MOINEAUX SANS NID N° 86
86 – PIERROT A UNE EXCELLENTED IDÉE
« Non, c’est impossible ! Pensait Pierrot tout en courant dans la rue en vendant ses journaux ; ce garçon qui a l’air d’un imbécile ne peut être le fils de Julien Delorme !... Ah ! Non, on ne me roule pas aussi facilement, moi ! Voyons un peu ; qu’ai-je donc entendu dire à ces deux tristes sires, alors qu’ils me cherchaient pour me rattraper aussitôt après ... »
— Paris-Jour ! Les dernières nouvelles ! Criait-il de temps en temps, interrompant ses réflexions.
Puis il recommençait à monologuer :
« Je m’en souviens ; ils se confiaient que ma présence pouvait les priver de l’héritage de leur oncle. Ceci est assez clair, je pense ! »
De nouveau, il hurlait :
— Paris-Jour ! Demandez Paris-Jour ! L’importance réunion du ministère !
Après avoir vendu de nombreux exemplaires, il reprit son raisonnement :
« C’est certainement pour cette raison que ce type ne me quittait pas des yeux. D’ailleurs, il me suit tout le temps de nouveau. Je parie qu’ils le payent pour me surveiller. Je ne peux pas continuer à vivre avec une telle menace suspendue sur le crâne !... Ah ! Si je pouvoir réussir ! Quelle vie magnifique nous aurions, Mireille, mademoiselle Valérie et moi ! Et Vaillant et l’âne !... »
Ce soir-là, Pierrot eu plus de mal que d’habitude à se débarrasser de ses journaux. Sa bonne humeur l’avait quitté, et il ne courait plus après les passants pour offrir son « Paris-Jour » , ni ne pénétrait dans les cafés comme il le faisait ordinairement..
Il continuait à réfléchir intensément, cherchant à découvrir la vérité et se disant finalement qu’il lui fallait à tout prix surveiller de très près les deux frères, afin de pouvoir saisir une parole qui l’éclairerait sur ce qui lui tenant tant à cœur.
« Il me faudrait confier cette mission à quelqu’un ... Mais non, ce serait trop dangereux !... »
Soudain, il fixa l’éclairage rougeâtre d’une vitrine de pharmacie, comme si cette lumière le fascinait ...
— C’est une idée de génie ! Murmura-t-il et lorsque j’aurai profité des leçons de monsieur l’abbé, personne ne pourra plus me berner !
Il partit ensuite à la recherche de Mireille et ne tarda pas à la découvrir non loin d’une sortie de métro.
— Pierrot ! s’écria-t-elle joyeusement, ravie de son arrivée.
— Viens, nous rentrons tout de suite à la maison, dit-il en lui prenant la main.
— Attends ! Protesta-t-elle il ne me reste que trois billets ; je ne vais sûrement pas tarder à les liquider.
— Tu les vendras demain !
— Attends un peu, voyons ! Et toi, as-tu vendu tous les journaux ?
— Oui, bien sûr, grogna-t-il.
— Qu’est-ce que tu attends pour aller en chercher d’autres ?
— Pas question pour l’instant ! Je viens d’avoir une idée formidable, et je tiens à la confier immédiatement à mademoiselle Valérie, expliqua-t-il.
— Bon, bon, céda Mireille, un peu à contre cœur. Je vais essayer de vendre ces trois billets chemin faisant. Allons, et raconte vite ton iodée.
— Tu la sauras tout à l’heure, répondit le petit garçon. (Puis il demanda) Sais-tu si mademoiselle Valérie connaît les d’Evreux ?
— Non, elle ne les a jamais vus, affirma Mireille.
— Dans ce cas, je pense que nous allons leur donner pas mal de fil à retordre ! conclut Pierrot .
Mireille eut vite fait de vendre ses derniers dixièmes et tous deux regagnèrent leur misérable logis quelques minutes après.
Valérie venait elle-même de rentrer, et elle les attendait en caressant distraitement la tête du bon Vaillant, qui en fermait les yeux de plaisir.
— Comme vous avez tardé, mes chéris ! S’écria-t-elle en les embrassant tendrement.
