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MOINEAUX SANS NID N° 231

14 Février 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-231--.jpegPierrot, notre gentil et sympathique jeune ami était, maintenant complètement guéri de ses brûlures et s’attendait à quitter l’hôpital rapidement.

Mireille de son côté, allait beaucoup mieux. Cet après-midi, elle bavardait avec son petit camarade, venu la rejoindre à l’entrée de sa salle.

— Pierrot ! Dit soudain la fillette, je ne veux plus retourner chez cette odieuse « Araigne ».

Le jeune garçon se tut quelques secondes, puis poursuivit :

— Mireille, que penserais-tu si nous nous saurions tous les deux ?

— Es-tu bien rétabli, Pierrot ? S’informa affectueusement la fillette.

— Je me sens en pleine forme, répondit-il en souriant. Et toi ?

— Moi aussi, répliqua vivement Mireille, et je ne comprends pas pourquoi on me garde encore ici.

— Très bien ! Alors, que décides-tu ? Et si demain, nous ...

— Oh ! Pierrot ! Dit-elle avec un accent inquiet.

— Qu’as-tu Mireille ? Pourquoi es-tu craintive ? Demanda-t-il en la fixant avec tendresse.

— Parce que j’ai peur des agents et de la mère Picquet, expliqua la fillette, en levant sur son jeune compagnon ses grands yeux violets et limpides.

— Il ne faut tout de même pas exagérer à un tel point, plaisanta doucement Pierrot.

— Je suis également tourmentée parce que mademoiselle Anna Carrel n’est pas revenue depuis deux jours, ajouta Mireille, et je crains qu’il lui soit arrivé un malheur.

— Tiens, c’est vrai, cependant ...

— Quoi ? Questionna—t-elle anxieuse, voyant qu’il s’interrompait.

— rien ! Répondit Pierrot. Tout d’abord, j’ai pensé aussi à un malheur toujours possible, mais c’est absolument ridicule. Je ne crois pas qu’elle soit femme à se laisser facilement intimider.

— Ne te tourmente pas, Mireille. Lorsque nous quitterons l’hôpital nous irons la voir et tu pourras certainement rester auprès d’elle.

— Et toi aussi ? Dit-elle.

— Non ! Pas moi ! Affirma Pierrot. Je suis un homme et je n’ai besoin de personne pour veiller sur moi.

— Mais, Pierrot, tu n’as plus de logement ? Lui fit-elle observer l’air désolé.

— Qu’est-ce que ça peut faire ? Il ne manque pas de maisons dans Paris ! Répondit-il en haussant les épaules avec indifférence.

— Mon Dieu ! S’exclama soudain la petite fille. Est-ce que Mademoiselle Anna t’a donné son adresse ?

— Non ! Répondit Pierrot le visage sérieux, et à toi ?

— A moi non plus, répondit-elle tristement en baissant la tête, pour cacher les larmes qui montaient à ses yeux.

— Alors, je ne sais comment nous pourrons la retrouver, déclara-t-il préoccupé.

— Nous la chercherons, affirma sa petite compagne, et je suis certaine que nous finirons pas la découvrir.

Leur entretien se termina car l’heure du dîner approchait.

Le lendemain alors que Pierrot se promenait dans le couloir, attenant que Mireille le rejoignit, il sursauta brusquement.

— Oh ! S’exclama-t-il, voici cette maudite sorcière !

En effet, Madame Picquet tenant une grande feuille de papier dans une main, montait escalier, suivie par un agent.

Le jeune garçon revint rapidement sur ses pas et se dissimula dans un renfoncement précédant les lavabos. La vieille femme passa tout près de lui sans le voir, et pénétra dans la salle où se trouvait Mireille.

— Bonjour, ma petite fille ! Lui dit « l’Araigne » en s’approchant de son lit.

— Bonjour, madame, répondit la fillette, toute tremblante.

— Te sens-tu mieux aujourd’hui ? Demanda « l’Araigne » en se penchant sur elle pour l’embrasser.

L’enfant ne broncha pas.

— Oui, je vous remercie, Madame.

— Hier, le médecin m’a annoncé que tu étais rétablie, reprit la mère Picquet, et qu’il t’autorisait à sortir dès aujourd’hui.

