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MARIAGE

20 Décembre 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

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M A R I A G E

Nouvelle inedite par Leon FRAPIE

 

MARIAGE 01

Après six mois de mariage, M. de Monjanin qui était fort mauvais époux, fut tué dans un duel aux causes mystérieuses.
        La jeune veuve à peine âgée de vingt ans, resta longtemps éloignée du monde, puis son encourage lui fit accepter le projet de se remarier.
        Aucune coquetterie ne rehaussait sa beauté, plus régulière qu'éclatante, mais certains donc le cœur et de l'esprit empreignaient toute sa personne de grâce et de majesté. 
        Tout de suite un problème délicat se posa ; comment éviter une seconde déception ? Comment trouver le bon mari ? Comment échapper à l'aventurier convoiteur de dot ? (On la savait orpheline et en possession d'une fortune immense) Et même ; comment échapper à l'homme médiocre, à celui qui n'est pas avili de bas calculs, mais qui n'est pas supérieur non plus ? Au lieu du mari qui vous aime bien et pas plus — que vous aimez bien et pas plus — comment choisir celui qui chérisse vos meilleures qualités et mérite lui-même une haute affection ?
        Laissant ce côté la question d'argent, Mme de Monjanin disait avec un légitime orgueil :
        — Je veux l'équivalent de moi-même.
        Un vieux diplomate, son parent éloigné et son principal conseiller, répondait en hochant la tête :
        — La noblesse d'âme que vous exigez est très difficile à discerner ; ceux qui l'ont ne la montrent pas, ne l'apprécient pas toujours eux-mêmes, mas les autres la stimulent à merveille, le temps d'arriver à leurs fins.
        En octobre à la rentrée des villégiatures il déclara gaiement :
        — Décidons-nous à réunir un certain nombre de prétendants. Nos relations actuelles, trop restreintes, se composent surtout de dames, de personnes âgées, certaines dispositions sont donc à prendre, je m'en charge. Résignez-vous seulement à avoir, chaque semaine, un jour de réception ouverte. 
        Par les soins discrets du vieux diplomate et dans un cercle limité, l'on apprit que Mme de Monjanin pensait à se remarier et bientôt selon ses vieux, l'on chuchota que le fiancé ne serait pas élu à raison de titre, ni d'opulence, ni davantage physique — mais à raison d'une rare valeur personnelle. Tout galant homme, par une simple présentation, pouvait se mettre sur les rangs.
        De ce fait, les amis de a maison introduisirent chaque semaine, d'honorables candidats. Les uns disparaissent après deux ou trois visites, les autres demeurent fidèles et constituaient une cour assez nombreuse à Mme de Monjanin.
        Celle-ci faisait les honneurs du salon avec un vieux parent, et l'on poursuivait des causeries variées où les messieurs s'efforçaient de briller sous toutes les faces. Ne devait-on pas, selon l'usage, estimer la valeur personnelle d'après le miroitement du langage.

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La veille d'une réception, l'aimable diplomate prononça des paroles pressantes :
        — Ma chère enfant, voici la nouvelle année, nous avons un lot convenable de soupirants il est temps de chercher une infaillible pierre de touche.
        — Des scrupules me tourmentent, dit la jeune veuve. J'entends mettre d'accord le sentiment et l'idéal. Eh bien ! Si j'allais ne pas aimer « le plus digne »
        Le vieillard eut un fin sourire.
        — Si une épreuve désigne celui d'entrer nos prétendants qui à la meilleure qualité d'âme, je suis certain qu'un doux entraînement ratifiera cette désignation. Vous deviez imaginer un moyen d'expertise.  Y avez-vous songé ?
        Mme de Monjanin rougit légèrement.
        — Voici mon moyen, dit-elle. J'ai formé un recueil de comtes en vers et en prose empruntés à différents auteurs. Chacun de ces récite mérite une qualification différente ; grave, futile, passionné, altier, magnifique, généreux, amer, violent etc. bref le recueil offre à peu près toutes les nuances de la nature humaine.
        — Je ne vois pas.
        — Supposez qu'un lecteur fasse connaître sa préférence pour l'un des comtes, à l'exclusion de tous les autres, il révélera du même coup la dominante de sa nature ; l'on saura s'il est futile, passionné, violent...
        — Arrêtez !... A condition qu'il ne soupçonne pas l'épreuve.
        — Bien entendu. Or un seul parmi ces comtes permet au votant de manifester la beauté d'âme à laquelle je tiens, au prix de laquelle je mets mon consentement. Un seul choix peut m'agréer ; je n'autorise pas deux préférences égales. 
        Le vieillard s'enthousiasma :
        — Je me charge d'éprouver à leur insu les candidats les plus intéressants car l'examen serait superflu pour certains de ses habitués visiblement inadmissibles.

