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MOINEAUX SANS NID N° 79

15 Novembre 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

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79 CRUAUTÉ RAFFINÉE

La fatalité continuait à s’acharner sur la pauvre Valérie. Sœur Lucie vint, un peu plus tard, lui annoncer la visite d’un monsieur qui avait refusé de dire son nom.

La jeune fille faillit pousser une exclamation joyeuse, tant elle était certaine qu’il s’agissait de Robert Montpellier dont elle désirait si ardemment la visite.

Hélas ! Elle ne tarda guère à être déçue.

En effet, quelques secondes après, se soulevant, impatience sur ces oreillers, elle vit s’avancer vers elle un homme fort élégant, qui cherchait à lire le numéro du lit indiqué par la surveillante.

— Toi, Georges ! S’écria Valérie d’une voix étouffée, lorsqu’il fut près d’elle.

Le visiteur n’était autre que Georges Bertil, le misérable complice de Macaire, qui avait accepté de calomnier la pauvre enfant en montrant à Robert Montpellier une fausse lettre de Valérie.

— Mais oui, c’est bien moi, ma petite Valérie ! Répondit-il avec son plus aimable sourire. Je suis venu voir si je pouvais t’être de quelques secours.

— Mon Dieu ! Murmura la jeune femme. Il y a je ne sais combien d’années que je n’avais plus entendu parler de toi !

— Que veux-tu ? C’est la vie, répliqua-t-il en s’asseyant auprès d’elle. Je suis également venu, Valérie, pour te dire que je ne puis croire aux accusations qui t’accablent.

Un éclair de reconnaissance brilla dans le regard de l’infortunée et elle balbutia avec émotion :

— Merci de tout mon cœur, Georges ! Tu ne peux savoir le bien que me font tes paroles ! C’est tellement monstrueux tout ce que l’on raconte sur moi !

— Certes ! Affirma-t-il avec élan.

— Tu me connais depuis notre plus tendre enfance, reprit Valérie, puisque j’étais l’amie inséparable de tes sœurs, et tu n’ignores pas que je suis innocente !

— Je n’en doute pas, ma bonne Valérie ! Autrement, je ne serais pas ici, interrompit-il en posant affectueusement sa main sur celle de la jeune femme.

Valérie le fixa avec émotion.

— Tes pauvres sœurs ! Quelle mort épouvantable fut la leur ! dit-elle tout bas.

— Oui, reconnut-il tristement. Ce terrible accident de chemin de fer ... Je n’arrive pas encore à réaliser comment j’ai pu m’en tirer, moi ! Et tout seul, hélas !

— Je les aimais beaucoup, poursuivit Valérie, les yeux perdus dans la vision de son souvenir, et je les ai beaucoup pleurées.

— Elles te chérissaient, elles aussi, assura le misérable individu.

— Si elles étaient toujours en vie, je ne me sentirais pas si seule, si abandonnée, à présent.

— Dorénavant, tu ne le seras plus et, en souvenir d’elles ma petite Valérie, je t’aiderai comme si j’étais réellement un frère, aussi bien matériellement que moralement.

— Je te remercie de tout mon cœur ! S’écria-t-elle en levant sur lui un regard plein de tendresse. C’est surtout d’un réconfort moral que j’ai besoin. Je suis tellement désespérée, Georges !

— Je suis absolument convaincu que ton innocence sera bientôt établie, affirma le faux ami.

— Ce sera très difficile ... presque impossible, murmura-t-elle en hochant tristement sa jolie tête. Nul ne me croira et, pour mon malheur, il existe quelque chose d’indiscutablement vrai dans cette lamentable histoire.

Il la dévisagea, l’air étonné, et demanda d’une voix stimulant à merveille une grande inquiétude :

— Grande Dieu ! Que veut-tu donc dire, Valérie ?

— Que j’ai été la maîtresse de ce vaurien ...

— Je ... je n’ignorais pas ce triste détail, fit-il gêné.

— Oui, mais ce que tu ne peux savoir, reprit-elle avec un pauvre sourire, c’est que je le fus malgré moi, car ce misérable m’hypnotisait !