Cette déclaration fit l’effet d’une véritable bombe à la pauvre enfant.

— C’est que ...

— Tu n’as pas de réflexions à faire, interrompit durement la vieille femme et tu vas partir d’ici aujourd’hui même.

— Depuis ce matin, je n’ai pas cessé d’avoir des frissons, essaya d’expliquer la pauvrette, et je crois que ma fièvre est revenue.

La vieille femme la fixa d’un air goguenard, puis ajouta sévèrement :

— Je trouve, ma petite, que tu as un toupet incroyable !

— Je partirai demain, tenta encore d’expliquer Mireille.

— Non ! J’ai dit aujourd’hui ! Décida la mégère avec entêtement et colère.

— Mais, puisque je ne me sens pas bien ? Insista l’enfant, en éclatant en sanglots.

— Je sais que tu mens, répliqua la vieille femme avec un méchant sourire, tu raconteras ces histoires à d’autres, mais non à moi !

— Je vous assure que ...

— Tais-toi ! Hurla « l’Araigne » avec colère. N’insiste pas !

— Allons ! Petite, sois obéissante, intervint l’agent de police qui accompagnait madame Picquet. Tu dois écouter cette dame qui est si bonne et ...

— Vous vous trompez, monsieur l’agent, interrompit Mireille, elle est méchante, me tourmente tout le temps et ne me fait que du mal !

— Quelle satanée menteuse ! S’exclama la vieille femme, en levant les yeux vers le plafond comme si elle désirait prendre le ciel à témoin de ce qu’elle affirmait.

— Ne dites pas le contraire, reprit la petite fille avec énergie. N’est-il pas vrai que vous me battez ?

— Seigneur ! S’écria « l’Araigne » en hochant la tête d’un air indigné. Quelle enfant ! Elle est capable d’inventer n’importe quoi.

— Ne vous désolez pas comme ça ! Dit l’agent en regardant la vieille femme. Je sais que vous agissez comme le ferait sa propre mère.

« L’Araigne » se mit à pleurnicher.

— Mon Dieu ! S’écria-t-elle d’une voix geignarde. On a bien raison de dire que la reconnaissance n’existe pas sur terre ... et que le pain que l’on donne n’est pas souvent apprécié.

— C’est que le vôtre est plus amer que le fiel ! Répliqua Mireille sèchement.

— Tais-toi ! Petite, ordonna l’agent. C’est très laid de ta part de manquer ainsi de respect à une personne âgée.

— Ce n’est pas tout à fait de sa faute, intervint en soupirant la vieille sorcière. C’est celle de Pierrot, un galopin qui ne cesse de la dresser contre moi.

— C’est faux ! Protesta vivement Mireille. Pierrot n’est pour rein dans mes reproches.

— Où est ce garçon ? Demanda l’agent.

— Je crois qu’il a été hospitalisé dans la salle numéro cinq, précisa « l’Araigne ».

— Aimeriez-vous que j’aille lui tirer les oreilles ? Proposa l’agent de police.

— Ca ne lui ferait certainement pas de mal ! Soupira la méchante femme.

— Permettez-moi, madame, d’emmener avec moi la fillette, et attendez-nous ici !

— Très bien ! Consenti la vieille mégère, mais je vous demande surtout, de ne pas les laisser seuls.

— Soyez tranquille, Madame, répliqua vivement l’agent. Je ne suis pas un novice et on ne me roule pas facilement.

Lorsqu’ils arrivèrent à la porte de la salle numéro cinq, Mireille en franchit rapidement le seuil.

— Voilà Pierrot ! Dit-elle à l’agent, en lui désignant un petit garçon du même age que son cher compagnon, et qui occupait un lit à l’autre extrémité du dortoir.

C’était un pauvre enfant au visage peu expressif qui fixa, étonné l’agent et Mireille lorsqu’ils s’approchèrent de son lit.

— Alors, c’est toi, lui dit sévèrement l’agent de police, qui donnes de mauvais conseils à cette fillette ? Ne mens surtout pas, si tu ne veux pas avoir affaire à moi !

— Moi ? S’exclama le petit, très effrayé.

— Oui, toi ! Affirma l’agent.

— Mais ... monsieur l’agent ! Protesta l’enfant, déconcerté.

