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MOINEAUX SANS NID N° 186

2 Octobre 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-186--.jpegClaude Lornier écoutait distraitement le caquetage interminable de Christine qui, assise à table à sa droite, le dévorait des yeux, tandis que madame Gérard contemplait le spectacle offert par le jeune couple ; se disant que ces deux êtres étaient réellement faits l’un pour l’autre.

Claude, donc, écoutait, souriait et se taisait. Légèrement déçue, Christine parvenait de temps à autre à lui arracher un mot. Elle finit par trouver bizarre, sinon inquiétante, l’attitude de son « fiancé ».

— Qu’as-tu chéri ? Lui demanda-t-elle brusquement en le dévisageant avec attention. Tu n’as pas l’air très content. C'est-à-dire pas autant que moi ! Regretterais-tu déjà d’avoir accepté de m’épouser ?

— Qu’est-ce que tu racontes là, Christine ? Reprocha sa mère. Claude est certainement ravi ... J’ai même décidé de faire célébrer votre mariage à la fin du mois prochain. La guerre se prolonge et les nouvelles du front, bien que vagues, n’annoncent rien de bon, à mon avis. C’est pour ces raisons, mes chers enfants, que je crois que plus vite vous serez mariés et mieux ce sera !

Madame Gérard se garda bien de dire qu’elle craignait surtout que Claude Lornier, qui à cause de son emploi était considéré comme mobilisé sur place, ne fut par la suite appelé à combattre et que, si sa fille ne l’épousait pas tout de suite, elle ne pourrait alors profiter de l’allocation que l’Etat versait aux femmes des combattants ...

Lornier la fixa, pensif, puis soupira et lui adressa un sourire résigné. Il comprenait qu’il lui était difficile — et même impossible — de lutter contre cette femme autoritaire et énergique. Et puis, après y avoir longuement réfléchi, il s’était convaincu que ce mariage avait aussi son bon côté ...

Le repas s’acheva dans une atmosphère assez embarrassante et dans un silence presque total.

Après avoir servi le café madame Gérard proposa brusquement :

— Il fait une journée magnifique. Pourquoi ne sortiriez-vous pas faire un petit tour, mes enfants ?

Claude Lornier sauta immédiatement sur l’occasion :

— C’est une excellente idée ! S’exclama-t-il. Qu’en penses-tu Christine ?

Ravie la jeune fille s’empressa de quitter la table pour aller chercher son manteau, laissant sa mère en tête à tête avec Lornier auquel cette dernière offrit un petit verre de fine pour lui faire prendre patience.

Le repas avait été succulent et madame Gérard fixait son futur gendre comme si elle attendait un compliment de sa part, ce qui en effet, ne tarda pas à se produire.

— Vous êtes une cuisinière tout à fait remarquable, lui dit-il. Il y a une éternité que je n’ai mangé aussi bien !

— Merci, Claude répondit-elle en rougissant de plaisir. Christine aussi est très bonne cuisinière et vous ne tarderez pas, j’espère à vous apercevoir que ...

Elle s’interrompit brusquement, car elle venait d’entendre s’ouvrir la petite grille du jardin.

— Tiens ! Fit Lornier qui cela peut-il être ?

— Je vais aller voir, dit madame Gérard.

Elle quitta vivement la pièce et ouvrit la porte juste au moment où une jeune femme très élégante montait les degrés du perron.

— Qui cherchez-vous, Mademoiselle ? Demanda-t-elle à l’inconnue.

— Je désire parler à monsieur Lornier, répondit la visiteuse.

— Dans ce cas, voulez-vous me suivre, Monsieur Lornier est justement chez moi.

Et elle précéda la jeune femme jusqu’à la salle à manger.

Lorsque la nouvelle venue pénétra dans la pièce, Claude Lornier se leva précipitamment et demeura comme pétrifié en face d’elle, tant il était stupéfait.

Etonnée elle aussi, madame Gérard les fixait tour à tour, se demandant qui pouvait bien être cette femme si belle et si élégante.

Elle n’eut pas longtemps à se poser cette question, car la visiteuse à cet instant, tendait la main à Lornier en s’écriant :

— Je suis ravie de vous revoir, cher monsieur. J’espère que vous ne m’en voulez pas trop de ma réponse au téléphone l’autre jour. J’ai été stupide et je ...

— Ne parlez plus de cela, Mademoiselle, je l’ai tout à fait oublié, coupa le jeune homme avec élan.

