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MOINEAUX SANS NID N° 288

4 Août 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-288--.jpegCette nuit, fertile en incidents, avait épuisé l’inspecteur Granier. Il avait un besoin impérieux de prendre un peu de repos.

— Patron, dit-il à son directeur, je rentre chez moi, afin de dormir quelques heures. Notre tâche sera dure et il est indispensable que je sois en possession de tous mes moyens pour tenir en échec cette bande de malfaiteurs et d’espions internationaux !

— Oui, mon cher Granier, allez dormir, se hâta de répondre le chef de Service de Sécurité. Je vais d’ailleurs en faire de même. J’ai vécu ces dernières heures dans un tel état d’anxiété que je me sens éreinté.

Tandis que les deux hommes parlaient, Sibylle observait l’inspecteur Granier. Il était de haute taille et avait les traits assez fins. Comme la plupart de ses collègues, sa tenue était plutôt négligée, mais il émanait de sa personne une impression de force et de droiture qui impressionnait la jeune femme.

Elle sentait qu’il n’était pas homme à se laisser duper facilement.

Confusément, Sibylle se rendait compte qu’il était capital pour elle de conquérir ce policier dont le côté obscur et aventureux la séduisait.

Il était évident qu’elle le troublait et elle était décidée à tirer profit au maximum de cette chance inespérée qui s’offrait à elle. La prison lui faisait peur et l’idée qu’elle pourrait être inculpée de complicité de meurtre la faisait trembler de frayeur.

Si l’inspecteur Granier n’avait pas plaidé en sa faveur auprès de son supérieur, il n’était pas douteux qu’elle aurait déjà été incarcérée comme complice d’une tentative d’assassinat contre le marquis Anselme d’Evreux, sans parler des nombreux méfaits qui n’allaient pas tarder à être relevés à l’encontre de la bande de criminels dont elle avait partagé la vie dissolue.

— Messieurs, dit-elle d’une voix mal assurée, je me permets de vous faire remarquer qu’il est plus de midi et que je n’ai rien pris depuis cette nuit. Et que vais-je devenir en votre absence ?

Cette question, à la fois précise et impertinente, indisposa les deux policiers.

Sibylle qui était loin d’être sotte, comprit qu’elle avait quelque peu exagéré.

— Excusez-moi, Messieurs, mais je suis très nerveuse et j’oublie que je ne suis que votre prisonnière ... c’est à vous de mes poser des questions et non pas à moi.

Les deux hommes restèrent perplexes. En effet, qu’allaient-ils faire de la jeune femme ?

Il n’était pas question de la consigner au poste de police. En ce cas, ils devraient fournir un rapport circonstancié au brigadier, ce qui rendrait impossible par la suite la mise en liberté sans condition de Sibylle. D’autre part, il n’était pas question de la laisser seule dans le bureau du directeur.

L’inspecteur Granier avait une folle envie d’emmener avec lui cette jeune femme attrayante et jolie. Mais il avait trop d’expérience de la vie pour ne pas oublier que les femmes sont souvent dangereuses et surtout quand elles sont belles ! Ce qui était le cas de Sibylle.

— Alors, patron, interrogea le policier, qu’avez-vous décidé ?

Le directeur regarda son subordonné avec bienveillance.

— Toujours le même, Granier !... Toujours sensible à la beauté et au charme du sexe faible ! Je devine votre pensée qui est celle-ci ; puisqu’il n’est pas dans notre intention de poursuivre cette jeune femme devant les tribunaux et qu’il n’est pas prudent de la laisser en liberté, pourquoi ne pas l’emmener chez vous et revenir ici avec elle après avoir pris quelques heures de repos ?... Ai-je raison ?...

— Eh oui !... Vous avez deviné ! Que pensez-vous de mon idée, monsieur le directeur ?

— Si je ne vous savais pas si émotif et si sentimental, je n’hésiterais pas ! Mais je suis obligé de vous donner satisfaction, car j’ai hâte, moi aussi, de prendre du repos. Dites-moi Granier, n’avez-vous pas peur de tomber amoureux de la belle ... ?

— Sibylle, ajouta la jeune femme dont les yeux brillaient de contentement.

Le directeur parut ne pas entendre et poursuivit :

— Vous me connaissez, inspecteur, je ne colère aucune faiblesse de la part de mes subordonnés ! Je sais que les femmes vous trouvent séduisant ...

— Patron, il ne pas exagérer ...

Les yeux de Sibylle fixaient toujours le policier qui maintenant semblait hésiter.

— Madame, me promettez-vous de ne pas essayer de fuir et de vous reposer sagement chez moi ?

— Oui, inspecteur, je vous le jure, dit spontanément la jeune femme. Je vous affirme que vous n’aurez pas à vous plaindre de moi.

Devant tant d’humilité et de soumission, les deux hommes acquiescèrent et quelques minutes après, tous trois quittaient les locaux du Service de la Sécurité du Territoire.

