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MOINEAUX SANS NID N° 260

12 Mai 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

CHAPITRE-260--.jpegPrécédé par le médecin René Tonnerre le suivit dans son laboratoire où « le Boiteux » gisait sur un petit lit.

Avant de lui laisser le temps de poser une question,l’inquiétant médecin se pencha sur son patient en disant :

— Voici mon chef-d’œuvre, cher ami, cet homme avait trépassé, j’ai réussi à lui rendre la vie !

René Tonnerre s’avança, très ému.

— Vous ... vous êtes certain qu’il est vivant ? Murmura-t-il d’une voix étouffée.

— Absolument ! Mais assurez-vous en vous-même, répliqua le docteur Mollet en lui tendant son stéthoscope.

L’autre refusa du geste.

— Non, mon cher, votre affirmation me suffit.

Et se dominant, il s’approcha davantage du patient qu’il observa avec la plus grande attention.

— Pourtant, ne put-il s’empêcher de dire, il a l’apparence d’un homme à l’agonie !

— C’est vrai, reconnut le docteur Mollet, et pour le ramener à la vie, je lui ai injecté un sérum sur lequel je travaille depuis des années. Ne connaissant pas sa réaction sur l’organisme humain, j’ai procédé à quelques petites modifications afin d’atténuer le choc produit sur les centres nerveux ; ensuite, je les ai paralysés, afin de limiter leur fonction. Me suivez-vous ?

Son ami fit un signe de tête affirmatif, et pour la première fois depuis qu’il connaissait le docteur Mollet, il remarqua dans son regard la fixité particulière aux déséquilibrés.

Il frissonna et se dit avec inquiétude qu’Edwige devait avoir raison.

— Vous avez bien suivi mon exposé, n’est-ce pas ? Répéta le médecin. Il est très clair.

Dominant sa frayeur, son ami répondit avec calme :

— Parfaitement, mon cher, poursuivez !

— Bon ! Donc la vie a repris chez cet homme, mais très lentement afin de permettre à mon sérum d’agir avec succès. Ce processus d’assimilation doit se dérouler graduellement, sinon il serait néfaste à l’organisme du sujet.

— C’est ce qui explique son apparence rigide, alors que son cœur bat imperceptiblement. Seul son système nerveux est presque paralysé et ne retrouvera son activité première que peu à peu.

— C’est prodigieusement intéressant, s’exclama René Tonnerre. Et combien de temps lui faudra-t-il ?

— Je n’en sais encore rien, répondit le docteur Mollet. L’unique certitude que je puisse avancer est que cet homme est en vie, mais je ne puis préciser quand il reviendras un être normal. Je me demande même s’il ne me faudra pas de nouveau lui injecter dans les veines une seconde dose de mon sérum ?

L’autre blêmit en se souvenant de ce que lui avait confié Edwige.

— Pourquoi m’avez-vous demandé de venir ? Demanda-t-il hésitant.

— Parce que j’ai décidé de transporter mon patient ailleurs. Il m’est impossible de continuer à le garder dans mon appartement près de cette femme si bavarde.

— Elle vous a tout de même aidé à mener a bien votre expérience.

— C’est juste, reconnut le docteur Mollet, mais elle est beaucoup trop curieuse et me force à l’isolée ici, afin qu’elle n’aille pas divulguer ce qu’elle a vu. Vous me comprenez, n’est-ce pas ? Aussi, je vais les transporter tous les deux ailleurs et c’est pour m’aider que je vous ai demandé de venir.

René tonnerre fut bouleversé en apprenant que Mollet voulait emmener ailleurs Edwige et le blessé.

— Et où comptez-vous les conduire ? Demanda-t-il, inquiet. Avez-vous songé la difficulté de déménager vote ... votre patient ainsi que cette femme qui pourrait profiter de cette occasion pour essayer de fuir ?

Un sourire ironique se dessina sur les lèvres du diabolique médecin.

— Mon cher, je n’ai pas l’habitude d’agir sans réfléchir et j’ai songé à solutionner tous ces problèmes.

— Ah ! Et de quelle façon ?

— Le plus simplement du monde, mon ami, poursuivit l’étrange médecin. « Le Boiteux » — c’est le nom où plutôt le surnom de mon patient — sera enfermé dans une grande malle où je pratiquerai quelques trous lui permettant de respirer car il ne faut pas qu’il meure asphyxié !

— Une malle ? Répéta l’autre de plus en plus inquiet. Mais il faudra la transporter et ce sera très lourd !

— C’est pour cette raison que j’ai fait appel à votre aide, car nous la descendrons ensemble. Devant la porte une voiture nous attendra, expliqua le docteur Mollet en ne le quittant pas des yeux.

