reprit son douloureux monologue intérieur.
< Je dois, moi aussi, l’oublier, et ne plus penser qu’à ces deux enfants que j’aime déjà très tendrement. Je dois défendre et protéger Pierrot, l’aider a tout prix à reprendre ce qu’on lui a volé. Je fouillerai cette maison jusqu’à ce que j’aie découvert le testament, car je suis maintenant certaine de la culpabilité de ces misérables ! >
Dès cet instant, la bonne Emilie ne s’accorda plus de répit ; elle s’appliquait à écouter toutes les conversations des deux frères, sans qu’ils ne s’en doutassent, surveillait les endroits où ils rangeaient leurs papiers, essayant de comprendre le genre de vie qu’ils menaient. Ce rôle d’espionne lui répugnait, bien sûr, mais comment d’autre part, ne pas aider Pierrot à récupérer le patrimoine que ces bandits lui avaient volé ?
Elle défendait une cause sacrée. Oubliant ses souffrances Valérie ne songeait plus qu’aux deux orphelins qu’elles considérait désormais comme ses propres enfants. D’ailleurs, que pouvait-elle espérer de l’avenir ? En quoi lui importait-il, puisque sa vie serait pour toujours privée de l’unique bien auquel elle aspirait sur terre ?
Mais bien des surprises l’attendaient encore, et elle ignorait, la pauvre, la tragédie à laquelle elle ne tarderait guère à être mêlée ...
Anselme d’Evreux et son frère Jacques étaient aux petits soins pour leur nouvelle et séduisante gouvernante ; c’était à celui qui, le premier, saurait trouver ce qui pourrait lui faire plaisir.
— Je crains, Emilie, lui dit un jour Jacques, que votre chambre ne soit un peu humide. Pourquoi ne vous installeriez-vous pas dans celle qui donne sur la rue ? Là, vous aurez du soleil.
— Je vous remercie de votre attention, Monsieur, répondit la jeune femme avec son habituelle gentillesse.
— Ne me remerciez pas, protesta-t-il, vous méritez tellement mieux !
Cet entretien avait eu lieu durant l’absence du marquis, car, lorsque les deux frères se trouvaient ensemble à la maison, ils témoignaient d’une plus grande réserve. Malgré cela, Valérie avait maintes fois remarqué les coups d’œil qu’ils lui lançaient à la dérobée, surtout Anselme, plus hypocrite et plus rusé que Jacques, qui était plus franc et plus impulsif, presque futal. L’aîné était capable de se contrôler, mais non le plus jeune.
Les deux frères sortaient généralement ensemble et ne rentraient chez eux que très tard dans la nuit, sinon à l’aube, mais jamais l’un sans l’autre. Pourtant, depuis quelque temps, l’un d’eux revenait seul sous n’importe quel prétexte et appelait aussitôt la gouvernante pour lui demander ou la charger de quelque, mais, en réalité, pour jouir de sa présence, de sa grâce, de sa beauté.
Anselme cet après-midi là, rentra presque aussitôt après être sorti et appela la charmante Emilie.
— Emilie, dit-il dès qu’elle eut pénétré dans la pièce, je vous prie de bien vouloir ranger cette armoire avec moi. Je ne suis pas très ordonné et, comme ma sœur n’a jamais daigné prendre grand soin de nous, mon armoire est pleine d’effets que je ne porte plus. Nous allons si vous le voulez bien, les trier ensemble et ceux que je placerai sur le divan, vous pourrez ensuite en faire donc à qui il vous plaira.
En achevant ces paroles, le marquis ouvrir le grande armoire normande placée dans la lingerie voisine et commença à en sortir ses complets. Il les examinait les uns après les autres, puis décidait : « Je garde celui-ci » ou « Vous donnerez celui-là ».
La jeune femme faisait un tas de ces derniers, après les avoir soigneusement pliés, tout en remarquant parfois :
— Ce complet, Monsieur le marquis, est encore en parfait état.
— Très bien, répondit Anselme en souriant avec indulgence. Alors, rangez-le avec ceux que je garde. Votre aide m’est réellement très précieuse, Emilie.
— Oh ! C’est bien peu de chose, Monsieur !
