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MOINEAUX SANS NID N° 115

2 Mars 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

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CHAPITRE 115Tandis que Mireille cirait et frottait le parquet de leur nouvelle demeure afin que Valérie, à son retour, la trouve resplendissante de propreté. Pierrot se dirigea résolument vers la maison de Paul Macaire. Il eut la chance de le trouver chez lui.

— Toi ! Que peux-tu donc me vouloir ? S’écria l’homme après lui avoir ouvert la porte de son logis.

— J’ai à vous parler, monsieur Macaire, répondit le petit garçon avec gravité.

— A quel sujet ? Demanda l’usurier en le dévisageant, intrigué.

— Il s’agit de choses de la plus haute importance.

— Alors, parle vite, parce que j’ai à faire.

— Aimeriez-vous gagner beaucoup d’argent, monsieur Macaire ? Questionna l’enfant en le fixant attentivement.

— C’est un désir que nous avons tous, répliqua le misérable en haussant les épaules. Et c’est toi, peut-être, qui le satisferait ? Fil-t-il gouailleur.

— Oui, moi ! Pierrot Delorme !

— Tiens, tiens, s’exclama Macaire ironiquement, voilà que tu t’appropries le nom de ce pauvre monsieur à présent !

— Vous savez aussi bien que moi que ce nom est le mien ! Riposta l’enfant.

— Ecoute, petit, reprit Macaire en hochant la tête, je n’ai pas de temps à perdre en balivernes.

— Et moi non plus.

— Enfin, que veux-tu ?

— Je vais vous l’expliquer de mon mieux ; d’abord, il y a à peu près huit ans, vous vous êtes bien occupé de quelque chose qui n’a pas réussi, n’est-ce pas ?

— Hélas ! Les affaires qui ratent sont bien plus nombreuses que celles que l’on mène à bien, déclara le misérable avec un air désenchanté.

— Il était question, pour celle à laquelle je fais allusion, d’une fillette qui venait de naître et d’une dame qui ...

— Que dis-tu, petit voyou ? Interrompit Macaire en sursautant.

— Ne cherchez pas à me berner comme vous l’avez fait avec l’abbé Louis, ce que je vous dis est vrai ; à cette époque, vous avez vendu une petite fille à une dame afin qu’elle touchât l’héritage laissé par son mari ... Mais quelqu’un découvrit votre jeu ...

— Tu vas immédiatement sortir d’ici ! Rugit Macaire. A qui crois-tu donc parler ?

— A une canaille ! Répliqua le petit garçon sans s’émouvoir. Et comme je suis un voyou, nous pouvons donc parler très franchement ensemble ; si vous me dites le nom de cette fillette, je vous donnerai tout ce que vous me demanderez !

L’homme ne savait plus s’il devait rire ou gifler cet incroyable enfant. Cependant, Macaire possédait une intuition extraordinaire et devinait, chez ce petit garçon, une personnalité et une intelligence exceptionnelle et ne pouvait-il s’empêcher de ressentir une sorte d’admiration pour lui, n’ignorant pas la puissance que prendraient ses dons dans l’avenir. Presque malgré lui, il lui prêta un peu plus d’attention.

— Qui a bien pu te raconter une telle histoire ? S’enquit-il.

— La principale intéressée, elle-même, s’empressa de répondre Pierrot, la femme qui avait besoin de ce bébé pour toucher son héritage.

— Alors, mon ami, cette personne s’est moquée de toi, car tout ceci est complètement faux, répliqua tranquillement Macaire. D’ailleurs, je suis incapable d’avoir ...

— Afin de vous démontrer la vérité de ce que j’avance, coupa son jeune interlocuteur, sachez que la femme qui vous a fourni le bébé en ce temps-là est la mère Picquet, surnommée « l’Araigne ».

— Je n’ai pas l’honneur de la connaître, affirma Macaire avec le plus grand calme.

— Oh ! Si, vous la connaissez ! Protesta Pierrot. Ne mentez pas ! Dites-moi toute la vérité et je vous donnerai ensuite la somme que vous me demanderez dès que je serai en possession de mon bien ... Ce qui ne peut tarder, ajouta-t-il avec autorité.

— Vraiment ? Ironisa Macaire.

— Mais oui, Monsieur, assura l’enfant avec force, car il ne me reste plus qu’à prouver que je suis bien le fils de Julien Delorme, et non ce pauvre gamin que l’on essaie de faire passer comme tel.

— Je crois qu’il te sera impossible de fournir les preuves de ce que tu racontes, déclara froidement l’usurier.

— Détrompez-vous, j’y arriverai ! Fit Pierrot, car je n’ai pas l’intention de me laisse prendre ce qui m’appartient.

— Et pourquoi tiens-tu tellement à savoir l’origine de cette fillette ? Demanda Macaire, intrigué.

— Parce que je sui sûr de la connaître, répondit Pierrot.

— C’est uniquement pour cette raison ?

— Oui. Et je vous conseille fortement de vous ranger de mon côté, déclara très énergiquement le petit garçon, car je toucherai bientôt l’argent qui me vole ces bandits d’Evreux qui finiront leurs jours en prison.

— Je te conseille, moi, petit, de faire attention à tes propos.

— Je ne dis que la vérité ! S’écria Pierrot. Cet homme n’a-t-il pas tué son propre frère et volé le testament laissé par mon père et ...

— Bon, bon, interrompit Macaire, admettons ; mais comment feras-tu pour prouver que tu es le véritable fils de ce pauvre monsieur Delorme ? Tu sais pourtant bien qu’il a déjà été retrouvé et reconnu.

