Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

MOINEAUX SANS NID N° 85

3 Décembre 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

<!-- @page { margin: 2cm } P { margin-bottom: 0.21cm } -->

85 JE SAIS POURTANT QU'IL M'AIME !

Valérie essaya d’empêcher les deux enfants de continuer leur dur métier des rues.

— Mes chéris, je ne veux plus que vous vendiez des journaux et des billets de loterie dehors par tous les temps.

— Je ne peux encore diriger un ministère ! Répliqua Pierrot en riant.

— Ne plaisante pas ainsi, reprit Valérie avec un accent d’affectueux reproche, et puisque je suis désormais ta maman, tu dois d’habituer à m’obéir.

— Pourtant, il faut manger, intervint Mireille et notre travail nous assure de quoi vivre.

— C’est à moi de gagner notre pain, à nous trois, déclara la jeune femme.

— Vous le ferez lorsque vos forces vous le permettront, s’opposa Pierrot avec énergie. Pour le moment, c’est encore à nous de travailler.

— Cependant ...

— Non, je vous en supplie, insista fermement Pierrot. Et puis, nous en avons tellement l’habitude !

Valérie dut se plier à leur volonté, car ils lui opposaient de tels arguments qu’il lui était impossible de continuer à lutter. En outre, elle ne pouvait les empêcher de faire leur honnête petit négoce, puisqu’elle était elle-même sans emploi.

Ainsi donc, les deux enfants reprirent leurs occupations quotidiennes et la malheureuse femme demeura livrée à ces tristes pensées dans le misérable logis.

Elle se replongea dans ses méditations ; le mépris Robert la désespérait et elle ne savait plus que faire. Son amour-propre et sa dignité lui interdisaient de solliciter une explication. Pourtant, comment continuer à supporter une telle injustice de la part de celui envers lequel elle avait toujours agi avec loyauté ?

Après avoir longuement réfléchi, la jeune femme décida d’aller consulter l’abbé Louis. Elle quitta vivement le hangar désaffecté et se dirigea en toute hâte vers la presbytère où elle trouva le prêtre en train de lire près de la cheminée.

— Dieu soit loué ! S’écria-t-il en l’apercevant ; vous voici enfin, mademoiselle Valérie ! J’avais fini par me demander si vous aviez tout à fait oublié votre confesseur.

— Vous ne pouvez savoir, Monsieur le curé, tout ce que j’ai pu endurer ces derniers temps ! Répondit-elle avec un pâle sourire.

— Les journaux se sont, hélas ; chargés de me tenir au courant de vos ennuis, ma chère enfant, dit le prêtre en soupirant. Et il est bien dommage que nous autres confesseurs, nous ne puissions intervenir en faveur d’innocents !

— Vous n’imaginez pas le bien que me font vos paroles, Monsieur l’abbé, murmura la jeune femme avec émotion.

— Tous ceux qui vous connaissent, ma fille, pensent sûrement comme moi, affirma le curé.

— Hélas ! Non, répliqua la pauvre Valérie en hochant la tête. Seuls deux petits innocents me font confiance !

— Vous voulez sans doute parler de Mireille et de Pierrot ? demanda l’abbé.

— Oui, mon Père.

— Ils viennent de sortir d’ici à l’instant. Ce petit garçon est admirable !

— Que sont-ils venus faire chez vous, mon Père ? questionna Valérie avec curiosité.

— Me demander une recommandation pour le présenter à l’école. Je ne connais guère d’enfants capables d’agir de la sorte.

— C’est vrai, affirma la jeune femme avec élan. D’ailleurs, j’ai la conviction que Pierrot deviendra quelqu’un plus tard.

— Je partage entièrement votre avis, murmura le prêtre, songeur. (Puis il continua) : Comme j’ai fait remarquer à Pierrot qu’en allant en classe, il serait forcé de cesser son travail, nous avons décidé qu’ils viendront chez moi tous les jours et que c’est moi qui serai leur professeurs ... Ce que je ferai avec joie, croyez le bien.

— Vous accomplirez ainsi une œuvre charitable mon Père, assura Valérie.

— Ce sera une agréable distraction pour moi, car ces deux enfants sont fort intéressants, affirma l’abbé.

Il se tut un instant, puis, fixant la jeune femme, il reprit avec douceur :

— Maintenant, parlons un peu de vous, ma chère enfant, et dites-moi si je puis vous être utile en quoi que ce soit ...

— Hélas ! Je ne sais s’il vous sera possible de me tirer de cette terrible situation, mon Père ! S’exclama la malheureuse.

— Parlez-moi à cœur ouvert, et dites-moi toute votre pensée.

— Peut-être pourriez-vous me donner une recommandation afin de me permettre de trouver du travail, murmura-t-elle craintivement. Partout, je suis repoussée !