— Pourtant, nous nous sommes bien pressés, répondit Pierrot, et c’est le meilleur moment pour la vente des journaux. Mais j’ai quelque chose d’important à vous communiquer !
— Je t’écoute, mon petit, dit la jeune femme en le fixant légèrement intriguée. Voyons un peu ...
L’enfant hésita, comme s’il cherchait à rassembler ses idées, mais il demanda :
— Aimeriez-vous trouver un emploi, mademoiselle Valérie ?
— Certainement ! S’exclama-t-elle aussitôt, j’ai essayé à diverses reprises, tu le sais bien, mais ...
— Cessez dès à présent de chercher, interrompit Pierrot d’un air important.
— Comment ? s’écria-t-elle, tu m’a découvert quelque chose, mon chéri ?
— C’est-à-dire que ... que je n’ai rien de précis, mais je peux vous donner une adresse où vous serez sûrement engagée.
Un sourire éclaira le doux visage de Valérie.
— Vite, Pierrot, donne-moi ce précieux renseignement ! pressa-t-elle.
— Connaissez-vous le marquis d’Evreux et son frère ? reprit le petit garçon.
— Je ne les connais que de nom, répondit Valérie. Mais pourquoi me poses-tu cette question ?
— Laissez-moi d’abord terminer ; est-ce que ces gens vous ont rencontré quelque part ? demanda-t-il encore.
— Jamais, affirma la jeune femme.
— Alors, c’(est parfait ! S’exclama Pierrot très satisfait et vous pourrez vous présenter sans aucune crainte chez eux.
— Me présenter chez eux ? répéta Valérie, étonnée.
— Oui, comme gouvernante, continua l’enfant avec le plus grand calme.
De nouveau, un léger sourire se dessina sur les lèvres de sa grande amie.
— Tu es réellement inouï, mon petit Pierrot ! dit-elle avec admiration. Je dois deviner ; tu voudrais me placer dans cette maison afin que j’y obtienne certains renseignements concernant l’héritage de Julien Delorme.
— C’est cela même, reconnut Pierrot, et il vous faudra même écouter aux portes.
— C’est que, objecta-t-elle timidement, c’est un genre de chose que je répugne à faire !
— Il le faudra pourtant, insista-t-il. D’après ce que j’ai pu savoir, ils cherchent toujours à remplacer une gouvernante qui les a quittés assez brusquement et je suis sûr que, dès qu’ils vous verront, ils vous engageront sans hésiter.
Le beau visage de Valérie s’assombrit soudain.
— Tu oublies, Pierrot, que, à l’annonce de mon nom, ils me fermeront la porte au nez, comme ça m’est arrivé partout jusqu’à maintenant ?
— Diable ! Marmonna le petit garçon en se grattant la tête (Mais soudain son visage s’éclaira et il reprit : Eh bien ! vous trouverez un autre nom !
— C’est impossible, protesta-t-elle, ce ne serait pas honnête.
— C’est au contraire, accomplir une bonne œuvre que de rouler de telles canailles ! affirma Pierrot.
— Qu’as-tu donc à t’acharner de la sorte ? Reprit Valérie étonnée par son insistance, puisque tu sais que le fils de Delorme a été retrouvé ?
— Parce que tout cela est du chiqué, déclara l’enfant avec conviction et que c’est moi, et non ce garçon, qui suis le fils de Julien Delorme, mademoiselle Valérie.
— Cesse de m’appeler « mademoiselle Valérie » Pierrot. Tu sais bien que tu dois m’appeler « maman » dit tendrement la jeune femme.
— Oui, pa petite maman chérie, rectifia-t-il, obéissant, en lui adressant un doux sourire, et je vous répète que je suis bien le fils de Julien Delorme !
Valérie ne sembla guère partager cet avis et révéla tristement, bien à contre cœur :
— Non, mon enfant ;. Je viens de me rendre chez monsieur Montpellier et tout m’a été expliqué ; ce petit garçon avait été jusqu’ici gardé par une certaine Anna, qu’ils ont fini par découvrir et qui leur a rendu l’enfant.
— Et moi, je sais des tas d’autres choses, protesta-t-il avec force. D’ailleurs pourquoi s’est-on acharné également contre Mireille ? Pourquoi une telle attitude, si le fils de Delorme était un autre que moi ? Non, non, croyez-moi, ma petite maman, il n’y a jamais de fumée sans feu !