— Pas du tout ! Vous nous êtes indispensable, désormais, car vous avez certainement remarqué notre incompétence d’homme d’intérieur. C’est peut-être la première fois que vous vous occupez d’effets masculins.
— Non, Monsieur. J’ai toujours pris soin de ceux de mon père.
— Jamais d’un autre homme ? Demanda-t-il en la fixa curieusement.
— Non, jamais Monsieur !
— Il m’est difficile de vous croire, reprit-il en hochant la tête. Je ne puis penser qu’une aussi jolie fille n’ait jamais été aimée ou que ...
— ... ou que je n’ai jamais eu quelqu’un dans ma vie, acheva la prétendue Emilie avec ironie. Ce qui revient au même !
Il l’enveloppa d’un regard appuyé, garda le silence encore un instant, puis reprit :
— Vous êtes donc une femme insensible, Emilie ?
— Absolument, Monsieur le marquis.
— Vous n’avez pas encore aimé ? Insista-t-il semblant prendre grand plaisir à cet entretien.
Valérie lui tourna le dos et s’occupa de suspendre dans l’armoire les effets qu’Anselme avait mis de côté.
— Ce pardessus, enchaîna-t-elle, espérant changer définitivement de suet, est encore en parfait état. Il a été coupé sur le côté comme par un coup de canif, mais avec un bon stoppage, il n’y paraîtra rien.
— Faites comme bon vous semble, répondit Anselme avec indifférence.
Un nouveau silence suivit qu’il remplit en lui tendant quelques pull-overs.
Anselme revient alors à la charge.
— Je pense à ce que nous disions tout à l’heure ; je suis stupéfait par le mal que vous me dites de vous-même.
— Quel mal ? Demanda la jeune femme, étonnée.
— Il suffit, affirma-t-il avec force, d’un seul regard pour remarquer vos yeux magnifiques, doux et rêveurs, cet ...
— Monsieur ... Interrompit-elle avec un accent de reproche.
— Je vous dis la stricte vérité, reprit-il avec chaleur, et vous pouvez aspirer à tout autre chose qu’à une place de gouvernante, Emilie.
La jeune femme baissa les yeux et répliqua avec froideur.
— Mes aspirations sont très modestes, Monsieur le marquis.
— Vous avez tort, Emilie ! S’exclama Anselme avec élan. La vie est tout autre chose que ce que vous pensez.
— Ca dépend pour qui ! Protesta Valérie.
— C’est pour tout le monde la même chose, croyez-moi, et il est navrant de voir une fleur telle que vous enfermée entre quatre murs ... en train de se faner lentement.
— Que puis-je ? C’est mon destin ! Murmura tristement Valérie.
— Il faut aider le destin, assura-t-il avec force, lutter autrement, il ne peut rien non plus !
— Pour cela, il faut saisir toutes les possibilités qui se présentent. Mon frère ne vous a-t-il pas déjà, lui aussi, entretenus de ces mêmes choses ?
— Non, Monsieur le marquis, Monsieur Jacques est très réservé vis-à-vis de moi.
— Je ne le crois pas. Parfois même, il est fort contrarient, poursuivit-il en la dévisageant avec attention.
Très gênée, la jeune femme répondit :
— Je ne comprends pas !
— Je vais essayer de vous l’expliquer ; imaginez qu’une chose qui ne puisse appartenir qu’à un seul d’autre nous, nous plaise à nous deux, que faire dans ce cas ?
— Y renoncer tous les deux, répliqua très logiquement Valérie. Anselme éclata de rire et ajouta :
— Je constate que vous avez réponse à tout ! Je suis sûr que vous avez reçu une éducation très soignée.
— En effet, Monsieur ; mes parents étaient de grands bourgeois et riches, bien que je fasse très peu cas de la naissance.
— N’oublie pas que je suis marquis, Emilie, fit observer Anselme avec un léger reproche.
— Oh ! Je vous demande pardon, Monsieur !
— Ca fait rien.
— Le fait est que je n’apprécie qu’une seule noblesse ; celle du cœur. Ainsi, l’homme le plus humble à mes yeux mais sachant respecter une femme, est plus noble qu’un aristocrate qui abuserait d’une situation privilégiée.
— C’est très juste, approuva Anselme, sans relever l’allusion. Cependant un homme « né » réunit souvent ces deux qualités.