— Je le ferai de tout mon cœur, ma fille, mais hélas ! je possède bien peu d’influence.

— Il suffirait que vous répondiez de moi.

— Vous croyez ?

— Oui, mon Père, car, dès que je prononce mon nom, je suis éconduite avec mépris. Personne ne croit à mon innocence et la honte me paralyse !

— Ce que vous me confiez est infiniment triste, ma fille, j’en conviens, ajouta avec émotion le brave homme, mais je crains que ma garantie n’ait pas grand poids. Néanmoins, vous pouvez compter sur mon appui.

— Oh ! Merci !... Merci de tout mon cœur ! S’écria la pauvrette. Je savais bien que je pouvais compter sur vous, mon Père !

— Ne me remerciez pas, protesta l’abbé, c’est tellement peu de chose. Mais n’auriez-vous pas une relation, un ami qui pourrait vous aider plus efficacement ?

— Hélas ! Non, mon Père, répondit-elle avec douleur. Celui en qui j’avais une confiance totale me repousse lui aussi, maintenant ! Acheva-t-elle dans un sanglot.

Puis, parvenant après un pénible effort, à dominer son émotion, elle ajouta :

— J’étais venue, également, mon Père, vous consulter au sujet de ... de cet homme.

— Parlez, ma fille ; je vous suis entièrement acquis, vous le savez.

Alors, Valérie lui confia franchement le grand sentiment qui l’unissait à Robert Montpellier. Elle révéla l’étrange attitude du peintre à l’hôpital et la scène qui s’était déroulée entre les deux enfants et le jeune artiste.

— En effet, sa conduite est très curieuse, reconnut le prêtre.

La pauvre femme haussa les épaules et poursuivit :

— Je pense mon Père, qu’il me croit encore coupable de complicité dans le vol de ces bijoux.

— C’est possible, répondit l’abbé ... (Il s’interrompit, réfléchissant quelques secondes, puis il déclara) : Non ! Autrement il se serait pas allé vous rendre visite à l’hôpital.

— Que croyez-vous donc alors ? S’écria Valérie avec effroi.

— Je n’en sais rien, mon enfant avoua le prêtre. Il faut que vous alliez le trouver pour lui demander une explication, ou que vous lui écriviez si vous redoutez de sa présence ; c’est la seule manière de savoir à quoi vous en tenir.

— C’est que, murmura Valérie tout bas, j’en ai peur de son mépris !

— Le doute est encore pire. Vous devez mettre les choses au point, assura l’abbé Louis.

Il se tut de nouveau, se gratta le menton, puis ajouta :

— Si ce garçon continue à douter ainsi, ma fille, c’est qu’il n’est pas digne de vous et il faut l’oublier ;

— C’est impossible, mon Père ! S’écria Valérie en baissant tristement la tête.

— Vous l’aimez donc tellement ? demanda l’abbé ému.

— Infiniment, même si c’est sans espoir, assura la jeune femme.

— On ne doit jamais perdre l’espérance, ma fille ! Déclara le prêtre d’un ton un peu sévère ;

— C’est que ... Je ne puis accepter l’amour et le nom qu’il m’a offert.

— Vous croyez-vous donc si inférieure à lui ? Demanda le religieux, stupéfait.

— Je ... Je ne suis plus pure, vous le savez bien ; j’ai appartenu à un autre homme, un criminel dont le souvenir nous devisera toujours ! Acheva-t-elle dans un sanglot.

— Dans ce cas, qu’attendez-vous donc de lui ? reprit l’abbé de plus en plus étonné.

— Je veux son estime, mon Père, je veux qu’il croit à mon innocence malgré tout ce qui peut se passer, je veux sentir qu’il me reste encore le respect et la confiance de l’être quel je tiens le plus au monde !

Le prêtre attacha sur Valérie un regard affectueux, puis murmura d’une voix encourageante :

— Si vous avez l’intention de le repousser, ce que j’approuve, chère enfant, en raison des circonstances ne craignez pas que monsieur Montpellier puisse penser que votre visite soit intéressée. Allez donc le voir, et, après une franche conversation, vous cesserez d’être tourmentée par vos doutes si douloureux . De plus, vous pourrez peut-être apprendre quelque chose au sujet de ce petit qu’ils font passer pour le fils du pauvre monsieur Delorme.

— Ne perdez pas une minute, ma fille. Si vous le désirez, je puis vous accompagner voir cet homme.

La jeune femme réfléchit quelques secondes puis répondit :

— Non, merci, mon Père, j’irai seule. De la sorte, l’explication pourra être plus complète.

— Comme il vous plaira, mon enfant, reprit l’abbé, mais revenez ensuite m’informer du résultat de cette entrevue. De mon côté, dès demain, j’irai voir un ami qui, sans doute, pourra nous donner un bon conseil sur ce que vous devrez faire.

