MOINEAUX SANS NID N° 67
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67 – RIEN N'EST ARRIVE . . .
Valérie Labeille resta donc en compagnie de la jeune femme qui la regardait fixement ... Elle lui demanda enfin :
— Qui êtes-vous, Mademoiselle ?
— Une amie de monsieur Descombes. Et vous ?
— Je suis sa belle-fille.
— Alors, vous devez connaître Jean ? questionna Valérie après quelques secondes d’hésitation.
— Qui est Jean ?
— Comment ? Vous ne le connaissez pas ? Il a quitté cette pièce il y a quelques instants.
— Mais il ne s’appelle pas Jean !... Je le connais sous le nom de René.
Valérie se tut ; il ne faisait pas de doute que l’on avait caché à cette jeune fille que l’homme qu’elle connaissait était Jean Marigny.
— Pourquoi êtes-vous ici ? demanda la jeune fille brune.
— Je suis venue demander un renseignement à votre beau-père.
— Ah ! Vous aussi, vous vous intéressez à la science ?
— Oui, cela m’intéresse ! répondit Valérie qui ne voulait pas se trahir.
— Quelle belle chose que la science ! (Et, sans transition, elle ajouta) : Savez-vous pourquoi René s’est déguisé en vieillard pour partir ? Cela me paraît étrange. Aurait-il fait quelque chose de mal qui l’obligerait à se cacher ?
— C’est un grand ami de votre beau-père, n’est-ce pas ?
— Oui, Mademoiselle. Mon beau-père s’intéresse à lui. Quand il était riche, il lui donnait beaucoup d’argent. Maintenant qu’il n’a plus rien, il fait quand même ce qu’il peut pour l’aider.
— Savez-vous comment est née cette étrange amitié ?
— Oui, Mademoiselle, mais c’est un secret ! On m’a défendu d’en parler.
— Oui, mais pour moi, c’est différent ! Assura Valérie.
— Non ! Je n’en dirai rien, ni à vous, ni à personne ! C’est un secret scientifique ! Une découverte que nous avons faite à nous trois !
Valérie Labeille la regarda, stupéfaite, avant de demander.
— Vous aussi ?
— Oui ; c’est même surtout moi ! Assura-t-elle. Sans moi, ils n’auraient rien pu faire ...
— Je ne comprends pas ...
— Vous comprendrez bientôt car mon beau-père, René et moi nous allons devenir célèbres.
La fille de Michel Labeille crut avoir affaire à une folle et décida de ne plus rien dire jusqu’au retour de Descombes. Celui-ci d’ailleurs, ne tarda pas à revenir. Il était pâle, mais paraissait calme.
— Ce n’est rien, déclara-t-il en s’efforçant de sourire d’une façon rassurante. Je n’ai rien trouvé, rien appris.
— Et le cri ? demanda Valérie, peu convaincue.
— Ne vous inquiétez pas. Puisque je vous dis qu’il ne s’est rien passé ... Vous pouvez vous en aller si vous voulez.
— Je reviendrai vous voir comme convenu.
Descombes réfléchit un instant et décida :
— Il vaudrait mieux que ce soit moi qui aille vous voir. Vous habitez toujours là-bas ?
— Non Monsieur, cette maison ne m’appartient plus hélas !
— Quel malheur ! Pauvre Valérie ! Vous avez été la plus malheureuse des victimes de cet homme.
— Et encore vous ne savez pas tout ...
— Si, je sais tout ! Dites-moi où je puis vous voir.
Valérie lui donna sa nouvelle adresse et partit.
Rentrée à Paris, Valérie dut se coucher ; elle avait très froid et grelottait de fièvre.
Le lendemain matin, un cantonnier découvrit dans une allée déserte un homme qui paraissait mort. Il alla prévenir les gendarmes ... On ne devait pas tarder à découvrir que cet homme était un inspecteur de police. Il avait reçu une horrible blessure, mais il respirait encore. Bien qu’on n’espérât plus le sauver, on essaya quand même.
Cet homme était l’inspecteur qui avait été chargé de « filer » Valérie Labeille. Au moment ou le malheureux ouvrirent les yeux, le juge d’instruction immédiatement appelé, s’empressa de lui poser cette première question :
— Qui est-ce ?
Les lèvres du moribond remuèrent imperceptiblement, le magistrat se pencha et approcha son oreille de la bouche du blessé. Il entendit distinctement :
— Jean Marigny.
Ce furent là les dernières et seules paroles que le malheureux inspecteur pu dire sur l’agression dont il avait été victime. C’était fini !...
