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MOINEAUX SANS NID N° 225

27 Janvier 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

A PARTIR DU LUNDI 28 JANVIER A 11 HEURES

DES PHOTOS DE SCULPTURES NEIGE ET GLACE

DU 28 JANVIER AU 1er FEVRIER

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE-225--.jpegVous venez sans doute me verser le premier acompte ? Dit la mère Picquet, en dévisageant attentivement « le Boiteux », assis en face d’elle, l’air embarrassé.

L’homme haussa les épaules et esquissa une grimace qui voulait être un sourire.

— Non, Madame Picquet, soupira-t-il. Je n’ai pas encore réuni les trois mille francs nécessaires. D’ailleurs, nous ne sommes pas encore arrivés au jour fixé pour cette échéance.

— C’est vrai, admit « l’Araigne » avec un petit rire sarcastique. Alors, que venez-vous faite ici ? Me demander sans doute un nouveau prêt ?

Tous deux étaient assis dans le charmant salon de la vieille mégère que Valérie Labeille avait meublé avec tant d’amour, dès que son père lui eut offert ce pavillon.

Lorsque « le Boiteux » avait sonné à la porte, Técla, la servante de « l’Araigne », après lui avoir ouvert, avait été effrayée par cet homme au visage dur et menaçant. Elle s’était précipitée dans la pièce où se trouvait sa maîtresse pour la prévenir que « le Boiteux » voulait lui parler.

« L’Araigne » avait longuement réfléchi avant de le recevoir. Elle ne se faisait aucune illusion et savait que le visiteur ne venait pas régler sa dette. Elle le connaissait trop bien pour s’attendre à un tel geste de sa part. Elle eut beau se creuser la cervelle, elle ne parvint pas à deviner la raison pour laquelle il lui faisait cette visite, et c’est très intriguée, qu’elle prit la décision de le recevoir.

Técla s’empressa d’introduire « le Boiteux » dans le salon où se trouvait « l’Araigne », toujours occupée à vérifier ses comptes.

— Alors, « le Boiteux » ! Poursuivit le mégère, ne me faites pas perdre trop de temps et dites-moi tout de suite la raison qui vous amène.

— Je suis chargé de vous faire une commission, déclara-t-il.

— Ah ! Grogna « l’Araigne », en fronçant les sourcils. Qui donc vous envoie ? Pourquoi cette personne ne s’est-elle pas présentée elle-même ?

— Elle désire avant de s’y risquer, savoir quelles sont vos intentions à son égard.

— Alors, parlez ?

— Il s’agit de Madame Ramier. Elle m’a chargé de vous apprendre qu’elle aurait de nouveau besoin de vos services. Elle m’a dit que ces paroles suffiraient pour vous faire comprendre ce qu’elle désirait.

Une lueur mauvaise brilla dans les petites prunelles de la mégère. Elle était ravie d’apprendre qu’Edwige se jetait tête baissée dans le piège qu’elle lui tendait, mais elle dissimula sa satisfaction et répondit à son étrange visiteur :

— Je ne vois vraiment pas pourquoi Edwige n’est pas venue elle-même me parler de cette affaire ?

— Je n’en sais rien ! Répliqua « le Boiteux » avec indifférence. Elle doit certainement avoir ses raisons.

— Sans doute ! Grogna « l’Araigne » en haussant les épaules.

Elle se tut quelques secondes, puis ajouta :

— Maintenant, « le Boiteux », il ne vous reste plus qu’à aller rejoindre Madame Ramier. Vous lui direz que je ne comprends pas ce qu’elle a voulu me faire savoir par votre entremise.

Il la dévisagea avec stupeur, mais ne répondit pas.

— Dites-lui également, poursuivit « l’Araigne » qu’il est préférable qu’elle vienne elle-même m’expliquer ce qu’elle désire.

« Le Boiteux » se leva.

— Entendu ! Je ferai la commission, Madame Picquet, répondit-il.

Comme il paraissait hésiter, la mère Picquet le fixa, méfiante. Elle connaissait très bien l’homme et devinait qu’il avait encore quelque chose à lui dire. Patiemment elle attendit qu’il se décidât à parler.