— Que Dieu vous entende mon Père ! Murmura tristement Valérie, car je ne sais ce que je vais devenir.

Après avoir prononcé ces derniers mots, la malheureuse Valérie prit congé du prêtre, non sans l’avoir auparavant remercié de son aide.

Lorsque l’abbé Louis fut de nouveau seul, il médita longuement sur tous ces événements et le comportement de la jeune femme. De plus en plus, il était persuadé de son innocence.

Il s’agenouilla et adressa une fervente prière à Dieu, le suppliant de soutenir cette infortunée sur laquelle le destin s’acharnait avec tant de cruauté.

Légèrement réconfortée, Valérie se dirigea sans perdre une minute vers la demeure de Robert Montpellier.

Après avoir sonné, et trouvant la porte ouverte, elle pénétra dans l’appartement du jeune homme. La femme de chambre et le domestique de Robert se tenaient dans le hall.

— Je voudrais parler à monsieur Montpellier, ditr Valérie, s’efforçant d’affermir sa voix.

— Il vient de partir à l’instant, Madame, répondit la femme de chambre.

— Oh ! Je n’ai pas de chance ! S’exclama Valérie, très déçue. Savez-vous où il pourrait m’être possible de le joindre ?

— Monsieur vient de quitter Paris en voiture, Madame, expliqua la servante.

Valérie regarda autour d’elle, fort déconcertée, puis demanda encore :

— Et quand sera-t-il de retour ?

— Je n’en sais rien, Madame, Monsieur a décidé de s’éloigner de Paris pour très longtemps, sinon même définitivement.

Valérie tressaillit à cette réponse et remarqua soudain les nombreuses caisses qui l’entouraient ... Elle baissa la tête, découragée, et, durant quelques secondes, fut incapable de prononcer un seul mot.

La femme de chambre la dévisageait fortement intriguée ; elle n’ignorait pas que son jeune maître souffrait d’une grande peine de cœur et se disait que, certainement cette ravissante femme en était la cause.

Le portrait exécuté par Robert reposait toujours sur le chevalet et, tout de suite, Hélène avait remarqué sa ressemblance avec la visiteuse. Elle entra dans l’atelier – dont la porte était grande ouverte – et s’approcha de la toile pour mieux l’examiner, mais le valet de chambre lui cria :

— Ne touchez surtout pas à ce tableau ! La peinture en est tout fraîche ; Monsieur l’a achevé aujourd’hui même.

Cette exclamation lancée avec énergie, tira Valérie de ses angoissantes pensées ; elle releva la tête et, instinctivement regarda, elle aussi l’œuvre en question. Lorsqu’elle reconnut ses propres traits, si fidèlement reproduits sur la toile, une joie imprévue l’envahit et son beau visage s’éclaira aussitôt.

— Mon portrait ! S’écria-t-elle, mais ... mais il m’aine toujours ! Acheva-t-elle tout bas.

Elle s’approcha à son tour du chevalet et le contempla longuement, en proie à une indicible émotion, puis elle dit avec un doux sourire :

— C’est admirable ! Comment a-t-il pu exécuter de mémoire une œuvre pareille ? C’est tellement vivant ... et tellement idéalisé par l’artiste !

Puis, s’adressant au domestique qui la dévisageait, ahuri elle demanda :

— Ne venez-vous pas de dire que votre maître a acheva ce tableau aujourd’hui ?

— En effet, Madame, car cette toile n’existait pas hier, et Monsieur m’a recommandé de l’emballer très soigneusement dès que la peinture sera sèche. Mais, remarqua-t-il, vous ressemblez étrangement à la personne qui est là-dessus ...

Valérie rougit et fixa de nouveau la toile.

— Mon Dieu ! S’écria-t-elle, que lui est-il donc arrivé ? Comment, si je suis tellement présente dans son esprit, comment peut-il me mépriser de lma sorte ? Où pourrais-je le joindre ?

Le valet de chambre ayant entendu ces paroles, pourtant murmurées d’une voix à peine audible, s’empressa de déclarer :

— Monsieur nous a interdit de donner son adresse à qui que ce soit.

La jeune femme tressaillit et se tourna vers lui.

— J’en ai besoin, pourtant !

— C’est absolument impossible ! Intervint la femme de chambre. Je crois, poursuivit-elle en la fixant avec insistance, que monsieur a beaucoup souffert à cause d’une femme très cruelle.