Mais n’oublions pas que la police savait que l’inspecteur avait suivi Valérie Labeille depuis sa sortie de prison. Elle pensa donc que celle-ci connaissait le refuge de Jean. Aussi, imagina-t-elle les faits suivants ; l’agent avait voulu arrêter les deux amants et ceux-ci s’étaient défendus ...
Comment Valérie ferait-elle admettre que ce n’était pas Jean qu’elle était venue voir, et qu’elle ignorait totalement se nouvel assassinat ? Tout l’accusait ! Il faudrait l’intervention d’un miracle pour qu’elle puisse sortir de cet horrible bourbier !
Le lendemain de sa visite à Descombes, la jeune femme ne put se lever ; elle avait une forte fièvre. Tant de malheurs s’étaient déjà abattus sur elle qu’elle n’avait plus de résistance.
Vers dix heures, un inspecteur se présenta avec un mandat d’amener ; le juge voulait entendre Valérie Labeille. Apprenant cela, la patronne de la pension dit au policier :
— Je connais peu cette personne. Allez dans sa chambre et arrangez-vous avec elle.
L’inspecteur entra dans la chambre de Valérie.
— Vous êtes bien Valérie Labeille ? demanda-t-il.
— Oui, répondit-elle d’une voix imperceptible.
— Alors, veuillez me suivre ! Levez-vous, habillez-vous et venez ! Le juge d’instruction vous attend.
— Je suis horriblement malade ! Je ne peux pas me lever !
— Faites un effort, il le faut !
— Je ne peux pas, je vous assure ...
Il suffisait de la regarder pour se rende compte qu’elle disait vrai. L’inspecteur sortit de la chambre et alla trouver la patronne de la pension.
— Vous êtes responsable de cette personne. Faites en sorte qu’elle ne quitte pas sa chambre. Un médecin va venir la visiter afin de m’assurer qu’elle est réellement malade.
— Emmenez-là à l’hôpital ! Je n’en veux plus chez moi !
— C’est le juge qui décidera.
Deux heures plus tard le juge se présentait à son tour. Il était accompagné d’un greffier et d’un médecin.
Ce dernier examina la malade et déclara, que, en effet, elle ne pouvait quitter la chambre.
— Puis-je quand même procéder à un interrogatoire ? demanda le magistrat.
Ce fut Valérie elle-même qui fit un signe affirmatif. L’interrogatoire commença donc.
— Vous êtes-vous rendue auprès de Jean Marigny ?
— Non.
— Ignoriez-vous qu’il se fût réfugié dans cette maison ?
— Oui, je l’ignorais.
— Pourquoi y êtes-vous allée, alors ?
— Pour voir un ami de Jean Marigny.
— Dans quel but ?
— Je voulais lui demander s’il connaissait quelque autre personne sur laquelle cet individu aurait exercé son pouvoir magnétique.
— Jalouse ! Insinua le juge.
Valérie nia énergiquement. Le magistrat réfléchit et continua :
— Comment s’appelle cet ami ?
— Descombes.
— Dites-moi exactement ce qui s’est passé entre lui et vous.
La malade fit un bref récit de ce qui était arrivé chez monsieur Descombes.
— Vous avez donc pu voir Marigny ? Observa le magistrat.
— En effet !
— Il est sorti un peu avant le cri, n’est-ce pas ?
— Oui, monsieur le juge, Descombes est sorti pour s’informer, mais il est revenu presque immédiatement, affirmant que rien ne s’était passé ... Après s’être mise d’accord avec lui pour nous rencontrer de nouveau demain, je suis partie.
— Pourquoi devez-vous revoir cet homme ?
— Pour connaître la réponse à la demande que je lui ai faite ... En revenant, j’ai dû marcher sous la pluie et j’ai pris froid. Je suis rentrée malade.
— J’espère que cela ne sera pas grave. Soignez-vous et vous serez vite sur pied. Je ne vous interrogerai pas plus longtemps pour ne pas vous fatiguer. Mais sachez, toutefois, que vous devez vous considérez en état d’arrestation ...
— Pourquoi ?
— Ignorez-vous donc que, tout près de la maison où vous vous êtes rendue, on a retrouvé le corps d’un inspecteur, mortellement blessé !
— Oh ! Alors, le cri ...
— Oui, c’est l’inspecteur qui sur mon ordre, vous avait filée depuis votre sortie de prison. Je me doutais bien que, à peine libre, vous rejoindriez votre amant !
— Non, non ! s’écria Valérie, au comble de l’angoisse.
— Nous reparlerons de tout cela, lorsque vous serez guérie, conclut le magistrat. En attendant, n’essayez pas de fuir, ce serait inutile ; deux agents resteront en permanence devant la porte de la maison.