Il s’empressa de lui offrir une chaise et Alice s’installa sans se soucier le moins du monde de la maîtresse de céans, qui, debout près de la table, regardait la nouvelle venue avec le plus grand étonnement.

— Madame, fit tout à coup la sœur du marquis d’Evreux, sur un ton assez sec, puis-je vous demander de nous laisser seuls quelques minutes ? J’ai à m’entretenir avec monsieur Lornier de choses strictement personnelles.

Madame Gérard faillit l’envoyer à tous les diables, mais les prunelles dures et glaciales d’Alice l’intimidèrent et elle quitta la pièce sans mot dire.

Alors la jeune femme se tourna, souriante vers Claude Lornier.

— Je ne sais comment vous remercier de votre compréhension, lui dit-elle d’une voix très douce.

— Comment se fait-il, chère mademoiselle, que vous soyez venue jusqu’ici pour me voir ? S’informa-t-il en la fixant avec la plus grande attention et même un peu de méfiance. J’avoue que j’en suis très agréablement surpris ! Ajouta-t-il.

— Avant tout, je tenais à m’excuser de ma violence à votre égard — ce qui est déjà fait — expliqua en souriant la sœur du marquis. Et d’autre part, je suis venue vous prier de bien vouloir continuer à vous occuper de mon triste cas. Après avoir longuement réfléchi, j’ai conclu que, sans votre aide, il me serait absolument impossible d’obtenir ce que je désire.

— Vraiment, Mademoiselle, murmura Claude déçu, je ne sais si la chose me sera encore possible.

— Oh ! Je vous en supplie ! S’écria la jeune femme avec insistance. Je sais que vous pouvez tout ce que vous voulez ! Et seul, vous êtes capable de m’obtenir une nouvelle entrevue avec Robert Montpellier ...

— Vous n’ignorez pas cependant que ce Monsieur continue à refuser de vous voir, remarqua Claude Lornier.

— Il s’agit d’une stupide équivoque entre nous, expliqua alice. Je vous prie, également d’oublier tout à fait combien j’ai mal agi envers vous. Si je vous ai parlé ainsi, c’était surtout pour bien vous faire comprendre que je n’étais pas une femme facile, comme je crois que vous l’avez pensé. Sachez que je vous estime énormément et que je ressens une réelle sympathie pour vous, cher Monsieur.

— Vrai ? S’exclama le jeune homme en levant sur elle un regard empli d’admiration et d’espoir.

— Mais certainement et vous le savez bien, mon ami, affirma Alice avec un petit rire frais et cristallin.

De l’autre côté de la porte fermée, madame Gérard et sa fille, qui ne perdaient pas un mot de l’entretien, échangèrent un coup d’œil perplexe et inquiet.

Que signifiaient ces propos ? De quelle genre de sympathie discutaient ces deux interlocuteurs demeurés seuls dans la salle à manger ?

Le silence, maintenant, régnait de l’autre côté de la porte. Madame Gérard saisit la main de sa fille qu’elle pressa fortement dans la sienne comme pour lui faire comprendre de ne pas s’inquiéter.

Claude Lornier, pendant ce temps, réfléchissait en fixant le parquet. Soudain son visage s’éclaira et il reprit, en souriant à la sœur du marquis :

— C’est entendu, Alice, je vous aiderai, malgré la façon cruelle dont vous m’avez traité.

— Oh ! Ne venons-nous pas de convenir à l’instant qu’il n’en serait plus jamais question ? Protesta vivement la jeune femme.

— Vous avez raison ! Reconnut-il. Je vous promets donc de vous obtenir une nouvelle autorisation pour une visite à la prison. Mais je ne puis toutefois vous garantir que j’arriverai à décider Montpellier à se rendre au parloir.

— D’accord ! Admit Alice. Qui sait ? Peut-être Robert sera-t-il moins entêté cette fois ? Si vous pouviez essayer de lui faire d’avis, à mon sujet !

Un sourire échappa à Claude Lornier. Il hésita tout d’abord, puis finit par répondre :

— Eh bien ! Je vais essayer une fois de plus. Mais vous ne m’en voudrez pas s’il refuse !

— Non, non, rassurez-vous, affirma Alice d’Evreux.

Elle ouvrit son sac et ajouta :

— En attendant, mon ami, permettez-moi de vous témoigner ma reconnaissance en vous remettant un petit chèque de vingt mille francs.

