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MOINEAUX SANS NID N° 73

28 Octobre 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

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73 SEDUCTION

Robert s’arrêta, tourna la tête et s’approcha vivement de la voiture.

— Tu en fais une tête, Robert ! s’exclama la jeune fille.

— J’ai mes raisons, répondit tristement Robert. Par contre, toi, tu as l’air d’être fort heureuse de ton sort.

— C’est vrai, reconnut-elle en souriant, je n’ai aucune raison de m’en plaindre. Veux-tu monter, Robert ?

— C’est que ... essaya-t-il de protester.

— Monte donc, j’ai une excellente nouvelle à t’annoncer, d’ailleurs.

Le jeune peintre se décida à obéir et s’installa auprès d’Alice qui lui coula son plus tendre regard. Cette femme perverse avait l’art de pouvoir faire penser d’elle ce qui lui plaisait et de laisser croire qu’elle était une femme bonne, sensible et franche ; elle savait également donner à sa voix des inflexions tout à tour si douces, si chaudes, si vibrantes, qu’elle s’attirait la sympathie de tous ses interlocuteurs.

En outre, il est tellement aisé de tromper un homme crédule et de bonne foi, si intelligent soit-il ! Tandis qu’il est malaisé de rouler les êtres méfiants qui attribuent toujours à autrui ce dont ils sont capables.

— Quelle est donc cette merveilleuse nouvelle ? demanda Robert tandis que la conductrice remettait la voiture en marche.

— Devine un peu d’où je viens ? répondit-elle en souriant d’un air mystérieux, sans répondre tout de suite à la question.

— Comment veux-tu que ... ?

— Eh bien ! Je vais te le dire, coupa-t-elle ; je viens d’obtenir des renseignements concernant l’enfant, acheva-t-elle avec aplomb.

— Toi ? s’écria-t-il ahuri, en la fixant avec attention.

— Mais oui, moi ! Et ne me regarde pas de cette façon. Je tiens encore plus que toi à retrouver ce petit, affirma-t-elle avec une telle chaleur que robert ne doute plus de sa sincérité.

— Pourquoi alors, n’as-tu pas cherché à obtenir ces renseignements avant la mort de ton pauvre oncle ? Questionna-t-il après quelques secondes de silence.

Elle haussa les épaules.

— Je dois t’avouer que je n’avais pas, à cette époque, autant d’intérêt qu’à présent à voir apparaître dans ma vie ce petit cousin.

— Et pourquoi ?

— Parce que les circonstances sont très différentes maintenant, et je ...

Robert devina ce qu’elle essayait de lui expliquer et l’interrompit :

— Tes renseignements sont-ils susceptibles de te faire aboutir ?

— Oui, répondit Alice avec un lumineux sourire. Telle est la bonne nouvelle que je voulais d’annoncer ; je pense réellement retrouver ce petit ... s’il n’est pas mort, naturellement. Je suis sur une piste très sérieuse.

— Quelle genre de piste ? Questionna le jeune peintre fort intrigué.

— Permets-moi de ne rien te révéler encore. Je tiens à avoir toute ta gloire de ce succès si je réussis.

— En tout cas, use de moi si tu penses que je puisse te faciliter quoi que ce soit, insista Robert.

Alice protesta en riant :

— Non, non, affirma-t-elle, je saurai très bien me débrouiller toute seule. Ainsi, tu pourras être convaincu de mon innocence quant à la disparition du testament de l’oncle Julien.

— Tu n’as plus besoin de te défendre à ce sujet, murmura Robert en hochant la tête.

— Mon ami, je t’avais fait part de mon intention de céder ma part – comme, d’ailleurs, il est logique que je le fasse – à cet enfant. Mais tu pouvais penser que ce n’étaient que des paroles en l’air. Lorsque tu verras que j’exécuterai cette promesse, tu ne pourras plus douté de moi et c’est ce que je désire de toutes mes forces, car je tiens par-dessus tout à ton estime. Robert, parce que ...

Elle baissa la tête, essuya vivement de son minuscule mouchoir une larme qui roulait sur sa joue et acheva dans un murmure ...

— ... parce que tu sais bien ... que je t’aime !

— Ainsi, s’exclama Robert avec un accent teinté de reproche, tu ferais cette donation, non pour le bien de cet enfant, ni pour obéir aux dernières volontés de ton oncle, mais seulement pour te réhabiliter à mes yeux ?

