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MOINEAUX SANS NID N° 35

6 Juillet 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

35 LES BRACONNIERS

 

Pendant que ces événements se déroulaient à Paris, Pierrot, toujours enfermé dans le pavillon de chasse, était plongé dans un sombre désespoir ; il ne cessait de penser à la conversation qu’il avait entendue.

Comme il était remarquablement intelligent, il avait tout de suite deviné qu’on le retenait prisonnier pour toucher un héritage qui lui revenait de droit. Mais là, il ne comprenait plus ; de qui pouvait bien provenir cet héritage ? De son père ? De sa mère ? De quelque autre parent ?

Allait-on le tuer ou bien le laisser enfermé ici pour toujours ? pensait Pierrot. Quoi qu’il dut advenir, sa situation n’avait vraiment rien de réjouissant.

La neige avait presque disparue ; seules quelques plaques grises plutôt que blanches tachetaient la campagne. La nuit vint. Un vent glacial soufflait de la colline. La lune tout là-haut restait indifférente au malheur de Pierrot.

Assis au coin de l’âtre, Marius et son fils Nicolas s’entretenaient à voix basse. Pierrot, lui, tassé sur un angle de la cuisine, les regardait craintivement. Incontestablement, ils parlaient de lui. Il s’en rendait compte car, de temps en temps, ils jetaient un coup d’œil sur le malheureux enfant. A la fin ils quittèrent leurs airs mystérieux et le mari de Juliette déclara d’un ton tout à fait normal :

— Il y a beaucoup de braconniers en ce moment. Aujourd’hui encore, j’ai découvert plusieurs collets.

— Il faut être sévère avec ces gens là, gronda son père.

Nicolas haussa les épaules.

— Il fait encore trop froid pour faire des rondes de nuit.

— Allons-nous donc les laisser emporter tout notre gibier ?

— Ecoute papa, je ne tiens pas à attraper une broncho-pneumonie pour deux douzaines de lapins !

— Alors, c’est moi qui irai faire la ronde. Le devoir avant tout !

— Si ça te fait plaisir… répondit son fils ironique.

— Bah ! après tout, tu as raison ! Il faut bien que tout le monde vive ! Il vaut mieux que ce soient les braconniers qui mangent les lapins plutôt que les loups ! admit Marius.

Ce n’était pas précisément la charité qui faisait ainsi parler les deux gardes-chasses, mais plutôt la peur d’avoir à se battre contre les braconniers…

Vers dix heures, tout le monde alla se coucher. Marius conduisit Pierrot dans la chambre qu’on lui avait destinée et il ferma la porte à clé. Une fois seul, le pauvre prisonnier éclata en sanglots.

Il réagit enfin et s’approcha de la fenêtre, la lune éclairait la plaine ; sur la droite on pouvait apercevoir la réserve de chasse dans toute son étendue.

Tout à coup le petit garçon crut apercevoir des ombres qui se faufilaient entre les arbustes. Etaient-ce des animaux ou les braconniers dont avaient parlé les gardes-chasses ? Pierrot savait ce qu’était un braconnier. Un jour, un homme lui avait raconté comment il était entré dans une réserve, comment il y avait dérobé lièvres et lapins qu’il avait ensuite vendu contre des espèces sonnantes et trébuchantes.

Pierrot observa attentivement les ombres ; plusieurs hommes devaient marcher là-bas. Il lui semblait même qu’ils faisaient une battue en règle. A cet instant, le petit garçon entendit du bruit à l’intérieur de la maison. Sans aucun doute, Marius et Nicolas s’étaient rendus compte de ce qui se passait car il les entendit dire :

— Ils ne nous laisserons pas un lapin.

— Qu’est-ce que tu comptes faire, papa ?

— Tu vas le voir tout de suite !

Une seconde plus tard, une détonation déchirait le silence de la nuit. Une autre suivit aussitôt. Un cri de douleur s’éleva dans la campagne. Pierrot vit alors toutes les ombres courir vers un seul et même point ; celui où devait se trouver le blessé.

Deux autres coups de feu partirent de la maison… Des cris s’élevèrent accompagnés de jurons et de malédictions. Le petit garçon vit tout un groupe de gens qui se dirigeaient en courant vers la maison. Ils étaient dix, peut-être douze. Au fur et à mesure qu’ils se rapprochaient. Pierrot put voir qu’il y avait là aussi bien des hommes que des femmes.

