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MOINEAUX SANS NID N° 239

10 Mars 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

 CHAPITRE-239--.jpegDans cette salle, qui était celle des contagieux, Valérie s’approcha avec une inquiétude intense du lit numéro dix-huit, sur lequel Michel Labeille était étendu, et l’embrassa tendrement. Mais le pauvre homme ne s’en rendit pas compte.

Un peu plus tard, le médecin entra pour effectuer ses visites.

— Docteur, l’aborda timidement Valérie en se présentant, que pensez-vous de l’état de ce malade ?... C’est ... c’est ... mon père, ajouta-t-elle avec une voix tremblante d’émotion.

Le praticien fixa avec admiration le merveilleux visage, à l’expression suppliante qui s’offrait à ses yeux, et hochant doucement la tête, répondit avec bonté :

— Vous me posez une question très embarrassante, Mademoiselle.

— Pourquoi ? Reprit Valérie, étonnée.

— Parce qu’il m’est difficile de vous répondre.

— Ne pouvez-vous pas me rassurer ? Insista-t-elle, craintive.

Le médecin ne répondit pas.

La jeune femme frissonna et attacha sur lui un regard de bête traquée.

— Vous le trouvez donc tellement mal, docteur ? Murmura-t-elle, d’une voix à peine audible.

— Tant qu’il restera dans cette salle, cela signifiera que son cas est sérieux, Mademoiselle, répondit-il avec douceur.

— Je vous demande pardon de mon insistance, docteur, continua Valérie, mais je ... je voudrais savoir si vous croyez qu’il va mourir, acheva-t-elle avec effort, pour ne pas fondre en larmes.

Le médecin réfléchit quelques secondes, puis reprit en la fixant dans les yeux :

— Très sincèrement, je ne le crois pas et j’espère que vous voilà un peu réconfortée, Mademoiselle ?

Il lut aussitôt, dans les beaux yeux violets et implorants de sa nouvelle assistante, une prière qui n’osaient prononcer ses jolies lèvres si finement dessinées. Alors, il posa sa main sur celle, si frêle de la pauvre enfant, qu’il pressa avec sympathie.

— Espérez, Mademoiselle ! Espérez !

Valérie garda le silence, craignant une fois de plus d’éclater en sanglots.

Le médecin l’enveloppa d’un regard ému, puis poursuivit ses visites car cette salle contenait une dizaine de malades, tous gravement atteint.

La nouvelle infirmière l’accompagna, l’aidant de toutes ses possibilités et de sa bonne volonté.

Ses visites étant terminées, le médecin quitta la salle pour aller faire son rapport. Il venait à peine de s’éloigner qu’un vieil homme bondit hors de son lit, en proie à un violent accès de fièvre.

Valérie se trouvait seule. L’infirmier de service était parti chercher des médicaments ordonnés par le médecin>. Elle fut obligée de discuter avec le malheureux, pour essayer de lui faire regagner son lit. Elle lui prit un bras.

— Laissez-moi ! Hurla-t-il menaçant.

— Allons ! Mon ami. Il faut vous recoucher, lui dit gentiment Valérie.

— Non, je ne veux pas, refusait avec entêtement le malade.

— Mais pourquoi ? Insista avec douceur la jeune femme.

— Non ! Non ! et non ! Hurla le vieillard, en se débattant.

— Il faut vous mettre au lit, mon ami ! Vous pourriez prendre froid, expliqua la nouvelle infirmière.

— Je ne veux pas et je ne suis pas votre ami, cria l’infortuné en proie à son délire. Laissez-moi, méchante femme !

— Soyez raisonnable, je vous en prie, reprit avec douceur Valérie, ne se laissant pas intimider par la colère du malade. Regagnez votre lit et obéissez-moi !

— Je n’ai pas à t’obéir, hurla l’autre, complètement hors de lui. Tu es très méchante ! tu es semblable à toutes les autres !

— Mon Dieu ! Murmura Valérie, déconcertée, ne parvenant pas à avoir raison du malheureux révolté.

— Méchante ! Méchante ! Cria l’autre en se débattant toujours.

Rassemblant toute son énergie, la fille de Michel Labeille, réussit à l’amener près de son lit.

Mais lorsque le vieil homme réalisa qu’elle allait le coucher, il leva la main, et furieux, gifla brutalement la jeune femme.

Valérie poussa un cri de douleur.

— Oh ! S’exclama-t-elle interdite.

— Que se passe-t-il s’inquiéta l’infirmier qui revenait portant le paquet de médicaments. Se doutant que quelque chose d’insolite venait d’arriver, il le déposa sur la table de fer placée près de l’entrée et s’approcha de Valérie qui cachait son visage entre les deux mains.

— C’est ... c’est le numéro quinze, balbutia-t-elle.

— Qu’a-t-il fait encore ?

— Il a quitté son lit et refusait de se recoucher.

— Décidément, ses crises recommencent, grogna l’infirmier en fronçant les sourcils.

— J’ai été forcée de prendre son bras pour l’amener près de son lit, ajouta-t-elle.

