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MOINEAUX SANS NID N° 247

3 Avril 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

CHAPITRE-247--.jpegLe gros véhicule ennemi poursuivit son avance, et, au tournant de la route, accéléra sa vitesse pour s’exposer, le moins de temps possible au danger que représentait pour lui le passage du terre plain.

Soudain, un fait incroyable se produisit : l’avant du tank s’enfonça dans le fossé et l’engin se renversa, roulant sur le terre plein jusqu’en bas du talus.

L’accident s’était déroulé avec une telle rapidité qu’aucun de ses occupants ne put se sauver, et tous périrent dans cette chute aussi terrible qu’imprévisible. Quant au tank, il était, désormais, inutilisable.

Les soldats français s’apprêtaient à quitter leur refuge, lorsqu’ils virent arriver un second char blindé.

Ils se terrèrent de nouveau dans l’es épis de blé, regardant anxieusement ce qui allait se passer.

Mais le deuxième char de combat évita le piège, auquel n’avait pas échappé celui qui le précédait, et s’arrêta juste avant d’atteindre le dangereux fossé, qui barrait entièrement la route.

Les occupants de l’engin blindé, en apercevant leurs infortunés camarades morts ou blessés, bondirent immédiatement hors de leur tank pour les secourir, mais dès que tous eurent mis pied à terre, une fusillade nourrie partit du champ de blé.

Le capitaine français ordonna à ses hommes d’aller chercher les blessés.

Hélas ! Ils n’eurent pas le temps d’exécuter l’ordre de leur chef car ils aperçurent, soudain, débouchant du tournant d’énormes « panzers » bondissant, tels de monstrueux mastodontes.

Alors, les soldats composant le peloton de Robert Montpellier et ceux des autres régiments, ouvrirent un feu nourri contre ces engins, tout en se dissimulant parmi les grands épis d’or. Sans hésiter, les soldats ennemis dirigèrent les « panzers » dans le champ, tandis que leurs courageux et audacieux adversaires reculaient, pris à leurs propres pièges.

Ce fut une lutte terrible.

Les malheureux et intrépides fantassins commencèrent à se replier pour se soustraire aux mitrailleuses des tourelles tournantes des tanks.

Robert Montpellier et ses quelques hommes, qui avaient reçu l’ordre de harceler de leur feu l’ennemi luttèrent de toutes leurs forces.

Robert eut la douleur de voir tomber presque tous ses soldats. Toute lutte devenant inutile, il courut jusqu’au bord d’un petit ruisseau et ce ne fut que grâce à son ingéniosité et à sa grande prudence, qu’il put atteindre la maison du paysan.

Le brave homme semblait l’atteindre avec anxiété. Il se tenait près de la margelle d’un puits situé sous un grand noyer.

— Sautez là-dedans ! dit-il précipitamment à Robert.

— Où ça ? Demanda le jeune sergent, haletant.

— Dans ce puits. Ne craignez rien, il est à sec !

Montpellier se pencha. Le paysan avait dit la vérité, mais le puits était très profond.

— C’est impossible, je me briserai les os en arrivant au fond ! Protesta Robert.

— Alors, grimpez vite dans la grange ! Proposa le paysan. Prenez cette échelle et ne perdez pas de temps !

Le sous-officier obéit aussitôt. Il la plaça contre le mur de la bâtisse.

— Retirez-là ! Cria son sauveur, dès que Robert fut entré dans la grange.

Le sergent s’empressa d’obéir. Il la cacha sous la paille qui montait jusqu’au toit, puis prêta l’oreille.

La fusillade avait cessé, mais on entendait le bruit redoutable des « panzers » allemands avançant sur la route.

Le jeune peintre se glissa sous la paille et regarda à l’extérieur.

— Mon Dieu ! S’exclama-t-il, voilà les Allemands qui arrivent près de la maison.

En effet, une importante patrouille ennemie traversait le champ du paysan.

Montpellier se cacha dans la paille et attendit les événements. Soudain il sursauta ... tout près de lui, il venait d’entendre pleurer un petit enfant.

— Ciel ! S’écria-t-il sans remarquer qu’il parlait à haute voix, il y a un bébé ici ?

— Oui, murmura une voix de femme venant du fond de la grange, c’est mon petit et je ne peux pas l’empêcher de crier !

Une femme, ayant à peine la trentaine, émergea de la paille. Elle était très jolie.

— Mon père est le propriétaire de cette maison, murmura-t-elle et mon mari est au front.

Robert garda le silence.

— J’ai entendu mon père vous proposer de monter ici, ajouta la belle paysanne.