— Ils l’ont tué ! Ils l’ont tué ! criaient-ils.

— Voleurs fils de chiens ! Vous allez payer !

Pierrot comprit qu’ils allaient essayer d’attaquer la maison. Il ne s’agissait pas là de la venue silencieuse et furtive d’une bande de voleurs. Non, ces gens criaient, hurlaient, réclamaient vengeance.

Au rez-de-chaussée résonnaient les voix de Marius et Nicolas qui sans doute, devaient être verts de peur. Ils couraient d’une fenêtre à l’autre, discutaient pour savoir que faire, juraient, tournaient, viraient, mais n’agissaient pas. Bien que mourant de peur, notre petit ami eut tout de suite l’idée de profiter de l’occasion pour s’enfuir.

Quelques secondes plus tard, la maison retentissait des coups frappés à la porte. Les assaillants se servaient d’une barre de fer pour faire sauter la serrure qui ne tarda pas à céder.

Des bruits de pas précipités… des cris… des coups de feu, puis plus rien. Quelques secondes plus tard, les cris recommençaient de plus belle.

Pierrot entendit que quelque chose se passait derrière la porte de sa chambre ; on essayait de forcer la serrure. Une voix cria :

— Il doit y avoir quelqu’un ici !...

Peu après, la serrure sautait elle aussi. La battant s’ouvrit tout grand ; un groupe composé d’hommes et de femmes entra. Ils étaient armés de couteaux et paraissaient furieux. Le petit garçon tomba à genoux et implora.

— Ne me tuez pas !: Je n’ai rien à voir avec les gens d’ici !

— Qu’est-ce que tu fais là, toi ? lui demanda un des hommes.

— Rien ! Ils me gardaient prisonnier, enfermé à clé pour que je ne me sauve pas !

— Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

— Ce n’est pas une histoire c’est la vérité, je vous le jure ! affirma Pierrot. Je suis de Pantin. On m’a enlevé et amené ici de force ! Depuis ils me séquestrent, je ne sais pas pourquoi.

— Bon, bon, ça va ! Assez perdu de temps comme ça ! Vous attendez peut-être que les gendarmes viennent vous cueillir ? dit une des femmes.

— Qu’est-ce qu’on fait du gosse ? demande un autre.

— Emmenons-le avec nous !

Les autres parurent d’accord.

— Alors, allons-y ! s’écria celui qui semblait être le chef.

En passant par la cuisine, Pierrot vit les corps de ses geôliers étendus sur le sol.

La maison tout entière avait été mise à sac ; il ne restait pas le moindre objet de quelque valeur !

Les Bohémiens avaient tout pris car c’étaient, en Et, après une dernière tournée d’alcool, ils reprirent leur marche vers l’inconnu. Il devenait imprudent, pour la tribu, de rester groupée. Elle risquait d’être repérée par la police et arrêtée en bloc pour le meurtre de Marius et de son fils.effet, des nomades qui avaient tenté de braconner et avaient vu rouge lorsque l’un d’entre eux avait été atteint par un coup de feu tiré de la maison.

Ils emmenèrent Pierrot, sans le malmener le moins du monde. Ils furent bientôt auprès d’un groupe de cinq femmes, parmi lesquelles se trouvait une blessée qui ne cessait de gémir. Les autres pleuraient et poussaient des cris lamentables. Quatre hommes relevèrent la blessée qu’ils transportèrent avec précautions.

Tous sortirent bientôt de la réserve et rejoignirent un camp où Pierrot put voir quelques ânes et quelques roulottes branlantes que gardaient de vieilles et des gamins braillards.

La caravane s’organisa promptement. La blessée fut installée dans une roulotte et, quelques minutes plus tard, la colonne s’ébranlait, se dirigeait vers les collines. Pierrot dut les suivre.

— Toi, viens avec nous ! lui avait dit l’un des Bohémiens d’un ton bourru.

Le petit garçon avait bien tenté de répliquer :

— Pourquoi ? Laissez-moi retourner à Pantin.

— Pour que tu coures nous dénoncer ? avait-il répliqué. Pas de ça !

L’homme alors, s’était mis à rire.

— Marche sinon, il va t’arriver la même chose qu’aux deux autres !

