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MOINEAUX SANS NID N° 298

3 Août 2013, 09:00am

Publié par ROMAN

CHAPITRE 298

LE SACRIFICE DE VALERIE LABEILLE

Dès qu’elle eut quitté la cellule où Robert Montpellier était enfermé, Valérie Labeille décida de le sauver à n’importe quel prix.

— Mon Dieu ! Murmura-t-elle éperdue, ne sachant à qui s’adresser ni quelle décision prendre, que faire ? Si j’allais parler à ce colonel qui semblait beaucoup apprécier Robert !

Connaissant le bureau de cet officier, elle s’y dirigea sans hésiter prête à tout pour arracher aux griffes de la mort l’homme qu’elle aimait.

La nuit était froide et un vent glacé la fit soudain frissonner. La malheureuse ne s’en aperçut même pas, car c’ »était surtout son cœur qui avait froid !

Elle croisa un groupe de jeunes soldats et l’un d’eux lui cria vulgairement son admiration. Effrayée, elle se mit à courir, ce qui les fit éclater de rire.

Elle atteignit haletante, le bureau de l’officier allemand et bien qu’il fut très tard lorsqu’on lui annonça la visite de la jeune femme, il consentit à la recevoir.

Valérie fut introduite devant le colonel. Elle se précipita vers lui, les mains jointes en éclatant en sanglots.

— Mademoiselle ! Murmura-t-il déconcerté. Je vous en prie ! Que se passe-t-il ?

— Ayez pitié, ayez pitié, je vous en supplie ! Bredouilla-t-elle en gémissant.

— Voyons ! Voyons ! Asseyez-vous et calmez-vous un peu, Mademoiselle, lui dit-il apitoyé.

Elle obéit, mais ne put prononcer un mot, tant ses sanglots l’étouffaient.

— Puis-je savoir ce qui vous désespère de la sorte ? Lui demanda-t-il, ému par la violente détresse et la beauté de ce délicat visage.

Valérie leva sur lui ses immenses yeux clairs emplis de larmes, mais malgré ses efforts, elle ne put réussir à parler.

— Vous avez certainement besoin de moi ? Questionna le colonel avec bonté.

Enfin, Valérie put parler.

— Oui, Colonel bredouilla-t-elle d’une voix brisée, c’est une question de vie ou de mort pour moi !

— Je vous écoute, Mademoiselle, et expliquez-moi ce que vous désirez, ajouta-t-il.

— C’est à propos du sergent Fuchs ! dit-elle hésitante.

— Ah ! Murmura-t-il d’une voix triste et lointaine. J’aurais aimé ne jamais rencontrer ce pauvre garçon !

— Mon Dieu ! S’exclama-t-elle sentant une angoisse mortelle l’envahir.

— Oui, car je suis vraiment désolé de ce qui lui arrive !

— Vous n’ignorez certainement pas sa ... sa condamnation, dit-elle, faisant des efforts inouïs pour ne pas recommencer à pleurer

— Hélas ! Je ne peux rien pour lui !

— Rien ? Répéta-t-elle en blêmissant.

— Rien ! Affirma-t-il tristement.

Alors Valérie éclata de nouveau en sanglots.

— Seriez-vous la sœur de ce malheureux sous-officier ? Questionna-t-il avec sollicitude.

— Plus qu’une sœur, Colonel ! Balbutia Valérie.

— Sa femme, peut-être ?

— Non !

— Mais alors ?

— Je vous prie de me permettre de vous raconter ma triste histoire, dit-elle, en hésitant légèrement, ensuite vous comprendrez ce que cet homme est pour moi !

Et brièvement, elle lui dévoila sa triste odyssée. Lorsqu’elle lui confia qu’elle avait été contrainte d’abandonner sa petite fille pour courir au chevet de son père agonisant, l’Allemand essuya ses yeux. Puis, elle raconta tous les sacrifices que Robert avait accomplis pour elle.

— Pour m’aider, il n’a pas hésité à perdre fortune, honneur, acheva-t-elle en sanglotant, et toujours par ma faute, il va perdre la vie !

L’officier élargit les bras dans un geste d’impuissance.

— Je vous comprends et vous plains infiniment, Mademoiselle, mais je ne peux rien pour lui, je vous le jure !

Il se tut et se mit à arpenter la pièce nerveusement, lorsque brusquement, il s’arrêta.

