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MOINEAUX SANS NID N° 63

28 Septembre 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

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63 GEORGES BERTIL

Peu après, Robert et Alice descendaient de voiture devant une maison de la rue Saint Denis. Au deuxième étage, un homme d’un peu plus de trente ans les attendait. C’était un personnage à l’air distingué, de belle prestance, très affable et courtois. Alice fit les présentations :

— Monsieur Robert Montpellier  ... Monsieur Georges Bertil.

— Monsieur Montpellier, dit Bertil, je désire avant tout m’excuser, ou, pour mieux dire, me justifier pour un geste qui pourrait me discréditer à vos yeux ... Je vous prie de me laisser parler car je ne voudrais pas être mal jugé par vous. Je dois vous avertir que je suis uni à Alice et à ses frères par une longue amitié.

— Mademoiselle me l’a déjà dit, murmura Robert, dont les mains trahissaient la grande agitation de son âme.

— Eh bien ! reprit Bertil, je vous confesse qu’hier, nous parlions Alice et moi, de ce crime de la rue Lakanal, et je commis l’imprudence de lui dire que j’avais été lié d’une étroite amitié avec mademoiselle Valérie Labeille. Je lui parlai des déboires que m’avait apportés cette liaison ...

— Alors, Alice me raconta tout, absolument tout ce qui c’était passé entre elle et vous ; en particulier la grande ... estime en laquelle elle vous tient et la passion que vous avez conçue pour Valérie. Et elle me pria de lui confier l’unique lettre que j’avais conservée de cette femme.

— Je refusai d’abord ; il n’est pas galant de laisser lire les lettres qu’on reçoit de sa maîtresse. Mais Alice insista tant en m’assurant que c’était pour vous sauver, qu’à la fin, je me rendis et lui donnai cette lettre. Jugez-moi comme vous le voudrez ... Mais, j’ai considéré de mon devoir d’aider à vous mettre en garde contre le manège d’une femme qui peut ruiner toute une vie d’honnêteté et de travail.

— Voici ce que je voulais vous dire, avant tout. Je crois que c’était mon devoir et que je ne suis tenu à aucune considération envers une femme qui, par son genre de vie, se retrouve en prison. Maintenant, je suis prêt à répondre à toutes les questions que vous désirez me poser.

Dérouté, étourdi, le cœur brisé Robert se borna à dire :

— Vous me donnez votre parole d’honneur que cette lettre est de Valérie Labeille ?

— Certes, Monsieur. Vous avez ma parole !

— Etiez-vous au courant des relations de Valérie avec Jean Marigny ? demanda encore le peintre.

— Hélas ! Oui ! Vous ne pouvez imaginer combien j’ai souffert ... Oh ! Combien je fus aveugle ! Je la croyais liée à l’autre par l’intérêt seul, puis je vis clair ; c’était tout le contraire ! C’était moi qui donnais l’argent et l’autre qui le dépensait car elle était folle de lui !

— Quand je fus convaincu de cela, je rompis avec elle. Il me fallut une volonté extraordinaire mais je réussis et ce fut mon salut ... Et je m’aperçus alors que cet amour m’avait conduit aux portes de la ruine !

— Pour en finir, Monsieur, et sans n’avoir aucun titre à le faire, je vous conseille de ne plus vous occuper de cette femme. Par expérience, je connais sa séduction ; je sais comment elle sait feindre la bonté et pleurer de vraies larmes, tandis qu’en elle-même, elle rie et se moque de vous !

— Mon Dieu ! Je ne peux pas croire cela !... C’est impossible ! Balbutia Robert, le visage couvert d’une mortelle pâleur.

— Monsieur Montpellier, vous êtes absolument libre d’agir comme vous le jugez bon, mais je vous souhaite d’être assez fort pour éviter une catastrophe ... Vous êtes trop passionné. Quand vous la reverrez, quand vous lui parlerez de moi, Valérie vous persuadera que je suis un imposteur et une canaille ... Mais moi, j’ai la conscience tranquille.