N’ayant pas le choix, notre pauvre petit ami fut donc contraint de suivre les Bohémiens. Ces vagabonds avaient fait justice à leur manière ; une des leurs avait été blessée, ils avaient tué les gardes-chasses ! Maintenant, ils fuyaient afin d’échapper aux autorités avec lesquelles ils ne voulaient avoir aucun rapport et pour cause !...

Et Pierrot devait les suivre ! Etroitement surveillé, parfois même rudoyé, il se sentait mal à l’aise parmi ces gens qui ne vivaient que de rapines.

Aux premières lueurs de l’aube, la caravane s’arrêta dans un coin désert. Perrot était harassé, il n’avait pas l’habitude comme ces gens de marcher toute une nuit durant, au long de chemins rocailleux.

Le camp une fois installé, les femmes s’occupèrent du repas.

La blessée fut installée dans une grotte minuscule sur un lit de mousse et de branchages. C’était une femme d’un âge indéterminé qui se lamentait et suppliait qu’on lui apporte son enfant.

La plus vieille Bohémienne de la tribu s’approcha alors, examina la blessure et fit un geste douloureux. Elle s’éloigna de vint quelques minutes plus tard, les bras chargés d’herbes mystérieuses. Avec celles-ci elle prépara une espèce de tisane, qu’elle assaisonna d’incantations rituelles. Une fois le liquide prêt, elle le versa sur une poignée de plantes qu’elle enferma dans un linge ; cela donna un étrange cataplasme qu’elle appliqua sur la blessure. Alors elle se mit à genoux et commença à débiter des paroles magiques, propres à éloigner le Mal.

La blessée cessa ses gémissements, ferma les yeux et s’assoupit. La vieille fit sortir tous les Bohémiens qui s’étaient approchés ; elle ne permit qu’au seul Pierrot de rester dans la grotte. Elle semblait avoir peur de rester seule auprès de la moribonde.

Mais si cette dernière avait peur, quel n’était pas l’effroi de Pierrot ! La grotte… la vieille qui ressemblait à une sorcière… ses paroles magiques… la mort qui rôdait… le danger qu’il courait tout cela était vraiment excessif pour son âme de petit garçon !

L’immobilité de la Bohémienne blessée était aEt, après une dernière tournée d’alcool, ils reprirent leur marche vers l’inconnu. Il devenait imprudent, pour la tribu, de rester groupée. Elle risquait d’être repérée par la police et arrêtée en bloc pour le meurtre de Marius et de son fils.bsolue. Pierrot la regarda et murmura soudain :

— Cette fois, elle est morte, je crois !

En effet, une pâleur cadavérique avait envahi son visage, sa bouche était ouverte, mais aucune respiration ne venait soulever sa poitrine. La vieille à son tour, la regarda ; elle poussa un effroyable cri de douleur ; puis, prise d’une véritable panique, elle sortit en courant de la grotte.

Peu de temps après, tout le camp savait ; la douleurEt, après une dernière tournée d’alcool, ils reprirent leur marche vers l’inconnu. Il devenait imprudent, pour la tribu, de rester groupée. Elle risquait d’être repérée par la police et arrêtée en bloc pour le meurtre de Marius et de son fils. de ces gens était indescriptible ; ils criaient, vociféraient, injuriaient les assassins ! Ils manifestaient une douleur si extraordinaire que bien qu’étant sincères, on les aurait cru en train de jouer une tragédie !

Mais aucun n’osait approcher de la morte… Toute la journée, ils ne firent que pleurer, crier et boire. La bouteille d’eau-de-vie circulait de main en main, comme s’il se fut agi là d’un rite funèbre.

De temps en temps, le silence régnait bientôt coupé d’une exclamation :

— Pauvre femme ! Pauvre enfant qui n’aura plus de mère !

Et le courant des lamentations et des pleurs reprenait de plus belle. Puis c’était une autre tournée d’eau-de-vie…

La nuit venue les hommes essayèrent de creuser une fosse afin d’ensevelir la morte. Le terrain était si rocailleux que l’entreprise s’avéra impossible. On décida donc de boucher l’entrée de la grotte où reposait déjà la pauvre femme. Une fois ce travail terminé, toute la tribu tomba à genoux et pria avec ferveur.

Et, après une dernière tournée d’alcool, ils reprirent leur marche vers l’inconnu. Il devenait imprudent, pour la tribu, de rester groupée. Elle risquait d’être repérée par la police et arrêtée en bloc pour le meurtre de Marius et de son fils.

 

 

( A SUIVRE LE 9 JUILLET )

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