L’inspecteur Granier conduisit Sibylle dans une garçonnière qu’il louait au mois et qui était située non loin de son service. Ainsi, il était certain que les habitants de son quartier ne jaseraient pas en voyant une jolie fille entrer chez lui, car il faut bien le dire, il aimait la compagnie des femmes et il lui arrivait fréquemment d’en inviter une.

Mais aucune d’elles n’avait produit une profonde impression sur lui comme la belle Sibylle.

Dès qu’elle fut entrée chez l’inspecteur, sincère ou seulement désireuse de plaire, elle feignit une surprise émerveillée.

— Que c’est joli et agréable chez vous !

— Flatteuse ! Vous ne pensez pas ce que vous dites ! Répondit-il en avançant une chaise.

Ils se mirent à bavarder, elle souriante et coquette, lui troublé et gêné par la présence de cette femme séduisante et mystérieuse.

La faim commençait à tenailler Sibylle, mais elle n’osait pas interrompre leur conversation.

Soudain, l’inspecteur s’exclama :

— Excusez-moi ... venez, nous allons voir ce que contient mon frigidaire.

Ils s’empressèrent de gagner la cuisine où ils trouvèrent des œufs, du jambon du fromage et des fruits.

— J’espère que vous savez battre une omelette ? Questionna Granier, le sourire aux lèvres.

— Bien sûr, répondit sibylle. Laissez-moi faire, je vais vous servir.

Il alla mettre le couvert sur la petite table de la pièce de séjour et quelques instants après, la jeune femme revint portant une omelette dorée à point, quelques tranches de jambon et des fruits.

Ils s’installèrent à table et firent honneur à ce léger repas que Sibylle égaya de réparties qui amusèrent le policier.

Ses yeux langoureux montraient clairement à l’inspecteur qu’il lui plaisait. Son regard était chargé de reconnaissance, de confiance et d’abandon envers celui qui l’avait sauvée.

Le souvenir des événements récents était présent à sa mémoire et un élan de gratitude monta dans son cœur.

— Je vous remercie de ne pas m’avoir abandonnée. Si Roland et ses amis s’étaient aperçus que j’étais bêtement tombée dans le piège que vous leur tendiez, ils m’auraient certainement châtiée très durement.

Des pensées obscures et contradictoires se pressèrent alors dans la tête de l’inspecteur.

— Assez de remerciements, voulez-vous ? Ce que je désire, c’est faire plus ample connaissance avec vous. Racontez-moi comment il se fait que vous viviez parmi ces hommes sans foi ni loi ! Et quel est votre nom exact !

La jeune femme réfléchit. Finalement ses lèvres s’entre ouvrirent et elle murmura :

— On m’appelle Sibylle ... je n’ai pas d’autre nom. Ma vie n’a été qu’une succession de déboires ...

— Avez-vous des parents ? Des amis sincères ?... Quant à ceux qui vous ont forcée à rester avec eux, croyez-vous que votre disparition va les inquiéter ? Demanda l’inspecteur.

La jeune femme n’hésita pas à répondre :

— Oui !... surtout Roland qui se méfie même de son ombre !

Tout en parlant, Sibylle avait poussé sa chaise contre celle de Granier. Cet homme courageux qui n’hésitait pas à affronter les bandits les plus redoutables se sentit faible et désemparé devant cette femme captivante.

Comme si elle avait deviné les pensées du jeune inspecteur, Sibylle murmura :

— Vous m’êtes infiniment sympathique ... et je serais désireuse de vous aider. Si mes faibles possibilités peuvent vous être utiles ...

Granier prit sa main avec douceur, presque avec tendresse.

— Sibylle, dit-il, vous êtes adorable et je voudrais vous arracher définitivement à l’emprise de la bande dans laquelle vous êtes tombée.

— Vous avez préservé ma vie, inspecteur, c’est déjà beaucoup ... puis-je vous demande quel sort vous allez me réserver ?

— Cela dépend entièrement de vous ! Etes-vous sincère lorsque vous dites que vous acceptez de nous aider dans la lutte que nous allons avoir à soutenir contre votre ami Roland et ses comparses ?

Au nom de Roland, le visage de Sibylle s’assombrit, il lui était très pénible de songer à son passé. Toute allusion à la vie qu’elle avait menée jusqu’à ce jour la chagrinait et l’inquiétait !

L’inspecteur comprit qu’il avait fait une maladresse et il lui sourit tout en pressant sa petite main dans les siennes. Elle fixa sur lui son regard brûlant. Malgré sa méfiance — méfiance bien légitime — il éprouva un désir violent de l’enlacer et se sentir ses belles lèvres rouges contre les siennes. Mais il parvint à se maîtriser.