Georges ne peut retenir une exclamation étouffée.

— Ainsi, reprit-il d’une voix angoissée, tu aurais participé à ce crime en état d’hypnose ?

— Jamais de la vie ! Protesta-t-elle avec force. Je n’ai rien à v oir avec ce meurtre, Georges, je te le jure !

— Je te crois, mon amie, je crois tout ce que tu viens de me dire, ma petite Valérie, et je r »alise maintenant comment, par un procédé indigne, un être aussi pur que toi a pu lier un moment son sort à celui d’un homme ignoble.

— Vrai ? Tu me crois ? S’écria-t-elle d’une voix vibrante d’anxiété.

— Bien sûr, Valérie, la rassura le misérable, et je tiens ç te le prouver ; Je suis venu ici avec l’intention de te réconforter de mon mieux ... Permets-moi aussi de te donner quelque chose ... Oh ! Rien de très important, car tu ne dois pas ignore, je pense, que j’ai perdu ma fortune.

— Oui, je le sais.

— Mais je travaille, ne t’offre qu’elle toute petite somme. Je l’accepte, n’est-ce pas ? A titre de prêt ...

— Oh ! Oui, répondit-elle très émue, et c’est d’ailleurs à cette seule condition que j’accepte.

Alors, Georges Bertil sortit son portefeuille de sa poche en retira un billet de dix mille francs et le tendit en souriant à la jeune femme ;.

— Tiens, dit-il. Pour le moment, je ne pense q=pas que tu aies besoin de plus.

— Merci de tout mon cœur, Georges, murmura-t-elle avec gratitude.

— A présent, parlons de secours moral, reprit-il avec gravité. Aimerais-tu avoir un souvenir de personne qui t’ont beaucoup aimée ? Acheva-t-il en lui tendant un petit paquet que la jeune femme ouvrit très intriguée ; il contenait quatre photographies.

— Tes sœurs ! S’écria-t-elle, bouleversée.

— Oui, mes pauvres sœurs dans le jardin de ta maison le jour où l’on fêta ton premier prix de piano au Conservatoire.

— J’y suis aussi, remarqua Valérie, le visage illuminé. Je me souviens parfaitement à présent ; c’est toi qui avais pris cette photo.

— Et voici également celle que tu as pris de moi le même jour, ajouta-t-il en riant.

En se remémorant ces jours heureux et insouciants de sa jeunesse, la pauvrette éclata en sanglots, continuant à travers ses larmes, à contempler les chères photos ... Elle se revoyait au Conservatoire, si heureuse, assourdie par les applaudissements de mes camarades et de ses professeurs ... Comme tout cela était loin, désormais ! Et que de tristes événements c’étaient déroulés depuis !

— Merci, Georges, merci ! Répéta-t-elle d’une voix tremblante. Tu a eu une si délicate attention ... Les années ont passé sur toi sans te marquer, ajouta-t-elle en examinant les photos.

— J’ai pourtant pas mal de cheveux blancs ! Répliqua-t-il en riant. Tu me vois avec les yeux de l’amitié, c’est-à-dire avec trop d’indulgence !

Ils continuèrent à s’entretenir du passé.

Adolescents, ils avaient été très unis, puis la vie les avait séparés et ils ne se retrouvaient que rarement. Puis, après la mort de ses sœurs, Georges Bertil n’avait plus donné signe de vie.

La mère de Georges Bertil, brisée de douleur, c’était retirée dans une propriété en province, refusant de recevoir quiconque, et lui-même était resté près de quatre ans sans aller lui rendre visite. Il s’était fixé à Paris dilapidant joyeusement l’héritage laissé par son père.

Disons tout de suite que sa visite à Valérie ne lui avait nullement été dictée par son cœur ; il était envoyé par la perfide Alice dans de bien sombres desseins.