— Non, pas seulement pour cela, mais pour tout ce que tu viens d’énumérer. Robert, répliqua-t-elle sans hésiter un seul instant ... (Elle se tut, puis reprit avec force) : Tu ne me connais pas bien encore, et ne peux imaginer la honte que m’a infligée la conduite de mes frères ; je donnerais le restant de ma vie pour leur faire avouer la vérité !

— Je ne tiens pas à l’argent, car il ne peut me donner le bonheur auquel j’aspire. Je ne désire plus que retrouver ce petit garçon, me séparer de mes frères et m’occuper de lui comme si j’étais sa mère ... Et comme je crois que je ne me marierai jamais, j’aurai ainsi la certitude de posséder une affection sincère, puisque qu’il est impossible de réaliser ce que nous avons promis à mon oncle sur son lit de mort, acheva-t-elle avec un accent si passionné que Robert en fut bouleversé.

— Ne parle pas de ces choses, je t’en prie, Alice, tu me fais trop mal ! S’empressa-t-il de répondre.

— Je maudis l’heure où tu as connu cette femme indigne de toi ! s’écria-t-elle, car elle est ta perte et fais mon malheur.

La belle fille était sincère en cet instant, et certaine également que, si Robert n’avait pas ressenti cette passion funeste pour Valérie, il l’aurait sûrement aimée.

Comme il gardait le silence, elle se rapprocha de lui, saisit son bras et le fixa avec un regard plein de désespoir en s’exclamant :

— Comment peux-tu me repousser pour cette femme malhonnête et criminelle ?

— Je ne te repousse pas, Alice. Nous ne pouvons être que bons amis, c’est tout, répondit-il en baissant tristement la tête.

— Tu trouves ? Je suis réellement bien sotte de m’abaisser comme je le fais et tu as raison de ne pas te soucier de moi. Aucune femme qui se respecte ne doit avouer son amour à un homme comme je l’ai fais, parce que c’était l’élan de mon cœur et que je pensais qu’un tel amour te toucherait ... Mais ma conduite ne mérite que mépris et ironie !

— Non, non, protesta Robert très gêné. Je puis te jurer que je suis très loin de penser de telles choses de toi et que, au contraire, je te suis très reconnaissant de ce sentiment qui m’émeut ... Qui sait ? Peut-être plus tard, lorsque l’amertume de cette cruelle désillusion sera un peu oubliée, peut-être pourrai-je venir à toi et te demander à genoux l’amour que tu me révèles aujourd’hui.

— Vois-tu Alice, en ce moment, je suis comme un malade qui ne désire que la mort pour mettre un terme à ses souffrances, car je ne connais aucun remède qui puisse les atténuer !

— Hélas ! Que te dire ! Murmura Alice avec chagrin.

— Je veux pourtant guérir ! reprit-il avec force. Je vais voyager, me distraire, chercher des dérivatifs auxquels je n’ai encore jamais passé.

— Et ta peinture ? Ton art ? s’écria-t-elle en le fixant tendrement.

— Je songerai à reprendre mes pinceaux une fois libéré de ce cauchemar. Maintenant, je ne pourrais rien faire de bon.

— Je t’aiderai, affirma-t-elle avec chaleur, et je saurai te faire oublier cette femme, je le jure ! Car c’est une misérable indigne de la moindre de tes pensées ... Elle est de nouveau en prison et sera certainement très sévèrement jugée !

Il sursauta en entendant ces paroles, mais garda le silence.

— Puisque tu m’as dit que tu es un malade, reprit Alice avec tendresse, je te soignerai. Peu m’importe la médisance des gens ; nous voyagerons ensemble comme frère et sœur ... et comme il te plaira ; je n’ai de comptes à rendre à personne sur ma conduite.

— Mais Alice ... essaya de protester le jeune homme, un peu effrayé.

— Laisse-moi parler ! Poursuivit-elle, de plus en plus exaltée. Je ne veux plus te quitter un instant ; je te suivrai comme ton ombre et je te protégerai. Tu es trop bon, trop confiant, si loin de toute réalité ! Tu n’as jamais aimé et la première femme qui a compté dans ta vie a su s’emparer entièrement de ton cœur, mais je saurai te délivrer d’elle.

Elle se tut, haletante, le fixant avec une tendresse désespérée dans ses yeux sombres, mais elle demanda, un peu plus calme :

— Quand penses-tu quitter Paris ?

— Je n’en sais rien encore, répondit-il en se passant une main sur son front, mais très vite, j’espère.

— Attends pourtant que j’aie résolu le problème de mon petit cousin et nous partirons ensemble, veux-tu ? Proposa-t-elle.

