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MOINEAUX SANS NID N° 200

13 Novembre 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-200---copie-2.jpegLe train dans lequel se trouvait Robert fut encore forcé de s’arrêter, bien des fois et le voyage se poursuivit ainsi jusqu’au lendemain. Finalement, à l’aube d’une journée froide et brumeuse, le jeune artiste et son brave compagnon arrivèrent à Thionville.

Montpellier était épuisé, fourbu, incapable de réfléchir avec discernement tant ses idées se brouillaient dans sa tête lasse, exténué par ces heures de voyages interminables et harassantes.

Il ne savait trop que faire, car il disposait de fort peu d’argent.

Il devait avant tout revoir son vieux camarade, mais il ne voulait pas, non plus, se présenter à lui dans un tel état. Il lui fallait donc commencer par trouver une chambre très bon marché, s’y reposer et faire un peu de toilette.

Il était déjà venu autrefois à Thionville, mais n’avait gardé qu’un très vague souvenir de cette petite ville. Et à présent, avec tous ces militaires, ces énormes camions de l’armée qui encombraient les rues, il était tout à fait dépaysé.

Montpellier erra longuement dans la ville, puis entra dans un petit bar dont le patron était en train d’ouvrir les portes. Il y commanda un grand café crème et du pain qu’il partagea avec le fidèle Vaillant tandis que de nombreux soldats commençaient petit à petit à remplir la salle.

Une demi-heure plus tard, après avoir payé et demandé quelques renseignements au patron de l’établissement, robert se dirigea vers une rue très étroite et horriblement mal pavée pour sonner à la porte du modeste hôtel qui venait de lui être recommandé.

Un vieil homme le reçut, assis près de la caisse, occupé à tremper des croissants dans un bol de café au lait fumant.

Robert lui demanda très courtoisement s’il pouvait lui procurer une chambre à un prix peu élevé, n’oubliant pas de se recommander du patron du bar.

L’homme qui venait d’achever son petit déjeuner, alluma une cigarette, dévisagea le nouveau venu, non sans avoir jeté un coup d’œil plutôt hostile à Vaillant et sans ne faire aucune observation, détacha une clef du tableau placé derrière la caisse, et fit signe à Montpellier de le suivre.

Le chien toujours sur leurs talons, ils grimpèrent un escalier raide et étroit jusqu’au premier étage, et après avoir parcouru un long couloir obscur, s’arrêtèrent devant une porte que le vieil homme s’empressa d’ouvrir.

C’était une chambre bien modeste, meublée d’un lit en fer, d’une table flanquée de deux chaises et d’une petite armoire. Il y avait aussi, près de la fenêtre, un lavabo à demi caché par un paravent de toile rouge imprimée.

Pour le moment, cela représentait un havre de paix et de repos aux yeux du pauvre voyageur. Il se tourna en souriant vers l’hôtelier.

— Cette chambre me convient parfaitement, dit-il. Je vous prie de me laisser dormir, car je viens de faire un très long et très fatigant voyage, et je tombe littéralement de sommeil !

— Je ne demande pas mieux, répondit le vieil homme, si toutefois vous pouvez y réussir, car nous sommes continuellement dérangés par des alertes aériennes, ici.

Robert esquissa un geste d’indifférence.

— Je crois que si l’on tirait un coup de canon dans cette chambre, ça ne m’empêcherait pas de dormir tant je suis fatigué ! Déclara-t-il en riant.

— C’est parfait, conclut l’autre. A propos, Monsieur, la chambre coûte douze francs par jour et il faut la régler d’avance.

Le jeune homme plongea aussitôt une main dans la poche de son pantalon où il avait l’habitude de placer son argent, mais il pâlit soudain et fixa, l’air effrayé, l’homme qui attendait devant lui.

— Qu’y a-t-il ? Lui demanda l’hôtelier. Seriez-vous souffrant, Monsieur ?

— Non, non, ce n’est rien ! Bredouilla Robert en sortant de sa poche un billet de cinquante francs qu’il tendit à l’hôtelier. Tenez ; voici quatre jours d’avance. Je ne crois pas rester beaucoup plus longtemps ici.

— Bien, Monsieur, mais je vous demande de me prévenir une demi-journée à l’avance.

Le vieil homme regarda Vaillant qui s’était allongé près de la fenêtre mais cette fois encore, ne fit aucune réflexion et se retira en fermant la porte sans bruit.