La rusée jeune fille, devinant que Robert Montpellier ne pourrait résister au désir d’aller visiter celle qu’il aimait, n’ignorait pas le danger que représenterait pour elle une conversation avec Valérie, si le peintre faisait allusion à sa prétendue liaison avec Georges Bertil. Robert aurait vite fait de découvrir leur ignoble jeu ... D’autre part, comme elle savait que ce lamentable personnage avait été un ami d’enfance de son innocente rivale elle avait été lui parler et, ensemble, ils avaient combiné un ignoble stratagème pour renforcer les calomnies écrites dans la fausse lettre.

L’intrigante ne s’était pas trompée ; Robert Montpellier luttait durement contre lui-même pour ne pas céder au désir de se précipiter au chevet de Valérie. Son amour propre, sa dignité le lui interdisaient. De plus, il ne pouvait oublier cette maudite lettre, preuve indéniable de la turpitude de celle qu’il aimait.

< Non, je ne puis aller la voir, se disait-il, je ne puis plus douter de ses mensonges, de sa duplicité. Pourtant, il est mal de juger quelqu’un sans l’avoir écouté ... Mais c’est impossible. Je ne peux me laisser de nouveau tromper par ses propos, son sourire ... >

Il étouffait, il sortit de chez lui, et, sans même s’en rendre compte, se dirigea vers l’hôpital. Comme la passion sait ensorceler un cœur et de quelles faiblesses l’amour et le désir ne sont-ils capables !

Tout en marchant, Robert Montpellier consulta l’heure à son poignet ; il était près de deux heures, et les visites à l’hôpital prenaient fin à deux heures et demie.

Il pressa le pas et, soudain se trouva devant la porte de l’établissement. Il la franchit ... mais revint en arrière.

< Je suis fou ! Pensa-t-il. Aurai-je la force de résister à sa séduction, à son sentiment ? Non, je dois absolument m’éloigner à tout jamais de Valérie ! >

Machinalement, son regard fixa le cadran de la grande horloge ; deux heures et quart ...

Toutes ses résolutions s’écroulèrent et, faisant demi-tour, il pénétra dans l’immense bâtisse. Il demanda Valérie Labeille et se dirigea presque en courant vers la salle qui lui avait été désignée.

Il fouilla l’immense pièce d’un regard perçant, le cœur battant à se rompre, et il distingua tout de suite Valérie assise dans son lit ; un homme se trouvait auprès d’elle ... Le peintre ne pouvait le reconnaître car il lui tournait le dos.

Soudain, Valérie l’aperçut et son visage s’illumina de bonheur et d’amour ... A cet instant précis, l’homme tourna la tête et Robert Montpellier distingua nettement le visage de Georges Bertil et la rage le clouèrent sur place, lui glaçant le cœur.

Son orgueil le fit avancer jusqu’au lit de la malade, où il remarqua tout de suite la photo de Georges, ainsi que celles des trois jeunes filles. Un vertige de douleur le fit vaciller.

Non ! Il ne devait pas se donner en spectacle devant tout le monde. Par un effort surhumain, il réussit à garder son calme.

— Comment vous sentez-vous, Valérie ? demanda-t-il avec une froideur voulue.

— Robert ! Je ne sais comment vous remercier de cette visite ! S’écria la pauvrette en lui tendant la main avec élan.

Il feignit ne pas remarquer cette main.

— Je suis venu vous demander si je pouvais vous être de quelque utilité, Valérie.

Alors seulement, elle se rendit compte de l’altération de ses traits.

— Mais ... Qu’avez-vous donc, Robert ? Questionna-t-elle timidement.

— Rien ... rien, assura-t-il en haussant les épaules avec désinvolture. Je passais dans le quartier et, me souvenant que vous étiez dans cet hôpital, je suis monté vous saluer, mais je suis très pressé. Dites-moi vite si vous avez besoin de quelque chose.

— Je n’ai besoin de rien, répondit-elle tristement en baissant la tête et retenant ses larmes avec effort. Je vous remercie infiniment ...

Craignant subitement qu’il ne prit ombrage de la présence de Georges Bertil, elle présenta :

— Monsieur Georges Bertil un ami d’enfance. Monsieur Robert Montpellier

— J’ai le plaisir de connaître Monsieur, répondit Robert en martelant bizarrement ces paroles. Il m’a déjà beaucoup parlé de vous et sa présence ici témoigne de l’intérêt qu’il vous porte ...