A Cet instant, elle retira les mains qui cachaient son visage, et l’infirmier, stupéfait, remarqua les traces de doigts laissées sur la peau fine et délicate de la jolie et nouvelle infirmière.

— Comment ? S’exclama-t-il, il a osé vous frapper ?

— Non ! Non ! Protesta vivement Valérie.

— Pourtant ! Insista l’homme en la dévisageant.

— Je ... je me suis heurtée !

— Comment avez-vous fait ? Reprit l’homme, toujours incrédule.

— J’ai glissé et suis tombée stupidement.

Il hocha la tête, nullement convaincu.

— Soit ! Bougonna-t-il, mais je demeure persuadé que c’est ce malade qui vous a frappée et je vais le réprimander comme il le mérite !

— Jamais de la vie ! S’opposa-t-elle énergiquement.

Et l’angélique jeune femme s’approcha du vieil homme qui venait de la frapper, sous l’impulsion de son délire, et essuya la sueur qui perlait à son front. Ensuite, elle se dirigea vers un autre patient, pour lui faire prendre la potion prescrite sur l’ordonnance du médecin.

Au cours de la nuit, un soldat mourut d’une fièvre typhoïde contractée sur le front. Valérie resta jusqu’au bout à son chevet, puis, se penchant sur lui, le cœur gonflé d’angoisse, lui ferma doucement les yeux.

Trois jours plus tard, la douce infirmière avait su s’attirer la sympathie et l’estime de tous les malades. Elle ne s’accordait pas une seconde de repos, toujours prête à soulager les souffrances d’autrui.

A la fin de la semaine, le médecin après avoir examiné Michel Labeille, déclara en souriant à sa ravissante et précieuse collaboratrice :

— Je suis ravi, Mademoiselle, de pouvoir enfin vous dire que votre père est hors de danger !

— Do ... docteur ! Balbutia avec joie la jeune femme en poussant un immense soupir de soulagement.

— Cela ne signifie pas qu’il est complètement guéri, ajouta le médecin.

— Pour moi, docteur, c’est déjà beaucoup ! Déclara Valérie, les yeux brillants de reconnaissance et d’émotion.

Le praticien ajouta :

— Toutefois, une rechute est toujours possible, ne l’oubliez pas. Mais si, comme je le souhaite et le pense, tout va bien dans un mois votre père pourra quitter l’hôpital.

— Mon Dieu ! S’écria-t-elle en joignant les mains, tandis que son visage reflétait une joie indicible.

Le lendemain, en ouvrant les yeux, Michel Labeille, fixa, stupéfait les murs nus et blancs de la salle.

Sa fille s’approcha de lui, le contempla avec tendresse, saisit une de ses mains qu’elle porta doucement à ses lèvres, en murmurant :

— Me reconnais-tu, papa chéri ?

Michel Labeille lui sourit, en lui faisant un signe affirmatif des paupières.

La jeune femme n’insista pas, car le médecin lui avait recommandé d’éviter de le faire parler. Cependant, une demi-heure plus tard, son père l’appela :

— Valérie !

La jeune femme se dépêcha d’accourir.

— Conne-moi un verre d’eau, ma chérie, murmura-t-il faiblement en l’enveloppant d’un regard plein d’affection et de reconnaissance.

Valérie lui apporta aussitôt une citronnade qu’il but avec avidité puis s’endormit de nouveau. Il se réveilla deux heures plus tard et demande quelques explications à sa fille.

Se conformant aux recommandations du médecin, elle lui répondit évasivement, ajoutant qu’elle lui raconterait les choses en détail lorsqu’il serait plus résistant.

Trois jours passèrent ainsi, puis Michel Labeille reposa la même question et cette fois, sa fille fut contrainte de lui fournir les éclaircissements qu’il désirait.

Le pauvre homme ne put s’empêcher d’éprouver une immense admiration pour a fille, qu’autrefois, si injustement, il avait jugée indigne de lui !

« Quel ange de bonté ! Se dit-il bouleverser d’émotion, elle est tout le portrait de ma pauvre Laurence ! »

Lorsque enfin sa fièvre commença à baisser, Michel Labeille réalisa la gravité de la décision prise par Valérie.

— Cette jeune fille, affirma un malade est une véritable sainte !

— Elle est aussi dévouée qu’une sœur de charité.

— Ce fut, à partir de ce jour, que tous ses malades ne la désignèrent plus que sous le nom de « Sœur Bonté » !

Valérie méritait ce surnom. Sa patience et sa bonté étaient inépuisables. Elle ne se lassait jamais de porter secours à son prochain.

Un matin, Michel Labeille l’appela :

— Ma chérie, s’enquit-il, as-tu un peu d’argent ?

— Certainement papa, s’empressa-t-elle de le rassurer. Après avoir tout payé, il me reste une centaine de mille francs.

— Très bien ! S’exclama-t-il en poussant un grand soupir de soulagement ! Ca suffira pour commencer !

— Tu as besoin d’argent ? Lui demanda-t-elle, étonnée.