— J’ignorais qu’une femme fût dans cette grange ! Dit Montpellier

— Je ... j’espère, Monsieur, que je ... je peux avoir confiance en vous, bredouilla la fille du cultivateur, d’une voix où perçait une légère crainte.

Robert sourit avec bonté pour la rassurer.

A cet instant, un grand bruit venant de la cour intérieure, les fit sursauter.

— Chut ! Souffla la jeune paysanne, ce sont les Allemands !

Robert dissimula de son mieux sa nouvelle compagne et son bébé derrière les mottes de paille, puis les imita.

— S’ils n’ont pas de soupçons, dit-il, nous serons sauvés.

Un quart d’heure s’écoula.

— Je crois qu’ils sont partis, murmura-t-il tout bas.

Il allait quitter sa cachette lorsqu’il entendit de nouveau les voix rauques et impératives des Allemands.

— Seigneur protégez-nous ! Gémit très effrayée, la jeune femme.

Robert serra son revolver dans sa main puis, préféra cacher son arme dans la paille. Soudain, il entendit un choc contre le mur de la grange.

« Ils ont dû placer une échelle » pensa-t-il.

Il ne s’était pas trompé. Quelques secondes après cinq soldats ennemis envahissaient la grange.

« Je vais être forcé de me rendre ! » pensa Robert en grinçant des dents.

Il allait effectivement sortir de son refuge, lorsque, de nouveau, le bébé se mit à geindre.

— Il y a quelqu’un ici ! Hurla un soldat ennemi.

D’un violent coup de pied, il enleva un tas de paille et découvrit la jeune femme, épouvantée, qui serrait son bébé contre elle.

— C’est une femme ! S’écria le soldat.

— Ayez pitié de mon bébé ! Supplia la fille du paysan.

— Sortez de là, ordonna brusquement l’Allemand.

— Pitié ! Pitié ! Gémit-elle.

— Sortez de cette grange, belle brune, répliqua durement le soldat.

A moitié morte de peur, la jeune femme obéit. Serrant de toutes ses forces son petit enfant dans ses bras, elle descendit l’échelle surveillée par les yeux attentifs et admirateurs du soldat, qui descendit à son tour.

Robert Montpellier venait de l’échapper belle.

La jeune paysanne qui s’appelle Suzanne éclata en sanglots en posant ses pieds à terre.

— Ne pleurez pas ainsi, jolie Madame ! Dit le lieutenant allemand resté dans la cour en attendant la fouille de la grange.

Il tenta de caresser les magnifiques cheveux noirs et bouclés de la belle éplorée.

Mais elle bondit en arrière comme si une guêpe venait de la piquer.

— Ne me touchez pas ! Hurla-t-elle.

— Et pourquoi ? S’exclama l’officier, en éclatant de rire.

— Parce que je suis mariée, répliqua-t-elle tremblante.

— Ah ! Ah ! Et où est votre mari ?

— Je ... je ne sais pas, bredouilla la pauvre Suzanne, en recommençant à pleurer.

L’officier allemand la buvait littéralement des yeux. Il lui saisit un bras.

— Laissez-moi ! Laissez-moi ! Cria-t-elle, tout en pressant contre son cœur le bébé qui, terrorisé par les cris de sa mère, se mit à pleurer à son tour.

Soudain, l’officier lâcha brusquement la jolie femme. Un rugissement s’éleva derrière lui ... le père de Suzanne venait de sortir de sa ferme, mettant en joue l’officier ennemi.

— Laissez ma fille tranquille ! Cria-t-il.

Le jeune Allemand s’empressa d’obéir. Il venait à peine de s’écarter de la jeune femme que le paysan, au comble de la surexcitation, pressa sur la détente de son arme.

L’Allemand après avoir fait un demi-tour sur lui-même, tomba de tout son long, tandis qu’alertés par la détonation, les soldats accouraient à son secours.

Ils se jetèrent sur le cultivateur qu’ils désarmèrent, et le traînèrent immédiatement vers un peuplier, auquel ils le lièrent solidement, ne ménageant ni les coups ni les insultes.

Après avoir immobilisé le malheureux, ils s’en prirent à sa fille qui avait assisté à ce spectacle, livide de terreur. Soudain ils s’arrêtèrent ahuris et stupéfaits.

Un jeune sergent de l’armée française venait de tomber sur eux comme s’il arrivait tout droit du ciel.

— Arrêtez ! Arrêtez ! Tuez-moi mais épargnez cette femme et son enfant

Ce sergent était Robert Montpellier qui, dissimulé dans la paille avait assisté à ces scènes aussi rapides, qu’impressionnantes. Il intervenait espérant sauver la vie de cette femme et de son enfant.

 

( A SUIVRE LE 6 AVRIL )

 

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