Valérie comprit ce qui se passant la tête d’Hélène et ne put s’empêcher de protester :

— Cette femme n’est pas du tout ce que vous pensez, Mademoiselle et votre maître n’aurait jamais du douter d’elle, car elle a toujours agi très loyalement envers lui. Il ne faut pas mal la juger. Si vous voyez monsieur Montpellier, où si vous lui écrivez, dites-lui que « cette femme » est venue chez lui pour lui demander une explication et qu’elle n’aurait jamais cru qu’il parlerait de ses affaires intimes à tout le monde ...

Hélène rougit violement et répondit, très gênée :

— Excusez-moi, Madame, je ne voulais pas ...

— Pourtant, interrompit Valérie d’une voix vibrante, vous avez cherché » à me blesser. Soyez certaine que, si je pouvais m’entretenir seulement cinq minutes avec votre maître, toute équivoque serait vite dissipée entre nous.

— Je ne dis pas le contraire, voyez-vous, Madame, mais, je crains que ce ne soit plus la même chose qu’auparavant, car il existe une autre femme à présent dans la vie de Monsieur.

— Vous, sans doute ? S’écria Valérie, hors d’elle.

— Oh ! Non, Madame ! Je n’existe pas pour Monsieur, croyez-le bien. Je suis uniquement une domestique dévouée ; il s’agit d’une personne très bien et très belle. Elle est partie avec lui ainsi que le petit garçon.

— Quel petit garçon ? S’enquit Valérie.

— Du petit cousin de cette demoiselle, expliqua la femme de chambre ; Monsieur est son tuteur. Je veux parler du fils du pauvre monsieur Delorme. D’ailleurs, Mademoiselle d’Evreux est pour Monsieur une amie sincère et très désintéressée.

Valérie leva sur elle un regard étonné, comprenant le sous-entendu de ces paroles.

— Je suis venue ici, répliqua-t-elle avec le plus grand calme, pour voir votre maître, afin, uniquement de mettre certaines choses au point et non pour demander quoi que ce soit, ne l’oubliez pas !

Hélène baissa les yeux, confuse et murmura :

— Je n’ai pas voulu insinuer cela, Madame, soyez-en persuadée.

— Vous avez malgré tout, tenté de me peiner, répondit tristement Valérie.

Hélène se tut ; elle n’était pas méchante et l’amertume contenue dans la voix de la visiteuse la touchait. Comme le silence continuait à se prolonger, Valérie reprit :

— Je vous supplie de me confier la vérité sur ce qui se passe. Monsieur Montpellier m’a toujours témoigné une très grande affection et soudain, il se conduit à mon égard comme si je l’avais gravement offensé ... Ne connaîtriez-vous la raison, par hasard ?

— Non, Madame, répondit Hélène avec franchise. La seule chose que je puisse vous dire, c’est que, il y a deux jours, Monsieur m’a confié qu’il avait été profondément déçu par une femme, puis il a ordonné de faire ses valises pour aller à Londres. Ensuite il a changé d’idée.

— Ah ! S’exclama Valérie, désolée et inquiète. Et savez-vous pourquoi ?

— Je crois que c’est parce qu’il a fini par retrouver le fils de cet ami qu’il cherchait depuis tellement de temps, expliqua Hélène.

— Et savez-vous aussi comment cela c’est passé ? Reprit Valérie après quelques secondes de réflexions.

— Une dame nommée Anna est venue ici, répondit Hélène, puis avec elle, mademoiselle Alice et monsieur sont allés chercher l’enfant au collège. Ils l’ont ramené très souffrant. Ils l’ont soigné et, dès qu’il a été guéri, ils sont repartis tous ensemble.

— Et pour où ? Questionna Valérie, pleine d’angoisse.

— Je ne puis vous le révéler, Madame, Monsieur nous a interdit de donner son adresse, répondit Hélène.

— Il vous a peut-être défendu même la donner à moi ?

— A tout le monde, et plus particulièrement à deux enfants qui sont venus justement aujourd’hui demander Monsieur.

La pauvre Valérie garda le silence tout d’abord, puis soupira découragée.

— Très bien, je vous remercie, Mademoiselle.

Elle fit quelques pas, puis s’arrêta brusquement et ajouta :

— Si vous revoyez votre maître, dites-lui, je vous prie, de ma part, que jamais je ne me serais attendue à tant d’ingratitude, et qu’il m’a fait un très grand mal ... Que je lui pardonne, cependant , et lui souhaite d’être heureux ...

Et elle quitta la maison les yeux voilés de larmes ;

< Adieu Robert ! Murmura-t-elle tout en avançant dans la rue telle une automate. Tu as emporté mon cœur avec toi, mais, désormais, tu es mort pour moi Tout est fini ! Il ne me reste plus qu’à souffrir à lutter pour une vie sans espoir et sans illusions ... Et pourtant je sais maintenant que tu m’aine encore …

( A SUIVRE LE 6 DECEMBRE )

 

Commenter cet article