Il aurait pu continuer à la questionner, lui demander quelles étaient les habitudes des bandits et quelles étaient au juste leurs activités, mais il répugna à faire subir un interrogatoire serré à cette femme dont l’attrait physique le troublait et l’intimidait.

Et puis, elle pouvait lui mentir et l’orienter sur une mauvaise pistez, ce qui ne ferait que compliquer la situation ! Granier avait l’âme d’un limier. Souvent, il avait constaté que son intuition ne lui jouait jamais un mauvais tour ; en l’occurrence elle lui conseillait de se taire.

Il décida de demander au directeur du Service de la Sécurité du Territoire d’interroger lui-même la jeune femme et de juger en quoi et comment elle pourrait leur apporter son aide.

L’inspecteur Granier ouvrit brusquement ses mains, libérant celle de Sibylle et passa dans la petite chambre attenante au studio dont il tira les rideaux des fenêtres.

— Assez bavardé, maintenant ! Il faut que vous dormiez quelques heures. Etendez-vous sur ce lit. (Puis, mi-rieur, mi-sérieux, il ajouta) : Ne soyez pas étonnée si je ferme la porte à clé !...

Sibylle entra dans la pièce et peu après s’endormit d’un profond sommeil. De son côté, l’inspecteur Granier s’étendit sur le divan du studio où il ne tarda pas à faire de même.

Sibylle dormit plusieurs heures. Quand elle ouvrit les yeux, elle crut qu’elle rêvait en découvrant qu’elle se trouvait dans une chambre qu’elle ne connaissait pas.

Elle se dressa et s’assit sur le lit. Soudain, le souvenir de ses dernières aventures revinrent à sa mémoire.

Au même instant, elle vit la poignée de la porte tourner et s’abaisser, et l’inspecteur Granier fut devant elle.

— J’espère que vous vous êtes bien reposée, Sibylle. Maintenant, il faut partir, dit-il doucement.

La jeune femme se leva, s’étira et peigna ses beaux cheveux.

Une tasse de café brûlant préparée par l’inspecteur l’attendait sur la table de la salle de séjour. Elle le but rapidement et sans parler.

Soudain, elle éclata en sanglots.

— Pourquoi pleurez-vous ? dit l’inspecteur. Les larmes ne font qu’abîmer votre beauté !

— Excusez-moi, je suis si seule ! Il y a des moments où je suis incapable de dominer l’angoisse qui m’étreint.

— Je vous comprends très bien, mais il vous faut réagir. Ne soyez pas inquiète, mon directeur est un chef infiniment humain et je suis certain qu’il se montrera compréhensif à votre égard. Et ne suis-je pas près de vous pour vous soutenir et si besoin est pour vous défendre ?

— Merci, inspecteur, dit-elle à demi voix.

Ils quittèrent la garçonnière et montèrent dans la voiture de la police. Granier prit le volant et fila vers les locaux du Service de la Sécurité du Territoire.

Le directeur de la S.S.D.T. arriva le premier au rendez-vous fixé et, dès que son collaborateur et sibylle l’eurent rejoint, il leur demanda de se mettre au travail.

Ils étudièrent comment ils pourraient pénétrer dans le refuge de Roland et de ses redoutables complices.

Granier exposa à son chef le rôle de la jeune femme. Il l’écouta avec beaucoup de bienveillance et d’attention, car il avait la plus absolue confiance dans l’habileté de son collaborateur.

— Finalement, s’exclama-t-il, lorsque Granier se tut, vous me proposez de me servir de Sibylle, afin de réussir à arrêter ces bandits sans courir de gros risques ?

— En effet, patron, répondit l’inspecteur, après avoir jeté un coup d’œil à la jeune femme qui les écoutait attentivement. Et cela en échange de sa liberté. Qu’en pensez-vous, Madame ?

Sibylle tressaillit et ne répondit pas tout de suite.

— Vous me jurez que je serai libre si j’accepte ? S’enquit-elle après un bref silence.

— Je vous en donne ma parole ! Affirma Granier. A votre façon d’agir, alors que j’essayais de sauver le marquis, j’ai compris que vous n’étiez pas la complice de ces bandits. Aussi je vous répète que je serai ravi de vous arracher à leurs griffes.

La jeune femme murmura :

— Oui, j’ignorais tout du trafic de Roland et de ses hommes.

— C’est bien lui, le véritable chef, n’est-ce pas ?

— Oui ! Je ne vivais avec lui que depuis peu de temps, continua Sibylle en baissant les yeux, comme si elle se sentait honteuse. J’étais barmaid dans un établissement où il venait souvent. Il m’avait alors fait mille promesses, semblait très riche ... et ne manquait pas de générosité ... Mais après quelques jours de vie en commun, j’ai deviné que Roland s’occupait d’affaires louches. J’ai eu alors envie de le quitter, car j’avais peur, et cette peur s’est rapidement transformée en une véritable panique.

