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MOINEAUX SANS NID N° 217

3 Janvier 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-217--.jpegPaul Macaire attendit patiemment, en adressant de temps à autre, un petit sourire à ces nouveaux clients, que Marius eut achevé de réfléchir.

Ce malhonnête homme d’affaires était intrigué et ravi à l’idée de gagner de l’argent si facilement.

Mais si Edwige et Marius avaient pu deviner ce qui se passait dans la tête de l’usurier, ils l’auraient certainement quitté séance tenante.

En effet, le misérable, alléché à l’idée de gagner de l’argent en donnant simplement quelques renseignements sur « l’Araigne » se disait que si, également, il prévenait la mégère de ce qui se tramait contre elle, elle lui en serait très reconnaissante et le récompenserait grassement de son intervention.

Ainsi, Macaire se préparait à jouer le double jeu. C’était la raison qui le faisait sourire, tandis qu’il fixait Marius plongé dans ses propres réflexions.

Finalement, l’ami d’Edwige Ramier releva la tête et déclara :

— Pour atteindre notre but, il est nécessaire que je connaisse un acte très répréhensible de la vie de madame Picquet ... Quelque chose qu’elle tiendrait à garder secret ... Vous voyez ce que je veux dire, n’est-ce pas, monsieur Macaire ?

Le louche personnage fit un signe de tête affirmatif.

— Je vois parfaitement, répondit-il en souriant, et de mon côté, j’au aussi réfléchi et crois savoir ce que vous désirez découvrir.

Marius et Edwige échangèrent un nouveau coup d’œil de triomphe.

— Alors ! Parlez vite, monsieur Macaire, fit Edwige très impatiente afin que nous puissions agir le plus vite possible.

— Je vais vous satisfaire, mais, auparavant, il faudrait fixer quelques petits détails, reprit l’usurier.

— Lesquels ? Questionna Marius.

— Il s’agit de mes honoraires, poursuivit Macaire ; Vous m’avez offert de m’associer avec vous, mais je voudrais que tout soit établi dès à présent.

— Vous savez bien que nous ne pouvons le faire, puisque nous ignorons ce que nous pourrons exiger de « l’Araigne », expliqua Marius.

Ni lui, ni Edwige, n’avaient pensé que Macaire pouvait très bien se charger seul de ce genre d’entreprise. Trop excités par l’appât du gain, ils manquaient complètement de prudence.

L’usurier avait deviné leur état d’âme et sachant qu’ils ne pouvaient deviner son projet, il proposait de leur demander un acompte, certain qu’ils y consentiraient.

— Voici, commença-t-il. Comme nous ne sommes pas sûre que « l’Araigne » vous payera ce que vous lui demanderez, je vous prie de me payer les renseignements que je vous fournirai, en sus de l’argent que nous espérons obtenir.

— Et combien désirez-vous ? Demanda Edwige, inquiète.

— Versez-moi vingt mille francs et je vous dévoilerai un fait très intéressant, répondit l’usurier. Je pense être très raisonnable.

— Vingt mille francs ! S’exclama Marius. Et si « l’Araigne » ne se laisse pas intimider ou si le renseignement ne me semble pas suffisant ?

— Vous en jugerez vous-même après m’avoir entendu, répliqua Macaire, avec assurance. En plus, je veux bien m’engager, si vous m’accordez ce que je vous demande, à ne pas toucher un pourcentage sur l’affaire et me contenterai de ce qu’il vous plaira, ensuite, de me payer.

Edwige et Marius échangèrent un regard de satisfaction.

La proposition de Macaire était trop favorable pour être dédaignée. Et les naïfs, ne connaissant pas la nature perfide de cet homme, ne devinaient pas le piège qu’il leur tendait. Il leur était aussi impossible de refuser, s’ils tenaient à connaître un grave méfait de « l’Araigne »

— Je vous écoute, monsieur Macaire, dit Marius, après un bref silence. Toutefois, vous me permettrez de juger si le renseignement vaut le prix que vous demandez ?

— Certainement ! Accepta immédiatement le rusé personnage et je peux même vous signer un reçu tout de suite, déclarant que je vous rendrai votre argent, si ce que je vous apprends ne vous convient pas.

— Vous prétendez donc être payé d’avance ? Intervint Edwige effrayée.

— Naturellement ! Affirma Paul Macaire. Vous comprendrez que je ne veux pas courir de risques, du moment que j’ai renoncé à la possibilité d’un gros gain. Je ne pense pas exagérer en vous demandant de me verser tout de suite vingt mille francs pour mes honoraires. J’agis ainsi, car il n’est pas dit que vous réussissiez, « l’Araigne » est une femme fort habile. Et dans ce cas, j’aurais travaillé pour rien.

— Je vois, répliqua ironiquement Marius, vous ne voulez pas prendre de risques ?

— C’est cela même, reconnut Macaire avec le plus grand calme.

Marius se tut, réfléchissant longuement, tandis qu’Edwige le fixait avec appréhension.

— Vous avez raison, reconnut Marius. Vous aurez demain les vingt mille francs ; maintenant révélez-moi ce secret.

Macaire protesta vivement de la main.

— N’a-t-il pas été décidé que vous me verserez cette somme tout de suite ?

— Vous n’avez donc pas confiance en moi ? S’écria Marius commençant à se fâcher.

