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MOINEAUX SANS NID N° 70

19 Octobre 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

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70 REUNIS ENFIN !

La petite craignait à tout instant de voir apparaître Larme à l’œil. Aussi ayant vendu tous ses billets, elle décida d’aller se réfugier dans la « maison » de Pierrot, c’est-à-dire la fabrique abandonnée, dans la cour de laquelle elle avait laissé l’âne.

Même menacée de mort, elle ne serait pas retournée chez l’Araigne. Et si on l’y avait ramenée de force, elle se serait échappée de nouveau !

Il faisait un froid terrible et il commençait à pleuvoir. Pour rejoindre son refuge, la petite devait traverser un terrain vague. Brusquement, elle s’aperçut qu’elle s’était perdue. La pluie tombait de plus en plus fort ... Au moment où elle s’y attendait le moins, la fillette se trouva devant une villa isolée.

— Mais c’est la maison de mademoiselle Valérie ! s’exclama-t-elle. Si j’arrivais à y entrer, je dormirais dans un lit doux et bien chaud.

Elle s’aperçut à cet instant que toutes les portes et les fenêtres de la demeure étaient fermées.

— Il n’y a personne, évidemment ! Mademoiselle Labeille à tout fermé soigneusement puisqu’elle partait. De toute manière, si je ne peux pas entrer, j’irai dormir dans la remise. Et demain, je retrouverai bien la maison de Pierrot.

Elle fit le tour de la villa et arriva, toujours suivie du chien, près de la véranda. Cette véranda comportait de grands carreaux et Mireille savait que la porte ne fermait pas bien.

— En cassant une vitre, je devrais pouvoir ouvrir. Et si maintenant la maison appartient à l’Araigne, j’aurai plaisir à faire ça pour qu’elle soit obligée de payer un autre carreau !

Et elle fit ce qu’elle avait décidé ; elle ramassa un caillou et la lança sur une des vitres qui vola en morceaux. Puis, élargissant le trou pour ne pas se blesser, elle réussit à passer un bras à l’intérieur. Après quelques secondes d’efforts, il lui fut possible d’ouvrir la porte qui fermait mal. Aussitôt, elle entra dans la maison, se souvenant avec plaisir de la chaleur qu’elle y avait goûtée. Rien n’y était changé depuis la dernière fois qu’elle y était venue.

« Pauvre mademoiselle Valérie ! Pensait-elle avec émotion. Je ne comprends pas qu’on l’ait mise en prison, alors que l’Araigne et Larme à l’œil ne sont pas inquiétés. Demain, si on me le permet j’irai la voir. Sinon, je lui enverrai une lettre que je ferai écrire par un de ses amis. »

Elle passa alors dans la chambre où elle avait couché quand elle était venue dans la maison.

« Penser que je vais si bien dormir, alors que, peut-être, Pierrot couche dehors ! »

Tout en sommeillant ainsi, elle enlevait ses vêtements trempée, la pluie crépitait sur les carreaux, le vent soufflait avec rage et la maison inhabitée, était froide. La petite se coucha frissonnante, et s’enveloppa soigneusement dans les couvertures.

— Mon Dieu ! Si l’Araigne entrait maintenant et qu’elle me voit !

Le chien s’était couché au pied du lit, sur le tapis.

— Bonne nuit, Vaillant ! Puisque tu es là, je n’ai pas peur !

Elle avait à peine terminé ces mots que le chien se levaz et se dirigea vers la porte en grognant.

— Tais-toi, Vaillant ! Dors !

Mais au lieu d’obéir, l’animal allait et venait, inquiet, grondant toujours. Ses allées et venues semblaient vouloir obliger l’enfant à se lever et à ouvrir la porte. Mireille commença à avoir peur.

— Est-ce qu’il y aurait quelqu’un dans la maison ? Murmura-t-elle.

Elle se leva d’un bond et alla ferma la porte à clé. Alors elle entendit un gémissement étouffé.

— Oh ! Il y a quelqu’un ! Que j’ai peur ! Est-ce que ce sont des voleurs ?

Elle colla son oreille à la porte et entendit de nouveau le gémissement, tandis que, sans arrêt, Vaillant s’agitait et sautait comme s’il avait voulu sortir. La gamine leva sur lui une main menaçante.

— Tais-toi ! Ordonna-t-elle. « S’ils » nous découvrent, ils nous tueront !

Il y eut un bref silence, puis l’enfant entendit une étrange rumeur ; on eût dit que quelqu’un essayait d’ouvrir une porte sans clé.

— Ils veulent entrer ! Gémit-elle toute tremblante. Sainte Vierge, protégez-moi ! Faites qu’ils ne me tuent pas !

Le bruit continuait ... A la fin, Mireille se décida à sortir de la chambre pour découvrir la cause de ce bruit insolite. Le chien se précipita hors de la pièce et se mit à courir vers le corridor en aboyant.

Alors, la gamine entendit une voix étouffée qui criait :

— Au secours ! Ouvrez cette porte !

Mais elle restait immobile, comme paralysée, sans savoir que faire. Elle entendait le chien gratter contre la porte du cabinet de débarras ...

— Ouvrez ! Je suis en train de mourir ! Répétait la voix.

« Mais c’est la voix de Pierrot !» se dit Mireille en sursautant.

Le chien continuait d’aboyer et, courant jusqu’à la porte revenait vers elle, puis recommençait son manége. Alors, elle n’hésita plus ; elle enroula une couverture autour de son corps frêle et, bien que morte de peur, elle avança courageusement vers l’endroit indiqué par le chien ...

A travers la porte, Mireille entendait un peu de bruit. S’armant de courage elle demanda, d’une voix étranglée de frayeur :

— Qui est là ?

