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MOINEAUX SANS NID N° 179

11 Septembre 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 CHAPITRE 179Les événements qui s’étaient déroulés dans ce secteur, bien que très dramatiques pour ceux qui s’y étaient trouvés mêlés, se présentaient pas cependant une gravité particulière dans l’ensemble des opérations. La grande offensive allemande n’était qu’à son début ...

Cette nuit-là, contrairement aux précédentes, les Allemands avaient déclanché une violente attaque et enfoncé les lignes françaises. Quelques civils restés dans cette zone avaient été victimes de cette opération, et ceux qui avaient eu la chance d’y échapper s’étaient enfuis afin de ne pas vivre dans le coi occupé par l’ennemi.

Ce fut une nuit terrible !

Pour Valérie elle sembla interminable, éternelle ! Elle poussa un soupir de soulagement en voyant les premières et pâles lueurs de l’aube blanchir les carreaux de sa fenêtre, éprouvant la sensation de se libérer d’un poids douloureux qui lui écrasait le cœur.

Elle regagna le seuil de la porte d’entrée et regarda au dehors sans rien discerner d’inquiétant ; pas la moindre trace de vie humaine ; seuls les oiseaux gazouillaient dans les branchages, insouciants de ce qui se passait sur terre.

Michel Labeille dormait toujours profondément, et ce sommeil lui avait fait le plus grand bien.

Valérie venait de pénétrer dans sa chambre. Ayant posé une main légère sur son front pour se rendre compte de son état, elle avait constaté avec un immense soulagement, que la fièvre semblait complètement tombée.

« MonDieu !Pria-t-elleardemment,faitesquelacrisesoittoutàfaitpassée ! »

A cet instant précis, Labeille ouvrit les yeux.

— Comment te sens-tu, papa ? Lui demanda-t-elle avec empressement

— Infiniment mieux, ma chérie, répondit Michel Labeille en lui adressant un sourire plein de tendresse.

— Sais-tu ce qui se passe en ce moment ? Reprit Valérie après une légère hésitation.

— Comment le saurais-je ? Et que veux-tu dire ? S’enquit-il soudain inquiet, en se rappelant plus le bref entretien de la veille et les prières de Berthe et antoine.

— Nous sommes complètement seuls, toi et moi dans le village. Tout le monde a fui ! Expliqua la jeune femme qui ne parvenait plus à dominer son angoisse.

— Que dis-tu ? S’exclama Labeille ahuri. Pourquoi les habitants se seraient-ils enfuis ? Questionna-t-il.

— Hélas ! Papa ! Les allemands ont enfoncé le front dans ce secteur et nos hommes ont été forcés de reculer !

Labeille parvint péniblement à s’asseoir dans son lit.

— Ainsi, ils ont attaqué ! Reprit-il sourdement.

— Oui, papa et je m’attends à chaque instant à les voir surgir ici, révéla Valérie d’une voix altérée.

— Ils n’y sont donc pas encore ?

— Non, je ne le pense pas, mais ils ne tarderont sûrement pas.

— Vite, chérie, aide-moi à m’habiller

— Il n’est pas prudent de te lever après une forte fièvre que tu as eue toute la nuit, répondit Valérie avec inquiétude.

— C’est passé et je t’assure que je me sens tout à fait en forme à présent ! Déclara Labeille avec résolution.

Valérie dut s’exécuter et quelques instants plus tard, ils descendaient ensemble au rez-de-chaussée.

Michel Labeille regarda dehors, par la porte restée ouverte, mais ne vit personne.

— Pourquoi ne partirions-nous pas, nous aussi ? S’exclama Valérie. Antoine et berthe l’oint fait, après avoir longtemps hésité à nous laisser, mais Berthe avait tellement peur que je les ai bien volontiers autorisés à partir.

Labeille sourit tristement et répondit :

— Je crains que ce ne soit plus possible, ma chérie. Bien que je me sente beaucoup mieux, je ne pense pas être en état de me lancer dans une telle aventure ?

Il sortit dans le jardin, suivi par sa fille et scruta la route déserte au bout du sentier.

— Non, reprit-il, il vaut mieux rester ici. Imagine quelles complications cela amènerait si je tombais malade sur la route ! Il se peut également que les Allemands ne viennent pas visiter cette maison, Nous n’avons qu’à éviter de trop nous montrer.