Après son départ, Robert s’assit sur le bord du lit et cacha son visage entre ses mains, complètement découragé. Qu’est-ce qui bouleversait donc ainsi le pauvre garçon ?

Il ne s’agissait que d’un détail mais qui, à ses yeux, avait une énorme importance ; tout à l’heure, en fouillant dans sa poche afin d’en tirer l’argent nécessaire pour régler le prix de sa chambre, il s’était brusquement aperçu qu’il ne lui restait plus que deux petites coupures avec un peu de menue monnaie !

Pourtant, après avoir payé le billet de Vaillant, il possédait encore deux billets de mille francs, un de cinq cent et quatre autres de cinquante ...

Qu’était donc devenue cette petite somme ? Il soupira, essayant de se souvenir de ce qu’il avait bien pu en faire ... Impossible, il ne pouvait l’avoir perdue ! Il avait dû la glisser dans une autre poche.

Il les fouilla toutes et les retourna, mais en vain ... Il ouvrit son portefeuille ; il ne contenait que ses papiers d’identité ...

Il ne lui restait plus que cent cinquante francs en billets de cinquante et trente huit francs de petite monnaie.

Il eut beau se creuser la cervelle ... Pourtant, soudain, il se souvint qu’en payant le café crème bu au bar, il avait eu l’impression de laisser tomber un bout de papier, mais il n’y avait attaché aucune importance tant sa fatigue était grande ... Maintenant, il comprenait toute la triste réalité de cette impression fugitive ; sûrement c’est à ce moment que les deux billets de mille francs, étaient tombés par terre !

Il pensa courir au café ; peut-être un client les aurait-il ramassés et remis au patron du bar ?

Mais il renonça vite à cette idée ; au moment où ce malheureux incident avait eu lieu, le café était déjà envahi par de nombreux clients et celui qui avait pu trouver cet argent n’aurait certainement pas eu la délicatesse d’en rechercher le propriétaire !

Un immense découragement l’envahit. Mais sa fatigue était telle que ses idées se brouillèrent dans sa tête si lasse et il ne tarda pas à sombrer dans un profond sommeil.

Robert ne se réveilla que vers la fin de l’après-midi.

Tout d’abord il se demanda où il était, ce que signifiait sa présence dans cette pièce inconnue ...

Ce ne fut qu’après quelques secondes qu’il recouvra ses esprits et s’assit sur son lit.

Vaillant s’approcha aussitôt de lui pour le fêter, heureux de le voir réveillé, tandis que le pauvre Robert se rappelait brusquement la gravité de sa situation.

— Allons, fit-il en caressant la bonne tête de son fidèle ami, ce n’est pas le moment de se laisser abattre. Nous allons sortir et essayer de retrouver ce bon Delage. Il y a une éternité que nous ne nous sommes vus ! Et j’ai grand besoin de son aide amicale !

Il se mit donc en route et toujours suivi de Vaillant, se dirigea vers la rue Murat où habitait son ami.

Après avoir été forcé de demander deux ou trois fois son chemin, s’égarant dans le dédale de petites rues qui se ressemblaient toutes, il arriva une demi-heure plus tard devant le petit pavillon de son ami.

Il sonna à la porte et attendit avec une impatience fort compréhensible qu’on lui ouvrit, se demandant s’ils se reconnaîtraient et si ?...

Il n’eut pas le temps de se poser d’autres questions car le battant venait de s’ouvrir, laissant voir une petite vieille très correctement habillé de noir le nez chaussé de grosses lunettes qui lui demanda , après l’avoir examiné d’un air assez méfiant :

— Vous désirez, Monsieur ?

— Excusez-moi de vous déranger, Madame, dit Robert qui avait tout de suite remarqué la méfiance de la vieille femme ; je m’appelle Robert Montpellier et je suis un très grand ami de monsieur Delage. Voulez-vous s’il vous plait, le prévenir de ma visite.

La femme le dévisagea avec stupeur puis demanda avec aigreur :

— Est-ce que vous voulez vous moquer de moi, Monsieur ?

— Mais jamais de la vie, Madame ! Protesta Robert stupéfait. Je vous répète que je suis un vieil ami de monsieur Delage. Je viens d’arriver à Thionville et je désire lui parler.

Cette fois, la femme l’examina plus attentivement et répondit moins hostile :

— Monsieur Delage ? Alors vous ignorez tout, Monsieur. En effet, il habitait ici il y a encore quelques mois.

Robert pâlit à cette réponse.