Pas de réponse ! Seul un coup sourd, semblable à celui que fait un corps en tombant à terre, parvint aux oreilles de l’enfant apeurée.

— Vous avez besoin d’aide ! Qui êtes-vous ! Que faites-vous enfermé ici ?

Telles furent les questions successives que posa la fillette devant la porte. Seul, un gémissement lui répondit. D’une voix tremblante, elle se décida enfin à tourner la clé et à entr’ouvrir la porte.

— Qui est là ? Demanda-t-elle encore avant d’ouvrir tout à fait.

Elle entendit un murmure incompréhensible et se décida alors à pousser le battant. Un cri de surprise jaillit aussitôt de ses lèvres :

— Pierrot !

En effet, celui qui gisait à terre, les yeux mi-clos, pâle comme un mort, la bouche entr’ouverte, les mains crispées c’était Pierrot ! De temps en temps son corps avait des soubresauts étranges.

— Pierrot ! Pierrot ! Gémit la petite. Mon Pierrot, qu’as-tu ?

Les lèvres du petit garçon remuèrent.

— De l’eau ! Murmura-t-il dans un souffle.

Mireille s’en fut en courant remplir une bouteille au robinet de la cuisine. Sans perdre un instant, elle revint.

— Tiens, Pierrot, bois ! C’est de l’eau ! Lui dit-elle, tremblante d’anxiété. Mais que fais-tu ici ? Mon Dieu ! Si je n’étais pas arrivée à temps !

A la vue de la bouteille, le pauvre enfant se redressa et l’arracha presque des mains de sa petite amie. Il but avec une telle avidité que la moitié au moins coula sur ses vêtements. Pendant ce temps, Mireille pleurait ; sa peine était immense ... A genoux à côté de Pierrot, elle lui caressait la tête, lui embrassait le front, à la fois folle de joie et d’anxiété.

— Assez, maintenant ! Cela pourrait te faire du mal ! Lui recommanda-t-elle, effrayée de tant d’avidité.

Et elle lui prit la bouteille des mains.

Le prisonnier la regarda alors, stupéfait.

— Mireille ! S’exclama-t-il. C’est toi ? C’est bien toi ?

— Oui, mon Pierrot, c’est bien moi, ta petite sœur qui est là ! répondit la fillette, riant et pleurant tout à la fois.

Elle faisait des efforts désespérés pour le relever mais n’y parvenait pas.

— Mais qu’as-tu ? lui demanda-t-elle.

— Tout est fini pour moi !... répondit le malheureux gosse.

— Non ! Non ! S’écria la petite. Pourquoi dis-tu cela ? Tu ne peux plus te relever ?

— Je crois que si ... Cela va déjà mieux ... Maintenant que j’ai bu ... J’allais mourir de soif !... Je suis enfermé ici depuis si longtemps !

— Mais qui a pu t’enfermer ainsi ?

— C’est Jean ! L’assassin !

— Celui qui a perdu mademoiselle Valérie ?

— Oui, lui-même !

— Et pourquoi t’a-t-il enfermé ici ?

— Est-ce que je sais, moi ? Pour que je ne parle pas, peut-être ...

— Parler de quoi ?

— De ce que je l’ai surpris.

Il reprenait ses esprits peu à peu. Maintenant, il arrivait même à sourire, rassuré par la présence de Mireille.

— Et toi, où étais-tu ? demanda-t-il.

— Je te le dirai plus tard. Pour l’instant, il s’agit de s’occuper de toi. Allons, lève-toi et va te reposer dans un des lits de la maison.

Pierrot se leva avec difficulté ; sans l’aide de sa petite amie, il n’y serait certainement pas parvenu.

— Te rends-tu compte de ce qui m’est arrivé ! Murmura-t-il.

— Tu vas me raconter tout ça car je n’y comprends rien !

Elle l’accompagna jusqu’à la chambre de Valérie. Elle voulait qu’il se mette au lit, bien que celui-ci fut défait, puisque Jean Marigny y avait dormi.

— Déshabille-toi, conseilla-t-elle. Dans un lit comme ça, on ne se couche pas en pantalon et en béret !

— J’ai faim, Mireille ! Fut la réponse laconique de Pierrot.

— Tu n’as pas mangé, non plus ? fit-elle stupéfaite.

— Quelques raisins secs noirs, c’est tout. N’y aurait-il pas quelque chose à la cuisine ?

— Le frigidaire était plein, mais tout cela a dû disparaître, la mère Picquet l’a certainement pris.

— Mais qu’à donc à voir cette vieille sorcière dans cette maison ?

— Elle lui appartient maintenant. Je te raconterai cela plus tard ... Pour le moment, je vais essayer de trouver quelque chose.

Elle s’éloigna en courant. Quelques instants plus tard elle revenait, avec un morceau de fromage et une poignée de figues sèches.

— Regarde ce que j’ai trouvé !

Pierrot se précipita sur le fromage qu’il engloutit sans même prendre le temps de retirer la croûte. Il mangea les digues avec la même avidité. La petite le regardait avec étonnement. De grosses larmes coulaient de ses yeux. Mais c’était la joie d’avoir retrouvé son grand frère. Et maintenant, elle était bien décidée à ne plus jamais se séparer de lui.

L’estomac quelque peu rempli Pierrot s’endormit. Mireille s’allongea à côté de lui, mais elle ne put dormir de la nuit ; elle était trop occupée à veiller sur son ami.

Devant la porte, le chien montant la garde, à l’extérieur le mauvais temps continuait. Mais pour les deux enfants, serrés l’un contre l’autre sous la couverture la seule chose qui comptait c’était de s’est retrouvés ...

( A SUIVRE LE 22 OCTOBRE )

 

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