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En dehors des jours de réception, plusieurs prétendants successivement furent conviés à de mystérieux rendez-vous par le rusé plénipotentiaire.
        — Cher monsieur, disait ce dernier avec tous les enveloppements de la science diplomatique, j'ai un grand service à vous demander, gardez-m'en le secret. Voulez-vous être le tiers arbitre dans un différend où mon amour propre s'est engagé ? Il s'agirait de lire ce recueil de comtes et d'attribuer sans arrière pensée, une préférence spontanée à l'un d'eux. Je les crois tous de bonne littérature, mais on peut cependant faire une sélection... en quelque sorte sentimentale... et allouer un premier rang, par goût personnel... Examinez à loisir, et me rapportez l'album quand il vous plaira...
        Le stratagème ne perçai aucunement, d'autant que personne ne savait avoir affaire au confident même de Mme de Monjanin. Mais le temps s'écoulait et nul d'entre ces messieurs ne donnait la réponse exigée. La plupart même allaient à l'opposé se montrant favorable à la littérature d'ostentation brillante et maniérée, plus aux récits d'émotion vraie.

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Malgré l'étiquette mondaine, les anciens et les fidèles soupirants, réunis dans un coin du salon, ne pouvaient s'empêcher de sourire avec quelque malignité , à chaque nouvelle présentation, car il leur semblait entendre cette annonce implicite :
        — Le visiteur que voici a l'espoir de séduire la dame de céans par ses mérites hors pair.
        Un jour la moquerie se contint à grand'peine : quelqu'un amenait le poète connu : Maximin !
        Certes, murmuraient entre eux les habitués. Maximin était un artiste et des œuvres côtés auraient pu justifier sa prétention, mais par ailleurs, les renseignements d'ordre privé, dus à d'imprudents biographes, en faisant un intrus dans ce séjour de l'élégance et du suprême bon ton.
        A cet égard, nul doute : Maximin ne se consacrait pas uniquement aux Muses, il était professeur de belles lettres, salarié, appointé pour des leçons obligatoires ; voilà vraiment qui manquait de grâce, il vivait avec sa famille, ayant la charge de sa mère impotente ; voilà encore qui était peu brillant — et il guidait ses deux sœurs, jolies et méritantes, disait-on, mais qui n'avaient pas de dot et travaillaient pour vivre — en un mot, le comble de l'inélégance.
   

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Maximin âgé de vingt huit ans, était un brun svelte, un large front pensant, au visage mat, à la fois doux et vibrant. Malgré sa lise correcte, échappant à toutes critiques, il n'avait pas l'apparence avantageuse et conquérante ; il doutait de lui-même, de son talent de son avenir. 
        Cette fois il se produisait dans le monde avec gêne car lui, l'artiste sans défaillance, jusqu'alors rebelle à toute compromission ambitieuse ou mercantile, lui l'intransigeant poète, il venait chez Mme de Monjanin — comme les autres visiteurs — pour la chance du mariage.
        Par goût, par un souci d'indépendance et de dignité, il se tenait d'habitude à distance de l'aristocratie financière, — en outre il ne connaissait par Mme de Monjanin, ne pensait pas qu'elle dût l'enchanter, ni qu'il fut appelé à lui donner le bonheur.
        Mais justement parce qu'il doutait de ses destinées, il avait cédé aux sollicitations d'un camarade mondain, qui lui avait fait entrevoir l'occasion subsidiaire d'assurer le bien-être de sa mère, d'établir convenablement ses sœurs.
        A vrai dire, il tentait cette démarche sans conviction, pour s'aguerrir certainement une seule visite suffirait à le classer parmi les refusés sans espoir.