— C’est selon, Monsieur ... et il en existe aussi qui n’ont de noble que le nom ; vous devez peut-être en connaître ?
— Hélas ! Oui admit-il et ceux-là déshonorent l’aristocratie.
La jeune gouvernante changea brusquement de sujet et revient à leur occupation du moment.
— Ce pantalon à petits carreaux est encore très bien, Monsieur.
— Non, non, j’en ai deux autres à peu prés pareils, et tout neufs, dit-il agacé.
— Il est pourtant très bien.
— Vous aussi, Emilie, vous êtes très bien, et cependant vous vivez une existence peu enviable !
— Je la mérite sans doute, murmura-t-elle tout bas.
— Pourquoi dites-vous cela ? Demanda-t-il en fronçant les sourcils. Quel mystère enferme votre vie ? Pourquoi renoncez-vous ? L’amour et à toutes ses joies ? J’avoue que je ne comprends guère, et je me demande quelle conception vous vous faites de l’existence, ajouta-t-il en la fixant avec admiration. Que sera votre avenir ? Avez-vous eu un amour malheureux ? Une grande douleur ?
La jeune femme leva les yeux sur lui et remarqua son trouble. Elle en fut effrayée devinant que les éloges qu’il lui adressait étaient dictés par quelque chose de plus sérieux qu’un simple caprice une admiration superficielle.
— Je vous supplie, Monsieur le marquis, de cesser de me parler d’un passé qui n’appartient qu’à moi.
— Ah ! Non, Emilie ! Protesta-t-il énergiquement. Votre attitude est inadmissible.
— Alors, reprit la jeune femme en baissant tristement la tête.
Puis elle s’interrompit comme si elle ne savait comment achever sa phrase.
— Alors quoi ? La pressa Snselme.
— Alors, il me faudra vous quitter, dit-elle tout bas.
— Jamais de la vie ! S’écria-t-il. Vous nous être indispensable , ici, et nous vous aimons et vous estimons tous.
— J’essayerai de ne pas vous décevoir, Monsieur le marquis, mais je désire rester à ma place, acheva-t-elle énergiquement.
Anselme comprit qu’il avait été un peu loin, mais il insista quand même :
— Pourtant, Emilie, je voudrais tant savoir qui vous êtes ?
— Une servante dévouée et rien de plus, répliqua-t-elle sévèrement. Mon passé n’intéresse que moi et je puis seulement vous dire que je suis une fille honnête et sérieuse ... Et maintenant que nous avons passé tous ses vêtements en revue, que dois-je faire de ceux que vous avez mis de côté, Monsieur ?
— Ce que vous voudrez, répliqua-t-il avec indifférence.
Comme Valérie se dirigeait vers la porte, il s’écria :
— Attendez, Emilie ... (Puis, se ravissant, il murmura) : Non, rien ... vous pouvez disposer.
Après son départ, Anselme demeura longtemps immobile, debout les mains enfouies dans les poches de son pantalon.
— Je suis fou ! S’écria-t-il . D’autre part, à quoi me sert tout cet argent si la femme qui me plait est inaccessible ?
De son côté, Valérie se disait que, Si Anselme continuait à se montrer si pressant, il lui faudrait quitter cette demeure et renoncer à aider Pierrot ... Pourtant, non, elle ne pouvait abandonner leur plan ; elle devait aider ce courageux enfant qui l’avait réconfortée et même nourrie durant les heures les plus cruelles de sa vie. Elle vouait une tendresse infinie et maternelle à ces deux gamins, et, pour eux, elle se sentait capable de supporter bien des épreuves.
« Ma situation ici est dangereuse, se disait-elle car je crois que ce bandit d’Anselme s’est épris de moi et ça m’effraie. S’il cherchait à abuser de moi, comment me défendrais-je dans cette chambre isolée au rez-de-chaussée ? Et d’après l’entretien que j’ai surpris entre ces deux hommes, ils sont capables de tout ! Pourtant et à cause de Pierrot, je ne puis déserter mon poste ... »
Elle songeait également que, connaissant le danger, il lui serait plus facile de demeure sur ses gardes. Cette dernière réflexion calma un peu les craintes de la jeune femme.
( A SUIVRE LE 12 DECEMBRE)