— Oh ! Monsieur ! Murmura la malheureuse. Laissez-moi mourir ! Je n’en peux plus !
— Bah ! fit le magistrat, en secouant la tête. Soignez-vous, soignez-vous ...
Et ils sortirent tous.
De retour à son bureau, le juge d’instruction avait donné des ordres pour l’arrestation de Descombes. Mais il était trop tard. En effet, quand les agents qui en avaient été chargés, arrivèrent chez lui la maison était vide ; Descombes et sa belle-fille avaient disparu ...
A cette nouvelle, le juge fit demander à Robert Montpellier de se présenter pour un nouveau témoignage. Le peintre ne tarda pas à arriver.
— Vous m’avez fait appeler, Monsieur le juge ?
— Asseyez-vous, monsieur Montpellier, dit le magistrat en lui désignant un siège.
Le jeune homme obéit en silence, mais impatient de connaître le motif de cette convocation. Le juge l’observa attentivement pendant quelques instants. Les sourcils froncés et le regard sévère, puis il demanda :
— Vous avez attendu, dans la rue, la sortie de mademoiselle Labeille ?
— Oui monsieur.
— Lui avez-vous parlé ?
— Non. J’ai voulu savoir si ce qu’on n’avait dit d’elle était vrai et je l’ai suivie.
— Bien. Et jusqu’où vous a-t-elle mené ainsi ?
— Jusqu’à une maison isolée dans la grande banlieue. Quand j’ai vu où elle allait, j’ai été persuadé qu’elle cherchait Jean Marigny et, édifié, j’ai renoncé à m’occuper d’elle.
Le magistrat ferma à demi les yeux tout en le fixant plus intensément encore.
— Et comment saviez-vous que Jean Marigny était là ?
— Parce que je l’avais vu dans une auberge du pays, le matin même.
Le juge tressaillit.
— Comment ? s’exclama-t-il stupéfait. Et vous ne l’avez pas dénoncé immédiatement ?
— Non, parce que, en échange de ma promesse de taire sa présence en cet endroit, j’ai obtenu qu’il écrive la lettre que vous avez dû recevoir.
Le regard du magistrat se fit plus sévère encore.
— Cette lettre n’a aucune valeur, étant donné qu’elle a été écrite sous la menace et peut-être la violence !
Le peintre soupira profondément.
— Je ne sais pas ... J’avais alors, une foi aveugle en Valérie et je croyais qu’elle était vraiment telle qu’elle me l’avait laissé supposer.
— Et maintenant, vous ne le croyez plus ?
— Ceci est mon affaire, Monsieur le juge. En tout cas, j’ai pris la détermination de l’abandonner à son sort. J’étais sur le point de partir quand j’ai vu sortir un vieillard de la maison où elle était entrée ... Dans ce vieux, je n’ai pas tardé à reconnaître Marigny. En se voyant découvert, il m’a sauté dessus, mais je l’ai envoyé rouler à terre d’une bourrade et je me suis jeté dans le taxi qui m’avait amené et qui m’attendais.
— Marigny était seul ?
— Je n’ai vu personne d’autre, sauf le policier qui, passant près de moi m’a dit avec un sourire : « Vous êtes convaincu maintenant ! »
— Vous n’avez pas entendu crier ?
Robert secoua la tête.
— Non ... Et maintenant, Monsieur, vous m’obligeriez en me tenant désormais à l’écart de votre affaire. Je ne sais rien et ne veux plus en entendre parler.
Le magistrat le fixa de nouveau mais un peu ironiquement cette fois. Il feignit de s’occuper des rapports qu’il avait devant lui, les réunit dans un dossier et les mit dans un tiroir, puis il reprit :
— Je comprends, je comprends ! C’est dur, quand on est honnête homme, de se trouver mêlé à une affaire de ce genre. Vous pouvez vous retirer, monsieur Montpellier. Je ferai en sorte de vous tracasser le moins possible !
Puis comme Robert se levait, il ajouta :
— Toutefois, Monsieur, n’oubliez pas que tout citoyen à le devoir strict de collaborer avec la justice, dans la mesure de ses possibilités.
Le peintre le salua et se retira. En sortant du tribunal il se disait : « Je vais partir aujourd’hui même sans laisser d’adresse. Je ne veux plus entendre parler de cette femme ! »
Mais de retour chez lui, il se laissa tomber dans un fauteuil et le visage dans ses mains, il pleura les larmes les plus amères de sa vie ...
( A SUIVRE LE 13 SEPTEMBRE )