Les yeux de Lornier étincelèrent. Il fut tenté de refuser mais il pensa — et il ne se trompait pas — que sûrement, Christine et sa mère devaient écouter derrière la porte ... Et son âpreté du gain aidant, il murmura :

— Vous êtes trop bonne, chère Mademoiselle !

Alice pendant ce temps, avait achevé de libeller le chèque qu’elle détacha de son carnet et tendit ensuite à Lornier.

— Voici, dit-elle en lui adressant son plus gracieux sourire ;

Claude Lornier fit aussitôt disparaître le précieux papier dans la poche de sa veste, tandis que de l’autre côté de la porte, les deux femmes échangeaient un regard complice et ravi.

— Tu vois qu’il s’agit seulement d’affaires, souffla madame Gérard à sa fille et que j’avais raison de prétendre que ton fiancé gagnait bien sa vie.

— Cela me rassure, en effet admit Christine, car je ne te cache pas que lorsque j’ai vu cette femme arriver, j’ai ressenti comme un pincement au cœur !

— Petite sotte ! Murmura sa mère en riant. C’est la jalousie. Mais je te comprends, ma chérie. Toutefois ne te tourmente pas, car cette femme n’est venue voir ton fiancé que pour lui demander un service. Attention on dirait qu’elle s’apprête à s’en aller !

Il y avait eu un bruit de chaises remuées dans la salle à manger. Précisément, Alice s’était levée et serrait la main de Claude Lornier.

Ils échangèrent encore quelques mots, puis le jeune homme la reconduisit jusqu’à la petite grille du jardin et le regarda remonter dans sa luxueuse voiture.

Quelques secondes après, Alice d’Evreux s’éloignait en adressant un geste gracieux de la main au secrétaire de la prison.

Lornier soupira et il allait regagner la maison, lorsque soudain, quelqu’un se dressa devant lui, lui barrant le chemin. Saisi, il ne sut retenir une exclamation de stupeur en reconnaissant brusquement Grégoire.

— Vous ici ? S’écria-t-il. Mais entrez mon vieux, je vous en prie ...

. Il s’écartait pour le laisser passer, lorsqu’il se rendit compte que l’homme le dévisageait avec une lueur de haine dans les yeux.

Grégoire était blême et son regard étincelait de rage. Il pénétra cependant dans le jardinet, mais s’arrêté devant la porte d’entrée et se tourna vers Lornier.

— Qu’y a-t-il donc, Grégoire ? Demanda l’autre qui commençait à s’inquiéter de l’altitude du nouveau venu.

Grégoire ne répondit pas.

— Eh bien ! Quoi ? s’exclama Lornier, perdant patience. Passiez-vous par hasard dans le quartier ou êtes-vous venu ici dans une intention précise ? Parlez ! Je n’ai pas de temps à perdre ! Je vous ...

Le gardien de prison l’empêcha de poursuivre en proférant d’horribles jurons et hurla, fou de colère :

— Misérable ! Vous croyez donc que j’ai oublié tout le mal que vous m’avez fait ?

Lornier recula, le fixant avec la plus vive stupeur.

— Mais, Grégoire, qu’est-ce qui vous prend ? Essaya-t-il de protester.

— Vous êtes une canaille ! Un infect voleur ! Cria l’autre cramoisi de colère.

Lornier réalisa que cet homme était venu dans l’intention de lui faire du mal et une grande terreur l’envahit brusquement. Malgré son désir de le renvoyer, il s’arma de patience et reprit sur un ton conciliant :

— Voyons, qu’est-ce que vous racontez Grégoire ? Tout n’a-t-il pas été oublié pardonné ? Ne sommes-nous pas de bons amis à présent ?

— Jamais de la vie ! Explosa l’autre. Moi l’ami d’un traite ? D’un bandit ? Je vous ...

— Assez ! Trancha énergiquement Lornier, furieux à son tour. N’oubliez pas que vous vous adressez à votre supérieur ! Vous avez dû certainement boire un coup de trop pour oser me parler ainsi. Allez vous en immédiatement et je tâcherai d’oublier ce fâcheux incident.

Ces paroles achevèrent d’exaspérer Grégoire.

— Vous me croyez ivre ? Eh bien ! Vous vous trompez drôlement ! Il y a déjà quelque temps que je vous surveille, Monsieur le secrétaire général ! Et j’ai finalement la preuve aujourd’hui que je ne me trompais pas sur votre compte. Car, malgré toutes vos promesses, vous avez continué à courtiser cette femme ... que vous m’avez enlevée !

