Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

MOINEAUX SANS NID N° 49

17 Août 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

p { margin-bottom: 0.21cm; }

49 LE PERIL N'EST PAS PASSÉ

 

Ce même soir, Alice et ses deux frères se réunirent, Anselme et Jacques fumaient tranquillement, apparemment très satisfaits. Alice, au contraire, nerveuse et agitée, arpentait la pièce. De temps en temps, elle s’approchait de la porte et prêtait l’oreille pour s’assurer que personne n’était à proximité pour épier leur conversation.

— Nous avons gagné sur toute la ligne ! déclara Jacques.

— Pas encore ! répondit sa sœur.

— Comment pas encore ? protesta Anselme. Qui pourrait donc apporter la preuve que l’oncle a fait un autre testament ?

— Vous n’avez fait que des bêtises et je ne réponds pas des conséquences qu’elles pourraient avoir !

Anselme haussa les épaules et la regarda sans douceur.

— Nous avons peut-être fait des bêtises, murmura-t-il, mais en attendant, nous sommes les héritiers légitimes et personne ne peut dire le contraire !

Alice s’arrêta devant eux et les regarda sévèrement :

— Et Robert Montpellier ? demanda-t-elle.

— Bah ! s’exclama Jacques.

— Il ne peut plus rien faire ! assura Anselme. Il a déjà fait tout ce qu’il pouvait !

— Et on a vu le résultat ! conclut son frère.

— Il s’est rendu ridicule ! ajouta Anselme.

— Personne ne croit à son histoire ! renchérit Jacques.

— Sottises, tout cela ! Vous ne dites que des sottises ! Vous ne connaissez pas Robert et ce dont il est capable !

— Excuse-moi, Alice, mais ce n’est pas parce qu’il te plait qu’il est forcément un homme supérieur !

— Ca suffit ! cria Alice d’une voix dure, tandis que ses yeux brillaient de colère. Sans moi, tout serait à l’eau ! Si l’oncle n’était pas mort, justement la nuit où cela est arrivé, qui nous prouve qu’en ce moment Pierrot ne serait pas à ses côtés ? Mais il devait mourir la nuit en question ... et il est mort ?

Les deux frères échangèrent un regard épouvanté.

— Voudrais-tu dire que c’est toi qui ... ? hasarda Anselme sans oser achever sa phrase.

— Silence, imbécile ! Ces choses-là ne se disent pas ! Revenons à ce qui nous occupe.

— Ce qui compte, c’est que le testament n’existe plus ! fit Anselme.

— Mais ce n’est pas le cas du fils !

— Et alors ?

— En effet, intervint Jacques. Où peut-il être maintenant ? Et que peut-il faire ?

— Lui seul, probablement rien ! reconnut Alice. Mais si Robert Montpellier met la main sur lui ...

— Je me moque pas mal de l’un et l’autre ! déclara Jacques en haussant les épaules.

— Même s’ils peuvent prouver que le gosse est le fils de l’oncle, dans le testament valable – le seul connu – il n’est même pas fait mention de son existence ! Affirma Anselme d’un ton assuré. Tu peux être tranquille, petite sœur, nous n’avons rien à craindre.

— Tu es dans l’erreur, cher petit frère !

— Eh bien ! Dis-nous donc alors où se trouver le danger ?

— Dans les bêtises que vous avez faites ! Dans votre façon de poursuivre Pierrot au lieu de le laisser continuer tranquillement sa vie d’enfant des rues ! Sans cela, il ne se serait jamais douté de quoi que ce soit !

— Il fallait bien s’en emparer ! Riposta Anselme.

— Mais là, justement, la plainte de Robert trouve un fondement ; il ne manque pas de preuves de l’enlèvement de Pierrot !

— Comment cela ?

— Tu es vraiment obtus ! D’abord, le gosse lui-même, ensuite celui que vous avez vu à Pantin et, surtout Mireille sont sous témoins du fait que vous l’avez enlevé ... Pour finir, Juliette et son mari peuvent dire ce qu’ils savent. En un mot, vous avez laissé de nombreuses traces et il est encore prématuré de chanter victoire !

Les visages des deux frères s’assombrirent.

— Et toutes ces personnes apportent leur témoignage pour appuyer la dénonciation de Robert Montpellier, connu lui-même pour son honnêteté, sa plainte deviendra redoutable pour nous.

— Ils ne pourront rien prouver ! assura Jacques.