— Dis-moi donc ce que tu as découvert, je t’en prie !

— Non, je préfère garder encore le silence pour quelques temps.

— Mais en collaborant, nous irions certainement beaucoup plus vite.

— Aurais-tu des renseignements, toi aussi ? demanda-t-elle soudain.

— Oui.

— Alors, nous pourrions voir s’ils concordent.

— J’ai appris qu’il existe une artiste nommée Anna ayant un petit garçon d’une dizaine d’années.

— Tu l’as vue ?

— Non pas encore.

— Et pourquoi tardes-tu ?

— Parce qu’elle se trouve actuellement en tournée en Angleterre et ne rentrera en France que dans trois ou quatre jours. S’agit-il de la même piste que la tienne ?

— C’est possible. Je t’ai déjà dit que je tenais à ne rien dévoiler pour le moment. Et toi, penses-tu aller voir cette femme ?

— J’ai chargé un détective privé de le faire et d’effectuer toutes les démarches nécessaires, expliqua le jeune homme.

— Tu as donc entièrement confiance en lui ?

— Oui, car c’est un homme très habile et je lui ai promis en plus de ses honoraires, une très grosse somme en cas de réussite ce qui arrange souvent les choses.

— Me permettras-tu de la lui verser ? demanda-t-elle.

— Jamais de la vie ! Répondit-il avec fermeté. Car, si cet enfant était découvert et que, par-dessus le marché, tu lui remettes ta part d’héritage, je crois que tu te trouverais dans une situation loin d’être des plus brillantes ... si j’en crois ce qui m’a été rapporté.

— Peu importe ! fit-elle avec un haussement d’épaules. Je travaillerai pour vivre, voilà tout !

— Nous en parlerons en temps voulu, décréta Robert. En tant que tuteur de cet enfant, je ne consentirai jamais à ce que tu lui remettre entièrement ta part d’héritage, ce serait vraiment trop injuste. Ton oncle t’aimait beaucoup et t’a laissé aussi un capital assez conséquent.

— Ce qui compte avant tout, c’est ce petit ! s’écria la jeune fille avec un enthousiasme parfaitement joué. Fasse le ciel que je le retrouve ! Le reste n’a aucune importance.

— Tu n’apprécies pas beaucoup la richesse, à ce que je vois.

— Moi ? S’exclama-t-elle en éclatant de rire. Si j’y tenais, je ne m’en débarrasserais certes pas ainsi !

Ils se turent, échangeant de temps à autre un regard, toujours très tendre quand à Alice, qui espérait pouvoir enfin lire sur ces traits le sentiments qu’elle désirait, tout en pensant avec rage à cette Valérie, à cause de laquelle Robert refusait de répondre à ses avances.

Le jeune peintre lui avait bien dit combien il appréciait l’amour qu’elle lui témoignait, mais qu’importaient de tels propos ? C’était lui qu’elle voulait !

Emporterait-elle cette bataille engagée pour la réalisation de son désir ? Où tout s’écroulerait-il comme le lui avait laissé supposer Macaire ? Elle frissonna à cette pensée et ferma les yeux avec effroi. Non, elle ne devait pas permettre à un tel doute de l’effleurer ! Elle devait réussir à tout prix !

Quand à Robert, très ému par les paroles de la jeune fille, il ne savait plus que dire et décida de quitter la voiture avant qu’elle ne reparte. Il ouvrit la portière, ce qui fit sursauter Alice, perdue dans ses pensées.

— Tu me quittes déjà ? dit-elle sur un ton de reproche.

— Oui, Alice. Je te prie de m’excuser, mais j’ai quelque chose à faire de très pressé, expliqua-t-il avec embarras.

— Je crois deviner, répliqua-t-elle amèrement ; tu vas aller voir cette Valérie, n’est-ce pas ? Tu as dû obtenir du juge d’instruction l’autorisation de lui parler.

— Tu te trompes complètement et je te promets même de ne jamais plus la revoir ! Affirma-t-il avec élan.

— Alors, va ! S’écria-t-elle le visage radieux, et à bientôt, j’espère.

Elle le regarda s’éloigner jusqu’à ce qu’il disparut au coin de l’avenue. Alors seulement, elle démarra et se dirigea de nouveau vers la demeure de Macaire. Elle avait un renseignement trop important à lui communiquer pour la réussite de leur plan. Certainement, Anna, l’artiste, ne refuserait pas de les aider, et il fallait pour cela que Macaire la vit avec le détective mandaté par Robert.

( A SUIVRE LE 31 OCTOBRE )

 



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