Malgré lui René Tonnerre sourit. Décidément, cet homme pensait à tout ! Reprenant son sérieux, il déclara :

— D’accord ... Mais croyez-vous que votre patient sera en mesure de supporter un voyage dans de telles conditions ?

— Très certainement ! Je vous ai déjà dit que « le Boiteux » était inconscient. Il ne souffrira en aucune manière !

— D’ailleurs, j’ai eu la précaution de choisir une malle très confortable.

René Tonnerre ne put s’empêcher de se souvenir des paroles d’Edwige. En effet, le docteur Mollet devait être fou, seul un dément pouvait agir de cette manière.

— Et la femme ? Reprit-il après une légère hésitation, comment l’empêcherez-vous de résister ?

Un éclair cruel et menaçant brilla dans les prunelles claires du docteur Mollet.

— Je vous affirme qu’elle ne dira rien ! Répliqua-t-il durement, à moins qu’elle ne préfère aller au devant d’un malheur, car je serai intransigeant. Gare à celui qui essayera de me créer la moindre difficulté ?

René Tonnerre suffoquait, mais il se ressaisit. Il baissa la tête et regretta amèrement d’être accouru avec autant de précipitations à l’appel de son ami.

— Vous avez compris, n’est-ce pas ? Reprit le médecin. Nous partirons demain dès l’aube, alors que les rues seront désertes et que tous les locataires de cet immeuble dormiront profondément.

— Je ne veux rien négliger et je dois vous apprendre que madame Ramier est fort connue dans cette maison, son ami étant un pensionnaire de madame Bonnet. Il occupe l’appartement du premier. Naturellement je tiens à ce qu’elle ne rencontre personne dans l’escalier.

René Tonnerre tressaillit et leva sur son interlocuteur un regard effrayé ! Vraiment, ce redoutable médecin possédait un toupet incroyable. Oui, Edwige Ramier ne s’était pas trompée à son sujet !

— Encore un détail important, poursuivit le docteur Mollet. Tout cela doit rester entre nous. Jamais, au grand jamais, n’en dites rien à personne ... autrement ...

— Vos recommandations sont superflues, répondit calment René Tonnerre. Vous me connaissez suffisamment, je pense pour avoir entièrement confiance en moi.

— Vous savez ce qui vous attend au cas où vous me trahiriez ! Murmura le médecin, avec une telle dureté dans la voix que l’autre frissonna. Je ne pense pas que vous ayez oublié l’accusation portée contre vous et que j’ai fait classer, grâce à mes relations.

Le visage de René Tonnerre devint de cendre.

— Ce n’est pas très généreux de votre part de m’en parler ! Observa-t-il tout bas, comme s’il craignait d’être entendu par des oreilles indiscrètes. Je vous ai déjà et à maintes reprises témoigné ma reconnaissance.

— Je sais ... je sais ... ricana le docteur Mollet en haussant mes épaules. Si je n’avais pas cette certitude, je ne vous aurais pas convoqué.

— Je vous en remercie, répondit l’autre sèchement, mais j’ai une question à vous poser.

— Laquelle ?

— Où avez-vous décidé de déménager ?

— Je ne vous ai jamais confié que je possède une villa aux environ de Melun, déclara le médecin. Il y a des années que je n’y ai pas mis les pieds ... elle contient trop de souvenirs chers et douloureux. C’est une propriété assez isolée et qui conviendra parfaitement à ce que j’ai l’intention de faire.

— Si cette maison est depuis longtemps abandonnée, objecta son interlocuteur, il vous sera difficile d’y poursuivre vos travaux ?

— Elle n’est pas abandonnée même si personne n’y vit depuis ... depuis la mort de ma femme, ajouta son curieux ami à voix basse et en détournant les yeux pour cacher son émotion. ? Un vieux gardien fidèle en prend soin. Je lui ai télégraphié hier, et à cette heure, la maison doit être en état de nous accueillir. Désirez-vous me poser d’autres questions ?

— Non ... non ... Mais qui va prévenir la ... votre prisonnière ? Je crois que c’est à vous de la faire ?

Son ami ne répondit pas tout de suite, il réfléchissait.

— Vous avez raison ! S’exclama-t-il au bout de quelques secondes, je m’en charge (Il se gratta le menton, puis désignant « le Boiteux » il ajouta) : Pendant que je vais parler à madame Ramier, occupez-vous de cet homme, attachez-lui les poignets et les chevilles, afin qu’il bouge le moins possible dans la malle.

René Tonnerre jeta un regard inquiet vers « le Boiteux » tandis que son front se couvrait d’une sueur glacée. Il aurait voulu éviter une telle corvée.