— Tu voudrais donc que je tente de découvrir d’où provient cette fumée ? murmura Valérie.
— Oui, s’écria-t-il avec élan. Allez là-bas, et dites-vous que, lorsque vous aurez réussi à obtenir quelques renseignements, vous aurez travaillé avec succès pour nous sortir tous de notre actuelle misère.
— En agissant comme tu me e demande, je vais me trouver séparés de vous, constata tristement Valérie.
— Nous nous retrouverons le dimanche, s’empressa d’affirmer Pierrot, qui avait réponse à tout. Et puis vous n’y resterez pas éternellement ! Dès que vous aurez obtenu ces renseignements, vous reviendrez auprès de nous.
Valérie se tut, songeuse. Le plan de cet enfant était tentant, bien d’audacieux. Elle répugnait, certes, à jouer un el rôle. Cependant pénétrer dans cette maison lui permettrait aussi d’avoir des nouvelles de Robert, de connaître peut-être la raison de son attitude si incompréhensible à son égard, et de découvrir peut-être ce qu’il y avait de vrai dans les propos de Pierrot et de Mireille.
Le lendemain de cers événements, le marquis Anselme et son frère Jacques, après un copieux repas, s’entretenaient amicalement confortablement installés dans la bibliothèque fumant des cigares et dégustant café et liqueurs.
Ils exaltaient de joie, car ils venaient de palper leur part d’héritage, ce qui leur avait permis de payer des dettes fort élevées.
Leur premier geste, après être entrés en possession de cet argent, avait été de renvoyer les domestiques, témoins gênants de leurs ennuis passés, sans ce soucier le moins du monde de l’inélégance d’une telle conduite envers ceux qui avaient supporté avec eux les mauvais jours.
Qu’importait pour ces êtres cyniques et indifférents, le sort incertain de ses malheureux !
Ils étaient ravis de se savoir possesseurs d’une pareille fortune, mais ils ne pouvaient malgrré tout s’empêcher des ressentir quelque jalousie envers leur sœur Alice, qui avait touché une part bien plus élevée, sans aucune dette à régler, sinon quelque actes insignifiantes de couturière. Et puis, ils s’expliquaient mal le partage avec l’enfant de l’oncle Julien.
— Nous devons absolument découvrir les raisons de cette inexplicable attitude de notre sœur ! S’écria soudain anselme.
— Je ne comprends vraiment rien à sa façon de faire, renchérit Jacques. Je le sais folle de son peintre, évidemment, mais je ne vois pas pourquoi elle est allé dénicher ce garçon !
— Ni surtout pourquoi elle lui a fait don de la moitié de sa part d’héritage ! Ajouta Anselme.
— Je ne pense pas qu’elle ait agi ainsi poussée par sa conscience, reprit Jacques avec un petit rire ironique.
— Tu peux en être certain, s’exclama son aîné en éclatant franchement de rire. Alice est incapable d’éprouver un remords. Je crois plutôt qu’elle a voulu nous rouler !
— Il faudrait que notre oncle puisse sortir de sa tombe pour nous expliquer tout cela !
— Je trouve que sa mort a été bien soudaine, murmura Anselme d’une voix bizarre.
— C’est vrai, et je pense que ...
— Achève donc ? Pria l’aîné, étonné que Jacques ait laissé la phrase en suspens. Que voulais-tu dire ?
— Non ... C’est impossible ! répondit Jacques.
— Diable ! S’écria Anselme, tu n’as donc plus confiance en moi ?
— Je ... Je ...
— Jamais je ne t’aurais cru capable d’avoir un secret pour moi !
— Il s’agit de choses tellement graves et délicates, expliqua timidement le cadet.
— Raison de plus pour ne rien me cacher, car notre force réside dans notre confiance et notre affection mutuelle, reprit le marquis ; entre nous, il a toujours régné une entente parfaite.
— C’est vrai, Anselme, reconnut Jacques. Eh bien ! Je vais te confier tout de suite ce terrible secret.
— Parle vite !
— Voilà : je sui sûr que notre sœur a hâté la mort de l’oncle Julien, murmura Jacques tout bas.