— Comment ? Mais tu ne comprends donc pas ? Vous êtes donc aussi inconscients l’un que l’autre ? s’exclama la jeune femme furieuse. Et puis, reprit-elle, il y a encore l’histoire de Mireille. Qu’allons-nous faire d’elle ?

Elle prit une cigarette, l’alluma et continua :

— Il serait sage de l’éloigner ! Cette gamine a vu et entendu trop de choses ; elle est plus dangereuse encore que son petit compagnon.

— Et si nous l’enfermions pour toujours dans le pavillon de chasse ? Proposa Anselme.

Alice secoua la tête négativement.

— Non ! Ce ne serait pas prudent ! Il nous faut trouver autre chose !

— J’ai une idée ! s’exclama Jacques.

— Parle, nous t’écoutons !

— Ramenons-là tout simplement chez la mégère qui la faisait « travailler »

— C’est bien la dernière chose à faire ! Protesta Alice. La petite raconterai tout ce qu’elle sait et la vieille aurait des soupçons !

— Alors, le mieux est d’en finir une bonne fois avec elle, suggéra Jacques. Allons la chercher, nous la laisserons s’échapper et puis ...

— Et puis quoi ?

— Un accident est si vite arrivé ... On en voit tous les jours dans les journaux.

Cette fois, ce fut Anselme qui fit « non » de la tête.

— Cela ne te parait pas la solution définitive ? lui demanda son frère.

— Je préfère un accident qui reste ignoré à jamais ! dit le marquis. Une petite fille qui disparaît cela arrive, surtout à Paris.

Alice haussa les épaules.

— Ce n’est pas possible ! As-tu vu de quoi Juliette est capable ? Or, elle a vu Pierrot, ensuite Mireille ... Non, il faut trouver autre chose !

— C’est vrai, admit le marquis. Juliette et son mari savent beaucoup de choses !

— Alors que faut-il faire, pour que l’héritage ne puisse être contesté ? fit Jacques.

— Nous trouverons bien quelque chose ! assura Anselme.

— C’est tout de suite qu’il faut trouver ! s’exclama Alice. Le danger peut se préciser d’un instant à l’autre ; Pierrot, Mireille, Juliette, l’autre gosse, l’agent ...

— Nous affirmerons que nous n’avons voulu que protéger et sauver Pierrot par sympathie et que nous avons dû le faire contre sa volonté ! Suggéra le marquis.

— Et pour la petite ?

— Nous dirons la même chose. Nous ajouterons qu’ils avaient l’air de tant s’aimer que nous n’avons pas eu le cœur de les séparer !

— Mais si la gamine raconte ce qu’elle a vu et entendu ?

— Il nous suffira de nier énergiquement ... Crois-moi, ma chère Alice, nous n’avons rien à redouter. Nous avons réussi à capter l’héritage de l’oncle et personne ne pourra nous l’enlever ! Cette immense fortune est bien à nous !

— Nous pouvons dire que nous avons été malins ! fit cyniquement Jacques.

— Oh ! Pour ce qui est de s’approprier un héritage, on ne trouve pas plus forte que nous ! Renchérit sa sœur avec encore plus de cynisme. Cependant, n’oublions pas que nous avons une décision à prendre au sujet de Mireille.

— Je pense que le mieux serait d’aller la chercher et de l’emmener loin d’ici ! Proposa le marquis.

— Mais où ? demanda Alice.

— A Zurich ... ou à Londres, par exemple !

— En y réfléchissant, peut-être serait-il bien plus simple et plus sûr de la ramener à Paris. Moins nous nous agiterons moins nous risquerons de faire naître des soupçons !

— Tu as peut-être raison, dit alors Alice. De toute façon nous avons la nuit pour réfléchir et prendre une décision.

Le notaire m’a dit que nous entrerions en possession de l’héritage très prochainement, précisa le marquis.

— Et nous serons riches, très riches ! s’écria son frère en se levant et esquissant un pas de danse.

— Ce ne sera pas trop tôt ! Nous en avons grand besoin. Quand on pense aux dettes que nous avons ... ajouta Anselme.

— Nos créditeurs ne vont pas tarder à se montrer ! Pronostiqua Alice.

— Il serait préférable de ne pas les attendre et de les inviter les uns après les autres à venir se faire régler. Cela attirerait moins l’attention sur notre ancienne situation.