— Vous n’aimiez pas cet homme ? Intervint le directeur, qui l’observait avec la plus grande attention, ne perdant pas un mot de ce qu’elle disait. Je vous demande, Madame, d’être franche et sincère, car si je m’aperçois que vous nous mentez, vous pourriez ensuite, le regretter amèrement.

— Je ne mens pas, Monsieur, protesta énergiquement Sibylle, et je viens de vous raconter comment les faits se sont exactement passés. Je vous affirme que si l’inspecteur Granier n’était pas arrivé, je serais partie seule comme j’avais l’intention de le faire.

— Je vous crois ! Dit Granier, car j’ai tout de suite remarqué que vous vous trouviez dans une situation délicate et que vous n’aviez pas hésité à me suivre. Il est évident que vous auriez pu donner l’alarme.

Il raconta à son supérieur le comportement de Sibylle depuis le moment où ils s’étaient trouvés face à face dans la cuisine de la villa.

— Tout d’abord, je fus étonné d’une telle docilité, poursuivit-il. Ne pouvant la surveiller du fait que j’avais à secourir le marquis, je fus vite convaincu de sa neutralité.

— En effet, expliqua doucement la jeune femme, j’avais estimé que le moment était favorable pour m’éloigner sans craindre d’être reprise par Roland.

— Je crois comprendre.

— J’avais si peur que Roland n’envoyât un de ses hommes à ma poursuite que je remettais toujours à plus tard mon évasion. Ensuite les événements se sont précipités.

— Je dois reconnaître que vous avez agi avec beaucoup d’intelligence et je vous en félicite dit Granier. (Puis, se tournant ver son supérieur, il lui demanda) : Et vous, patron, que pensez-vous de tout cela ?

L’autre répondit en souriant :

— Je suis, moi aussi, persuadé de la sincérité de votre protégée. A présent, il faut songer à établir notre plan d’action.

L’inspecteur regarda Sibylle.

— Combien sont-ils là-bas ? Questionna-t-il avec douceur.

— Huit, y compris Roland, répondit-elle sans hésiter. Je suppose qu’ils ont fui dès qu’ils ont compris ce qui s’était passé.

— Je ne partage pas votre avis, répliqua Granier en réfléchissant intensément, car les deux hommes qui m’ont reconnu sont certainement morts. De toute manière, je ne les crois pas capables d’encourir le risque d’engager un combat contre nous. Nous n’aurons donc que six adversaires au lieu de huit à affronter !

— Je vais immédiatement donner des ordres, décida le directeur. Nous partirons dans un quart d’heure. Je vais faire cerner la maison. Ainsi ceux qui seront restés ne pourront pas nous échapper, et nous les aurons morts ou vivants !

Il se tourna vers Sibylle et la dévisagea attentivement.

— Je vous ai promis la liberté et je tiendra ma parole, mais à condition que ce que vous nous avez révélé soit exact, car je serai impitoyable si vous avez cherché à brouiller les cartes. Vous resterez ici jusqu’à notre retour.

Le beau visage de la jeune femme s’assombrit à ces paroles.

— Alors, balbutia-t-elle d’une voix tremblante, je dois me considérer en état d’arrestation ?

— Non ! Tant que vous serez ici vous y serez en sûreté, expliqua le chef de la Sécurité. A moins que vous préfériez nous suivre ?

La jeune femme tressaillit.

— Je ... je désire ne pas retourner là-bas, reprit-elle vivement, car si Roland me voyait avec vous, il en déduirait que je l’ai trahi et il serait capable de me tuer !

— C’est ce que je pense également, conclut son interlocuteur, et c’est la raison pour laquelle je vous ai demandé  de nous attendre dans mon bureau.

Il lui désigna un confortable canapé de cuir brun et ajouta en souriant :

— Vous pourrez essayer de tuer le temps en lisant les journaux. Si vous désirez un café, vous pouvez vous adresser à l’agent de service. Je laisserai d’ailleurs les instructions nécessaires afin que vous n’ayez pas l’impression d’être abandonnée.

Il prononça ces derniers mots avec une teinte d’ironie qui n’échappa pas à la jeune femme. Elle soupira, comprenant qu’elle ne pouvait espérer davantage, et fixa l’inspecteur Granier dont elle surprit l’attitude admirative à son égard.

Le jeune inspecteur n’essayait plus de lutter contre les sentiments amoureux qu’il éprouvait pour Sibylle.

Son supérieur le remarqua, car il s’empressa d’ajouter :

— Partons vite, Granier ! Nous n’avons plus une minute à perdre.

L’inspecteur soupira et détourna ses yeux de la jeune femme qui s’ était installée sur le canapé et parcourait distraitement les journaux illustrés.

Sur le seuil du bureau, il se retourna et sourit à Sibylle qui lui adressa un geste gracieux de la main, en lui criant avec un accent plein de chaude sympathie :

— Soyez très prudent, car Roland et ses hommes ne plaisantent pas !

