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MOINEAUX SANS NID N° 256

30 Avril 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

 CHAPITRE-256--.jpegDeux jours s’écoulèrent sans que Marius, malgré toutes ses tentatives ne réussisse à avoir des nouvelles d’Edwige. Désormais, il avait perdu tout espoir de la retrouver !

Etendu sur son lit, épuisé de fatigue et de faiblesse, sa fracture le faisant cruellement souffrir, le malheureux était en proie au plus profond désespoir.

Maintenant, il avait la certitude que quelque chose de terrible était arrivée à Edwige.

Mais quoi ? Et qui était le coupable ?

Il s’agissait sûrement d’un cruel et mystérieux ennemi de son infortunée compagne.

« Si au moins, je pouvais quitter mon lit, soupirait-il, désolé. Dire que juste au moment où j’ai le plus besoin de mes forces pour sortir et poursuivre mes recherches, j’en suis absolument empêché ! »

A cet instant, madame Bonnet pénétra dans la pièce portant un plateau, sur lequel était posé un léger repas.

La brave femme était, elle aussi, très angoissée, mais s’évertuait à le cacher à Marius, pour ne pas augmenter sa détresse.

Elle posa le tout sur la table de chevet et s’apprêtait à aider le malade à s’installer plus confortablement sur ses oreillers, lorsqu’il l’arrêta du geste, la fixant attentivement.

— Madame Bonnet, commença-t-il, je crois que nous ne pouvons nous illusionner davantage. Contrairement à toutes vos prévisions, ma pauvre Edwige n’est pas rentrée !

— C’est vrai et j’en suis bien ennuyée, croyez-le, monsieur Marius ! Bredouilla « la Grosse ». Je ne sais vraiment que supposer. Mais peut-être ...

— J’ai quelque chose à vous demander, Madame, dit-il, et je vous supplie de me répondre avec la plus grande franchise.

Madame Bonnet leva sur lui des yeux étonnés et répondit sur un signe de tête affirmatif.

—Savez-vous si Edwige avait des ennemis ? Reprit-il après un léger silence, comme s’il hésitait à lui adresser cette question.

— Non ! Je n’en sais rien, monsieur Marius. C’est possible, mais jamais madame Ramier ne m’a fait ses confidences. D’ailleurs, vous êtes mieux placé que moi, car c’est vous qui me l’avez présentée !

Marius reconnut que la brave femme avait raison.

— Je vous ai posé cette question, expliqua-t-il, parce que je pense que seule une vengeance peut justifier une telle disparition.

— Mais il se pourrait aussi qu’elle ait été victime d’un accident ! Objecta madame Bonnet.

— Nous aurions été prévenus, répondit le malade. J’ai contacté un ami qui est au mieux avec la police et qui a pris des renseignements dans tous les commissariats de Paris, ainsi que dans les hôpitaux et même à la morgue ... Rien !... Toujours rien !

— Mais il est possible que son corps n’ait pas encore été retrouvé ! Avança imprudemment madame Bonnet.

Un véritable cri échappa au malheureux.

— Comment ! Hurla-t-il vous supposez qu’Edwige est morte ? Qu’elle a été assassinée ?

— Je ... je ... bredouilla la pauvre femme, décontenancée. Je n’ai pas voulu dire une chose pareille. Calmez-vous, monsieur Marius, je vous en supplie. Ce n’est que ... qu’une idée comme ça qui m’est passée par la tête. Un malheur est si vite arrivé ! Elle a pu tomber dans la Seine et dans un tel cas, on ne retrouve pas le corps immédiatement !

— Vous voyez ! Reprit tristement Marius, moi aussi, je suis presque certain que ma pauvre Edwige a été victime d’une vengeance, sinon comment expliquer son silence ! Si elle était en vie, elle aurait cherché à m’atteindre, par n’importe quel moyen, pour me donner de ses nouvelles ou m’appeler à son secours !

— que vous a dit madame Picquet à son sujet ? S’enquit « la Grosse ».

Marius haussa les épaules.

— Rien d’intéressant ! Elle ne doit réellement rien savoir. Elle n’a aucune raison de se taire, d’autant plus, hélas, que ma pauvre Edwige lui doit de l’argent. Cupide, comme elle l’est « l’Araigne » désire également la retrouver le plus vite possible.

— C’est juste, reconnut madame Bonnet. Ce n’est donc pas elle qui a cherché à lui faire du mal !