Le médecin remarqua immédiatement son hésitation.

— Qu’avez-vous ? Auriez-vous peur, par hasard ?

— Jamais de la vie ! Protesta l’autre.

Et sous le regard ironique et dur du médecin il défit vivement les courroies de cuir, immobilisant « le Boiteux » sur le petit lit.

Satisfait, le docteur Mollet sourit, quitta son cabinet et se dirigea vers la chambre d’Edwige dans laquelle il entra.

—Madame, lui dit-il aimablement, je viens vous demander de vous tenir prête. Vous allez partir.

L’amie de Marius ouvrit de grands yeux incrédules.

— Je vais partir ? Répéta-t-elle, ahurie.

— Oui ! Affirma le médecin, pour des raisons que je n’ai pas à vous expliquer, nous allons déménager. Ne vous effrayez pas, car je vous conduirai dans un endroit où vous jouirez d’une grande liberté et où vous serez servie comme une reine !... (Il se tut brusquement, amusé pare la panique qui se lisait sur le visage de madame Ramier. Au bout de quelques secondes, il poursuivit) : Je n’ai pas à vous demander de ne pas me créer de complications, n’est-ce pas ? Je vous conseille pour votre bien, de vous plier à toutes mes exigences et de ne pas manifester votre présence lorsque nous serons dans l’escalier ! Compris ?

— Mais je ne veux pas vous suivre, docteur ! S’écria Edwige avec force. Laissez-moi retourner chez moi, je vous en supplie et je vous jure que personne ne saura jamais rien de ce qui s’est passé ici !

Le docteur Mollet la fixa en ricanant d’une façon sinistre.

— Je crois, Madame, reprit-il, à la sincérité de votre promesse. Cependant, vous oubliez un détail. Comme les gens qui vous aiment doivent être très inquiets de votre disparition, inévitablement ils vous poseraient des questions précises auxquelles vous seriez forcée de répondre. Finalement, vous leur dévoileriez la vérité. Et ensuite qu’adviendrait-il ? Vous voyez bien qu’il vous serait impossible de tenir votre promesse, malgré vos affirmations. Pour ma part, je ne puis courir un tel risque !

— C’est insensé ! Hurla Edwige Ramier. Vous n’avez pas le droit de me séquestrer ! Je vous jure, vous entendez, que jamais je ne parlerai quoi qu’il arrive, ni de vous accuser de quoi que ce soit ... Mais si vous persistez dans votre projet de m’emmener avec vous, alors ...

— Alors, quoi ? Trancha-t-il menaçant.

— Eh bien ! Alors, poursuivit-elle courageusement, j’irai tout raconter à la police !

Cette déclaration n’émut nullement le médecin. De nouveau, un sourire cruel et énigmatique erra sur ses lèvres, tandis qu’il la dévisageait curieusement.

Soudain, il se tourna vers la porte qu’il avait laissée ouverte et cria :

— René !

L’autre arriva aussitôt en courant.

— Vous m’avez appelé ? Demanda-t-il subitement inquiet, en remarquant l’extrême pâleur du visage d’Edwige.

— Restez un moment près de madame, ordonna impérieusement le médecin et ne la perdez pas de vue un seul instant. Je reviens tout de suite.

Aussitôt que le docteur Mollet eut quitté la pièce, son ami s’approcha de la pauvre femme et lui demanda :

— Que se passe-t-il ?

— J’ai refusé » de le suivre, expliqua Edwige d’une voix angoissée.

Ils ne purent continuer à parler, car le docteur Mollet réapparut et l’infortunée amie de Marius faillit se trouver mal en voyant qu’il tenait une seringue dans sa main droite. Elle recula, épouvantée.

La malheureuse ouvrit la bouche pour crier, seul un gémissement sourd sortit de sa gorge, contractée par la peur.

Le redoutable médecin se tourna vers René Tonnerre et ordonna impérieusement :

— Tenez-là fortement, mon cher. Je n’aime pas les gens qui me résistent, mais j’ai le moyen de les forcer à m’obéir !

L’autre voulut protester, mais il lut une telle cruauté dans les prunelles claires de son ami qu’il n’hésita plus et immobilisa Edwige entre ses bras, tout en lui soufflant :

— Pardonnez-moi, mais je ne puis faire autrement !

La terreur paralysait littéralement Edwige, et lorsque le médecin approcha la seringue de son bras droit, elle ferma les yeux, à bout de résistance.

Tout de suite après, sa tête retomba inerte sur sa poitrine.

— Ca y est ! S’écria la docteur Mollet en riant, maintenant elle ne nous mettra plus de battons dans les roues !

 

( A SUIVRE LE 15 MAI )

 

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