— Pas pour le moment, mais sûrement un peu plus tard car ...

Il s’interrompit, puis poursuivit, d’une voix remplie de tristesse.

— Tu n’ignores pas ma pauvre chérie, que nous sommes à peu près ruinés, n’est-ce pas ?

— Je te supplie papa, de ne pas te tourmenter ! Lui reprocha-t-elle avec tendresse.

— Comment veux-tu que je ne sois pas inquiet, alors que cet argent déposé en banque, représentait toute une vie de travail acharné, protesta-t-il amèrement.

— Alors, il ne te reste plus rien ? Ajouta la jeune femme.

— Si, j’ai quelques terres en Argentine évaluées à quelques millions de pesos, précisa Labeille.

— Et tu trouves que ce n’est rien ? S’exclama Valérie très étonnée.
Son père poursuivit son idée.

— Je ne me console pas d’avoir perdu tant d’argent dans cette maudite banque !

— Ne m’as-tu pas dit qu’il s’agissait d’une banque étrangère que le gouvernement a fermée brusquement ! En ce cas, tu pourras certainement récupérer ton capital à la fin des hostilités ! Expliqua Valérie.

— C’est très possible, admit Michel Labeille, mais en attendant, nous sommes dans la misère.

— Cesse de te torturer ainsi, mon cher papa, gronda-t-elle affectueusement, en posant un baiser sur le front ridé du malade.

Michel Labeille répondit par un grand soupir et referma ses yeux avec lassitude.

Une semaine plus tard, on le transporta dans une autre salle et quelques jours après, il fut autorisé à se lever et à se promener dans le jardin de l’hôpital.

Mais le vieil homme était toujours triste et désolé à la pensée que sa fille continuerait son activité tant que durerait la guerre.

« Mon Dieu ! Pourvu qu’elle ne tombe pas malade à son tour, en soignant des contagieux ! » Se disait-il. Mais ce danger ne paraissait nullement émouvoir sa chère fille.

Avant de quitter l’hôpital, monsieur Michel Labeille demanda à parler au médecin directeur.

— Docteur, commença-t-il l’entretien, ne serait-il pas possible que ma fille change d’hôpital ?

— Mademoiselle Labeille ne se trouva pas bien ici ? Questionna le directeur, très surpris.

— Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, docteur, protesta Michel Labeille avec embarras.

— Alors, expliquez-vous, Monsieur ?...

— Je crains pour ma fille les maladies contagieuses, et comme je sais que vous ne pouvez pas la mettre dans un autre de vos services ... expliqua le brave homme.

— Je comprends, répondit le directeur. (Il réfléchit quelques instant, puis ajouta) : C’est entendu, Monsieur, je vais faire muter votre fille dans un hôpital militaire. Je ne vous cache pas que je regrette beaucoup la collaboration d’une infirmière si précieuse.

— Et moi, s’écria Michel Labeille, je suis désolé que ma fille travaille pour me venir en aide !

— Allons ! Ne vous tourmentez pas de la sorte !

— Comment ne pas s’inquiéter en voyant ma chère enfant se fatiguée ! Soupira son père.

— Hélas !... de pareilles anges sont nécessaires à l’humanité, surtout en ce moment, où les hostilités font tant de ravages !

— Et hélas ! Ce ne sont pas toujours les plus mauvais qui disparaissent.
Un silence suivit ces dernières paroles. Le directeur de l’hôpital attendait que Michel Labeille se retirât. Remarquant sa perplexité, il reprit avec douceur.

— Si vous avez autre chose à me demander, n’hésitez pas. Je vous promets de vous aider dans la mesure de mes possibilités.

Le visage du père de Valérie s’éclaira et il ajouta :

— Puis-je docteur, compter sur votre promesse d’envoyer ma fille dans un hôpital, où elle ne se trouvera pas en contact avec des malades contagieux ! Dans l’affirmative peut-elle faire tout de suite sa demande de mutation ?

— Bien sûr, monsieur Labeille, répondit le médecin en posant amicalement sa main sur l’épaule de son interlocuteur. De mon côté, je vais faire l’impossible pour améliorer la situation de mademoiselle votre fille.

Après une solide poignée de main, Michel Labeille quitta le bureau de la direction et se dépêcha de rejoindre Valérie.

Il la retrouva presque immédiatement et la mit aussitôt au courant de son entretien avec le directeur de l’hôpital. Tout d’abord, Valérie fut étonnée et contrariée, mais elle finit par se plier au désir de son père.

— Ma fille chérie, essaye de me comprendre ! Lui dit-il. Il me serait impossible de vitre en toute tranquillité te sachant en danger dans une salle om sont soignés des malades contagieux. Ailleurs, crois-moi, tu rendras les mêmes services !

Valérie dut se rendre à l’évidence ; dans un autre hôpital, elle trouverait la même possibilité de dispenser ses trésors de bonté et de générosité. ?
Le soir même, elle remit sa demande de mutation, au directeur de l’hôpital.

( A SUIVRE LE 13 MARS )

 

 

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