Il lui adressa un regard glacial, étouffant les injures qui se pressaient à ses lèvres.

— Je suis très pressé, dit-il de nouveau, et puisque vous n’avez pas besoin de mon aide ...

La pauvre Valérie leva sur lui des yeux brillants de larmes qui exprimaient un profond désespoir, puis elle réussit à bredouiller :

— Je ... je ne comprends pas, Robert !

— Vous n’avez nullement besoin de comprendre, répliqua-t-il amèrement. Adieu, Valérie. Je souhaite vivement votre guérison et que vous puissiez ensuite prouver votre innocence.

Puis, se tournant vers Bertil, il le salua sèchement d’un signe de tête et s’éloigna rapidement, le cerveau en feu.

Une fois dans la rue, il avança comme un homme ivre, ayant l’impression que tout tournait autour de lui.

< Quel idiot j’ai été ! Tout est bien fini à présent ! Elle est morte désormais pour moi ! Quelle hypocrite, quelle menteuse, mon Dieu ! >

Il avait l’impression qu’un horrible poids lui écrasait la poitrine. Il ne savait plus que faire, où aller, complètement hors de lui, désirant revenir auprès de Valérie pour l’insulter, l’abreuver d’injures et souhaitant en même temps fuir au bout du monde.

Tout s’écroulait pour lui.

Il n’avait encore jamais aimé, et ce premier amour, à son âge, était un véritable ouragan fait de passion, d’illusions, d’espoir, mettant une belle note de tendresse et de douceur dans sa vie que, seul, l’art avait remplie jusqu’alors.

Perdu dans ses angoissantes réflexions, il déboucha ainsi devant les jardins du Luxembourg et s’enfonça dans une allée presque déserte mais il ne put supporter ni la solitude ni le silence qui régnait là.

Tout lui semblait odieux ; ces grands arbres dépouillés de leurs feuilles avaient l’aspect de choses mortes ... sortes, oui, comme cette femme qui soudain, cessait d’exister pour lui.

Il n’arrivait pas à calmer cette insupportable agitation, endurant en ce moment un martyre impossible à décrire.

Il traversa le par cet se replongea dans la foule bruyante et pressée du boulevard Saint Michel pour pénétrer ensuite dans un bar. Il s’assit sur un haut tabouret et avala coup sur coup plusieurs verres d’alcool pour essayer un peu d’oubli.

Installé à une table toute proche, un couple discutait ; quelques mots grossiers arrivèrent à ses oreilles ; la femme réclamait de l’argent à son compagnon, lui adressant les pires injures. Finalement, l’homme se leva et la gifla.

Robert n’ébaucha pas un geste pour la défendre ; elle devait certainement mériter ce coup et semblait presque ravit de l’avoir reçu ! Mais le patron du bar et le serveur intervinrent aussitôt, essayant de calmer le client trop violent et lu reprochant son attitude.

— Je fais ce qui me plait ! Protesta l’homme. Je l’ai frappée parce qu’elle est dans son tort. D’ailleurs, j’en ai le droit ; c’est ma femme !

— Dans ce cas, réglez vos querelles chez vous et non dans mon établissement.

— Mon mari me frappe où et quand ça lui convient ; déclara la femme.

Robert, malgré sa tristesse ne put s’empêcher d’éclater de rire à ces mots !

— Voilà ce que c’est que de ce mêler des affaires des autres ! Dit-il aux deux hommes.

— Vous avez raison, Monsieur, qu’il la corrige donc ! Et tant pis pour elle !

— Elle ne l’a sans doute pas volée, cette gifle ! Ajouta Robert avec un haussement d’épaules.

Robert se leva et, après avoir réglé ses consommations en laissant un bon pourboire au garçon, il regagna la rue, écoeuré par cette scène. Il venait de prendre la décision de s’éloigner de Paris pour très longtemps, pour toujours peut-être. Il désirait fuir tout le monde ; Valérie, Alice, et jusqu’au fils de son ami Julien Delorme ...