— Bien ! Dit-il en soupirant, je ferai votre commission à madame Ramier. Cependant, je crois qu’elle hésitera à venir jusqu’ici.

— Pourquoi ? S’exclama « l’Araigne » étonnée. Quelle est la raison qui vous pousse à faire cette supposition ? Seriez-vous au courant de ce qui s’est passé, « le Boiteux » ?

L’homme haussa les épaules, puis fixa sur la vieille femme ses yeux sombres et cruels. Brusquement, il ajouta :

— Ecoutez-moi, madame Picquet. C’est exact, je suis au courant de vos affaires et je sais que « la Ramier » désire encore de l’argent ... Je vous conseille d’ailleurs de ne pas le lui refuser.

— Enfin, vous découvrez votre jeu ! S’exclama-t-elle avec rage. C’est mieux ainsi ! Alors vous devez savoir également que cette idiote essaie de me faire chanter !

— Madame Picquet, n’employez pas de tels mots ! Reprit en riant « le Boiteux ».

— Comment qualifier les prétentions de cette coquine ? Hurla-t-elle, cramoisie de colère, alors qu’elle me menace si je ne lui verse pas encore une somme d’argent.

— Allons ! Allons ! Vous savez bien comment ces choses arrivent soupira « le Boiteux » en hochant la tête. En ce moment, cette malheureuse est très gênée et elle n’a pas la manière ... Et puis, après tout ça ne me regarde pas !

— Vraiment ? S’écria « l’Araigne » aussi agressive. Alors pourquoi me conseillez-vous de ne pas lui refuser de l’argent ?

— Pour la simple raison que pendant les longues années où vous avez travaillé ensemble, elle a toujours été très régulière envers vous et qu’en ces heures difficiles pour elle, vous ne pouvez pas lui refuser votre aide, répliqua « le Boiteux » avec le plus grand calme.

— ah ! Oui, reprit-elle rageusement, vous pensez aussi à vous n’est-ce pas ? Mais moi, je n’entends pas jeter à pleines mains mon argent ! Ah ! Non, je ne suis pas aussi sotte que vous le pensez, mon ami !

— J’ai gagné cet argent très péniblement et je n’ai nullement l’intention de le distribuer à des paresseux. J’ai en effet, beaucoup travaillé avec Edwige, mais cela nous a procuré à tous les deux les mêmes satisfactions et les mêmes bénéfices. Me comprenez-vous « le Boiteux » ? Elle aussi a empoché de jolies sommes. J’en ai par-dessus la tête de vos histoires et au seul souvenir des menaces qu’elle a osé formuler à mon égard, mon sang ne fait qu’un tour !

— Si elle a des exigences qu’elle ait donc le courage de venir les exprimer elle-même et nous en discuterons ensemble.

— Vous lui répèterez tout cela et vous ajouterez que je ne la crains pas. Maintenant, partez ! Car j’ai déjà assez perdu de temps à écouter vos bêtises !

« Le Boiteux » fronça les sourcils et la dévisagea durement.

— Vous êtes certaine de n’avoir rien à craindre de la part d’Edwige Ramier ? Demanda-t-il froidement.

— Me prenez-vous pour une idiote « le Boiteux » ? S’écria-t-elle furieuse, si je vous dis que je n’ai pas peur de ses menaces, c’est que j’ai mes raisons !

— D’après ce que je sais, insista-t-il avec ironie, il s’agit de votre fille adoptive et des recommandations que vous a faites le juge, au sujet de vos mauvais traitements.

Le visage de « l’Araigne » s’empourpra de rage. Les veines de son cou s’enflèrent et elle dut recourir à toute sa volonté pour recouvrer un peu de calme.

— Prenez garde, « le Boiteux » ! Je commence à en avoir assez de m’entendre répéter que je suis méchante ! Dites à « la Ramier » qu’elle n’aura pas un sou de plus ! Est-ce compris ?

