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MOINEAUX SANS NID N° 271

14 Juin 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-271--.jpegRené Tonnerre et le chauffeur, maintenant convaincu que l’extravagante histoire concernant Edwige était vraie, descendirent lentement l’escalier, soutenant la jeune femme sous les aisselles.

Un feutre très enfoncé dans la tête, dissimulait complètement l’opulente chevelure de la malheureuse.

René Tonnerre se sentait infiniment moins inquiet. Il était convaincu que si elle ne s’approchait pas trop d’Edwige, la concierge ne réaliserait pas qu’il s’agissait d’une femme.

Avant qu’ils n’aient atteint le premier étage, ils furent dépassés par le docteur Mollet, qui alla frapper à la loge.

— Excusez-moi de vous déranger, Madame, lui dit-il la trouvant derrière sa porte, je viens vous demander de surveiller mon appartement durant mon absence !

— Soyez tranquille à ce sujet, docteur, dit-elle avec empressement, vous pouvez être assuré que je ne le négligerai pas.

— Je compte sur vous, n’est-ce pas, reprit-il, en jetant un coup d’œil du côté de l’escalier qu’achevait de descendre l’étrange trio.

Il fouilla la poche droite de son pantalon et en sortit deux billets de cent francs qu’il tendit à la femme.

— Vous comprenez, Madame, poursuivit-il, je vous fais ces recommandations à cause de mes appareils de chirurgie et de mon laboratoire. Je vous prie d’aller tous les jours donner un peu d’air chez moi et de refermer soigneusement les volets.

Tout en continuant à parler, il gardait les billets de banque dans sa main, tandis que la concierge ne les perdait pas de vue, se demandant, avec inquiétude, si cet argent lui était destiné.

Cette petite manœuvre obtint le résultat espéré ! L’attention de la concierge ne se porta pas sur les trois personnages qui se rapprochaient du porche de l’immeuble.

Une seconde plus tard, René tonnerre et le chauffeur sortaient Edwige et l’installaient à l’intérieur de la voiture.

Un sourire de triomphe erra sur les lèvres minces et cruelles du docteur Mollet. Il se décida à remettre les deux cent francs à la concierge.

— Tenez, lui dit-il aimablement, voilà pour vous dédommager un peu du dérangement que vous occasionnera la surveillance de mon appartement.

— Vous pouvez partir tranquille, docteur, déclara la femme dont le visage exprimait la satisfaction procurée par cette petite somme.

Le médecin prit congé de la concierge qui continuait à se confondre en remerciements.

— Docteur, ajouta-t-elle avant qu’il ne s’éloignât, savez-vous combien de temps durera votre absence ?

— Je ne puis le préciser, répondit le médecin. Une quinzaine de jours, sans doute. Plus peut-être. Mais si je devais prolonger cette absence, je vous préviendrais.

— alors, au revoir, docteur, et bon courage ! dit-elle en le suivant du regard.

Le médecin se dépêcha de s’installer près du chauffeur, tandis que René tonnerre s’était assis sur le siège arrière à côté d’Edwige.

Lorsque la voiture se fut éloignée, la concierge referma soigneusement la porte en murmurant :

— Dire que le docteur Mollet passe pour un original aux yeux de beaucoup. Je voudrais bien que tous les locataires de la maison fussent aussi gentils et généreux que lui !

Et bâillant à se décrocher la mâchoire, elle rentra dans sa loge, décidée à se glisser dans son lit et à retrouver son sommeil, si brusquement interrompu.

En tout autre occasion,elle aurait été furieuse car elle détestait être dérangée au milieu de la nuit, mais ce petit désagrément lui avait rapporté trois cent francs ce qui suscité en elle une agréable euphorie.

Soudain, en poussant la porte, elle glissa sur un objet métallique et faillit tomber.