Il s’interrompît brusquement, saisit sa fille par le bras et la poussa soudain à l’intérieur de la maison.

— Rentre vite, Valérie ! Ordonna-t-il à voix basse et ne sors que lorsque je t’appellerai.

— Mais qu’y a-t-il ? S’enquit la jeune femme, très effrayée.

— Peut-être rien, mais obéis vite, je t’en supplie, ma chérie !

Valérie disparut docile, et Michel regarda de nouveau vers la route sur laquelle maintenant avançaient des soldats ennemis.

« IlmauraétéutiledelogerchezdesAllemandslorsquejemetrouvaisenAmérique,sedit-il ;jaiainsiparfaitmaconnaissancedecettelangue. »

La petite troupe se dirigeait maintenant vers la maison ; elle était composée d’une trentaine d’hommes commandés par un officier.

— Vous êtes Français ? Demanda ce dernier, un grand gaillard blond, le nez chaussé d’une paire de lunettes cerclées d’or.

— Oui, Monsieur, répondit Labeille en allemand. Je me nomme Michel Labeille, industriel ...

— Tiens, vous parlez notre langue ? Remarqua l’officier en le dévisageant d’un air soupçonneux.

— J’ai longtemps habité chez un de vos compatriotes en Amérique, expliqua Labeille.

— Que faites-vous donc ici ?

— Je suis venu me remettre d’une longue maladie et la guerre m’a surpris dans ce village.

L’officier le fixa de nouveau avec attention puis demanda encore :

— Comment se fait-il que vous n’ayez pas fui comme l’ont fait tous les autres ?

— Je suis assez âgé, souffrant. Je ne possède aucune arme, et j’ai pensé que je n’avais rien à craindre, répliqua avec le plus grand calme le père de Valérie.

— Vous avez très bien fait ! Approuva l’Allemand en souriant.

Se tournant alors vers ses hommes, il leur cria un ordre d’une voix rauque, ils s’éloignèrent aussitôt et se dirigèrent vers un champ proche où ils déposèrent leurs armes, avec un visible empressement.

— Y a-t-il de l’eau ici ? S’informa encore l’officier.

Le père de Valérie lui indiqua du doigt un ruisselet qui coulait à quelques centaines de mètres de la maison.

— Oui, vous pouvez apercevoir l’eau d’ici.

L’honneur sourit, satisfait, puis se dirigea vers la maison suivi de Michel Labeille, tandis que Valérie , de sa fenêtre cachée par le rideau, surveillait ce qui se passait, priant avec ferveur le Ciel de les protéger en tremblant de tous ses membres.

Elle entendait son père parler à l’officier allemand, sans comprendre ce qu’ils se disaient, bouleversé à l’idée que cet homme pouvait facilement le tuer si l’envie l’en prenait !

Pendant ce temps, Labeille continuait à s’entretenir très tranquillement avec l’intrus.

Enfin, une heure plus tard, l’officier, jugeant que ses hommes s’étaient suffisamment reposés, réapparut dans le jardin et leur cria l’ordre de repartir. Quelques minutes après, la petite troupe regagnait la grande route.

Michel Labeille poussa un profond soupir de soulagement. Il se dépêcha de grimper l’escalier et pénétra tout heureux dans la chambre de sa fille.

— Rassure-toi ma chérie, le danger est écarté pour le moment, lui dit-il en souriant. Ce n’était pas la peine de tant nous tourmenter.

— Quel cauchemar, papa ! S’écria Valérie en se précipitant dans ses bras. Si tu savais la peur que j’ai pu avoir tout à l’heure, pendant que tu te trouvais avec cet Allemand. Le Ciel a écouté mes prières !

La jeune femme commença à préparer un frugal repas, tandis que son père reprenait à surveiller la route. Soudain, il poussa une exclamation de découragement.

— Mon Dieu ! Valérie ! S’écria-t-il. Il faut que tu remontes dans ta chambre ; en voici d’autres !

La jeune femme le rejoignit et regarda elle aussi, la route poudreuse sur laquelle défilaient interminablement des camions pleins de soldats allemands, des automitrailleuses et de l’artillerie lourde.