— Ecoutez-moi ! Lui dit-il.

Valérie était littéralement suspendue à ses lèvres.

— Je vous conseille d’aller voir le commandant, Mademoiselle, et de lui parler comme vous venez de le faire. Lui seul peut vous accorder la grâce de celui que vous aimez !

— Le commandant ? Balbutia-t-elle inquiète.

— Oui ! Vous le trouverez à la mairie où il loge également.

— Bien, Colonel.

— Voyez-le, mais ne lui parlez surtout pas de moi, recommanda-t-il.

— Oui, je vous obéirai.

Quelques minutes plus tard, Valérie se précipita à la mairie et demanda à parler au commandant. Elle fut reçue par son officier d’ordonnance, un jeune capitaine très courtois qui lui apprit que son supérieur légèrement souffrant, interdisait qu’on le dérangeât avant deux heures du matin.

Désolée, Valérie décida de patienter.

Tout d’abord, l’officier hésita, puis touché par le beau visage suppliant de la jeune femme, il lui indiqua une chaise dans le vestibule.

— Asseyez-vous, Madame. Je vous promets de vous appeler dès que j’aurai réveillé le commandant.

Valérie se résigna à attendre.

Les heures s’écoulèrent avec une lenteur mortelle, lui infligeant une torture jamais ressentie jusqu’ici. Robert, dans sa cellule, ne pouvait souffrir davantage.

Finalement, le capitaine vint l’appeler.

— Venez, Madame, lui dit-il, le commandant consent à vous recevoir.

Valérie quitta vivement sa chaise et suivit l’officier. Elle sentait ses jambes se dérober sous elle et son cœur battit à éclater.

Le commandant reconnut immédiatement la jeune femme qui avait été la cause involontaire de la mort du sous-officier.

— Commandant ! S’exclama Valérie d’une voix étranglée par une violente émotion.

— Diable, Mademoiselle, vous choisissez une heure vraiment indue pour venir me voir ! Remarqua-t-il en éclatant de rire.

— Hélas ! Soupira-t-elle.

— Vous devez avoir une requête à me présenter ? Questionna-t-il avec une légère ironie dans la voix.

La jeune femme garda le silence.

Cet homme de haute taille, au regard d’acier, l’intimidait.

Il la dévisagea avec attention, puis s’apercevant qu’elle ne se décidait pas à reprendre la parole, il ajouta, agacé :

— Eh bien ! Mademoiselle, allez-vous finalement me dévoiler l’objet de votre visite ?

Valérie soupira et murmura d’une voix qu’elle s’efforça vainement d’assurer :

— Je ... je vous prie de m’écouter, Commandant !

— C’est ce que je fais sans résultat. Mais dépêchez-vous car je n’ai pas de temps à perdre ! Répliqua-t-il sèchement.

— Je vous supplie et vous conjure de sauver le sous-officier qui va être fusillé ! Cria-t-elle.

Il fronça les sourcils et répondit, irrité :

— Je vois ! C’était bien ce que je supposais !

— Vous ... vous le supposiez ? Répéta-t-elle.

— Certainement, reprit-il moins durement. Dès que vous êtes entrée j’ai compris que vous alliez intervenir en faveur de quelqu’un.

Un faible espoir pénétra da ns le cœur angoissé de Valérie.

— Je peux ... espérer ? Balbutia-t-elle, éperdue.

Il hocha négativement la tête et répondit froidement :

— Je regrette, mais c’est impossible !

— Mon Dieu ! S’écria-t-elle en joignant les mains et en levant sur lui ses grands yeux éplorés. Je vous en conjure, Commandant. Je vous le demande au nom des êtres que vous sont chers.

L’officier sourit dédaigneusement.

— Je n’ai personne à aimer ! Déclara-t-il glacial.

— Alors, je vous implore au nom de Dieu ! Gémit-elle en éclatant en sanglots.

— Dieu nous commande d’être justes !

— Je vous en supplie, Commandant ! Il ne s’agit pas d’un acte volontaire, mais ...

— Que ce soit volontairement ou pas, un de mes hommes est mort ! Trancha-t-il durement. Je regrette.

— Je vous en conjure ! Je vous en supplie ! Répéta-t-elle inlassablement.

— N’insistez pas ! Vous perdez votre temps !