— Non ! Madame Picquet, répondit-il avec plus de douceur en hochant la tête. Je vous connais depuis trop longtemps pour vous rendre un si mauvais service !... Suivez mes conseils, recevez-là et tâchez de vous entendre avec elle ?

« L’Araigne » à ses mots, le fixa interdite.

— Pour me parler de la sorte « le Boiteux », reprit-elle d’une voix étranglée de rage, vous devez être au courant d’un fait très important. Parlez et dites-moi tout ce que vous savez ?

— Je sais, avec certitude, que « la Ramier » et son ami Marius sont décidés à vous arracher le plus d’argent qu’il leur sera possible, reprit l’autre avec beaucoup de calme. Ils sont tellement sûrs d’y parvenir que j’en ai conclu qu’ils s’appuyrent sur des faits précis et sérieux.

— Sottise ! Interrompit « l’Araigne », violemment. Moi, je vais vous dire la vérité : « la Ramier » n’est qu’une sotte et une prétentieuse. C’est de plus, une femme sans cervelle qui s’est complètement toquée d’un fripon qui ne pense qu’à profiter d’elle !

— Je ne suis pas de votre avis, protesta « le Boiteux ».

— Je sais parfaitement ce que je dis, affirma « l’Araigne » sèchement. Cet individu est un profiteur !

— Et après ? Qu’est-ce que ça peut bien vous faire ? Poursuivit « le Boiteux » avec ironie. La mentalité de Marius ne change rien à vos affaires.

— Je ne dis pas le contraire ! Affirma « l’Araigne » vexée mais je voulais simplement montrer que c’est à cause de ce voyou que « la Ramier » a de gros besoins d’argent, et qu’elle en est arrivée à pratiquer le chantage.

— Et cela ne vous fait pas peur ? reprit « le Boiteux » en la dévisageant avec la plus grande attention.

— Jamais de la vie ! S’écria la mégère. Je vous ai déjà dit que je ne la crains pas. C’est elle, au contraire, qui aurait à me méfier de moi. Ca ne se passera pas du tout comme elle l’espère ! Elle a poussa son petit jeu beaucoup trop loin et elle le paiera très cher plus tard !

« L’Araigne » se tut brusquement, effrayée, à l’idée d’avoir trop parlé. Sa rage lui avait fait oublier la prudence dont elle avait convenu avec Paul Macaire, à propos du piège qu’ils tendaient à « la Ramier » Maintenant, elle craignait fortement de s’être trahie.

Que penserait Edwige si « le Boiteux » lui rapportait les paroles qu’elle avait prononcées bien imprudemment. Mais elle se rassura vite en songeant que sûrement « le Boiteux » pas plus qu’Edwige ni Marius ne pourrait deviner son plan diabolique. Ayant recouvré un peu de calme, elle ajouta :

— Vous direz bien à cette sotte de se contenter de ce que je lui ai déjà remise et qu’il est inutile d’insister, elle n’obtiendra plus un sou de moi !

« Le Boiteux » fit un signe de tête affirmatif, puis ajouta, l’air sombre.

— Faites attention et ne décevez pas Madame Ramier. N’oubliez pas qu’elle n’est pas seule, qu’elle vit avec Marius et que ce dernier n’est pas homme à se laisser intimider facilement !

— Je le sais ! Bougonna-t-elle, en faisant, soudain semblant de s’inquiéter ... Je dois vous avouer, ajouta-t-elle, en se penchant vers lui que Marius ne me dit rien qui vaille. Je suis même sûre que c’est lui qui a poussé cette sotte à me faire chanter ...Que diriez-vous « le Boiteux » si je vous demandais de m’aider à lui donner la leçon qu’il mérite ?

Les prunelles sombres du « Boiteux » brillèrent d’une flamme curieuse. Il fixa silencieusement pendant quelques secondes son interlocutrice, comme pour s’assurer de sa sincérité et répondit :

— Vous voulez que je vous aide à vous débarrasser de cet homme ? Et pour quelle raison le ferais-je ? Nous ne sommes pas liés d’amitié bien sûr, mais cependant je ne lui veux pas de mal.