— Je m’en suis déjà aperçu, répondit Granier en riant. Au revoir Sibylle ! Je vais me dépêcher ... J’aurai quelque chose à vous confier à mon retour !

Il referma vivement la porte, laissant la jeune femme songeuse.

Mais sa grande sensibilité féminine lui fit tout de suite comprendre le sens de ces paroles. Elle sourit, flattée et heureuse.

Pendant ce temps, les deux policiers descendaient rapidement le grand escalier et arrivaient dans la cour. Les agents qui devaient participer à cette expédition montèrent dans deux voitures, tandis que leur chef s’installait dans celle de l’inspecteur.

— En route ! Cria-t-il en se penchant à la portière.

Les trois autos franchirent le porche et s’éloignèrent dans la rue.

Comme l’inspecteur l’avait pensé, Roland et sa bande n’avaient pas quitté la villa.

Tout d’abord, ils avaient attribué les coups de revolver à l’exécution du marquis d’Evreux. Mais comme « Bimbo, Xavier et le Chauve » ne rentraient toujours pas, Roland fut le premier à s’en préoccuper.

— Que peuvent faire dehors ces trois imbéciles ? S’exclama-t-il en allant vers la fenêtre dont il entr’ouvrit les persiennes.

Les premières lueurs de l’aube commençaient à éclairer le jardin et le spectacle qu’il découvrit lui fit pousser un rugissement de stupeur et de colère.

— Vite ! Hurla-t-il en se précipitant vers la porte. Notre prisonnier s’est enfui et ces crétins se font fait tuer !

Les quatre hommes qui jouaient aux cartes, les jetèrent sur la table et s’élancèrent à la suite de leur chef, qui déjà courait dans l’allée centrale vers la fosse qu’avait creusée quelques instants plus tôt Anselme d’Evreux.

Il s’arrêta à quelques pas, ne pouvant retenir une bordée d’injures et fixant le corps de « Bimbo » tombé près de la fosse. Plus loin, Xavier gisait en bordure de l’allée, et à quelques mètres de lui était étendu « le Chauve » qui respirait faiblement.

Roland s’approcha de lui et lui demanda, fou de rage :

— Que s’est-il passé, idiot ? Qui vous a traités de la sorte ?

— Le ... le marquis ... et ...

Il ne put en dire davantage.

— Damnation ! Rugit Roland en se relevant. Il est mort lui aussi !

Ses quatre compagnons le fixaient, bouleversés et silencieux, attendant qu’il prit une décision.

Roland réfléchissant devant le corps de ces trois hommes, dont la vue ne cessait d’accentuer son irritation.

— Les imbéciles ! Ils l’ont laissé fuir ! Hurla-t-il. Je n’arrive pas à comprendre ce qui a pu se passer. Ce n’est pas possible. Quelqu’un a dû lui remettre une arme ! Je me demande si ...

Il s’interrompit soudain et tressaillit.

— Sibylle ? Où est Sibylle ? Hurla-t-il.

— Elle doit se trouver dans sa chambre, répondit l’un des bandits. Il y a un bon moment qu’elle nous a quittés !

— Dans ce cas, il vaut mieux la laisser ! Décida le chef. Je pense que les coups de feu ont dû l’effrayer. A présent les gars, il faut faire disparaître ces corps.

— Vous voulez que nous les enterrions ici ? S’exclama l’un des hommes stupéfait.

— Certainement ! Que faire ? Répliqua Roland avec sarcasme. Nous n’avons ni le temps ni les moyens de leur offrir un enterrement de première classe. Allons, dépêchez-vous avant que quelqu’un ne découvre ce qui est arrivé !

Il fixa soudain le sentier avec inquiétude. L’aube maintenant, était levée et dissipait les dernières ombres de la nuit.

— Allons, pressez-vous, voyons ! S’exclama-t-il. Imaginez-vous ce qui arriverait si quelqu’un apercevait ces trois hommes étendus par terre ?

Les autres se regardèrent saisis par cette réflexion. Ils disparurent à l’intérieur de la serre située dans un coin du jardin, et revinrent portant des pelles et des pioches.

De son côté, Roland se dirigea vivement vers le garage d’où il ressortit avec une bâche.

Il en recouvrit les trois corps qui avaient été placés côte à côte, puis sourit en murmurant :

— Là ! Comme cela il n’y a pas de danger qu’on les voit de l’extérieur.

Il resta pour surveiller ses hommes occupés à creuser la fosse.

Il leur fallut plus d’une demi heure pour exécuter cette macabre besogne. Finalement, ils s’arrêtèrent essuyant la sueur qui baignait leurs visages, tandis que leur chef vérifiait les dimensions du trou.

— Ca peut aller ! Dit-il. Vite, hâtez-vous de les enterrer.