— Non ! Non ! Je sais que vous pouvez le sauver ! Poursuivit-elle avec force.

— Je viens de vous dire que je ne peux rien pour cet homme ! Reprit-il furieux.

Une angoisse infinie se lut dans les grands yeux clairs de Valérie.

— Commandant, continua-t-elle d’une voix pathétique, je vous supplie d’avoir pitié. S’il faut absolument une victime, prenez-moi à la place de cet innocent !

— Ne dites pas de sottises, répliqua-t-il, énervé par l’insistance de la jeune femme. Que représente donc cet homme pour vous ? Je suis curieux de l’apprendre.

— Il est tout pour moi, parce que je l’aime ! Cria-t-elle.

— Il est votre amant ?

— Non ! Commandant, mais il est celui que j’aime le plus au monde et il est l’homme qui s’est toujours sacrifié pour moi !

— Je ne vous comprends pas, murmura-t-il.

— Ne me forcez pas à vous faire le récit de ma douloureuse existence, dit Valérie, en baissant la tête.

— Les histoires des autres ne m’intéressent pas, déclara sèchement l’Allemand.

— Monsieur ! Je vous en conjure ! S’exclama-t-elle en se jetant à ses pieds et en étreignant éperdument les jambes de l’officier.

Cette fois l’Allemand frémit, tandis qu’une lueur soudaine brillait dans ses yeux.

— Ayez pitié ! Gémit Valérie d’une voix brisée de pleurs.

— Vous aimez décidément beaucoup ce garçon ! Observa le commandant.

— Plus que moi-même ! Affirma-t-elle avec élan. Je suis prête à donner ma vie pour sauver la sienne !

L’homme ne répondit pas.

L’infortunée Valérie pleurait toujours. Elle avait l’impression de se trouver devant un abîme.

— Peut-être, dit-il finalement, me sera-t-il possible d’intervenir.

— Mon Dieu ! Bredouilla-t-elle, le cœur frémissant d’un nouvel espoir. Je savais bien que vous ne seriez pas insensible à mes prières. Sauvez-le et disposez de moi comme vous l’entendez !

— Prenez garde à ce que vous dites, Mademoiselle !

— Vous pouvez prendre ma vie !

— Je ne vous en demande pas tant ! Dit-il agacé.

— Mais ! Protesta-t-elle, déconcertée.

— C’est autre chose que je veux !

— Je ... je ne comprends pas, répondit-elle étonnée.

Le commandant l’enveloppa d’un regard lourd de désir.

— C’est toi que je veux ! Souffla-t-il avec un accent qui glaça la malheureuse.

— Moi ? S’écria-t-elle en se levant.

— Oui, toi, tu es si belle !

Valérie recula avec épouvante.

— Tu refuses ? Reprit-il d’une voix que la passion faisait trembler

— Mon Dieu ! Dit-elle en cachant son visage entre ses mains.

— Cesse de me faire languir ! Dit-il sur un ton pressant.

— Pitié ! Supplia-t-elle.

Il ricana.

— Pourquoi implores-tu ma pitié, alors que tu peux résoudre le drame qui te torture ? Ajouta-t-il froidement et nullement ému par la détresse de la malheureuse jeune femme.

— Comment puis-je vous satisfaire ?

— Je te demande l’unique chose pouvant sauver de la mort celui que tu aimes, expliqua-t-il, cynique.

— Il s’agit de ... de mon honneur ?

— Ton honneur ! Ricana-t-il, tu as déjà appartenu à cet homme ?

— Jamais !

— Ah ! Ah ! Rit-il incrédule.

— Jamais, je vous le jure !

— Alors ?

Comme Valérie gardait le silence, il prit une petite sonnette posée sur son bureau et l’agita vivement.

L’officier d’ordonnance entra et se mit au garde-à-vous.

— Capitaine, à quelle heure doit être fusillé le condamné ? Questionna le commandant.

— A sept heurs du matin, mon Commandant !

— Ordonnez qu’il soit exécuté immédiatement !

A ces paroles cruelles et inattendues, Valérie Labeille poussa un cri terrible, tandis que le jeune officier saluait et quittait la pièce.

— Oh ! Non ... non ... dit-elle d’une voix brisée.

— C’est toi qui as voulu cette mort ! Répliqua durement l’Allemand.

— Comment pouvez-vous parler ainsi, alors que je suis venue vous supplier de m’accorder sa grâce ? S’exclama-t-elle indignée.