— J’en ai toujours eu la conviction, mon vieux. Là, tu ne m’apprends rien d’extraordinaire ? assura anselme.
— C’est que ... J’en ai la preuve, ajouta Jacques après une hésitation de quelques secondes.
Anselme s’approcha alors vivement de son frère, et posant une main sur son épaule, lui demanda en se penchant vers lui :
— Explique-toi plus clairement Jacques ; de quelle preuve veux-tu parler ?
— D’un verre contenant du poison !
Le marquis le fixa avec attention, puis demanda de nouveau :
— Parce que je l’ai fait analyser.
— Imbécile ! S’écria rageusement Anselme. Tu as commis une faute terrible ! Car le chimiste qui a fait cette analyse pourrait par la suite, être un témoin très dangereux contre nous.
— Sois sans crainte, j’ai pris mes précautions affirma Jacques avec le plus grande assurance.
— Et comment as-tu réussi à t’emparer de ce verre ? demande Anselme.
— En pénétrant dans la chambre mortuaire, tard dans la nuit, alors qu’on n’avait pas encore retiré les médicaments.
— Tu aurais pu être surpris ! S’exclama son aîné. Alice aurait pu entrer dans la pièce.
— Voyons, je pouvais très bien y justifier ma présence et il lui était impossible de deviner mes intentions ! Protesta Jacques énergiquement.
— Dans ce cas, nous possédons une arme terrible contre elle, déclara Anselme, et comme elle nous méprise et nous a enlevé une très grosse part d’héritage, un jour nous pourrons la menacer avec une belle pièce à conviction !
— Surtout si nous nous ruinions une fois de plus, ajouta Jacques en riant :
— Ah ! Non ! Une fois suffit largement ! Affirma Anselme.
— Pourtant, hier, au cercle, nous avons déjà perdu plus d’un million ... et notre passion au jeu est bi en dangereuse, murmura Jacques avec franchise.
Le marquis répliqua en fronçant les sourcils.
— Non, nous ne pouvons retomber dans une telle erreur !
Il cherchait, en disant ces paroles, à se convaincre lui-même, tout en reconnaissant la justesse de l’observation de son frère ; vous deux étaient incapables de résister au jeu, et de renoncer à la vie de débauche qu’ils avaient menée jusqu’alors.
— Evidemment, tu parles avec une magnifique sagesse, admit Jacques en riant, mais c’est hélas, une erreur dans laquelle nous retombons toujours, inévitablement !
— Cesse de m’agacer avec les stupides réflexions ; gronda le marquis et reparlons plutôt d’Alice ; je la crois coquée de ce peintre et capable de mille sottises pour le conquérir.
— Personnellement, ça ne me gêne nullement, reprit Jacques. D’ailleurs, il est très riche, lui aussi.
— Je me demande dans quel but elle a agi aussi bizarrement avec cet enfant ? Poursuivit Anselme, qui ne se sentait pas aussi rassuré que son cadet. Pourquoi, cherche-t-elle à le faire passer pour le véritable fils de notre oncle
— C’est un mystère pour moi également, reconnut Jacques.
— Il faut qu’à tout prix nous découvrions la signification de tout ceci, ajouta le marquis, car Alice ne m’inspire aucune confiance.
A cet instant précis, quelques coups légers furent frappés à la porte.
— Qu’est-ce que c’est ? cria Jacques en sursautant.
— Monsieur, répondit la voix du valet de chambre, c’est une personne qui vient se présenter pour la place de gouvernante.
— Entrez ! Ordonna Anselme.
Le domestique poussa le battant et obéit.
— Comment est cette femme ? Demanda le marquis.
— Très bien, Monsieur, répondit le domestique. Certainement la mieux de toutes celles qui sont venues jusqu’à aujourd’hui.
— Dans ce cas, allez la chercher tout de suite, afin que nous en jugions par nous-mêmes.
Quelques secondes plus tard, Valérie franchissait le seuil de la pièce. Elle était très modestement habillée, et se tenait sur la plus grande réserve.
— Vous désirez entrer comme gouvernante chez nous, Mademoiselle ? Commença Anselme en la dévisageant très attentivement.
A la vue de la jeune femme, les deux frères avaient échangé un coup d’œil satisfait.