Puis apparurent trois énormes chars, trois véritables mastodontes d’acier, avançant lentement en tournant dans toutes les directions leurs menaçantes bouches à feu.

Enfin, la route fut de nouveau déserte et Valérie finit de préparer le repas qu’ils expédièrent rapidement.

Michel se rendit ensuite à l’étable voisine où était restée une vache donc le veau était mort depuis une semaine. Il se mit laborieusement à la traire, et il rentra, quelques instants plus tard, portant un seau de lait tiède et mousseux.

— Oh ! Papa ! S’exclama Valérie en le fixant avec reproche. Tu as dû te fatiguer ! Tu n’es pas raisonnable !

— Pas du tout, protesta Labeille en riant. Au contraire, ça m’a beaucoup amusé de traire cette brave bête.

— Ca t’a amusé ? C’est pourtant tellement difficile et éreintant !

— Le Bon Dieu m’en a donné la force ! Répliqua Labeille avec simplicité.

— Il faudra essayer de nous en aller d’ici le plus vite possible, reprit Valérie après quelques minutes de silence, autrement, et inévitablement nous serons pris dans la zone de combat.

— Hélas ! Répondit Michel en hochant tristement la tête, comme je te l’ai déjà dit, il est trop tard, ma pauvre petite ! L’endroit est infesté d’Allemands, ils occupent certainement toute la région, et nous ne pourrions franchir leurs lignes. De plus, si on nous découvrait en pleine campagne, nous passerions certainement un très vilain quart d’heure.

Le reste de la journée s’acheva sans autre incident, mis à part les groupes de soldats ennemis qui de temps à autre, passaient sur la route. Mais fort heureusement aucun d’eux ne se hasarda de nouveau jusqu’à leur maison ; probablement ils la croyaient inhabitée.

La nuit tombé et tout redevint calme et tranquille.

Mais vers dix heures du soir, des coups énergiques furent frappés à la porte. Michel Labeille qui venait à peine de se coucher, bondit hors de son lit, revêtit sa robe de chambre et descendit en toute hâte au rez-de-chaussée.

— Qui est là ? Demanda-t-il à travers la porte fermée.

— Ouvrez ! Cria une voix impérieuse en français.

Labeille poussa une exclamation de joie et s’empressa d’obéir. Il se trouva devant un jeune capitaine qui devait commander le groupe de tirailleurs sénégalais restés ans le jardin et sur le sentier.

— Y a-t-il longtemps que les Allemands sont passés par ici ? S’enquit l’officier.

— Hélas ! Soupira Labeille, ils n’ont cessé d’avancer sur cette route toute la journée !

— Pensez-vous qu’il y en ait dans le village à côté ? Poursuivit son interlocuteur.

— Je regrette de ne pouvoir vous renseigner, répondit le père de Valérie, car je ne suis pas sorti de chez moi depuis plusieurs jours.

Le capitaine à ces mots, le dévisagea avec méfiance.

— Comment se fait-il demanda-t-il en le fixant très attentivement que vous ne vous soyez pas enfui comme tout le monde !

— J’étais malade, expliqua Michel Labeille, couché avec une très grosse fièvre ; autrement bien sûr, je serais parti d’ici !

— Vous vivez seul dans cette maison ? S’informa encore le jeune officier.

— Oui, répondit Michel un peu inquiet à cause de la présence de tous ces soldats noirs.

— Il n’y a pas d’Allemands chez vous ?

— Jamais de la vie, capitaine ! Protesta Labeille, outré par une telle question.

— Excusez-moi, Monsieur, mais je dois m’en assurer, déclara l’officier avec un léger embarras. Il me faut perquisitionner entièrement votre maison !

— Comme vous voudrez, répliqua Michel Labeille d’une voix mal assurée.

Il pensait à Valérie couchée, très ennuyée qu’on pût la surprendre ainsi.

— Merci, Monsieur, conclut l’officier. Voudriez-vous me conduire ?

Labeille le guida dans la maison, suivis de quelques hommes, mais arrivés devant la porte de sa fille — fermée à clé de l’intérieur — il hésita ...

 

( A SUIVRE LE 14 SEPTEMBRE )

 

 

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