— Sois mienne, et il vivra !

— Mon Dieu ! Gémit-elle en cachant son beau visage empourpré de honte entre ses mains.

— Alors, qu’as-tu décidé ? Questionna-t-il glacial.

— Je ... j’accepte ! Murmura-t-elle si bas qu’il devina plus qu’il n’entendit sa réponse.

Valérie ajouta d’une voix subitement très calme :

— Vous me jurez de lui laisser la vie ?

— Je te le jure, répondit-il en attachant sur elle un regard brillant de convoitise.

— Alors ...

— Quoi ? Questionna-t-il avec impatience.

— Alors, ordonnez qu’on sursoit immédiatement à son exécution ! Supplia-t-elle.

— Non ! Tu dois m’appartenir avant, protesta-t-il d’une voix rauque.

L’infortunée Valérie baissa la tête. Le commandant s’approcha d’elle et prit sa main.

Elle frissonna de dégoût à ce contact et essaya vivement de se dominer, mais il avait remarqué sa répulsion.

— Tu hésites encore ?

La malheureuse leva sur lui des yeux remplis d’une ardente prière.

— Alors sois mienne, lança-t-il en souriant et tu auras en échange la vie de celui que tu aimes !

— Non ! S’écria-t-elle avec force.

— Non ?

— Je veux auparavant que vous me remettiez sa grâce, insista-t-elle énergiquement.

— Tu n’as pas confiance en moi ?

— Je veux avoir la certitude de sauver celui que j’aime ! S’obstina-t-elle.

L’officier s’assit et rédigea quelques lignes ordonnant la suspension de l’arrêt de mort du sergent Fuchs. Ensuite, il tendit la feuille à Valérie.

— Tiens ! Lui dit-il.

Elle s’en saisit avidement et la lut attentivement, puis elle leva sa jolie tête et s’écria :

— Ordonnez que sa grâce soit définitive !

— Non, pas avant que tu ne sois mienne ! Répondit-il avec fermeté.

Au même instant, un bruit de bottes résonna dans le couloir.

— C’est lui ! On l’emmène, déclara-t-il cruellement. Tu tiens sa grâce entre tes mains !

Pour la seconde fois, Valérie se jeta à ses pieds !

C’est en courant qu’elle quitta la mairie, serrant le précieux papier contre son cœur.

Une minute de retard et son sacrifice aurait été inutile ! Nous savons que la jeune femme arriva à l’ultime minute et que Robert Montpellier fut sauvé. Le commandant avait exaucé la prière de Valérie.

Après son entretien avec monsieur Michel Labeille, Robert alla retrouver le colonel allemand, avec lequel il parla longuement. Ils mirent au point un plan de fuite en avion avec Valérie et Michel Labeille.

Au même moment, l’infortunée jeune femme retournait à l’hôpital pour prendre son service.

— Ne trouves-tu pas que notre gentille infirmière n’est plus la même ? Dit un blessé en s’adressant à son voisin de lit, alors que Valérie venait de la quitter après avoir remplacé son pansement.

— Je lui trouve depuis quelques heures un regard étrange, convint son camarade.

— J’ai l’impression qu’elle souffre intensément ! Conclut un troisième.

Valérie n’entendit rien. Une grande agitation semblait la tourmenter bien qu’elle continuât à prodiguer des soins attentifs et dévoués à ses malades.

Mais elle accomplissait son travail machinalement, telle un automate.

Quelques heures plus tard, une fille de salle vint la prévenir qu’un sergent désirait lui parler.

Valérie tressaillit. Elle avait deviné qu’il s’agissait de Robert.

Elle leva les yeux vers le crucifix placé au milieu de la salle comme si elle le suppliait de lui donner la force d’affronter une autre cruelle épreuve. Puis, lentement, elle sortit dans le couloir à l’extrémité duquel elle l’aperçut faisant les cent pas.

— Valérie ! Murmura-t-il tendrement lorsqu’elle le rejoignit. Je suis venu te remercier de ce que tu as fait pour moi. Mais les mots sont trop pauvres pour t’exprimer ce que je ressens !

— Robert ! Balbutia-t-elle, le visage brusquement empourpré.

— Je te dois la vie, mon amour !

— Tais-toi, je t’en supplie !