— Il faut absolument que je sorte et que je recommence à la chercher décida Marius.

— Non ! C’est impossible ! Vous n’êtes pas bien ! Fit énergiquement la brave femme. Je vous supplie de m’écouter, monsieur Marius. Patientez encore quelques jours, il se pourrait que, finalement, nous ayons de ses nouvelles et alors vous n’aurez plus à vous torturer !

Marius soupira et murmura avec angoisse :

— Inutile de s’obstiner à espérer, madame Bonnet. Si je la retrouve ce ne sera que morte !

— Mais non !... Mais non !... Protesta-t-elle. Ne prononcez pas de si tristes paroles, monsieur Marius. Vous êtes souffrant en ce moment et enclin au pessimisme, ce qui est assez naturel. Mais vous exagérez beaucoup les choses. Après tout, il ne faut rien conclure avant d’avoir des renseignements plus précis !

L’assurance avec laquelle venait de s’exprimer cette charitable femme, eut le don de calmer un peu les craintes de Marius. Il mangea avec plus d’appétit que les derniers jours, le repas qu’elle venait de lui servir.

Il alluma une cigarette et se laissa retomber, un peu moins angoissé sur ses oreillers.

De son côté, madame Bonnet se retira pour caquet à ses occupations.

« « La Grosse » n’a pas tort, se disait Marius, en recommençant à ruminer ses pensées. Pour le moment, il faut que je reprenne des forces pour sortir et recommencer mon enquête. Il n’est pas admissible que quelqu’un disparaisse ainsi, sans laisser de traces ! »

« De toute manière, je finirai bien par savoir si ma pauvre Edwige a été assassinée comme, hélas ! je continue à le croire. Alors, gare au coupable ! Je le retrouverai et le châtierai, même si je devais le suivre à l’autre bout du monde ! »

Marius malgré les sombres pensées qui ne cessaient d’affluer dans sa tête, était loin d’imaginer la suite impensable des événements dans lesquels il allait être entraîné à son tour, sans nulle possibilité de pouvoir les éviter !

Qu’était-il arrivé en effet, à Edwige Ramier après que l’inquiétant et étrange docteur Mollet l’eut gardée prisonnière dans son appartement situé deux étages au-dessus de celui où Marius, étendu sur son lit, se tourmentait si cruellement sur son sort ?

L’infortunée Edwige comprit très vite que toutes ses protestations et ses prières seraient inutiles, après la réponse catégorique et dure que venait de lui faire le médecin, en lui déclarant qu’à la moindre opposition, il ne se gênerait pas pour la supprimer.

— Je pense que vous avez compris ce que doit être votre conduite, conclut ce diabolique personnage avec un sinistre ricanement. Ne me contrariez pas et je vous promets de vous rendre votre séjour ici le moins pénible possible.

Livide de rage et de peur, Edwige l’enveloppa d’un regard lourd de rancune, puis balbutia :

— Vous avez donc l’intention de me garder très longtemps ici ?

Le docteur Mollet haussa les épaules et la fixa ironiquement.

— Je ne puis préciser, répondit-il froidement, tout dépendra du temps qu’il me faudra pour achever l’expérience que j’ai commencée sur « le Boiteux »

Edwige sursauta en entendant prononcer ce nom et son visage, déjà si pâle, blêmit de terreur.

— Que va faire « le Boiteux » lorsqu’en revenant à lui, il me trouvera ici ? Murmura-t-elle anxieuse. Y avez-vous songé, docteur ? Croyez-vous qu’il supportera ma présence ?

— Et puisque vous n’ignorez pas qu’il s’est battu avec acharnement avec Marius, vous pouvez aisément comprendre mes craintes à la perspective de me trouver face à face avec cet homme. Il n’établira certainement, aucune différence entre Marius et moi et me croira aussi coupable que lui.

Le docteur Mollet ébaucha de la main un geste évasif, sourit, et répondit d’une voix étrangement douce et persuasive :

— Ne vous tracassez pas à l’avance, chère Madame. Au moment opportun, nous prendrons les dispositions nécessaires ... car il faudra du temps au « Boiteux » avant qu’il ne soit en état de vous reconnaître.

Edwige frissonna.

— Que voulez-vous dire, docteur ? Bredouilla-t-elle.