— Tiens ! Tiens ! Ironisa l’enfant à son tour. Vous n’aviez dit tout ignorer de cette histoire, et il semble, au contraire que vous vous y intéressez pas mal !

L’usurier comprit sa maladresse. L’enfant en savait déjà long ; aussi devait-il agir avec la plus extrême prudence.

— Vas-tu finir par me laisser en paix ? Grommela-t-il. Pars à présent, j’ai à faire, je te l’ai déjà dit.

— Je ne partirai pas ! Riposta Pierrot avec force, et si vous me rudoyer, j’irai prévenir la police en racontant aussi l’histoire de la « vente » de cette petite fille ... Soyez raisonnable, croyez-moi et dites-moi la vérité.

— Mais à la fin, que désires-tu donc savoir ? S’exclama l’usurier avec colère.

— Je veux le nom de la femme qui vous a remis le bébé, expliqua le petit garçon.

— Je t’ai déjà dit qu’on t’a raconté une histoire ...

— Une histoire ? On verra bien si, devant la dame que ...

— La dame ... Quelle dame ? Coupa Macaire, inquiet.

— Celle qui vous a demandé précisément de lui procurer cette petite fille. Vous n’oserez plus nier en face d’elle.

— Tu la connais ? Tu sais où elle est ?

— Oui et elle est, la pauvre, dans la plus grande misère.

— Et ou habite-t-elle ?

— Je ne vous le dirai certainement pas !... Mais parlez, vous. Qu’avez-vous à perdre, voyons ? Je tiens tellement à ce que cette pauvre gosse retrouve sa vraie maman. Parlez, et au moins une fois dans votre vie, faites un peu de bien. Je vous jure que jamais je ne dirai comment je l’ai su !

L’homme garda le silence, semblant réfléchir profondément.

— Ecoute, petit, reprit-il après quelques secondes, je t’affirme ne pas avoir été mêlé à cette histoire ; je suis un homme honnête. Cependant, j’ai sur que cette personne avait besoin d’un bébé ; quelqu’un le lui a procuré, mais j’ignore son nom.

— C’est impossible ! Vous le savez ce nom !

— Je n’ai que de vagues soupçons. Et puis c’est un secret qui ne m’appartient pas et je ne puis en parler sans avoir obtenu auparavant l’autorisation de la personne qui est intervenue.

— La mère Picquet, sans doute ?

— Je t’ai déjà dit que je ne connaissais pas cette femme. Viens donc me revoir dans deux jours, et, peut-être alors pourrai-je te donner quelques précisions. Mais toi, à présent, dis-moi qui est la fillette à laquelle tu t’intéresses tant.

— C’est Mireille, la petite fille que « l’Araigne » envoyait mendier. Elle pleure chaque fois qu’elle pense à sa maman et se demande qui elle peut bien être. Elle me fait tant de peine !

Tuastrèsboncœur,remarqualusurier,etcelasuffitpourquejessaiedetaider.Revientdoncprèsdemain ;jespèrepouvoirtesatisfaire,ajouta-t-ilenselevantetpoussantdoucementlenfantverslaporte ...Jecommenceàmedirequetuasraison,petit,ajouta-t-il.Unhommequi,commelemarquisaétécapabledetuersonfrèreestunmisérable ...Jetaideraipeut-être,maisàlaconditiondêtresérieusementrécompensé.

— C’est-à-dire ? Demanda Pierrot.

— Que les dépenses que j’engagerai me soient totalement remboursées ainsi que mon temps et le travail exécuté ... Tu es un enfant et ta parole n’a aucune valeur, mais je suis certain que, si nous triomphons, tu tiendras ta promesse.

— Vous pouvez en être sûr, affirma Pierrot avec orgueil. Ne vous tracassez pas : vous verrez que nous démasquerons toute cette bande de canailles.

— Je l’espère, dit l’usurier en riant.

— Je suis encore petit, je le sais, reprit Pierrot, mais en vivant dans la rue pour gagner ma vie, j’ai acquis pas mal d’expérience et je suis capable de me débrouiller tout seul.

— Tu sauras faire ton chemin, s’écria Macaire avec enthousiasme. Nous serons amis et ce sera une bonne chose pour tous deux.

— Dès que j’aurai un peu d’instruction, vous verrez ce dont je suis capable. Oui, je réussirai dans la vie, même sans l’argent laissé par mon père, approuva Pierrot.

Le petit garçon s’en alla sur ces dernières paroles.

— Quel numéro ! S’exclama Macaire une fois seul. Il est bien capable de me rouler ! Je vais aller tout de suite voir la vieille sorcière ainsi que la belle Alice. Ils ne riront plus, elle et son frère, si ce que m’a raconté ce gamin est bien vrai ...

« Pourtantcesdeuxbanditsmetiennentaussi,deleurcôté,etilsnhésiterontpasàmaccusersilssesententperdus ... »

« Quefaire ?JedoisavanttoutlesprévenirquePierrotadécouvertquelepetitGuynestpaslefilsdeDelorme.Cacommenceàdevenirdangereux.QueldiabledegossequecePierrot !Ilseraquelquunplustard,àmoinsquecesgenssedécidentdelesupprimer ...Maintenant,allonsvoirunpeucequevameracontelabelleAlice.

Le misérable s’empressa de quitter sa maison pour se diriger vers celle du marquis d’Evreux, se demandant la tête que ferait la jeune fille, lorsqu’il lui révèlerait ce qu’il venait d’apprendre.



( A SUIVRE LE 5 MARS )

 

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