— Je vous prie de ne pas prononcer de telles paroles, cher Monsieur. Ici, il ne s’agit pas de confiance ou de méfiance mais de régler mes honoraires, et comme après avoir appris ce que vous désirez, je crains que vous ne réussissiez pas, je préfère prendre certaines garanties ...

Puis, consultant l’heure à sa montre, il ajouta :

— J’ai un rendez-vous très important dans quelques minutes. Que concluez-vous ?

Edwige et Marius échangèrent un regard hésitant.

— Il y a un inconvénient, reprit ce dernier, je n’ai pas sur moi la somme que vous exigez, mais si vous vouliez vous contenter d’un engagement que je signerais ...

L’usurier eut un sourire bizarre.

— Non ! Répliqua-t-il, ce genre d’affaires se traite l’argent à la main. Revenez plus tard dans la journée ou demain.

— D’accord ! Approuva Marius, assez froidement. Nous reviendrons demain matin à la même heure avec la somme que vous m’avez demandée. J’espère que vos renseignements seront satisfaisants, car, autrement, vous pourrez vous en repentir. Aussi je vous conseille de les choisir avec prudence.

— Vous me menacez ? Protesta Macaire, furieux. Prenez garde à votre tour, car je peux également revenir sur ma décision. Je déteste avoir affaire à des gens qui agissent ainsi.

Marius perdant toute patience eut un geste de colère, mais Edwige posa doucement sa main sur son bras, en lui soufflant tout bas :

— Je t’en supplie, chéri, ne l’irrite pas, ne l’effraye pas, sinon tout sera perdu !

L’homme se domina avec effort, et ajouta avec un sourire empreint de mépris :

— Je regrette d’avoir à vous faire observer qu’il est difficile de s’entendre avec vous, monsieur Macaire, car votre méfiance est très offensante. Et payer d’avance me contrarie, car moi aussi, je dois agir avec beaucoup de prudence.

— C’est tout à fait juste, reconnut Paul Macaire, et c’est votre droit. Alors revenez demain avec l’argent, afin que nous terminions cette affaire.

— Très bien ! Convint Marius, et j’espère que ce que vous me direz me conviendra, sinon ...

Cette nouvelle menace déchaîna la colère de Macaire.

— Ecoutez-moi ! S’exclama-t-il, furieux. C’est vous qui êtes venu ici et avez insisté, bien que je vous aie dit que je ne m’occupais pas de ce genre de choses ... Vous êtes finalement arrivé à me faire changer d’idée. Je vous demande de me régler une somme modeste eu égard à celle que vous pourrez en tirer par la suite, et il est injuste que vous me reprochiez, à présent, de vouloir défendre mes intérêts !

— Ne vous fâchez pas, monsieur Macaire, essaya de plaisanter Marius, et reconnaissez qu’il est désagréable d’être traité avec méfiance. Demain, vous aurez l’argent et j’espère qu’à mon tour, je serai content de ce que vous me révélerez. Maintenant, nous allons partir. Au revoir, monsieur Macaire.

— Au revoir ... mais encore une précision, reprit l’usurier. Vous devez me jurer que, quoi qu’il arrive, jamais madame Picquet ne saura que c’est moi qui vous ai révélé les renseignements sur son compte ?

— Soyez tranquille, nous serons muets comme des carpes, affirma Marius en souriant. Pourtant, si elle est aussi maline que vous le prétendez, elle pourra s’en douter. J’espère que vous ne m’en accuserez pas !

— Non ! Non ! Alors à demain !

Macaire les reconduisit jusque sur le palier.

Marius et Edwige s’éloignèrent tout en conversant avec animation

Macaire regagna son bureau en se frottant les mains, l’ai très satisfait.

— Ces deux idiots ne se doutent certainement pas qu’ils viennent de m’offrir la possibilité de gagner une petite fortune ! S’écria-t-il ravi. Pour commencer, ils vont me verser vingt mille francs, et lorsque j’aurai dévoilé leur plan à « l’Araigne » je suis sûr qu’elle payera comme il se doit, mon attachement pour elle.

Si Paul Macaire avait pris cette décision, ce n’était pas seulement pour toucher de l’argent des deux côtés, mais aussi parce qu’il craignait la vieille femme.

Il avait menti à Marius en lui affirmant qu’il connaissait tous les secrets de la vie de « l’Araigne ». Il ne savait que peu de choses, au fond, sur cette femme habile et rusée.

Pour réaliser le plan qu’il projetait, il jugea prudent d’aller prévenir la vieille sur ce qui se tramait contre elle. Ainsi, Marius et Edwige ne pourraient se douter qu’il les trahissait et que madame Picquet les punirait comme ils le méritaient.

Ravi de son idée lumineuse, l’usurier se mit à rire, et décida, en consultant l’heure de se rendre immédiatement chez la vieille sorcière.

Il quitta son fauteuil, décrocha son imperméable au portemanteau de l’entrée, puis sortit de chez lui après avoir tourné deux fois la clé dans la serrure. Il se dirigea lentement du côté du canal, vers le charmant pavillon occupé par « l’Araigne ».

« Elle va être surprise de ma visite, songeait-il, et encore davantage par ce que je lui révélerai ».

Toujours très content, il ne tarda pas à arriver devant la grille de la villa qui avait été la propriété de l’infortunée Valérie Labeille.

 

( A SUIVRE LE 6 JANVIER )

 

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