Peu après, Alice se trouvait seule. Ses frères étaient si heureux qu’ils n’avaient pu rester à la maison. Ils étaient sortis pour rejoindre des amis.

— Allez ! Allez ! S’était écrié la jeune femme. Vous n’avez pas d’inquiétude parce que vous n’avez pas conscience de vos actes. Vous ne voyez pas le danger. Il n’en est pas de même pour moi !

Tout ceci se passait dans la maison qui avait été celle de Julien Delorme. Les domestiques s’étaient retirés pour la nuit. Un profond silence régnait.

Assise dans le petit salon contigu à la chambre du mort, la jeune fille restait là, pensive. Que se passait-il dans l’âme de cette femme perverse ? Méditait-elle quelque nouvelle machination ? En réalité, la jeune femme à cet instant, pensait à l’amour qu’elle éprouvait pour le peintre et qui la consumait.

« Est-il donc perdu pour moi ? se demandait-elle avec angoisse. J’aurais dû tout abandonner pour lui ... J’aurais dû laisser vivre mon oncle ... Et peut-être aurait-il réussi à me le faire épouser ? Plus je pense à Robert, plus je l’aime !... Oui, je le préfère à la fortune que je vais avoir ... Je le préfère à ma réputation ... Je le préfère à tout !

« Quand je pense qu’il me repousse à cause d’une autre ? Non, cela ne doit pas être ! Il faut que j’arrive à transformer en haine l’amour qu’il ressent pour cette femme. Ensuite, il me sera facile de trouver le chemin de son cœur. Quand à l’autre ... l’autre, elle ne sait pas ce qui l’attend !

Tout à coup, elle entendit du bruit dans la chambre de son oncle. Elle tressaillit se retourna et mesura du même coup son entière solitude ; les deux domestiques dormaient loin de là, à l’autre extrémité de la maison.

« Cela doit être une illusion ! » se dit-elle afin de ne rassurer. Pourtant, anxieuse, retenant sa respiration, elle continua à écouter ; rien d’autre que le plus profond silence ... Soudain un autre bruit plus fort, comme quelque chose qui serait tombé à terre, la fit sursauter.

— Cette fois, je ne rêve pas ! Murmura-t-elle. Il se passe quelque chose d’anormal !

Elle n’osait ni remuer, ni respirer. Elle tremblait comme une feuille car la peur lui donnant de longs frissons ... Enfin, après quelques instants, au prix d’un effort surhumain, elle alla jusqu’à la porte de la chambre. Elle ouvrit et alluma la lumière la chambre était vide. Elle se dirigea alors vers la chambre du valet personnel de l’oncle ; personne !

« Qu’est-ce que cela veut dire ? » pensa-t-elle.

Dans le couloir, elle crut entendre des pas, des pas légers, comme si quelqu’un marchait sur la pointe des pieds. Elle entra alors dans la chambre de la camériste et donna tout de suite de la lumière ; il lui sembla voir une ombre disparaître, puis elle entendit la porte de service s’ouvrir et se refermer.

Elle restait là, immobile, atterrée, ne sachant que faire. Alors, elle se décida à quitter la pièce et parcourut l’appartement. Nulle part elle ne releva de traces suspectes les portes n’avaient pas été forcées. Tout était à sa place.

Au petit matin, elle se sentit enfin le courage d’entrer de nouveau dans la chambre de son oncle. Par terre, il y avait des éclats de verre qu’elle remarqua tout de suite. Visiblement, ces morceaux de verre provenaient d’une bouteille de médicament. « Ce doit être l’œuvre d’une souris ! » pensa-t-elle. Je me suis affolée pour rien.

Peu après, le valet et la femme de chambre prirent leur service.

Alice les interrogea inquiète. La jeune femme avoua qu’elle était allée dormir chez sa sœur, parce que, disait-elle pour rien au monde, elle n’aurait voulu passer la nuit dans une maison que la mort venait de visiter. Quand au domestique, il l’avait accompagnée, car elle avait peur, le soir dans les rues. Ensuite, il avait rencontré quelques amis avec lesquels il s’était attardé.

Alice se demandait avec angoisse se qu’il fallait penser de la nuit précédente ; son imagination surexcitée lui avait-elle joué des tours ? Pourtant il y avait cette ombre qu’elle avait cru voir, et ce flacon brisée.

 

                                                                                                ( A SUIVRE LE 20 AOUT)

Commenter cet article