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MOINEAUX SANS NID N° 37

12 Juillet 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

37 AU PAVILLON DE CHASSE

 

Tout ce qu’elle avait entendu dans cette maison emplissait la pauvre Mireille d’une frayeur indicible. Elle craignait qu’on voulût la tuer et cherchait dans la luxueuse demeure, un coin ou se cacher. Si Pierrot avait été là, il aurait bien trouvé le moyen de fuir, lui, malin comme il était !

Mais Dieu seul savait où il se trouvait, en ce moment ! La petite était sûre que c’était lui, le jeune garçon dont elle avait entendu parler par le marquis et Juliette.

Mille idées confuses se bousculaient dans sa tête d’enfant, sans qu’elle puisse, en raison de son extrême jeunesse, en déduire rien de précis. Elle considérait ces gens qui l’entouraient un peu comme l’ogre qui fait si peur aux petits !

Elle ne se sentait en sûreté nulle part, jusqu’au moment ou elle découvrit une pièce obscure, hors d’usage ; elle s’y enferma et se dissimula derrière un fauteuil défoncé. Accroupie dans l’ombre elle écoutait les bruits de la maison et les allées et venues des domestiques. Et chaque pas, chaque bruit qu’elle entendait la faisait sursauter de peur.

Elle perçut la voix du marquis d’Evreux qui demandait où elle était. Tout le monde semblait la chercher… A chaque appel elle se recroquevillait un peu plus derrière son fauteuil sans penser combien il était inutile de rester là, cachée, ni se rendre compte que, tôt ou tard, la faim la contraindrait à sortir de sa retraite. La peur lui enlevait toute possibilité de réflexion.

Furieux le marquis criait et réprimandait les domestiques qui lui assuraient que l’enfant n’avait pas pu sortir de la maison. Enfin, la porte de sa cachette s’ouvrit et Mireille entendit un lourd pas d’homme. La lumière d’une ampoule électrique illumina soudain la pièce obscure.

— Elle n’est sûrement pas là-dedans, fit une voix masculine. Où peut-elle s’être fourrée ?

— Vous l’avez laissée échapper ! Cria Anselme, furieux.

— Alors demandez au portier, Monsieur le marquis ; vous avez bien vu que la porte de l’escalier était fermée à clé. Je vous assure que la petite ne peut pas être sortie… à moins qu’elle n’ait sauté par une fenêtre !

Ces derniers mots suggérèrent une idée à l’enfant ; elle allait rester cachée là et, la nuit venue ils seraient tous endormis, elle prendrait une grosse corde qu’elle avait vue dans cette pièce, elle ouvrirait une des fenêtres donnant sur la rue et descendrait par là. L’important était qu’on ne la découvrit pas !

Les heures passèrent et Mireille pouvait les compter, car il y avait une horloge dans le voisinage. Les bruits cessèrent peu à peu dans la maison. Elle devina qu’ils avaient arrêté leurs recherches. Et la demeure s’enfonça dans un profond silence.

Quand la fillette entendit sonnet minuit, elle se décida à sortir de sa cachette. Elle chercha à tâtons le rouleau de corde et, lentement, marchand sur la pointe des pieds et retenant son souffle elle sortit de la pièce obscure et s’engagea dans un long couloir.

— A chaque instant, elle tournait la tête avec crainte, pour s’assurer que personne ne l’observait ; le corridor était plongé dans l’obscurité, mais une faible lueur s’apercevait à l’extrémité. C’est de ce côté-là que se trouvaient les fenêtres donnant sur la rue. La petite était bien obligée de marcher dans cette direction et, cependant, il devait y avoir encore là-bas, une personne qui ne dormait pas.

Peu après, elle atteignit un salon dans lequel une porte donnait accès à une autre pièce où se trouvaient le marquis d’Evreux, sa sœur et une autre personne que Mireille ne connaissait pas. Elle les voyait dans un miroir accroché au mur, en face d’elle.

L’enfant se rendit compte que tenter d’atteindre une des fenêtres et l’ouvrir sans bruit était bien risqué. « Ils finiront bien par aller se coucher pensa-t-elle. Je vais attendre. Et elle alla se cacher derrière un fauteuil à haut dossier, près d’une cheminée.

De cet endroit, elle pouvait entendre la conversation qui se tenait dans le salon voisin, quand les trois personnes élevaient un peu la voix. Il ne lui parvenait, cependant, que des mots isolés et de temps en temps une phrase.