— Ne dites pas de stupidités, « le Boiteux » ! S’écria « l’Araigne » en haussant les épaules. Je vous demande simplement de vous arranger pour qu’il ne m’ennuie pas et pour lui faire perdre son ascendant sur cette malheureuse. Si vous acceptez de ... de m’aider, je suis disposée de mon côté, à ne plus reparler de votre dette ? Qu’en pensez-vous ?

Un nouvel éclat passa dans les yeux de l’homme. Cette offre ne lui paraissait nullement négligeable. C’était comme s’il gagnait douze mille francs, puisqu’il les devait toujours, et peut-être « l’Araigne » consentirait-elle à lui donner encore un peu d’argent.

Il hocha la tête plusieurs fois et répondit sur un ton indifférent :

— Evidemment, ça me plairait beaucoup de ne plus vous devoir d’argent, madame Picquet. Toutefois, je n’ai pas envie de me souiller les mains de sang. Vous me connaissez et savez fort bien que j’aie horreur de la violence !

Les petits yeux fouineurs de la vieille sorcière le fixèrent avec mépris.

— Décidément, vous n’êtes pas un homme « le Boiteux » ! Comment ? Vous avez peur de donner une bonne leçon à un bandit qui vit aux crochets d’une femme ? Après tout, vous rendriez service à cette sotte qui ne comprendra les choses que lorsqu’il sera trop tard pour elle ! De mon côté, je ne vous demande rien d’impossible. Il s’agit seulement de faire comprendre à Marius, en usant de vos poings si c’est nécessaire, qu’il n’est pas prudent de laisser tirer les marrons du feu à cette pauvre Edwige. Je tiens à ce qu’il s’en désintéresse et veux manoeuvrer cette femme comme je l’entends ... Même si Paul Macaire n’est pas de mon avis !

« Le boiteux » fronça les sourcils en l’entendant prononcer ce nom.

— L’usurier ? S’exclama-t-il. Que vient-il faire dans tout cela ?

« L’Araigne » éclata de rire et lui donne une petite tape amicale sur l’épaule.

— Il compte beaucoup dans cette affaire, déclara-t-elle décidée soudain, à tout lui dévoiler pour l’attirer de son côté ». Ecoutez-moi « le Boiteux » je suis décidée à oublier, non seulement votre dette, mais à vous faire gagner pas mal d’argent ... A la condition, naturellement, que vous juriez de m’aider.

— Cela dépendra de ce que vous serez décidée à me donner, répliqua « le Boiteux » avec le plus grand calme.

— Voyons ... Que diriez-vous de dix mille francs ?

Il refusa énergiquement de la tête.

— C’est trop peu pour payer une trahison, déclara-t-il.

— Mais vous me devez douze mille francs ! Lui fit remarquer la mère Picquet, furieuse.

— Je le sais, répliqua-t-il, ça ferait en tout vingt deux mille francs. J’estime que ce n’est pas assez pour ce genre de travail. N’oubliez pas qu’en me battant avec Marius, je m’attirerai la haine de « la Ramier »

— Alors, combien désirez-vous ? Demanda « l’Araigne ».

— Je veux cinquante mille francs, déclara froidement « le Boiteux ».

La vieille femme sursauta, mais garda le silence. Elle réfléchit un moment, puis reprit en souriant :

— Vous êtes un bandit « le Boiteux » mais vous savez défendre vos intérêts. C’est d’accord.

L’homme sourit, à son tour, très satisfait.

— Parfait ! S’écria-t-il, et puisque nous sommes d’accord, expliquez-moi comment il se fait que Paul Macaire soit mêlé à cette affaire.

Sans hésiter et sûre que dorénavant « le Boiteux » la servirait fidèlement « l’Araigne » lui dévoila le plan que Macaire avait si diaboliquement élaboré.

Lorsqu’elle eut achevé de parler, « le Boiteux » poussa un sifflement d’admiration.

— Pourtant, lui fit-il observer, vous avez oublié un détail important : « la Ramier » peut très bien refuser de vous obéir. Et si elle devenait votre débitrice pour des sommes très importantes, comment vous y prendriez-vous pour vous faire rembourser ?

