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MOINEAUX SANS NID N° 257

3 Mai 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-257--.jpegTrois jours après l’alerte qui avait rendu Pierrot très méfiant, il entra ans les bureaux du journal. N’apercevant ni madame Picquet, ni l’agent de police qui l’avait aidée à rechercher Mireille, il en ressortit avec un lourd paquet de journaux sous le bras qu’il s’empressa d’aller vendre.

« Si on m’arrêtait, se disait-il, je dévoilerais au juge des choses telles qu’elles lui dresseraient les cheveux sur la tête. »

Quant à Mireille, elle restait sagement chez madame Colette qui lui témoignait la plus vive sympathie et une entière confiance.

— Je ne pense pas, disait la brave femme à la fillette, que cette méchante « Araigne » osera se présenter ici, mais si jamais elle le faisait, je t’affirme qu’elle partira de chez moi dans une ambulance !

Pierrot lui confia, quelques jours plus tard, que momentanément et pour plus de précautions, il renonçait à son projet de louer une boutique pour vendre de menus articles : boutons, savonnettes, épingles, aiguilles, etc. ... Il continuerait son travail pour faire face à ses besoins et à ceux de sa petite compagne, sans toucher à l’argent de la collecte faite à son profit, que lui avait remis le grand journal du soir.

— Tu as raison, approuva madame Colette en souriant, c’est à l’homme de travailler et à la femme de rester à la maison !

Il y avait, à présent, une bonne semaine que le courageux garçon avait repris son activité, lorsqu’un soir, à l’angle d’une rue, une voix l’appela : c’était celle d’une très élégante jeune femme.

L’enfant allait lui remettre un numéro du journal, lorsqu’il poussa un cri de joie en reconnaissant sa cliente.

— Madame Anna ! S’exclama-t-il.

— Pierrot ! S’écria à son tour la jeune femme qui était avec sa dame de compagnie.

— Et moi, tu ne me reconnais pas ? Dit cette dernière, en souriant au petit vendeur de journaux.

— Si ! Vous êtes madame Maria ! Répondit vivement Pierrot.

— En effet ! Dit-elle en riant.

— Vous avez quitté Bonnières ? Questionna le garçon avec intérêt.

— Oui, mon enfant, répondit-elle avec gentillesse et j’habite Paris chez madame Anna Carrel.

— Ca me fait plaisir, déclara Pierrot avec élan.

— Comme il n’est pas possible de parler dans la rue de tout ce qui nous tient à cœur, intervint Anna, tu vas interrompre la vente de tes journaux.

— Oh ! J’ai fini, il ne m’en reste plus que trois, précisa Pierrot.

Tous ensemble, ils regagnèrent à pied la maison d’Anna. Le garçon fut très intimidé, en pénétrant à l’intérieur de l’appartement, par le luxe raffiné de l’ex-comédienne, et se tournant vers elle, il ne put s’empêcher de lui dire :

— C’est à vous tout ça, Madame ?

Anna éclata de rire devant la tête ahurie de son jeune invité et lui répondit avec bonté :

— Non, Pierrot, tout ça est à toi !

— A moi ? Répéta l’enfant, dont les yeux s’écarquillèrent d’étonnement.

— Oui, mon petit, affirma affectueusement Anna Carrel.

Elle l’installa dans une grande et confortable bergère et vint s’asseoir tout près de lui, tandis que Maria prenait place en face d’eux.

— Ecoute, mon cher enfant, commença Anna, dis-moi maintenant la raison pour laquelle toi et Mireille vous vous êtes enfuis de l’hôpital ?

Pierrot se mit à rire et lui raconta en détail et très pittoresquement leur évasion, et le tour pendable qu’ils avaient joué à « l’Araigne » et à l’agent qui l’accompagnait.

— Mes pauvres chéris ! S’exclama Anna, dont les yeux se remplirent de larmes. Quels terribles moments vous avez dû passer, et où vous habitez-vous à présent ?

