MOINEAUX SANS NID N° 118
Une heure après avoir quitté l’autre de
« l’Araigne », Paul Macaire pénétrait dans le boudoir d’Alice d’Evreux.
— Qu’est-ce qui me vaut le plaisir de cette visite ? Lui demanda sèchement la jeune fille, visiblement contrariée de sa venue.
— Je suis venu vous prévenir que les choses semblent se gâter, Mademoiselle, répondit-il d’un air sombre.
— Que voulez-vous dire ? S’écria Alice tout de suite inquiète.
— Que nous avons à présent un ennemi très redoutable ; annonça le nouveau venu.
— Comment ? Et qui serait donc ce terrible personnage ? Questionna-t-elle incrédule.
— LevraifilsdevotreoncleJulienDelorme,réponditl’usurier,etcequ’ilyadepire,c’estqu’ilestaussiruséqu’unrenard.
La jeune fille haussa les épaules avec mépris, ne pouvant toutefois se défendre d’une certaine nervosité.
— De qui s’agit-il, je vous prie.
— Vous savez bien de qui je eux parler, répliqua Macaire en hochant la tête ; le petit Pierrot !
— Bah ! Fait-elle, indifférente.
— Ne prenez pas la chose à la légère, Mademoiselle ; ce gamin pourrait nous attirer de très sérieux ennuis ... et vous avez déjà commis de très graves erreurs, vous et vos frères.
Le visage d’Alice se crispa et elle murmura, furieuse :
— Comment pouvez-vous croire que quelqu’un puisse prêter une oreille attentive à ce petit vaurien ?
— Mais s’il réunissait à prouver ses origines ?
— C’est impossible ! Fait-elle, sûre d’elle ;
— Il a pourtant découvert que le petit qui est chez vous possède un père légitime.
— Qui le lui a dit ? Interrogea-t-elle vivement.
— Je n’en sais rien, répondit Macaire, mais il l’a appris et il arrivera facilement à le prouver, car il est d’une intelligence tout à fait exceptionnelle.
— Alors, écoutez-moi, reprit-elle avec le plus grand calme, et sachez que, s’il arrive à démontrer que Guy possède actuellement son père, il me rendra un immense service, car nous pourrons ainsi récupérer la totalité de notre héritage ... Quant à ce qui le concerne, jamais il ne pourra prouver qu’il est le fils de notre oncle, car les paroles et les soupçons ne suffisent pas à un tribunal.
— Mais comme vos frères ont commis l’imprudence et la sottise de le séquestrer et d’attenter même à sa vie, il ...
— Ca ne suffit pas, je vous le répète ! Interrompit-elle avec violence. Il ne peut légalement prouver la paternité de Julien Delorme. J’ai longuement médité là-dessus et je suis absolument sûre que nous n’avons rien à craindre de lui. Pourtant vous avez raison en disant que nous avons commis de sérieuses erreurs, car jamais nous n’aurions dû nous emparer de ce testament ni brimer cet enfant. Ainsi, personne n’aurait pu démontrer qu’il est le fils de l’oncle Julien.
— Et si Anna – la vraie – revenait, celle qui a confié le petit Pierrot à votre frère ? Objecta l’usurier.
— Il lui sera impossible après tant d’années, de reconnaître que Pierrot est bien l’enfant qu’elle a remis autrefois à Anselme.
— C’est juste, admit Macaire mais qui sait ? Parfois un détail qui nous parait insignifiant suffit pour tout faire crouler.
— Cela n’arrivera pas ! Affirma énergiquement la jeune fille. Je suis tout à fait sûre de ce que je vous dis. Et si ce petit réussit à démontrer que Guy n’est pas mon cousin, il me rendra, je vous l’ai déjà dit tout, à l’heure, un très grand service.
— Je ne comprends pas bien, avoua Macaire en hochant la tête.
— Ne saisissez-vous pas qu’en me dévoilant pas moi-même la vérité, nul ne pourra jamais penser que la découverte de Guy, la donation de ma part d’héritage n’aurait été qu’une mise en scène hardie de notre côté ?
— Vous êtes réellement très forte, Mademoiselle ! La félicita Macaire en lui souriant aimablement.
— Je ne pense pas être trop sotte, reconnut la jeune fille. Laissez donc Pierrot libre d’agir à sa guise. Que peut un enfant de son âge, perdu dans cet immense Paris et sans le sou ?
— C’est vrai, admit l’usurier. Cependant, vous oubliez encore une chose très importante.
— Quoi donc ?
— Que cet enfant à raison ; il ne dit que la vérité, et la vérité finit toujours par triompher, car elle possède une force imbattable.
Cette réponse inattendue déconcerta quelques instants la jeune fille.
— Si ce que vous dites est juste, vous moisiriez au fond d’un cachot depuis des années ! Riposta-t-elle.
— C’est assez bien raisonné, reconnut le triste sire, nullement troublé par ces paroles, mais d’ici peu aussi, nous partagerons le même sort.
Alice se mordit les lèvres et changeant le sujet de la conversation, elle s’empressa de répondre :
— Ce qu’il y a de mieux à faire avec cet enfant, pour le moment, c’est de ne pas s’en occuper ; autrement nous ne ferions que renforcer ses soupçons.
Macaire la fixa et murmura avec ironie :
— L’ennui n’est que c’est déjà chose faite, et vous oubliez aussi qu’il existe des témoins de sa séquestration et qu’ils serons très capables de déposer contre vous ... Alors, le scandale deviendra énorme.
— Mais que cherchez-vous à insinuer à la fin ? S’énerva Alice.
— J’essaye uniquement de vous mettre sur vos gardes, Mademoiselle, répondit humblement Macaire.
— Que faut-il faire, d’après vous.
— Trouvez un moyen d’éloigner cet enfant d’ici. Personne ne remarquerait son absence, car il est orphelin. Comme il doit venir chez moi demain, je ...
— Nous n’allons pourtant pas recommencer les mêmes sottises ! Interrompit la jeune fille. Laissons-le en paix et qu’il agisse comme il voudra.
— Bien, bien, maugréa Macaire, mais je ne peux m’empêcher de penser que cet enfant ira très loin.
— Ce que vous dites ne repose sur rien ! S’écria Alice de plus en plus furieuse, et personne ne l’écoutera, je vous l’affirme. (Puis, se levant, elle ajouta) : J’ai beaucoup à faire à présent, Macaire, et comme je vous ai payé ce qui était convenu, je vous prie de me laisser et de ne plus revenir ici, c’est trop dangereux !
Macaire la quitta après lui avoir adressé un léger signe de tête.
— Tant pis pour elle ! Qu’elle se débrouille comme elle voudra ! S’écria-t-il une fois dans la rue. Je vais me ranger du côté de Pierrot. Même si c’est difficile, il arrivera à faire valoir ses droits. Je ferai ainsi une bonne action et, un jour, j’en serai magnifiquement récompensé. La vérité s’impose toujours, je l’ai dit et la redis, surtout lorsqu’un homme tel que moi s’allie à un gars aussi malin et intelligent que Pierrot.
( A SUIVRE LE 14 MARS )
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DEPUIS LE LUNDI 5 MARS A 14 HEURES
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