Etonnée, elle se baissa et le ramassa, s’apercevant avec stupeur que c’était un petit trousseau de clés. Elle l’examina attentivement en murmurant :

— Je me demande comment il peut se trouver là ? C’est peut-être le médecin qui l’a laissé tomber. Pourtant ces clés sont trop petites pour être celles de son appartement. Bah ! Je verrai ça demain. Je vais les ranger et certainement son propriétaire viendra les réclamer.

Elle rangea le trousseau de clés dans un tiroir de son buffet, puis regagna sa chambre et se coucha près de son mari, qui se tourna du côté du mur en grognant.

Quelques minutes après, la concierge s’était endormie.

Elle aurait été sûrement très étonnée d’apprendre que sa décision de garder ce trousseau de clés contribuerait fortement à aggraver la dramatique aventure que vivait l’infortunée Edwige.

Pendant ce temps, la voiture dans laquelle voyageaient l’amie de Marius, le docteur Mollet, René tonnerre et le chauffeur, roulait en direction de Melun.

La nuit était encore noire et les phares, camouflés de peinture bleue, éclairaient faiblement la route, ce qui forçait le conducteur à réduire sa vitesse.

L’aube commençait à poindre lorsqu’ils atteignirent Juvisy, suivant toujours les bords de la Seine.

René Tonnerre, la tête d’Edwige appuyée sur son épaule, n’osait bouger, de crainte de la bousculer.

Tout à coup, la voiture fut brutalement secouée du fait du mauvais état de la route. Le chauffeur laissa échapper un juron et ralentit en songeant à la lourde malle placée sur le toit.

— Qu’est-ce qui vous prend ? S’écria le docteur Mollet furieux en se tournant vers lui. Vous ralentissez alors que je suis pressé d’arriver ?

— C’est que je tiens pas à abîmer ma voiture, docteur, déclara l’autre avec fermeté. D’ailleurs, je vais m’arrêter pour vérifier si la malle ne s’est pas déplacée.

C’est ce qu’il fit, malgré les vives protestations du médecin.

Il examina soigneusement le grand coffre, s’assurant que ses liens ne s’étaient pas relâchés, puis rassuré rejoignit lentement sa place.

— Alors ? S’exclama le médecin très énervé.

— Soyez plus patient, docteur, nous allons repartir tout de suite, répondit-il en glissant une main dans sa poche pour prendre son mouchoir.

Soudain, il pâlit et murmura :

— Sacrebleu de sacrebleu ! Où donc ai-je mis mes clés ?

Il fouilla hâtivement toutes ses poches, mais ne les trouva pas.

— C’est le bouquet ! S’exclama-t-il en s’installant au volant. Voilà qu’à présent, j’ai égaré les clés de mon logement. Vous parlez d’une guigne !

— Ce n’est pas grave, répliqua le médecin avec indifférence, vous trouverez toujours quelqu’un pour vous ouvrir, lorsque vous rentrerez chez vous !

La voiture dé »marra, tandis que l’autre expliqua :

— Pas du tout ! Justement ce matin, ma femme et mes enfants sont partis à la campagne chez ma belle mère où ils passeront la quinzaine. Aussi je me demande comment rentrer chez moi ? Je vais être forcé de faire sauter la serrure !

— Mais non ! Reprit le docteur Mollet, vous n’aurez qu’a aller chercher un serrurier, voilà tout !

— Evidemment, mais cela m’entraînera à de gros frais, d’autant plus qu’il me faudra commencer de nouvelles clés ! Ronchonna le chauffeur.

— Ca vous apprendra à faire plus attention une autre fois, conclut sèchement le docteur Mollet. Maintenant accélérez, je vous prie, j’ai hâte d’être chez moi !

Le chauffeur ne lui répondit pas, mais il augmenta sa vitesse et la voiture roula plus rapidement sur la route déserte.

Maintenant, Juvisy s’estompait derrière eux.

Le médecin bien que toujours extrêmement nerveux, semblait satisfait, persuadé qu’aucun nouvel obstacle ne se dresserait pour retarder la poursuite de ses expériences pratiques sur l’infortuné « Boiteux ». Dans sa villa il continuerait paisiblement son travail, sans craindre qu’Edwige essayât d’ameuter les voisins, ni de lui échapper.