Son nom et ceux de Juliette et Pierrot revenaient fréquemment Pierrot !... Maintenant, elle ne pouvait plus douter ; le garçon qui avait été enlevé en automobile, c’était bien son petit compagnon d’infortune.

Alors, la pauvre gosse, frappée par cette certitude se mit à pleurer amèrement. Peut-être l’avaient-ils tué, son unique ami ? A la fin n’y pouvant plus tenir, oubliant l’immense péril qu’elle courait, elle sortit de sa cachette et s’élançant dans le salon, sans cesser de sangloter, elle demanda :

— Qu’avez-vous fait de Pierrot ? où l’avez-vous emmené ?

— Tiens, te voilà, toi ! s’exclama le marquis en l’apercevant. Tu t’es décidée à sortir de ta cachette ?

— Pierrot ! Pierrot ! Répétait Mireille angoissée. Où est-il ? Vous l’avez peut-être tué ?

— Mais, qu’est-ce que tu racontes là ? intervint Alice d’un ton de reproche. Nous ne sommes pas des assassins ! Et qui est Pierrot ?

— Vous le savez bien ! Bredouilla la petite fille, toujours en larmes. Ce monsieur l’a emmené dans son automobile !

— C’est un mensonge !

— Non, non ! Cria Mireille avec une énergie insoupçonnée. Vous parliez de lui il y a une minute… Dites-moi où il est… Ne lui faites pas de mal ! Faites-moi ce que vous voudrez à moi, mais pas à lui ! Il n’a rien fait de mal ! Et cet héritage, prenez-le !

A ces derniers mots, les trois personnages échangèrent un regard. Puis Anselme se leva en souriant. Il fit signe à sa sœur de se taire et, se tournant vers l’enfant, il conseilla d’un ton affable.

— N’aie pas peur, ma belle. Nous ne voulons faire de mal ni à toi ni à Pierrot… au contraire ! Tu es encore trop petite pour comprendre certaines choses. Pierrot va très bien, et si tu veux je te conduirai la où il est.

Mireille le fixa les yeux brillants de larmes et secoua la tête.

— Vous vous moquez de moi encore une fois ! Je ne vous crois pas ! Je n’ai pas confiance !

— C’est regrettable car, si tu ne te fies pas de nous, nous ne pourrons pas faire autrement que de t’y conduire, contre ton gré ! (Il se tourna vers l’autre homme et lui dit) : Va préparer la voiture et fais vite ! Il faut que nous arrivions là-bas avant Juliette !

En entendant cela, la petite se sauva, traversa l’autre pièce et s’élança vers le corridor, avec l’ »intention de retourner dans sa première cachette. Mais le corridor s’éclaira soudain et la pauvrette vit le marquis qui la poursuivait en courant, lui aussi ! Il la rejoignit au moment où elle arrivait à la porte, du cabinet noir, la saisit par le bras, et lui fermant la bouche, gronda :

— Si tu cries, gare à toi ! C’est donc là que tu t’étais cachée ? Tu vois que ça ne t’a servi à rien !

Mireille leva vers lui un regard atterré, et son épouvante fut telle qu’elle tomba évanouie ! Anselme grommela puis se pensa pour la prendre dans ses bras. Il l’amena à sa sœur et dit :

— Occupe-toi d’elle Alice, pendant que je vais mettre mon pardessus.

La jeune femme se chargea du léger fardeau et étendit la mignonne sur un divan en faisant observer !

— Il eut été préférable qu’elle restât cachée. Ainsi les domestiques auraient cru qu’elle s’était échappée.

Pourtant dix minutes plus tard, la voiture partait, se dirigeant vers la pavillon de chasse. Anselme et Mireille étaient à l’arrière. Jacques qui tenait le volant conduisait à toute allure, les yeux fixés vers la route.

La petite était revenue à elle depuis quelques minutes et croyant qu’on l’emmenait Dieu sait où pour la tuer, elle pleurait à gros sanglots. Le marquis lui dit :

— Cesse de pleurer ! N’aie pas peur, nous ne te ferons pas de mal !

Mais la gamine ne pouvait le croire.

— Si ! Si ! Sanglotait-elle, vous voulez me tuer !

— Je te dis la vérité ! Nous allons retrouver ton petit ami. Vous serez bien ensemble avec de bons lits, une saine nourriture et de beaux vêtements. Et vous pourrez jouer toute la journée sans que personne vous dise quoi que ce soit !