— En effet, Monsieur, répondit Valérie en levant ses beaux yeux clairs sur le marquis. Je savais que cette place était libre, et je ...
— Possédez-vous une recommandation ?
— Non, Monsieur. Ce sont les commerçants du quartier qui m’ont fourni ce renseignement sachant que je cherchais du travail.
— Avez-vous déjà été placée auparavant, Mademoiselle ? Avez-vous des certificats ?
— Je n’ai jamais travaillé chez personne, Monsieur. Jusqu’ici j’ai vécu à Lyon, chez mes parents. Mais ils sont morts, hélas ! Et m’ont laissé très peu de chose. Comme je n’ai pas de métier, je suis dans la nécessité absolue de me placer comme femme de chambre ou gouvernante.
— Saurez-vous assumer votre tâche ? Demanda le marquis.
— Certainement, Monsieur. Je suis tout a fait capable de diriger une maison et d’exécuter n’importe qu’elle besogne domestique moi-même, n’ayez aucune inquiétude à ce sujet !
— Comme notre sœur a quitté Paris pour quelque temps ... commença Anselme.
— Ca n’intéresse pas du tout Mademoiselle ; interrompit Jacques qui trouvait la jeune femme fort à son goût. Nous avons besoin d’une personne qui sache tenir un intérieur, et je suis sûr que Mademoiselle nous conviendra parfaitement.
— Je vous remercie infiniment de la confiance que vous me témoignez, Monsieur, répliqua aimablement Valérie, mais c’est tout à fait exact, je puis me charger de diriger une maison.
— Alors, je vous engage comme gouvernante jusqu’au retour de ma sœur. Ensuite, elle décidera ... Qu’en penses-tu Anselme ? Ajouta Jacques en se tournant vers son frère.
— Je n’y vois aucun inconvénient, si Mademoiselle est d’accord, répondit le marquis.
— Quant aux gages continua Jacques en s’adressant de nouveau Valérie, vous vous entendrez avec ma sœur.
— A condition qu’elle ne tarde pas trop à revenir, dit Valérie avec un sourire.
— Vous avez sans doute besoin d’un peu d’argent tout de suite ? S’enquit Jacques avec empressement.
— Pas immédiatement, expliqua la jeune femme, mais je ne pourrais certes, attendre très longtemps non plus.
— C’est tout à fait normal, intervint le marquis, aussi nous vous paierons ... trente-cinq mille par mois jusqu’au retour de ma sœur. Cela peut-il vous convenir ?
— Certainement, Monsieur.
— Parfait ! Comment vous appelez-vous, Mademoiselle ?
— Emilie Peyret, Monsieur.
— Alors, Emilie, vous pouvez commencer à travailler dès aujourd’hui, conclut Anselme.
— Me permettrez-vous, Monsieur d’aller chercher ma valise chez moi ? demanda Valérie.
— Naturellement. Mais, d’abord, accompagnez-moi ; je vais vous montrer votre chambre et vous présenter aux domestiques que vous aurez à diriger, décida Anselme.
Accompagné »e des deux frères, Valérie se rendit dans une petite pièce située au rez-de-chaussée, et donnant sur le jardin. Le marquis ensuite, réunit les domestiques dans le hall.
— Mademoiselle Emilie, annonça-t-il dirige la maison à partir d’aujourd’hui et vous obéirez àç ses ordres. J’espère que vous vous entendrez tous avec elle.
— J’essayerai d’être une bonne camarade pour vous, dit la soi-disant Emilie en souriant aimablement aux trois domestiques.
Jacques la mit également au courant des habitudes de la maison qu’il lui fit visiter de la cave au grenier, puis il lui remit une quinzaine d’avance.
Valérie était très satisfaite et même touchée par l’accueil fort gentil des deux frères. Il lui semblait presque impossible que ces deux hommes si aimables, bien élevés et distingués, fussent capables des infamies que leur attribuaient Pierrot et Mireille ... Et pourtant, les deux enfants ne pouvaient, non plus, lui avoir menti.
Voici donc la façon dont Valérie Labeille fut introduite dans la demeure de ses ennemis. Mais comment allait-elle tirer avantage de son séjour en ces lieux !...
( A SUIVRE LE 9 DECEMBRE )