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Dès l'échange des salutations, Maximin fut étonné ; Mme de Monjanin avait grand air ans arrogance, aucun indice ne révélait et la pose, ni l'affabilité apprêtée. La conversation faisait ressortir naturellement sa pensée juste, peine de finesse et d'indulgence.
        Et voilà que, d'instant en instant, le poète, à peine capable de quelques gauches reparties, découvrait des perfections qui augmentait son trouble.
        Mme de Monjanin glorieusement blonde, avait les traits purs d'une Minerve, le nez droit, les sourcils arqués, les yeux limpides. Sa façon candide et majestueuse d'abaisser les paupières prouvait qu'aucune imagination laide n'avait accès en elle, et tenait à distance les trop audacieux courtisans.
        Devant cette souveraineté  de déesse, un poète devait éprouver à la fois du respect et de la crainte ; une sorte de terreur sacrée et l'admiration la plus fervente, la plus exaltée... tel un croyant d'autrefois en présence de Diane elle-même. En effet, Maximin fut conquit dès la première réception.

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Par un curieux phénomène, en même temps qu'il oubliait ses projets intéressés, la dot, les avantages matériels de toute espèce — il fut irrésistiblement entraîné à des visites assidues.
        — Je croyais que vous ne deviez plus revenir — et qu'au bout d'une séance vous en auriez assez ? Disait avec ironie son introducteur.
        Le plus cruel accident fut que la haute et craintive et dévote passion du poète devint absolument visible !
        Alors que les autres mondains savaient parader et aire mille grâces tout en observant une tenue impénétrable — le malheureux Maximin livrait son secret par ses moindres paroles, par son silence même. Plus il s'appliquait à être impassible, plus sa ferveur apparaissait. Car il ne pouvait pas empêcher le trouble et l'extase de posséder son visage, ni de changer sa voix ; chacun de ses gestes, jusqu'à sa manière de prendre un siège dans le salon, révélait l'amoureux éperdu.
        Ah ! Ces messieurs avaient eu bien raison formuler quelque dédain à l'apparition du poète ; on n'avait pas idée d'une pareille incivilité.  


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Bien entendu , Mme de Monjanin était censée de faire aucune distinction particulier, pas plus chez Maximin que entre ses fidèles visiteurs et ne rien remarquer de  chez les autres. Quoiqu'il lui en coûtait, peut-être, elle gardait une attitude impartiale.
        Mais voilà que Maximin fut prié par le vieux diplomate de lire le recueil des comtes. Cette demande d'arbitrage, adressée à un professeur de belles-lettres devait moins que jamais éveiller les soupçons. Or, le rusé plénipotentiaire avait compté sans la merveilleuse divination des amoureux et des poètes que le plus habile protocole ne saurait détourner. Maximin ne broncha pas, mais il perçut immédiatement et avec la plus formelle certitude qu'il s'agissait d'une épreuve décisive pour son amour.
        Cette enquête lui parut légitime et sagement conçue ; il en interpréta la portée à son propre point de vue.
        — Pour savoir quel homme est un artiste, il ne fat pas sen tenir à sa seule production, où la sincérité même ne va pas sans oripeaux ; il est bon de le juger sur ce qu'il pense de l’œuvre d'autrui ; là, en effet il se découvre complètement.
        Le premier mouvement de Maximin fut une joie sans borne  n'avoir pas semblé indigne, quelle chance délirante ! Certes n'osait voir dans l'épreuve offerte, la trace d'une disposition favorable mais seulement le signe d'une attention indulgente et il se contentait de cet immense bonheur. On ne lui interdisait pas une lointaine, une imperceptible espérance !
        Les sursauts de sa passion l'emportaient malgré lui. Il était sûr, absolument sûr de fournir la réponse satisfaisante ; ne lui serait-elle pas dictée son adoration même ?
        — On veut savoir si e suis un vrai poète, si j'ai le sentiment du beau, du grandiose, du sublime, si je suis riche d'idéal... eh bien n'ai-je pas en moi l'exaltation vers la beauté la plus haute, la plus noble, la plus pure ?Pourrais-je hésiter dans le choix à faire ? Ne vais-je pas sentir immédiatement de toute la force de mon amour, quelle œuvre est la meilleure ?
        Le diplomate avait spécifié ; l'affaire était importante, je ne veux pas entendre votre opinion avant un mois.
        L'amoureux différa pendant plusieurs jours la lecture des comtes ; il était sûr, à quoi bon se hâter ? Actuellement son imagination enfiévrée n'admettait que l'extase d'évoquer mille bonheurs plus palpitants les uns que les autres. Il s'abandonnait à la douceur infinie d'aimer, à l'ivresse indicible d'un sentiment exempt de calcul positif non pas qu'il oubliât sa mère ni ses sœurs, mais l'assistance affectueuse qu'il leur réservait était tellement naturelle et due que point n'était besoin de la mêler aux choses de l'amour.          