Oui,, il partirait à l’étranger et se distrairait, ce griserait d’amours faciles et passagères, et noierait dans l’alcool ce feu intérieur qui le consumait. Hors de France, il retrouverait peut-être la paix perdue ...

Une heure plus tard le jeune peintre pénétrait de nouveau dans son atelier. Il fixa longuement la toile ébauchée quelques heures plus tôt, la trouvant détestable.

Ce maudit amour avait-il tout détruit ? Fou de colère, il saisit un couteau et lacéra le tableau, le massacrant avec rage et dépit ... Epuisé, il se laissa tomber ensuite sur le divan et pleura amèrement ... Cette déception était vraiment trop cruelle !

< Pourquoi n’en ai-je pas fait ma maîtresse ? Se demanda-t-il soudain en fixant les dessins du tapis. Au moins, elle m’appartiendrait à présent !... Mais non ! Ce n’est pas ce que je désirais et ainsi que je l’aimais. Je la voulais pure, honnête, capable aussi de combler le besoin immense de tendresse d’un cœur jusqu’alors si solitaire. >

< Pourtant, c’est impossible ! Elle est ignoble, méprisable ! Je dois l’oublier ... l’oublier ... Oui, il ne faut donc partir très loin, quelque part où nul ne saura rien de moi ... >

Il ne pensait plus à la mission sacrée dont l’avait chargée Julien Delorme, et il avait totalement oublié le rendez-vous avec Michonneau et l’entrevue avec le nommé Anna ?... Il sonna son valet de chambre :

— Sortez mes valises, ordonna-t-il. Je tiens à quitter Paris demain. Vous chargerez ensuite de vider cette maison et de vendre le mobilier.

— Mais ... mais, Monsieur, qu’est-il donc arrivé ? s’exclama le domestique en remarquant le visage livide de son maître.

— Rien ... Répondit le peintre. J’ai décidé de quitter la France pour un temps indéterminé.

— Cette femme a fait votre malheur ! Bougonna l’homme entre ses dents.

Robert le dévisagea, stupéfait, puis il sourit tristement et demanda :

— Qu’en savez-vous et que savez-vous ?

— Oh ! Rien, Monsieur, s’empressa-t-il de répondre aux embarras. Je devine simplement certaines choses ; vous semblez tellement heureux il y a si peu de jours encore !... Et puis, hélas ! Que faire lorsqu’une femme entre dans la vie d’un homme !

— Faire ce que je vous ai ordonné, et taisez-vous reprit sévèrement Robert. Je tiens à partir demain.

— Très bien, Monsieur, fit le domestique en se dirigeant vers la porte de l’atelier et en jetant un regard peiné à la toile que Robert avec déchiquetée.

Un peu plus tard, le jeune homme monta se coucher, mais ne put fermer l’œil un instant. Ce fut une de ces nuits que l’on ne peut oublier dans la vie, une nuit ou il lui semble s’enfoncer dans un abîme sans fond ; une nuit où l’on sent sa tête sur le point d’éclater, où le cœur bat à se rompre, où le moindre bruit et le silence sont également insupportables, une nuit d’angoisse mortelle où la fièvre vous brûle et vous glace tout à tout ...

Aux premières lueurs de l’aube, Robert bondit hors de son lit. Un vent terrible soufflait. Le jour s’annonçait sombre et maussade et la pluie ne tarda guère à ruisseler, frappant avec force les vitres des fenêtres. Il faisait très froid.

Après sa culture physique accomplit machinalement, Robert se dirigea vers la salle de bains. Une bonne douche froide calma quelque peut ses nerfs, mis à si rude épreuve.

La matinée s’acheva assez vite, mais cette pénible nuit pesait encore dans ses membres et l’oppressait. Il fixa longuement dans son miroir son visage aux traits tirés et aux yeux cernés d’un halo mauve.

— Bah ! S’écria-t-il, loin d’ici, j’oublierai vite tous mes tourments !...

( A SUIVRE LE 18 OCTOBRE )

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