Ses complices s’empressèrent d’obéir et vingt minutes plus tard leur sinistre travail était achevé.

Roland qui était un homme prudent, leur commanda :

— Il faut faire disparaître toute trace ! Allez prendre du gravier dans le fond du jardin et répandez-le uniformément afin que nul ne puisse se douter qu’il s’agit de la sépulture des hommes les plus imbéciles que j’aie jamais eu sous mes ordres !

Ce fut là l’oraison funèbre des trois bandits, exécutés par le tir précis et implacable de l’inspecteur Granier.

Les ordres de Roland furent très rapidement satisfaits et il leur déclara, l’air ravi :

— Parfait ! Je défie à présent quiconque de deviner où sont passés ces crétins ! Maintenant allez vite ranger vos ustensiles après les avoir soigneusement nettoyés et venez me retrouver dans la maison, car nous avons bien mérité de boire un bon coup !

Quelques minutes plus tard, tous regagnaient la grande salle et leur chef déboucha une bouteille de whisky.

— Je vais voir ce que fait Sibylle dans sa chambre, dit-il tout à coup, en reposant son verre sur la table.

Il se dirigea vers la porte, tandis que les autres, fatigués par l’effort fourni avalaient à petites gorgées, l’alcool réconfortant.

Restés seuls, l’un des hommes surnommé « le Marocain » à cause de son teint basané et de ses cheveux noirs, dit soudain à ses compagnons :

— Vous croyez que c’est ce crétin de marquis qui a tué « Bimbo » et les autres ? Pour ma part, je refuse de l’admettre.

— Tu as peut-être raison ! S’exclama un autre. Et même en supposant qu’il ait eu un revolver ; il est improbable qu’il les ait supprimés tous les trois !

— Je trouve cette histoire bien mystérieuse ! Reprit « le Marocain » et je suppose que cet homme a été aidé par un complice !

— Et si c’était Sibylle ? Intervint un quatrième.

A cet instant, Roland apparut sur le seuil de la porte, le visage défait les yeux étincelants de colère.

— Allez chercher immédiatement Sibylle ! Ordonna-t-il d’une voix rauque. Elle n’est ni dans sa chambre, ni ailleurs. Elle doit être partie bien que ses vêtements soient toujours dans son armoire !

— Chef, s’écria « le Marocain » et si c’était elle qui a aidé le marquis à s’enfuir ?

— C’est justement la question que je me pose ! Répondit Roland. Mais je crois plutôt qu’elle a été enlevée par ce misérable, aidé d’un complice.

Il dévisagea ses hommes les uns après les autres, puis ajouta :

— Nous devons être prudents, mes amis. Tout est possible ! Jusqu’à présent, nous ignorons à qui nous avons affaire. Je me demande si ce damné marquis n’appartient pas à une bande rivale ? Il faut absolument arriver à le savoir. En attendant, nous allons lui rendre une petite visite domiciliaire. Quel est celui de vous qui connaît son adresse ?

Personne ne répondit à cette question.

— Seuls « Bimbo » et « le Chauve » étaient renseignés, fit « le Marocain ». Mais ils sont morts !

— Peut-être que nous pourrions la découvrir tout simplement dans l’annuaire du téléphone ? S’écria l’un des bandits.

Roland courut le chercher. Il le parcourut fébrilement puis s’exclama avec satisfaction :

— Je l’ai. Je vais charger Clavet de cette vérification. Pour le moment, ordonna-t-il en revenant près de l’appareil pour former le numéro, allez voir où se trouve sibylle. Comme il a plu, la terre est molle et vous devez découvrir la trace de ses talons de chaussures !

Tout en parlant, il attendait la réponse à son appel. Mais il raccrocha brusquement le récepteur.

— Cet imbécile de Clavet n’est pas chez lui, grogna-t-il. Tant pis, nous nous occuperons plus tard du marquis. Et puis, il est plus prudent que nous arrêtions auparavant un plan d’action.

Les hommes sortirent dans le jardin et prirent différentes directions examinant attentivement le terrain. Leurs recherches durèrent plus de trois quart d’heure, tandis que Roland les attendait, bouillant d’impatience et fumant cigarette sur cigarette.

— Rien ! Nous n’avons découvert aucune trace annonça « le Marocain »

— Comment ? S’écria Roland furieux. Je ne comprends pas !

— Etes-vous certain, chef, que sibylle a quitté la maison ? Demanda l’un des hommes.

— Où veux-tu qu’elle se soit cachée ? Eclata Roland en arpentant nerveusement la pièce. J’ai cherché partout à moins qu’elle ne soit descendue à la cave. Mais je ne vois pas pour quelle raison elle y serait allée !

— Ca ne coûte rien de vérifier ! Ajouta « le Marocain ».

— Bien, répliqua Roland, alors dépêche-toi d’y aller !