— Que « le Boiteux », en revenant à lui, ne jouira pas de toutes ses facultés, comprenez-vous ? Je ne sais pas si vous pouvez réaliser l’énorme différence qui existe entre une vie végétative et une vie psychique ?

— C’est en effet assez délicat, reconnut spontanément Edwige, mais je me rends compte qu’il est en ce moment, dans un état physique uniquement animal, exempt de toute lucidité.

Le docteur Mollet sourit, satisfait, et offrit une chaise à son interlocutrice.

— Asseyez-vous, lui dit-il avec courtoisie. Puisque les circonstances vous contraignent à rester chez moi et à assister à mes expériences, je vous dois quelques explications préalables.

Tandis qu’elle obéissait, il s’assit en face d’elle, la dévisagea longuement, puis ajouta avec le plus grand calme :

— Je constate avec beaucoup de plaisir que vous avez deviné tout de suite les expériences que je fais ... En inoculant mon sérum, résultat de mes recherches compliquées, au « Boiteux » j’ai provoqué en lui une mort apparente et instantanée, annihilant, si je puis dire, tous ses centres nerveux. En ce moment, sa vie peut-être exactement comparée à celle d’une plante.

— Ne vous effrayez pas, chère Madame, car cela est logique et très compréhensible, puisque, comme je viens de vous l’expliquer, ses centres nerveux étant seulement paralysés, « le Boiteux » n’est pas mort. Cette petite flamme suffit à entretenir, telle une veilleuse, tout son organisme.

— C’est exactement à l’opposé de ce qui arrive après une mort naturelle, c’est-à-dire que ses tissus et ses nerfs continuent à vivre.

— Mais je ne veux pas me perdre en explications trop ardues. Sachez seulement que « le Boiteux » est vivant, bien que plongé dans un très profond sommeil.

— Aussi lorsqu’il se réveillera, il verra, entendra, sans pouvoir réaliser ce qu’il aura devant ses yeux, ni ce qui frappera son tympan. Et cela pendant quelque temps ... peut-être même plusieurs jours.

— Et comme, pour être tout à fait sincère, il s’agit de ma première expérience, je ne puis garantir qu’il retrouvera entièrement toutes ses facultés.

Le redoutable médecin se tut et la pauvre Edwige frissonna d’horreur.

— Alors, murmura-t-elle au bout de quelques minutes, ne parvenant pas à concentrer ses pensées, vous ne pouvez pas affirmer que ... que « le Boiteux » redeviendra tout à fait normal !

Un sourire cruel et ironique erra, quelques secondes sur les lèvres du docteur Mollet. Il hocha la tête à deux ou trois reprises, soupira puis répondit avec un cynisme d’une franchise déconcertante :

— C’est cela même, chère Madame. J’espère que tout se passera bien, mais je sais également que mon expérience peut rater, et dans un tel cas, il me faudra alors reprendre mes études depuis leur début et recommencer tous mes essais de laboratoire. Cependant, je crois réussir et je le souhaite ardemment.

Edwige sentit son sang se glacer dans ses veines en remarquant l’indifférence du curieux médecin envers l’infortuné qui lui servait de cobaye. La seule émotion que cet homme diabolique était capable de ressentir était la crainte de ne pas réussir son expérience. Il se moquait totalement du sort du « Boiteux ».

— Ce sont ces raisons, Madame, qui m’empêchent de vous laisser partir. Le risque d’une indiscrétion étant trop grave pour moi en ce moment, je suis contraint de jouer envers vous le rôle de geôlier.

Edwige garda le silence, malgré son violent désir de jurer à ce terrible personnage qu’elle saurait garder soin redoutable secret. Une force mystérieuse lui interdisait de prononcer une seule parole.

Un pénible et dramatique silence suivit puis le docteur Mollet se leva, sourit et se dirigea vers la porte.

— Veuillez me suivre, chère amie, dit-il fort aimablement.

Edwige obéit, toujours en proie à une sorte d’engourdissement qui lui paralysait l’esprit, comme si sa volonté se trouvait soumise à celle de ce despotique et diabolique médecin.

Le docteur Mollet la conduisit dans une belle et vaste chambre à coucher, agréablement meublée.

— Comme je vous ai beaucoup dérangée dans vos habitudes, chère Madame, lui dit-il avec son énigmatique et inquiétant sourire, je vous cède ma chambre. Quant à moi, je coucherai dans mon laboratoire où j’ai toujours un lit pliant en réserve.