— Je sais ce que je dis. Tu montes la tête à cette fillette contre madame Picquet. N’est-ce pas vrai ?

— C’est complètement faux ! Répliqua le petit garçon.

— Ne le nie pas ! Reprit l’agent avec un regard menaçant.

— Je vous jure que je ne mens pas, monsieur l’agent ! Affirma énergiquement Mireille.

Le petit malade la dévisagea, les yeux dilatés, et bredouilla :

— C’est faux ! Je jure que c’est faux !

Mireille ne se laissa pas démonter.

— Je dis que c’est vrai, affirma-t-elle avec un aplomb incroyable, et même qu’un jour tu m’as jeté des pierres qui m’ont blessée.

— C’est très mal de mentir ! fit observer l’agent au jeune garçon.

— Je ne mens pas ! S’écria de nouveau le pauvre enfant, ne sachant comment se défendre.

— Et si j’allais chercher madame Picquet ? Proposa soudain Mireille, comme si elle venait d’avoir une idée lumineuse. On verra bien si, devant elle, tu continueras à nier comme tu le fais.

— Tu as raison, petite, approuva l’agent en souriant. Va chercher celle qui te sert de mère.

Il la suivit des yeux, sans aucune méfiance, tandis que la fillette rejoignit la porte de la salle.

— Maintenant, reprit-il en s’adressant au petit malade qu’il prenait toujours pour Pierrot, tu vas m’expliquer pourquoi tu es si méchant ?

L’infortuné enfant se mit à pleurer.

— Allons ! Allons ! Fit l’agent avec moins de sévérité, ne pleure pas comme ça. On ne te veut pas de mal. Madame Picquet va te gronder un peu et ce sera tout.

— mais je n’ai rien fait de mal, monsieur l’agent, protesta le garçon.

— Si tu as perdu la mémoire, Madame Picquet s’en souviendra, elle, sois tranquille, reprit le représentant de la loi, énervé par ce qu’il croyait être de l’entêtement de la part de son jeune interlocuteur.

— Enfin ! Monsieur l’agent, je ne connais même pas cette personne !

— Tu ne l’as jamais vue, hein ? Répéta l’agent ironique.

— Je vous jure, sur ce que j’ai de plus cher au monde, que je dis la vérité ! Affirma avec force le jeune malade.

Toutes protestations furent inutiles. Le garçon ne put arriver à convaincre l’agent.

— Ne dis pas de sottises, et tais-toi, trancha ce dernier avec brusquerie.

Un long quart d’heure s’écoulé. L’agent de police commençait à s’impatienter et une légère inquiétude l’envahissait.

Il s’éloigna du lit du petit garçon, décidé à savoir pour quelle raison « l’Araigne » tardait tant à venir. Soudain il se heurta contre elle, alors qu’il allait franchir le seuil de la porte de la salle.

— Ah ! S’exclama-t-il enfin vous voilà ! Venez vite, je vais vous conduire près du garçon que vous appelez Pierrot.

Arrivé devant le lit de l’enfant, il se tourna vers la vieille femme en annonçant :

— Le voici, Madame !

— Qui est-ce ? Questionna « l’Araigne » stupéfaite.

— Ce garnement ne manque pas de toupet ! Reprit l’agent qui n’avait pas entendu la question de la vieille femme. Figurez-vous qu’il continue à soutenir, ferme comme roc, qu’il ne vous connaît pas !

— Il a raison, je n’ai jamais vu ce gosse, déclara-t-elle, en haussant les épaules.

L’agent la dévisagea, incrédule et déconcerté.

— Vous ... vous dites que vous ne le connaissez pas ? S’exclama-t-il suffoqué.

— Pas du tout ! Ce n’est pas Pierrot ! Affirma l »l’Araigne ».

— Pourtant la petite m’avait bien ...

— Où est Mireille ? Interrogea madame Picquet, alarmée en regardant autour d’elle.

— Qu’est-ce que vous dites ? Reprit l’agent interdit. N’est-elle pas venue vous appeler ?

— Je vous avais pourtant bien recommandé de ne pas la quitter des yeux un seul instant, s’écria « l’Araigne » en le fixant avec sévérité.

— Je le sais, mais ...

— Mais quoi ? dit la femme furieuse.