— Là-dessus, je suis absolument tranquille et suis certaine qu’avec votre concours, tout marchera comme sur des roulettes, répondit « l’Araigne ». Voilà, d’ailleurs, la raison pour laquelle je désire tant éloigner Marius ! Je sais qu’il peut avoir les mêmes intentions que moi. Alors ce serait lui seul qui profiterait d’elle. Si Edwige pouvait deviner qu’il veut lui faire exercer un vilain métier, alors qu’elle en est follement éprise, je suis persuadée qu’elle le quitterait ... C’est alors que vous interviendrez et lui ferez comprendre, petit à petit, que c’est l’unique moyen pour elle de me rembourser l’argent qu’elle me doit.

— Et pour que je fasse tout cela vous ne m’offrez que cinquante mille francs ? S’exclama « le Boiteux ».

« L’Araigne » se mit à rire.

— Soyez plus patient mon garçon, répliqua-t-elle. Je vous ai promis cette somme pour éloigner Marius de sa dulcinée. Ensuite, si vous m’aidez à réaliser mes projets, vous serez intéressé dans notre affaire.

— Ah ! fit « le Boiteux » en souriant, vous voulez dire que je deviendrait votre associé ?

— C’est cela ! Affirma « l’Araigne ». Je pense que ma proposition est excellente. Peu de personnes hésiteraient à votre place. Allons « le Boiteux » dites-moi que vous acceptez ... à moins que vous ne désiriez vous ranger dans le camp ennemi ?

— Je n’ai pas encore pris une décision, déclara « le Boiteux » en hochant la tête. J’avais été chargé de venir vous dire certaines choses — ce que j’ai fait — et ne pensais certes pas être mêlé à une telle histoire ... Je suis, toutefois, très intéressé sur votre offre ... bien que je n’aie jamais encore vécu aux crochets d’une femme !

Madame Picquet éclata d’un rire sarcastique.

— Quoi ? S’exclama-t-elle en le dévisageant d’un regard moqueur depuis quand faites-vous le moraliste « le Boiteux » ? Allons ! Ne dites pas de sottises et répondes-moi : acceptez-vous oui ou non ?

— Naturellement que j’accepte ! S’écria « le Boiteux ». Je sais choisir ce qui me convient le mieux.

« L’Araigne » poussa un grand soupir de soulagement, puis poursuivit :

— Il va sans dire, « le Boiteux » qu’il vous faudra être régulier avec moi, et gare ! Si jamais je découvre que vous avez dévoilé ce que je viens de vous confier ... Remarquez que malgré cette éventualité Marius et sa belle ne pourraient rien contre moi.

— Soyez tranquille, je n’ai qu’une parole, affirma solennellement son interlocuteur.

— Alors comme je vous l’ai déjà dit, nous modifierons légèrement le plan que j’avais arrêté avec Paul Macaire. Il faudra supprimer Marius, et c’est vous qui le remplacerez pour conseiller et guider Edwige. Prenez vos dispositions afin de réussir. Pour commencer, tâchez d’obtenir de Marius qu’il vous confie ses intentions quant à son amoureuse ? Je suis sûre qu’il le fera, ne serait-ce que par vantardise.

— Faudra-t-il me battre avec lui ? Demanda « le Boiteux » avec une pointe d’ironie dans la voix.

— Oui ! Si c’est nécessaire, répondit la vieille femme. A mes yeux ce qui compte surtout, c’est qu’Edwige découvre l’homme peu intéressant qu’est son amant. Elle en sera alors tellement déçue et bouleversée qu’elle éprouvera le besoin d’être consolée. Alors, vous n’hésiterez pas à lui conseiller de venir me trouver. Je saurai la réconforter. Ensuite, nous nous occuperons du second acte de cette comédie.

— Vous voulez dire que petit à petit vous la pousserez dans la voie que vous avez choisie pour elle ?

— C’est cela même ! Reconnut « l’Araigne » sans aucune pudeur. Songez donc à ce qu’elle peut nous rapporter « le Boiteux » ! Je suis certaine que vous prendrez, alors, votre rôle très au sérieux.