Mais l’enfant n’était pas persuadée. Et, à plusieurs reprises, elle tenta d’ouvrir la portière pour sauter hors de la voiture. Mais chaque fois, la main vigoureuse du marquis la saisit à temps. A la fin, Mireille comprit que ces tentatives n’auraient aucun succès et elle se recroquevilla sur la banquette, continuant à pleurer tout bas.

Pendant ce temps, la voiture poursuivait sa course et l’on arriva bientôt devant le mur d’enceinte de la propriété.

Jacques donna plusieurs coups de klaxon, mais personne ne répondit.

— Ils dorment comme des souches ! s’exclama-t-il irrité. Et on se figure qu’ils surveillent le domaine !

— C’est pour cela que le gibier se fait de plus en plus rare. Les braconniers en profitent ! Commenta Anselme.

Le klaxon n’arrêtait pas ; pourtant la porte demeurait close. Alors Jacques descendit.

— Il ne me reste qu’à passer par-dessus le mur. Ils n’entendraient sans doute pas si l’on tirait le canon ! dit-il de mauvaise humeur.

— D’accord, approuva le marquis. Fais vite, car il est dangereux de rester ici. Il pourrait passer quelqu’un. Je ne veux pas qu’on voie la petite.

Son frère s’exécuta aussitôt. Il ne lui fut pas trop difficile de se hisser sur le mur et de se laisser tomber de l’autre côté. Quelques instants après, il ouvrait la porte. Il remonta en voiture et la conduisit devant la maison. Il était sur le point d’appeler à haute voix, mais il poussa une exclamation.

— Que diable s’est-il passé ici ?

— Qu’y a-t-il ? demanda Anselme, nerveux.

— Bon sang ! Continua Jacques, sautant de nouveau à terre ; la porte est grande ouverte et en morceaux !

— Va voir ce qui est arrivé ! Ordonna le marquis, inquiet.

Jacques hésita.

— C’est dangereux… Il vaudrait mieux que nous entrions tous les deux…

— Il faut que je surveille le « colis » riposta Anselme. Tu es armé ?

— Oui !

— Alors n’aie pas peur ! Entre prêt à tirer… Ce sont sûrement des voleurs qui sont venus.

— Il me semble que la meilleure chose à faire serait d’aller au pays, avertir les gendarmes.

— Ne dis pas de bêtises ! Protesta Anselme. Les autorités ne doivent pas venir ici !

— Eh bien ! Entrons tous les deux. Je n’airai pas seul ! déclara Jacques, buté et… peu brave !

Anselme prit Mireille dans ses bras et descendit de la voiture avec elle. Que lui importait que l’enfant courut un grave danger, au cas où des malandrins qui pouvaient se trouver à l’intérieur les attaqueraient ?

Il pensait au contraire que ce pouvait être une solution. Plût au Ciel qu’ils eussent assassiné Pierrot !

— Allons-y ! dit-il.

Et il tira son revolver de sa poche, décidé à faire feu sur le premier qui se présenterait. Les deux frères entrèrent dans la maison. Anselme tenait la main de la petite qui, tremblante de peur, pouvait à peine marcher.

L’habitation était plongée dans l’obscurité et ils avançaient dans le vestibule avec beaucoup de précaution.

— Il n’y a qu’à faire entrer la gosse, proposa tout à coup Anselme. S’il y a quelqu’un il n’osera pas lui faire de mal. (Il se tourna vers l’infortunée petite victime en disant) : Allons, petite, entre voir s’il y a quelqu’un là-dedans.

 

— Non, non ! s’écria la pauvre gamine, en faisant des efforts désespérés pour échapper à la dure main qui la maintenait.

Mais le marquis avec une cruelle lâcheté, la contraignit d’une poussée à entrer dans la pièce. Bien malgré elle, l’enfant passa le seuil et une seconde après, elle butait dans un corps étendu sur le sol. Elle tomba en poussant un grand cri de terreur. Quelques instants plus tard elle reparaissait ; ses mains, ses vêtements étaient maculés de taches rouges !

Au lieu de courir à son aide, les deux lâches se sauvèrent dans le par cet se cachèrent derrière les arbres, décidés à se défendre contre de possibles malfaiteurs. Lorsqu’ils virent l’enfant tomber – évanouie ou morte – ils ne bougèrent pas de leur refuge !...

 

 

( A SUIVRE LE 15 JUILLET )

 

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