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MOINEAUX SANS NID N° 291

13 Août 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

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Il était à peine dix heures du soir quand Anna Carrel accompagnée de Maria Saint-Lazaire et de Mireille, sortit d’un cinéma de l’avenue des Champs-Elysées.

Un homme élégant l’aborda, le chapeau à la main, et lui dit aimablement :

— J’ai l’impression, Anna, que vous ne me reconnaissez pas ?

— En effet, Monsieur, j’ai beau chercher ... Je ne vois pas ...

— Je suis Laurent Dupré !

— Ah ! S’exclama Anna.

— J’ai eu maintes fois l’occasion de vous applaudir, ajouta-t-il avec empressement.

— Oh ! Se défendit Anna.

— Mais si ! Mais si ! Protesta poliment Dupré.

— Vous êtes trop indulgent, Monsieur, murmura la jeune femme car je n’ai jamais été une brillante artiste.

— Peut-être auriez-vous eu beaucoup plus de succès si vous aviez accepté un protecteur ? Avança Laurent.

— C’est possible ! répondit Anna en souriant.

— Me permettez-vous de vous offrir un rafraîchissement ? Demanda Laurent Dupré en désignant le café voisin.

— Non, je vous remercie beaucoup, refusa Anna, il commence à être tard.

— Vous craignez sans doute que votre mari ne s’inquiète ? Demanda Dupré.

— Je ne suis pas mariée.

— Excusez-moi ... j’avais cru,n ajouta Laurent Dupré en fixant Mireille.

— Cette enfant n’est pas ma fille.

— Ah ?

— Mais je l’aime comme une mère, affirma Anna en adressant un tendre sourire à la fillette.

Dupré ne répondit pas.

— Je vous prie de ne pas m’en vouloir, dit Anna croyant qu’il était froissé de son refus.

— Il est à peine dix heures, insista dupré. (Anna échangea un coup d’œil avec marie de Saint-Lazaire, puis poursuivit : Bien ! Mais alors, nous ne resterons qu’un quart d’heure.

— Cela ne fait rien, mais vous me faites un grand plaisir en acceptant, s’écria Laurent.

Accompagné des deux femmes et de Mireille, il pénétra dans un grand café du Ront-Point des Champs-Elysées. Ils s’installèrent autour d’une table au fond de la grande salle pleine de consommateurs.

Laurent commanda des glaces.

— Quelle belle petite fille ! Murmura-t-il en admirant le ravissant visage de Mireille.

— Je vous ai déjà dit que ce n’était pas la mienne ! Répéta Anna en souriant.

— Je crois deviner qui elle est, dit Laurent.

— Je ne le pense pas ! Réfuta l’ex-comédienne.

— N’est-elle pas l’enfant de Flora et de Julien Delorme ? Questionna hypocritement Dupré.

— Non ! Leur enfant était un garçon !

— Vous en êtes sûre ?

— Oui, il a près de douze ans et il ne tardera pas à devenir un vrai petit homme, murmura Anna avec attendrissement en songeant à Pierrot.

— Maintenant que vous le dites, j’ai en effet, entendu beaucoup parler de lui ! S’écria Laurent Dupré.

— C’est très possible !

— Il m’a même été rapporté que je marquis d’Evreux s’est mal conduit envers ce petit, poursuivit le misérable.

— C’est très juste ! Affirma Anna Carrel.

— Je crois qu’il s’agit d’une histoire extrêmement compliquée, ajouta Laurent en ne quittant pas des yeux le visage d’Anna. Mais il me semble que vous êtes, vous aussi, très au courant ?

— En effet, admit-elle.

— Je vous avoue que je n’en sais pas plus long sur cette histoire, reprit-il en continuant à jouer admirablement son rôle.

— C’est sans doute le marquis d’Evreux qui vous a renseigner ! S’écria soudain la jeune femme, saisie d’un doute.

— Vous faites erreur, car je ne suis plus l’ami de cet individu, répliqua froidement Laurent Dupré.

— Ah ! N’étiez-vous pas très liées ? Insista l’ex-comédienne.

— J’ ai cessé toutes relations avec lui depuis que certains bruits ont couru sur cet homme et sur sa sœur, déclara énergiquement Dupré.

— Vous n’ignorez pas je pense, qu’il est actuellement un des hommes les plus riches de Paris ! Continua Anna, en le fixant attentivement pour noter sa réaction.

Laurent sut montrer une parfaite indifférence :

— Les millions de ce triste sire ne m’impressionnent pas du tout ! Je rentre d’Amérique avec des moyens suffisants pour vivre confortablement.

— Ah ! Vous étiez récemment aux Etats-Unis ? S’enquit Anna avec intérêt.

— Oui. Mais je suis revenu avec l’intention de me mettre sérieusement au travail.

— Par les temps actuels cela ne vous sera pas facile, soupira tristement Anna.