— Me taire ? Pourquoi, ma chérie ?

La malheureuse fille n’osait rencontrer son regard.

Il lui prit doucement la main en murmurant tendrement :

— Viens, allons dans le jardin ! J’ai à te parler et je désire que nul ne puisse nous entendre.

Elle obéit silencieusement.

La nuit était fraîche et une légère brise faisait ondoyer la cime des arbres.

— Valérie, murmura Robert lorsqu’ils atteignirent un endroit où nul ne pouvait les entendre, cette nuit sois prête à quitter l’hôpital !

— Comment ? S’exclama-t-elle.

— Oui, reprit-il tendrement, cette nuit décidera de notre sort !

— Je ne comprends pas ce que tu veux dire, Robert ! Murmura-t-elle.

— Ecoute-moi avec la plus grande attention, ma chérie, reprit-il.

Et il lui expliqua ce qu’il avait décidé d’entreprendre avec l’appui du colonel.

— Tu as l’intention de fuir ? S’exclama-t-elle lorsqu’il eut achevé de lui exposer son plan.

— Oui, ma chérie, mais à la condition que tu me suives ! Acheva-t-il.

Elle l’enveloppa d’un regard plein d’amour et secoua négativement la tête, incapable de parler, tant l’émotion lui serrait la gorge.

— Ton père doit partir avec nous et tu refuses, Valérie ? Dit-il amèrement.

— Je ... je ne peux pas ! C’est impossible ! Murmura-t-elle dans un souffle.

— J’avoue que je ne te comprends pas ! Pourquoi ce refus ? Insista-t-il déconcerté.

— Je ne puis abandonner mes blessés !

— Mais ...

— Fuis avec mon père ! S’écria-t-elle avec force. Quittez cet enfer le plus vite possible !

— Tu sais bien, ma chérie, que jamais ton père ne partira en te laissant ici !

— J’arriverai à l’en persuader !

— Valérie ! Reprit-il en attachant sur elle un regard désespéré, je te supplie de me suivre.

Elle poursuivit avec une légère inquiétude dans la voix :

— Tu crois être capable de piloter un avion ?

— Certainement, ma chérie, je n’en suis pas à mon premier vol, j’ai effectué de nombreux voyages en pilotant mon avion.

— Et tu peux obtenir un appareil ? Reprit-elle ne parvenant pas à être persuadée de ce qu’il avançait.

— Tout a été scrupuleusement organisé, affirma-t-il. Et nous nous envolerons dès les premières lueurs de l’aube !

Valérie sembla réfléchir puis répondit avec un indéfinissable sourire sur ses lèvres.

— Oui, Robert, je te suivrai !

Le jeune artiste ne put retenir un léger cri de joie. Il saisit la main de Valérie, la porta à ses lèvres et la baisa dévotement.

— Merci ! Merci, mon amour ! S’exclama-t-il avec élan. Si tu m’avais refusé cette joie indicible, je t’assure que je n’aurais pas hésité à trouver la mort dans un prochain combat !

Elle l’enveloppa d’un regard plein d’amour et murmura :

— Tu m’aimes, mon Robert ?

— Certes ! Et tu le mérites.

— Oh ! Non, protesta-t-elle d’une voix mouillée de larmes.

— Et moi, je prétends que tu dois être adorée à genoux ! S’écria-t-il avec élan.

Un triste sourire erra sur les lèvres de Valérie, et tout son corps frissonna.

— Viens, Robert, dit-elle, partons d’ici.

Il lui prit tendrement le bras et ils s’éloignèrent lentement.

Robert l’accompagna jusqu’à la maison de monsieur Michel Labeille.

Après que la porte se fut refermée sur celle qu’il aimait, il hâta le pas et se dirigea vers le terrain d’aviation qui se trouvait à un kilomètre du village.

Il entra dans un hangar et s’allongea sur un tas de paille répandue à même le sol. Peu après, il s’endormit profondément, épuisé par les terribles émotions qu’il avait traversées.

Il dormit près de trois heures. Il faisait encore nuit lorsqu’il se réveilla.

Il consulta l’heure au cadran lumineux de sa montre et sourit.

« Ils vont arriver » se dit-il et se levant, il scruta la route en direction du village.

Les étoiles commençaient à pâlir dans le ciel. L’aube était proche

{ A SUIVRE LE 6 SEPTEMBRE }

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