— Nous habitons chez madame Colette, une gentille femme qui exerce le métier de blanchisseuse et qui adore Mireille.

— Ah ! Je suis ravie de savoir cela, fit Anna, en poussant un grand soupir de soulagement.

Pierrot lui raconta la souscription faite en sa faveur, les démêlés de Philippe avec la mère Picquet, ce qui fit rire aux larmes les deux jeunes femmes.

— Et maintenant, reprit Anna en le regardant avec sympathie, que comptes-tu faire ?

— Ce que j’ai toujours fait ! S’exclama Pierrot avec le plus grand calme. Je continuerai à vendre mes fruits et légumes le matin, et les journaux le soir pour gagner ma vie et celle de Mireille.

Anna, très émue, ajouta :

— Tu as donc l’intention de continuer à travailler toujours aussi durement ?

— Certainement, Madame, affirma Pierrot, comment ferions-nous pour vivre ?

— As-tu oublié que je suis là, désormais ! Reprit la jeune femme d’une voix aussi douce et aussi caressante que celle d’une maman.

— Mais ... essaya de protester Pierrot.

— A partir de maintenant, tu n’auras plus à travailler pour gagner ta vie, mon cher petit, affirma Anna Carrel, et nous irons demain chercher Mireille pour la conduire ici.

Pierrot ne répondit pas. Il réfléchissait. Puis, finalement, il déclara d’une voix énergique :

— Non, je ne peux pas habiter chez vous, madame Anna.

Les deux femmes échangèrent un rapide coup d’œil et dévisagèrent avec curiosité leur jeune interlocuteur.

— Pourquoi refuses-tu mon offre, Pierrot ? Questionna Anna. T’ai-je blessé sans le vouloir ?

Pierrot baissa la tête et garda le silence.

— En refusant de venir vivre chez moi, reprit Anna sur un ton de léger reproche, tu fais beaucoup de peine à la meilleure amie de ta mère !

— Madame, répondit-il en tressaillant à ces paroles, je vous suis très reconnaissant de votre bonté, mais ...

— Pourquoi refuses-tu alors que tu sais que je t’aime bien ! Insista Anna Carrel.

— Je ne peux pas accepter, Madame, bien que ça me chagrine énormément de vous contrarier, déclara Pierrot avec énergie.

Anna se pencha vers le jeune garçon et l’examina avec la plus grande attention, puis murmura :

— Veux-tu me donner la raison de ton refus, Pierrot ?

— Parce que ... parce que je suis un gamin des rues ! Expliqua le jeune garçon.

Anna hocha la tête et répondit en souriant :

— Que veux-tu dire, mon petit Pierrot ? Tu es un enfant pareil à tous les autres, et par-dessus le marché, tu as été persécuté par un misérable qui a volé ton héritage, après t’avoir jeté dans le ruisseau.

Pierrot haussa les épaules et répliqua avec philosophie.

Les ruisseaux ne contiennent pas que de la boue, il y court aussi de l’eau bien claire !

— Mais moi, mon petit, ça me brise le cœur de te laisser mener une vie si dure, alors que je ne sais que faire de mon argent.

— Gâtez Mireille ! Proposa doucement Pierrot.

— Je tiens à vous avoir tous les deux chez moi, à vous élever et à vous aimer comme si vous étiez mes véritables enfants, répliqua Anna.

Pierrot fixa, l’air embarrassé son interlocutrice, et dans le regard de l’enfant, la jeune femme crut voir l’expression d’un homme déjà mûri par les épreuves que la vie ne lui avait pas ménagées.

— Madame, reprit le garçon, je ne sais pas comment on aime sa maman, mais je vous affirme que je commence à vous aimer de tout mon cœur.

Un pâle sourire se dessina sur les lèvres d’Anna.

— Je crains que tu n’arrives jamais à m’aimer beaucoup ! Murmura-t-elle tristement.