— Que voulez-vous dire, Madame ? Aurait-il déménagé ? Je vous prie alors de me donner sa nouvelle adresse.

La vieille dame porta vivement une main à sa bouche et balbutia en le fixant avec un regard plein de tristesse.

— C’est que ... que ... Monsieur Delage est mort il y a plus de huit mois !

Il sembla à Robert que tout venait de s’écrouler autour de lui ! Maurice Delage avait quitté ce bas monde.

Maintenant c’était fini ! Le malheureux Robert ne pouvait plus espérer en rien ! Le coup était si rude que, durant quelques secondes, il demeura comme pétrifié sur place. Il ne parvenait plus à détacher ses yeux du visage ridé de la vieille femme ...Enfin, se secouant, il baissa vivement la tête et murmura d’une voix à peine intelligible :

— Excusez-moi de vous avoir ennuyée, Madame, mais je ne savais pas ...

— Je comprends, pauvre Monsieur, répondit-elle apitoyée, et je pense que vous deviez vous aimer beaucoup, par ce que je puis en juger à votre attitude et je regrette d’avoir été l’annonciatrice d’une aussi mauvaise nouvelle ; mais je ...

— Merci et adieu, Madame, trancha le pauvre garçon, la voix étranglée de sanglots.

Il s’éloigna à grands pas, le cœur écrasé, la tête en feu. La vieille dame le suivit des yeux, hocha tristement la tête à deux ou trois reprises, puis referma la porte de la maison.

« Que faire, mon Dieu ! Que faire ? Se disait amèrement Robert. Je n’ai plus le sou et aucune possibilité de gagner ma vie ici, ni de pouvoir me reloger après ces quatre jours d’hôtel payés ! »

Il avançait toujours, sans but, la tête baissée.

« Hélas ! Reprenait-il en proie à un terrible désespoir, Valérie m’est décidément fatale, et malgré cela, chaque jour je l’aime davantage ... Même sachant que cet amour sans espoir peut me conduire à la mort ! »

Vaillant le suivait, la queue basse, comme s’il comprenait l’angoisse de son maître.

Et tous deux, l’homme et la bête, continuèrent ainsi à errer sans but et sans plus aucune notion du temps à travers les rues étroites du centre. Ils s’arrêtèrent enfin devant un grand parc silencieux et presque désert en cette heure de la journée.

C’était un des rares coins tranquilles de cette ville animée par le trafic intense de l’armée.

Le pauvre robert se laissa lourdement tomber sur le premier banc qu’il découvrit tandis que le chien s’asseyait à ses pieds, levant sur lui de bons yeux tendres et craintifs.

« Je ne puis partir d’ici, se disait l’infortuné garçon, et il faut absolument que je trouve le moyen de subsister ... »

Il avait beau se creuser la tête, il n’arrivait pas à trouver de solution à son angoissant problème ... pour la simple raison qu’il avait l’esprit rempli du cher et décevant souvenir de Valérie. Le nom de celle qu’il aimait résonnait sans cesse à ses oreilles et dans son cœur avec une persistance insensée.

« Et si elle était rentrée à Paris ? Se disait-il désolé. Peut-être me sis-je trop pressé en venant ici ? Et puis, elle n’était pas seule puisque Pierrot a reconnu son père sur l’écran ! »

« Comment me renseigner à présent ? Si au moins je la savais en sûreté à Paris ! Mais, dans ce cas, pourquoi ne m’aurai-elle pas fait signe ? Moi passe encore si je lui suis devenu indifférent, mais ces deux enfants ! Ces pauvres petits moineaux sans nid !... Elle ignore encore que Mireille est sa fille !... Dire qu’elle peut se trouver à Paris ou qu’elle y est peut-être arrivée juste au moment où je partais à sa recherche ! »

Il demeura là à se tourmenter longtemps, supposant mille choses plus cruelles ou plus insensées les unes que les autres.

Puis, de nouveau, se posa le problème angoissant de l’existence quotidienne à assurer. Comment diable le résoudre.

Il pouvait rester encore trois jours dans son petit hôtel mais il fallait aussi manger, ainsi que Vaillant ...

Soudain, une idée se présenta à son esprit, une idée qui lui, parut la seule acceptable.

Il sourit alors, réconforté, il venait de se décider à se présenter au plus proche bureau de recrutement et à s’engager renonçant à aller au bout du sursis de maladie qui lui avait été accordé lorsqu’il était sorti de prison ...

 

( A SUIVRE LE 16 NOVEMBRE )

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