Sur le seuil de la maison où les éclats de voix les avaient attirées, madame Gérard et Christine ahuries et épouvantées, assistaient depuis quelques secondes à cette violente scène.

Toutes deux furent complètement désorientées en entendant les dernières paroles du gardien. Très intriguée, madame Gérard intervint :

— Qui est donc la femme dont vous parlez ? Demanda-t-elle à Grégoire.

— Cet homme ne sait ce qu’il dit, Madame. Ne l’écoutez pas, je vous en prie ! S’écria Lornier.

— C’est faux ! Voleur ! Traître ! Hurla de nouveau Grégoire, écumant de rage. Je suis venu ici pour en finir, car je ne te permettrai pas de courtiser davantage mademoiselle d’Evreux !

Et avant que nul n’ait pu prévoir son geste, il bondit sur Lornier. Très leste, ce dernier put éviter le terrible poing du gardien. Mais tandis que les deux femmes poussaient des cris d’effroi, Grégoire réussit à saisir Lornier entre ses bras puissants et le serra de toutes ses forces.

Le souffle commençait à manquer au jeune secrétaire qui, désespérément chercher à lui échapper.

— Je vous en supplie, Monsieur, laissez-le ! Intervint Christine s’élançant au secours de son fiancé.

Mais Grégoire aveuglé par la haine, voulut lui donner un coup de pied. Ayant aperçu son geste à temps, madame Gérard tira vivement sa fille en arrière, lui évitant ainsi d’être frappée.

Les deux hommes accrochés l’un à l’autre, luttaient sauvagement. Bien que très mince, Lornier possédait suffisamment d’énergie pour résister à la brute qui essayait de l’étouffer.

Il parvint finalement à se dégager de cette terrible étreinte.

Madame Gérard alors, poussa sa fille à l’intérieur de la maison, se précipita à la cuisine où elle s’empara d’une lourde poêle de fonte et revint en courant devant l’entrée ou Grégoire frappait son adversaire qui essayait de son mieux d’éviter les coups.

Sans hésiter, la mère de Christine s’approcha du gardien ayant soin de se placer derrière lui, et abattit de toutes ses forces la poêle de fonte sur sa tête.

Un hurlement terrible échappa à Grégoire,n qui, tell un fauve furieux, fit volte-face et repoussa si violemment son nouvel adversaire, que madame Gérard alla heurter de la tête le mur de la maison et tomba inanimée sur la plate-bande ...

Grégoire de plus en plus enragé, se tourna de nouveau vers le secrétaire de la prison, qui profitant de cette intervention, s’enfuyait vers l’escalier pour aller s’enfermer à double tour chez lui, mais l’autre le rattrapa au moment où il mettait le pied sur la première marche et il le tira en arrière avec une telle force que Lornier, perdant l’équilibre, le heurta violemment en plein estomac.

Le gardien se plia en deux le souffle coupé et tomba à son tour sur le sol —presque inconscient.

Claude Lornier s’était relevé vivement et, en proie à une terreur irraisonnée, il se précipita dans le jardin en courant de toutes ses forces et criant à tue-tête.

— Au secours ! Au secours ! Il y a un fou furieux chez nous !

Les quelques passants qui se trouvaient dans la rue à ce moment s’arrêtèrent déconcertés. Certains préférèrent s’éloigner rapidement, peu soucieux d’avoir affaire à un fou — fou furieux, par-dessus le marché ! — tandis que d’autres accouraient en demandant :

— C’est un fou ?

— Où est-il ?

— Il faut le maîtriser !

Haletant, sentant ses jambes se dérober sous lui, presque sur le point de perdre connaissance, tant sa frayeur avait été grande, Lornier s’était immobilisé devant la maison voisine, s’appuyant de tout son poids contre un réverbère, et aussitôt entouré d’une petite foule de curieux qui ne cessait de grossir.

— Là ! Bégaya-t-il en désignant le pavillon d’une main tremblante. Vite ! Allez ! Il y a deux femmes en péril dans cette demeure !...

Tous les visages se tournèrent dans la direction indiquée. A cet instant sortait Grégoire, chancelant sur le trottoir. D’un seul élan, cinq ou six hommes s’élancèrent vers lui décidés à lui barrer la route.