— Les difficultés ne m’effraient pas ! Affirma Laurent Dupré. J’ai l’intention de créer à Paris un bureau de recherches copié sur les procédés employés aux Etats-Unis, car ils sont passés maîtres dans ce genre d’affaires.

— Vous croyez que vous réussirez en France ?

— Je l’espère ! Naturellement, il me sera nécessaire de me faire connaître. J’espère obtenir une grosse affaire pour laquelle je ferai une importance publicité et avec un peu de chance ...

— Je vois.

— Et puis, je suis très tenace. J’ai l’habitude d’aller toujours jusqu’au fond des choses ! Comme je viens de vous le dire, les difficultés et le travail ne me font pas peur, au contraire.

Anna garda le silence.

Elle songea brusquement à Pierrot et à sa situation tellement confuse et même critique. Si Dupré voulait consentir à s’intéresser à son cas, il arriverait certainement à prouver un jour que cet enfant était bien le fils de Julien Delorme et son unique héritier.

Alors ... oui, alors le marquis d’Evreux serait irrémédiablement confondu.

Et même si, pour obtenir un tel résultat, il lui fallait dépenser une partie de sa fortune, la généreuse Anna était prête à le faire !

Quelle joie serait la sienne de voir Anselme d’Evreux et sa cruelle et perfide sœur Alice punis de tous leurs crimes !

— Monsieur Dupré, s’écria-t-elle, j’ai absolument besoin de vous parler d’une affaire à laquelle je m’intéresse énormément.

— Est-ce urgent ? Dans l’affirmative, je vous écoute, dit l’hypocrite et rusé personnage.

— Non ! Ce serait trop long. Mais demain, si cela vous est possible, reprit Anna.

— Avec le plus grand plaisir ! Vous n’avez qu’à me fixer un rendez-vous à l’heure qui vous conviendra, répondit-il courtoisement.

La jeune femme lui remit une carte de visite en lui disant :

— Voici mon adresse. Venez demain prendre une tasse de thé chez moi entre quatre et cinq heures ; ainsi nous pourrons bavarder tranquillement de ce qui nous intéresse, et sans doute vous confierai-je votre première affaire !

— D’accord, répondit-il en baissant les paupières pour cacher l’éclair diabolique qui brillait dans ses yeux, tout en rangeant la carte dans son portefeuille. Je serai exact.

Quelques instants plus tard, ils quittèrent le café et les trois femmes prirent congé de Laurent Dupré.

Ce dernier les suivit des yeux jusqu’au moment où elles disparurent au coin de l’avenue.

« J’espère, ma pauvre Anna, pensa-t-il, tandis qu’un éclair de cupidité passait dans ses yeux que je ne tarderai pas à entamer sérieusement tes millions ! »

Il éclata de rire et s’éloigna rapidement en remontant la célèbre avenue qui conduit à l’Etoile, ravi à la perspective de voir bientôt augmenter son compte en banque.

« Sans parler ce que me rapporterai le jeune Pierrot ! se dit-il en se frottant les mains de satisfaction. Toutefois, il me faudra agir avec infiniment de doigté avec ces gens-là ... Et plus tard, je pourrai vivre comme un pacha ! »

Il pressa le pas et gagna une des petites rues du quartier des Termes pour arriver devant le modeste hôtel où il était descendu.

De leur côté, Anna Carrel, Mireille et Maria Saint-Lazaire rentrèrent chez elles.

Sa rencontre avec le misérable Dupré dont elle était bien loin d’imaginer les intentions criminelles, avait rempli d’espoir son cœur secourable et généreux.

Cette même nuit, après avoir couché la fillette, les deux amies discutèrent longuement.

— Vous croyez vraiment que Laurent Dupré sera capable d’aider notre Pierrot ? Demanda Maria.

— C’est un homme très intelligent et les difficultés ne le rebutent pas, expliqua anna.

— Ainsi vous êtes décidés, à lui demander son appui ?

— Certainement. Je commencerai par le mettre entièrement au courant de la situation de notre petit ami et le prierai de me donner franchement son avis sur les possibilités qui s’offrent à lui.

La veuve du conte de Saint-Lazaire ne put s’empêcher de s’écrier :

— Vous êtes vraiment une femme exquise, Anna, et j’espère de tout mon cœur que vous réussirez !

Elles continuèrent à bavarder pendant une demi-heure puis décidèrent d’aller se coucher.

Avant de regagner sa chambre, Anna alla s’assurer que sa chère Mireille dormait bien.

— Quel charmant petit ange ! Murmura-t-elle en remontant la couverture sur l’épaule de la fillette qui, les cheveux épars sur l’oreiller semblait sourire aux anges.

La jeune femme ne put s’empêcher de se pencher sur elle et de poser un tendre et léger baiser sur le front si pur de l’enfant. Elle sortit de la pièce à pas de loup, ayant soin de ne pas refermer la porte de communication, afin d’être prête à accourir au moindre bruit.

 

{ A SUIVRE LE 16 AOUT }

 

 

JEAN PAUL

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