— C’est entendu, Madame Picquet, répondit-il. J’ai parfaitement compris ce que j’ai à faire. Avant tout, je vais aller trouver « la Ramier » et la prévenir que ses menaces ne vous ont guère émue. Ensuite, je leur ferai comprendre à tous les deux les risques auxquels ils s’exposent. Puis, il ne me sera pas difficile d’accuser Marius de l’avoir mise dans une terrible situation ... Le reste suivra inévitablement.

— C’est parfait ! Convint madame Picquet avec enthousiasme. Je savais bien que je pouvais avoir entièrement confiance en vous « le Boiteux ». Servez-moi loyalement et je vous jure que vous ne le regretterez pas !

En achevant de prononcer ces derniers mots, « l’Araigne » se leva et alla jusqu’à son armoire, l’ouvrit et prit un coffret métallique qu’elle posa sur la table, sous le regard attentif de son nouveau complice. Elle souleva le couvercle et offrit à la vue « du Boiteux » un paquet de billets de banque.

L’homme ne put retenir un mouvement de surprise et eut beaucoup de mal à se dominer. Que d’argent possédait cette horrible mégère ! Et quelle envie il éprouvait de s’en emparer sur le champ !

« L’Araigne » prit deux billets de dix mille francs et les tendit à son visiteur.

— Tenez ! « le Boiteux », voilà un acompte. Je le compléterai lorsque vous viendrez me raconter le résultat de votre entretien avec Edwige et Marius.

L’homme empocha vivement l’argent puis prit congé de madame Picquet.

Après son départ, « l’Araigne » rangea son coffret dans l’armoire, pensant qu’elle reverrait « le Boiteux » deux jours plus tard ... Mais elle se trompait, car il projetait de revenir beaucoup plus vite et la vieille femme aurait été effrayée si elle avait pu deviner les pensées de son curieux visiteur.

En effet « le Boiteux » bouleversé par la vue de tant d’argent, réfléchissait fébrilement tout en marchand. Soudain, il prit une grave décision.

« Je serai le dernier des imbéciles, se disait-il, tandis qu’un léger sourire flottait sur ses lèvres, si je ne profitais pas d’une pareille aubaine !... « L’Araigne » me prend vraiment pour un pauvre demeuré ! Mais elle ne tardera pas à changer d’idée ! Ah ! Elle veut m’associer à des actes infâmes ! Je ne suis pas fou et ne tiens surtout pas à me mettre entre les mains de la police d’où il ne me sera plus possible de me tirer ... Non ! Il existe heureusement des affaires plus expéditives qui, lorsqu’elles sont sérieusement étudiées, n’occasionnent pas de tels ennuis ... L’important, évidemment, est de ne pas se laisser prendre !... Et je sais, moi, éviter de laisser des traces de mon passage.

« Son coffret doit contenir plus de cinq cent mille francs ! Je serais un crétin de ne pas profiter d’une telle aubaine ! »

Il pressa le pas pour rejoindre la pension de madame Bonnet, tout en continuant à monologuer.

— Je vais demander à Marius son avis, car il m’est impossible d’agir seul. J’ai besoin d’un complice et je ne puis mieux choisir. Je ne lui dirai pas le chiffre exact de ce que je trouverai dans le coffret et je lui offrirai quelques dizaines de billets pour avoir fait le guet »

Tout en faisant ce projet, il avait rejoint la pension.

— Tiens ! Déjà de retour ? fit madame Bonnet, qu’il trouva en train de balayer le couloir, étonnée de le voir rentrer à une telle heure.

— Oui, répondit « le Boiteux » distraitement. Est-ce que Marius est là ?

— Vous le trouverez dans sa chambre, répliqua la mère Bonnet. Il lit son journal en attendant sa belle !

« Le Boiteux » n’en écouta pas davantage. Quelques secondes après, il pénétra tel un bolide dans la chambre de Marius qui lisait un journal de sport. Surpris, ce dernier leva les yeux et regarda le visiteur.

 

( A SUIVRE LE 30 JANVIER )

 

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