L’aspect confortable et accueillant de cette belle pièce réconforta un peu Edwige, qui, durant quelques instants, oublié sa critique situation. Elle admira les meubles, les tentures et le joli tapis de Perse recouvrant le parquet.

— Je suis ravi de constater que cette chambre vous plait, reprit le docteur Mollet assez ironiquement, et je vous demande de n’en pas bouger.

Edwige leva sur lui un regard inquiet et interrogateur.

— Oui, chère madame, expliqua-t-il en s’inclinant devant elle, comme s’il cherchait à atténuer la dureté des paroles qu’il allait prononcer, vous resterez ici jusqu’à nouvel ordre !

— Vous devez comprendre qu’il m’est impossible de vous éviter ce désagrément, et mon appartement étant restreint, nous serons tenu tous les deux d’observer une grande discipline.

Le visage d’Edwige exprima une telle frayeur que le docteur Mollet murmura, agacé :

— Allons ! Ne faites pas une tête pareille ! Je vous ai déjà donné les raisons pour lesquelles je suis forcé de vous garder, car il s’agit de choses trop importantes pour que je ne m’entoure pas de toutes les précautions nécessaires. Cependant, je vous promets de faire l’impossible pour abréger votre séjour chez moi !

Edwige eut du mal à avaler sa salive et bredouilla d’une voix rauque :

— Vous ... vous pensez que je pourrai m’en aller bientôt ?

Il haussa les épaules et répondit évasivement :

— Je le souhaite ardemment, mais il m’est impossible de préciser le temps que me prendre la première phase de mes essais.

Edwige sursauta à ces paroles.

— Que voulez-vous dire, docteur ?

— Ne vous effrayez pas ainsi ! Vous serez libérée aussitôt après car je ne vous forcerai pas à séjourner chez moi lorsque je pourrai enfin, commencer le traitement de mon patient, expliqua le docteur Mollet. En attendant, restez tranquillement dans cette chambre où personne ne viendra vous déranger.

— Et je ne pourrai pâs en sortir ? Demanda Edwige.

— Non ! Je viendrai moi-même vous servir vos repas à des heures fixes, et croyez bien que ce ne sera pas un petit problème pour moi !

Il baissa la tête, pensif, tandis qu’elle le fixait, désirant avoir d’autres explications, mais n’osant pas formuler sa pensée.

Le médecin haussa les épaules et ajouta :

— Evidemment, nous serons deux à prendre nos repas. Autrefois, ce détail était insignifiant. Je mangeais généralement au restaurant, bien qu’il m’arrivât, lorsque mon travail me l’imposait de ne pas mettre le nez dehors des jours entiers, et de demander à un traiteur de me livrer des plats cuits ... (Il s’interrompit, glissa un regard complice vers une table placée tout près de la porte et murmura) : ... par téléphone !

Une lueur fugitive éclaira soudain les yeux d’Edwige mais elle fut de courte durée, car le médecin, éclatant d’un rire sarcastique, s’approcha de l’appareil et le saisit après l’avoir débranché.

— Rien à faire, chère Madame ! Reprit-il en éclatant de rire. Je l’emporte avec moi. Je ne peux pas vous le laisser, car vous seriez tentée de demander du secours ... et je ne veux pas courir un tel risque !

Edwige croisa les bras et lui répondit avec un accent de colère dans la voix :

— Ainsi vous êtes décidé à m’emprisonner chez vous ?

Le plus vif étonnement apparut dans les yeux de son interlocuteur.

— Comment agir différemment ? S’exclama-t-il et que feriez-vous si vous étiez à ma place ?

Edwige comprit qu’elle ne pouvait discuter avec un homme qui certainement était fou. Elle garda le silence.

Le docteur Mollet ouvrit la porte.

— Avez-vous besoin de quelque chose ? Demanda-t-il aimablement. Dites-le moi tout de suite, car nous ne nous reverrons pas avant demain matin ... A propos, la porte de droite est celle du cabinet de toilette !

Edwige continua à se taire.

Le médecin sourit tandis qu’un éclair cruel passait dans ses prunelles d’un bleu presque transparent, puis il ferma la porte et disparut.

Le cœur étreint d'angoisse, Edwige entendit la clé tourner deux fois dans la serrure.

 

( A SUIVRE LE 3 MAI )

 

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