— Oh ! Ne dites pas ça ! Dit-il avec force, surtout ne m’en veuillez pas de mon refus. Je vais tâcher de vous l’expliquer de mon mieux, voyez-vous, je ne suis qu’un moineau sans nid et je me suis juré de continuer à vivre dans la rue et à y travailler, tant que je n’aurai pas réussi à me faire une situation convenable.

— Même si tu devais souffrir de la faim ? Objecta l’ancienne comédienne, profondément bouleversée par le courage de l’enfant.

Pierrot s’indigna.

— On ne peut pas mourir de faim en travaillant !

— Je n’insisterai plus, conclut Anna, mais je serai toujours près de toi, ne l’oublie pas.

— Si vous le permettez, je viendrai vous voir très souvent et demain, je vous amènerai Mireille.

— Certainement, mon cher enfant ! Accepta spontanément Anna Carrel.

— Madame Colette en sera sûrement peinée, reprit Pierrot, mais je suis persuadé que Mireille sera beaucoup mieux ici, et je serai plus tranquille à son sujet.

— Et moi aussi, je serais moins inquiète si tu venais vivre chez moi avec Mireille et si tu me considérais comme ta seconde maman, ajouta Anna.

Pierrot garda le silence.

— Bien ! Conclut l’ancienne comédienne, demain tu amèneras Mireille et tu prendras chaque jour tes repas à la maison.

— Tous les jours, ça ne me sera peut-être pas possible, objecta le garçon.

— Tu viendras quand tu voudras, même le soir, si tu préfères insista tendrement Anna.

— Oui, le soir, je vous le promets.

— As-tu dîné, Pierrot ? Lui demanda Maria.

— Certes !

— Qu’as-tu mangé ? dit Anna.

— Vers cinq heures et demie, j’ai acheté un gros sandwich au jambon.

— Mais tu dois avoir encore faim ?

— Non, pas beaucoup.

— Attends un peu ! Dit Anna.

Elle se leva aussitôt et revint avec une assiette de petits fours.

— Tiens, reprit-elle en posant l’assiette sur les genoux de Pierrot. Mange tout ce qui te fera envie, mon chéri.

Pierrot prit trois petits fours.

— Comment tu n’aimes pas ces gâteaux ? S’écria Maria, étonnée de voir que Pierrot n’en mangeait qu’un seul.

— Si, Madame, mais ...

— Mais quoi ? Insista Anna.

— Je voudrais en garder deux pour Mireille qui est aussi gourmande qu’une chatte, expliqua-t-il en rougissant.

— Alors tu peux les manger tous et tu en prendras d’autres pour elle, dit-elle en riant.

— Merci, Madame ! S’exclama Pierrot.

Maria de Saint-Lazaire enveloppa plusieurs petits fours dans un papier de soie qu’elle entoura d’une faveur rose et les lui remit.

— Tiens, mon enfant, dit-elle tendrement.

Pierrot s’empressa de les prendre et fixa ahuri, la petite pendule de bronze ornant la cheminée.

— Est-ce possible ! Il est déjà onze heures ! S’exclama-t-il.

— Tu ne peux pas partir à une heure pareille, intervint Anna. Il est beaucoup trop tard. Tu vas coucher ici.

— Oh ! Non, refusa énergiquement Pierrot.

— Mais pourquoi ?

— Parce que, si je ne rentrais pas, Mireille ne fermerait pas l’œil de la nuit, et croirait qu’on m’a tué !

Les deux femmes fixèrent avec admiration le sympathique garçon qui témoignait une si délicate et si sûre affection à celle qu’il considérait comme sa jeune sœur.

— Tu as raison, admit Anna en se levant.

Elle le reconduisit jusqu’à la porte et le regarda descendre l’escalier. A mi-étage Pierrot tourna la tête et lui adresse un geste amical de la main, puis disparut, tenant drôlement son petit paquet accroché à son doig

( A SUIVRE LE 6 MAI )

 

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