Trois heures s’étaient écoulées depuis qu’Anselme d’Evreux avait été miraculeusement sauvé grâce à l’audace incroyable de l’inspecteur Granier.

Les recherches pour trouver sibylle dans la cave ne donnèrent aucun résultat, ce qui augmenta la colère de Roland.

— Que devons-nous faire ? Demanda « le marocain ». Croyez-vous qu’il soit prudent de rester ici ?

— Je ne vois pas la raison pour laquelle nous devrions nous en aller, répliqua le chef. Nous ne possédons pas de refuge plus sûr que celui-ci et ... (Il s’interrompit brusquement en regardant du côté de la fenêtre) : Que se passe-t-il encore ? S’enquit-il avec inquiétude. Allez voir ! Il m’a semblé entendre marcher dans le jardin ; mais j’y songe ! c’est certainement Sibylle !

Il s’élança vers la porte, l’ouvrit et se mit à appeler :

— Sibylle ! Sibylle ! Viens tout de suite et explique-moi ce ...

Il s’interrompit, pétrifié sur place ; deux hommes venaient de s’élancer d’un buisson, tandis que l’inspecteur Granier apparaissait derrière un tronc d’arbre tenant une mitrailleuse.

— Haut les mains ! Cria-t-il d’une voix impérieuse.

Roland obéit, les yeux exorbités.

— Ne tirez pas ! Bredouilla-t-il, je me rends !

— Tant mieux ! S’exclama le policier en s’avançant vers lui. (Puis lui désignant la porte) : Vous feriez bien de conseiller à vos hommes de vous imiter !

A l’intérieur de la maison, « le Marocain » et ses compagnons avaient vu ce qui se passait. Lorsqu’ils découvrirent que leur chef se rendait sans réagir, ils décidèrent d’imiter son exemple.

Peu après, sur l’ordre du policier, les agents s’emparaient de tous les hommes de la bande et les faisaient avancer devant eux, menottes aux poignets.

— Parfait ! S’écria le directeur du S.S.D.T. en les rejoignant. Dire que nous pensions chasser des lions et que nous avons trouvé de paisibles agneaux ! Embarquez vivement ce beau monde et rentrons !

La sinistre bande fut transportée au siège du S.S.D.T. d’où elle devait être dirigée vers une prison militaire, sous l’inculpation d’espionnage.

Mort de fatigue, mais très satisfait, l’inspecteur Granier s’attarda quelques minutes auprès de Sibylle, qui avait poussé un immense soupir de soulagement en le voyant revenir.

— Je vois que tout s’est bien passé, lui dit-elle, en lui adressant son plus beau sourire.

— Merveilleusement ! Déclara-t-il ravi. Vous aviez raison, Sibylle, Roland n’est un homme redoutable que lorsqu’il s’attaque à plus faible que lui !

Il saisit la main de la jeune femme entre les siennes et la serra chaleureusement.

— Les paroles que nous avons échangées ont été très banales, dit-il en l’enveloppant d’un regard brûlant, mais je crois que nous nous sommes compris, n’est-ce pas ?

Emue, la jeune femme répondit tout bas, sans chercher à retirer sa main :

— Oui, Granier, je me suis jurée de changer de vie et je vous promets que je tiendrai parole.

— Je vous aiderai de tout mon cœur, Sibylle ! Affirma-t-il le regard plein de tendresse. Je suis célibataire et je pense que l’heure est arrivée de songer à me marier !

Tandis qu’elle lui souriait, il se pencha vers elle et posa un long baiser sur les lèvres vermeilles de la jolie fille.

A cet instant précis, le directeur entra dans le bureau et s’arrêta devant cette scène inattendue.

Avec une légère ironie, il déclara :

— Mes compliments, mon cher Granier ! Décidément, vous ne changerez jamais !

L’inspecteur éclata de rire.

— Ne croyez-vous pas, chef, répliqua-t-il, qu’après un tel travail, j’ai droit à une récompense ?

— Certainement, mon cher, mais ce sont-là des choses qui vous regardent personnellement. (Se tournant vers la jeune femme, il ajouta sur un ton à la fois ironique et légèrement sévère) : Quant à vous, Madame, faites très attention, car vous ne savez pas combien cet homme est dangereux !

Sibylle devint écarlate.

Changeant totalement de sujet de conversation, le chef du S.S.D.T. s’adressa de nouveau à l’inspecteur :

— Je pense que le marquis d’Evreux peut, sans crainte, regagner sa demeure. Voulez-vous aller le prévenir. C’est la dernière corvée dont je vous charge, aujourd’hui.

— Très bien, patron, répondit spontanément son collaborateur. Je le fais avec plaisir, car j’ai deux mots à dire à ce curieux personnage !

L’inspecteur demanda à sibylle de l’attendre quelques instants, le temps nécessaire d’exécuter sa dernière mission.