— Elle m’avait affirmé qu’elle allait vous chercher, afin de vous amener ici, Madame, expliqua l’agent absolument déconcerté.

Madame Picquet hocha la tête et l’enveloppa d’un regard menaçant.

— Mireille n’est nullement venue m’appeler, déclara-t-elle sèchement.

L’homme tressaillit.

— Ce n’est pas possible !

— Puisque je vous le dis ! Insista-t-elle. Je me demande, ajouta-t-elle ... oui ... je suis certaine que cette enfant infernale s’est moquée de vous !

— Comment ? S’écria-t-il. (Brusquement il s’élança vers la porte en marmonnant) : La terrible fille ! Je vais lui montrer ...

Il eut beau regardé partout. Il ne retrouva pas Mireille.

— Allez demander au concierge s’il ne l’a pas vue par hasard sortir de l’hôpital, lui conseilla « l’Araigne » lorsqu’il vint lui annoncer sa défaite.

L’homme s’empressa d’obéir, et quelques minutes après, il s’entretenait avec le portier et deux infirmiers.

— N’auriez-vous pas vu sortir d’ici une petite fille blonde d’une dizaine d’années ? Demanda-t-il au premier.

— Il a tellement d’allées et venues que je n’y fais plus attention, répondit le concierge.

— Cette fillette est très jolie et elle était habillé d’une robe bleu marine, précisa l’agent de police.

— Je vois, intervint l’un des infirmiers, vous voulez parler de celle qui a été renversée par une auto, il y a à peu près un mois.

— C’est cela, répondit vivement l’agent.

— Je l’ai vue sortir de l’hôpital tout à l’heure, précisa l’infirmier.

— Malédiction ! Dit l’agent furieux.

— Je crois même, ajouta l’employé de l’hôpital, qu’elle était accompagnée du petit gars qui s’est si admirablement conduit — au risque de perdre sa vie — au cours du fameux incendie.

— Diable ! Gronda l’agent qui les laissa, sans ajouter un mot de plus et se précipita dans la rue.

Madame Picquet, qui venait d’arriver à son tour, le suivit aussi vite que le lui permettaient ses vieilles jambes.

L’agent eut beau explorer les environs, il ne découvrit aucune trace des deux fugitifs. Il s’arrêta, haletant, près d’un réverbère, contre lequel il s’appuya, s’épongeant le visage et le cou, trempés de sueur.

« L’Araigne » s’empressa de le rejoindre.

— Maintenant que faire ? Gémit-elle.

— Ils passeront un vilain quart d’heure lorsque je les aurai dénichés ! Grogna l’agent, vexé d’avoir été roulé. Je ne comprends vraiment pas où ils ont pu se cacher ! Reprit-il après un léger silence, — tandis que « l’Araigne » se rongeait les ongles d’énervement ... — mais je les retrouverai !

— Vous feriez mieux de ne pas tant vous vanter et d’agir avec plus d’intelligence ! Observa aigrement la méchante femme. Je n’arrive pas à comprendre comment vous avez pu vous laisser ainsi berner par une enfant !

— Je vous promets, madame Picquet, que cette nuit même, elle dormira sous votre toit, déclara-t-il solennellement.

— Cessez de faire des promesses et de prononcer des paroles en l’air ! Mettez-vous à sa recherche sans tarder , répliqua sèchement la mégère.

— Oui ! Madame, bredouilla l’agent, très humilié. J’y vais tout de suite.

— Et ce petit misérable ! S’exclama « l’Araigne » d’une voix rageuse, c’est surtout lui qui mérite une bonne leçon, car je suis certaine que tout cela est arrivé par sa faute.

— Ne vous tracassez pas, Madame, nous le rattraperons bientôt ! Reprit l’agent de police, je lui mettrai la main au collet aujourd’hui, dussé-je, pour cela, fouiller tout le quartier.

— Bien. Vous me trouverez chez moi si vous obtenez un bon résultat, conclut la vieille femme.

Et sans ajouter un mot, elle lui tourna le dos et se dirigea vers la station de métro, située à l’autre extrémité du boulevard, tandis qu’il la regardait s’éloigner, furieux et vexé d’avoir été berné par une fillette.

 

( A SUIVRE LE 17 FEVRIER )

 

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