Le gardien dont la fureur était tombée, fut comme pétrifié à la vue de tous ces gens. Réalisant instantanément leurs intentions à son égard, il leur tourna brusquement le dos, se mit à courir avec une rapidité insoupçonnée et disparut au bout de la rue.

Ses poursuivants s’empressèrent de le poursuivre, mais, lorsqu’ils atteignirent l’angle de la rue, ils constatèrent avec stupéfaction qu’il n’existait plus aucune trace du « fou ». Il semblait s’être mystérieusement volatilisé.

Que s’était-il donc passé ?

Très effrayé à l’idée de ce qui pourrait lui arriver s’il tombait entre les mains de ces hommes décidés et voyant un autobus arriver. Grégoire augmenta sa vitesse et, s’accrochant aux barres placées des deux côtés de la plate-forme, se hissa dans la voiture en marche qui s’éloigna rapidement de la zone dangereuse.

Des agents, qu’un passant avait couru alerter, ne tardèrent pas à arriver sur les lieux de l’incident.

Lornier fut longuement interrogé. Mais le péril étant désormais écarté, le secrétaire de la prison ne donna que des indications assez vagues, disant qu’il ne connaissait pas l’individu qui s’était introduit furtivement dans la maison.

Madame Gérard et Christine confirmèrent ses dires.

— C’est sans doute un voleur qui, surpris, a essayé de se faire passer pour fou, conclut l’un des agents. De toute manière, l’enquête suivra son cours. (Puis se tournant, agacé vers le groupe de curieux il ajouta) : Circulez ! Allons, circulez !

Tandis que les gens s’éloignèrent tout en commentant ce qui venait de se passer, l’agent s’adressa aimablement à Lornier :

— Comment vous sentez-vous, Monsieur ? Cet individu vous a frappé brutalement, m’avez-vous dit.

— Oui, mais ce n’est rien s’empressa d’affirmer Claude Lornier.

— Allons tant mieux, reprit l’agent, mais comme je dois établir un rapport, veuillez je vous prie me confier vos papier un instant.

Lornier s’exécute et quelques minutes plus tard, avec madame Gérard et Christine, il regagnait la salle à manger.

— Vous avez très bien fait de vous taire, leur dit le jeune homme car si nous avions révélé que cet homme était un gardien de prison, cela aurait terriblement compliqué les choses.

La mère de Christine le fixa, soupçonneuse, puis demanda sévèrement :

— Claude, je veux savoir la vérité : que signifie l’accusation que cet homme a lancée contre vous ?

Lornier la dévisagea, l’air étonné.

— Je ne vous comprends pas, Madame, répondit-il. Que voulez-vous dire ?

— Je veux savoir ce qu’il y a entre vous et la femme qui est venue vous trouver au début de l’après midi.

Cette fois, le jeune homme se mit à rire ...

— Mais qu’allez-vous donc, imaginer, Madame ? Protesta-t-il énergiquement. Cette personne qui est venue me demander de l’aider, à obtenir une entrevue avec un détenu dans le parloir de la prison ... Je suis sûr d’ailleurs que vous êtes déjà au courant, car il n’était pas difficile de nous entendre en écoutant derrière la porte.

Nullement gênée par cette claire allusion à une indiscrétion possible, madame Gérard acquiesça de la tête.

— C’est vrai, reconnut-elle et vous avez raison d’assurer que cet homme est fou, car sa façon d’agir est réellement incompréhensible !

— Non seulement fou il est, mais c’est aussi une vraie canaille, affirma Lornier avec force. La vérité est que cet homme m’en veut de lui avoir attiré un blâme de la direction à causer de son fâcheux penchant pour la boisson, où il a cherché à se venger en inventant une histoire à dormir debout !

— Mais comment se fait-il qu’il soit justement venu ici au moment où cette dame s’y trouvait également ? Insinua madame Gérard perplexe.

— Il l’a fait exprès, expliqua Lornier. Comme il y a quelques jours, j’ai parlé à quelques collègues de mon futur mariage, il a tout simplement cherché à le faire rater et a inventé » ce roman pour me fâcher avec Christine. Comprenez-vous à présent ? Et puis, comment supposer un seul instant qu’il ne puisse jamais exister quelque chose entre ce rustre et une dame comme mademoiselle d’Evreux ?

En effet, vous avez raison ! S’exclama madame Gérard, l’air convaincu, cette fois.

Et la discussion s’acheva ainsi ...

 

( A SUIVRE LE 5 OCTOBRE )

 

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