Lorsqu’elle sut qu’il prenait la voiture, l’ex-compagne de Roland insista pour l’accompagner. Vingt minutes plus tard, l’auto de la police stoppait devant l’hôtel où s’était réfugié le frère d’Alice d’Evreux.

— Revenez vite, chéri, dit sibylle avant qu’il ne la quittât.

Granier la regarda avec tendresse et pénétra aussitôt à l’intérieur du hall.

Il demanda le numéro de la chambre occupée par Anselme et monta rapidement l’escalier qui conduisait au deuxième étage.

Un agent était posté devant la porte. Le policier frappa et le marquis d’Evreux lui ouvrit aussitôt. Lui désignant un fauteuil, il questionna l’inspecteur avec anxiété :

— Alors, quelles nouvelles m’apportez-vous ?

— Elles sont excellentes, Monsieur, répondit Granier en s’installant dans le fauteuil et en prenant la cigarette que lui offrait son interlocuteur. Je suis venu vous prévenir que vous pouvez rentrer tranquillement chez vous, car toute la bande est sous les verrous, à l’exception bien entendu, des trois hommes que j’ai été forcé d’abattre pour vous défendre. Ils reposent dans la fosse qu’ils vous obligeaient à creuser pour vous-même.

Le marquis blêmit à ce souvenir et fixa l’inspecteur avec des yeux remplis d’épouvante, mais il se ressaisit et poussa un soupir de soulagement

— Je pense, reprit-il sourdement, que vous venez recevoir mes remerciements.

— Non ! Répliqua l’inspecteur avec mépris. Vous faites erreur, monsieur d’Evreux. J’ai en ce qui vous concerne, fait mon devoir et je suis prêt à recommencer à la première occasion !

Le frère d’Alice poursuivit, hésitant :

— Alors, vous ne vous êtes dérangé que pour m’apprendre que je pouvais circuler sans crainte ?

— Je suis aussi venu pour vous prévenir, Monsieur, que je ne cesserai pas de vous faire surveiller ! Répliqua sèchement Granier. Vous nous avez donné des explications qui paraissent satisfaisantes, mais je ne puis pas un homme à me laisser convaincre si facilement. Je préfère garder certains doutes que de m’apercevoir par la suite que je me suis laissé duper !

— Que signifient ces paroles, Monsieur ? S’écria Anselme, en pâlissant.

— Que je vous conseille, Monsieur, de filer droit, reprit l’inspecteur en se levant. C’’est un simple conseil qu’il est inutile de discuter. Vous connaissez mieux que moi la vérité en ce qui vous concerne ! Je vous préviens une fois de plus, que j’ai l’habitude d’accomplir mon devoir et si mes soupçons se confirment, tant pis pour vous, je serai impitoyable.

Il prononça ces derniers mots en se dirigeant vers la porte. Soudain, il s’arrêta avant de franchir le seuil de la chambre, et ajouta en riant :

— Maintenant, Monsieur, rentrez chez vous, et bonne chance !

Il fit signe à l’agent qui s’empressa de le suivre.

Anselme resta seul. Il se planta devant la fenêtre, le regard perdu, songeant aux dures paroles de l’inspecteur du S.S.D.T.

Le policier se doutait-il de ce qu’il avait voulu entreprendre contre Pierrot ? Ou le considérait-il comme un espion semblable à Roland et à ses hommes ?

Finalement, Anselme d’Evreux se décida à partir. Il téléphona à la réception pour qu’on lui préparât sa note. Quelques minutes plus tard, il quitta l’hôtel et se dirigea rapidement vers sa maison.

Il y arriva trois quarts d’heure après. Son domestique s’empressa de lui apporter un costume et du linge de rechange.

Le marquis toucha à peine à l’excellent repas qui lui fut servi. Les propos de Granier ne cessaient de l’inquiéter.

« Maudit Pierrot ! Dit-il avec colère. Il me sera difficile de m’attaquer à lui à cause de la surveillance exercée contre moi ! »

« Oui, reprit avec rage le marquis en allumant une cigarette et après avoir vidé la dernière goutte de fine que venait de lui verser son valet de chambre, je saurai bien trouver le moyen de triompher de ce maudit gamin ! »

Et cette agréable perspective finit pour lui faire retrouver son calme.

Pendant ce temps, l’inspecteur Granier avait emmené chez lui sa jolie compagne et les deux jeunes gens faisaient de doux projets d’avenir ; décidée à revenir dans le droit chemin et à mener désormais une vie exemplaire. Sibylle demandait à Granier de lui trouver une occupation, tout au moins jusqu’à ce qu’ils se marient et elle exigeait également de loger dans un petit hôtel décent pour ne pas gêner son fiancé dans son logis vraiment exigu. Et Granier comprenant qu’elle retrouvait une pudeur de jeune fille, approuvait tout avec un sourire d’amoureux comblé !

 

( A SUIVRE LE 07 AOUT )

 

 

JEAN PAUL

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