Avec le concours de René tonnerre, en qui il avait une totale confiance, il serait à l’abri de toute surprise désagréable.

Cependant il savait que son expérience pouvait rater et que « le Boiteux » y laisserait sa vie.

Si une telle catastrophe arrivait à Paris, il se trouverait dans une situation extrêmement critique, tandis qu’à Melun, l’accident passerait absolument inaperçu.

Petit à petit, le docteur Mollet reprenait toute son assurance et savourait même à l’avance l’instant où il lui serait possible de reprendre les recherches auxquelles il avait tout sacrifié.

Pendant ce temps, René tonnerre était plongé dans des pensées très différentes.

Il se moquait totalement de la réussite des expériences scientifiques de son inquiétant ami et se tourmentait uniquement du sort de la femme qui, appuyée contre son épaule, dormait toujours profondément.

Il se demandait avec inquiétude, quelles étaient les intentions du docteur Mollet à l’égard d’Edwige Ramier.

Ne lui avait-il pas confié qu’il ne voulait plus qu’elle répète ce qu’il faisait et qu’il avait besoin d’elle pour la fabrication de son précieux sérum ?

Est-ce la vérité ? Ou ce fou dangereux caressait-il d’autres et sinistres projets concernant la malheureuse jeune femme ?

A cette idée, René Tonnerre frissonna et fixa instinctivement le visage pâle mais calme d’Edwige. Elle dormait paisible, inconsciente et totalement étrangère aux préoccupations qui agitaient son compagnon.

Travestie en homme, le chapeau du médecin cachant ses magnifiques cheveux sombres, elle paraissait infiniment fragile et délicate.

Ses paupières fermées dont les grands cils veloutés ombraient ses joues lisses, ses lèvres à peine entr’ouvertes sur des dents admirablement rangées et d’une blancheur éblouissante, Edwige avait l’air d’une adolescente. Cela émouvait infiniment René Tonnerre, le pénétrait d’une tendresse infinie pour cette femme sans défense, livrée à ce fou qui pouvait devenir dangereux !

Aussi se jura-t-il de s’opposer de toutes ses forces aux desseins du docteur Mollet s’ils s’avéraient criminels.

Sans le réaliser encore, il s’était bel et bien épris de la pauvre Edwige.

Il n’ignorait pas la confiance que lui témoignait son ami, d’autant plus qu’il avait envers lui une grosse dette de reconnaissance que le médecin ne se gênait pas de lui rappeler sans aucune délicatesse.

Toutefois, René Tonnerre était décidé à ne se prêter à aucune complicité criminelle ... dût-il le payer très cher pas plus qu’il ne supporterait que le moindre mal fût fait à cette femme charmante et sans défense.

« Il me faudra me tenir sur mes gardes, se disait-il et ne jamais perdre de vue ce redoutable maniaque pour l’empêcher de toucher à Edwige ou de l’effrayer avec ses stupides et dangereuses expérience. »

Il tourna la tête et contempla amoureusement le visage de la femme endormie, sourit tr reprit ensuite le cours de ses réflexions.

« Je tacherai de lui rendre sa liberté, avec seulement j’aurai certitude qu’il ne pourra plus lui nuire ! »

Il leva les yeux sur les deux hommes assis sur le siège avant , l’un occupé à conduire et l’autre le regardant l’air furieux.

— Pourquoi ralentissez-vous encore ? S’indigna le docteur Mollet. Poursuivez donc tore chemin et laissez tomber ces imbéciles ! Acheva-t-il et en regardant avec mépris quelques hommes arrêtés au milieu de la route.

— Docteur, répliqua ironiquement le chauffeur, je vous ferai respectueusement observer que ces « imbéciles » comme vous dites ne sont pas, des gars qui s’amusent à faire de « l’auto-stop » mais des agents de la police du territoire.

 

( A SUIVRE LE 17 JUIN )

 

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