Robert le regardait, les yeux pleins d’une immense douleur ; puis il parvint à articuler :

— Pardonnez-moi si quelqu’une de mes paroles a pu vous offenser.

— Il ne s’agit pas de cela ! L’amour est aveugle et ne raisonne pas. En ce moment, vous n’êtes pas en mesure de réfléchir à ce que vous dites. Courage, mon ami ! Prenez une décision énergique et suivez-là. Sinon, vous êtes perdu !

— Ne pourriez-vous me confier cette lettre ? demanda Robert.

— Ah ! Non ! S’écria l’autre. Comprenez que c’est impossible ! Rendez-là moi, Alice que je la détruise ! (Il se tourna vers le peintre en ajoutant) : Je vous prie de ne pas dire que je vous l’ai montrée, monsieur Montpellier.

— A elle, si ! Riposta sourdement le malheureux.

— Vous pourrez le lui dire à elle, cela n’a pas d’importance ; mais je ne voudrais pas que d’autres sachent que Georges Bertil montre les lettres d’amour qu’il reçoit !

Alice lui rendit la missive qu’il déchira en menus morceaux.

— Maintenant, Monsieur, la meilleure chose que vous puissiez faire, c’est de ne rien dire à Valérie de tout ceci et de ne plus vous occuper d’elle.

Robert salua l’homme sans lui tendre la main et sortit de la maison, le cœur brisé, la tête perdue, tremblant de fièvre ...

A peine était-il sorti qu’une porte s’ouvrit et Paul Macaire apparut.

— Très bien ! Très bien ! S’exclama-t-il en serrant les mains de Bertil et d’Alice. Tout s’est passé à merveille.

— Eh bien ! Maintenant, donnez-moi ce dont nous étions convenu, grogna Bertil.

Paul Macaire sortit de sa poche une liasse de billets de banque et la remit au « gentilhomme ».

— Ca, c’est ma part, fit Georges, après avoir soigneusement vérifié le compte. Mais il me faut ce qui revient au faussaire qui a fabriqué la lettre !

— C’est vous qui devez le payer ! répondit sèchement oncle Judas.

— Non ! Non ! C’est vous que cela regarde ! Assura le coquin.

— Mais c’est vous qui l’avez écrite, cette lettre !

— Je vous assure que vous faites erreur.

Devant cette insistance, Paul Macaire céda.

— Bien, soupira-t-il. A combien estimez-vous le prix de cette fausse lettre ?

— Cent mille francs, lança Bertil, sans hésiter.

L’oncle Judas sursauta.

— Oh ! S’écria-t-il avec colère, c’est beaucoup pour écrire une lettre, vous ne trouvez pas ?

— Pour écrire une lettre, peut-être ... mais, avant il a fallu s’emparer d’une autre lettre et la remettre à sa place. Cela vous semble trop ? C’est une misère à mon avis !

— Payez-le ! Intervint Alice à ce moment.

Paul Macaire obéit en grommelant et compta la somme au jeune homme qui l’empocha aussitôt. Peu après, Alice sortit de la maison rayonnante de joie. « Il sera à moi ! Il sera à moi ! » se répétait-elle, en descendant l’escalier.

Restés seuls, les deux hommes riaient de compagnie ...

— Bonne affaire ! Fit l’oncle Judas, en se frottant les mains ...

— Vous êtes pire que le démon, pour monter des trucs comme celui-ci ! Mais je vous recommande le silence le plus absolu. Je ne voudrais pas que mon nom ...

— Et le mien ? dit Paul Macaire, en le regardant avec ironie.

— Nous sommes des gens honnêtes, personne ne peut le nier et, comme tels, nous allons nous offrir un fameux dîner.

— C’est vous qui invitez, alors ?

— Ma foi, oui ! Une fois n’est pas coutume !

 

( A SUIVRE LE 1 OCTOBRE )

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