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Enfin, Maximin domina son exaltation et il lut le recueil de comtes, très vite, une première fois.
        Il le relut plus lentement une seconde fois.
        Il le relut dix fois, cent fois.
        Une situation tragique avait surgi et l'application à lire ne faisait que l'affirmer de plus en plus.
        Maximin avait certes troublé d'emblée le récit préférable, selon sa conscience, selon sa tressaillante humanité — mais dans l'intérêt de son amour, il ne croyait pas que ce récit fût le bon à désigner ; bien pis ; c'était même le seul à ne pas désigner !
        Ce fut bientôt un drame affreux.
        Maximin passa des journées entières, enfermé dans sa chambre à se débattre, à agoniser dans les crises du dernier désespoir. Il parlait tout haut — l'album ouvert sur une table. 
        — Oui, voilà pardieu le récit le meilleur, mais il faut que je prenne la résolution de ne pas le dire. Si je eux conserver quelque chance de bonheur, je dois faire un autre choix. Probablement la nécessité ne s'impose pas de tomber juste sur un comte désigné expressément et je puis, selon une certaine habitude obtenir la note bien ou la note très bien et l'espoir demeurera... mais l est un vote certainement interdit. Or, c'est ce vote même, c'est ce vote interdit que je ne peux pas refuser !
        A genoux sur le parquet, les bras tordus, il sanglotait :
        — Je ne peux pas faire une désignation de complaisance !
        Il se maudissait :
        — Je ne suis pas un poète ! Il y a dans le recueil des comtes splendides en leur forme, comme de merveilleuses ciselures de marbre et d'or — et je ne peux pas élire l'un d'eux !... Je ne suis pas un amant ! Il y a des récits passionnés où retentissent les plus poignants accents de la joie et de la douleur d'aimer — je ne peux pas choisir l'un de ces poèmes d'azur et d'orage — et je ne peux pas mentir par amour !...
        — Je n'ai aucune générosité  ! Je ne puis obéir à la suggestion intéressée de l'affection filiale ni à la voix du dévouement fraternel !         
        Il tournait dans la chambre, en labourant son front avec ses ongles. Les traits convulsés, il cherchait vainement.
        — Quelle est donc cette exigence essentielle, plus forte que l'amour, que l'égoïsme, que l'art, que la vie ?car je mourrai de désespoir... l'idole je la veux et je tuerais pour elle. Et je ne peux pas dire que je préfère le non-préférable !
        Devant la glace comme à un autre lui-même qui l’eût exhorté, injurié, menacé, il répondait à grands cris déchirants.
        — Je ne peux pas ! Je ne peux pas !

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La mortelle désolation de Maximin n'était que trop explicable.
        Une dame du monde faisait demander au poète son avis sur divers récits où trônaient des personnages féminins — une femme d'élite, pure, impeccable, pourvue de toute les noblesses , délicate et altière, incarnations des idéales beautés, faisait au poète l'honneur inappréciable d'interroger son goût —  eh bien, le déplorable expert ne pouvait pas se dispenser de donner sa préférence au seul récit où il fût question, avec bienveillance avec charité, de la plus déchue, de la plus misérable femme. Oui, un inconcevable récit créait, affirmait, prouvait une solidarité entre la première et la dernière des femmes — et s'était celui-là qui étreignait le poète de la plus inarrachable émotion !
        Dans ce récit, point d'azur, point de ciel, point d'or, point de marbre, point de formidables et lapidaires imprécations ; en un modeste décor de mots, la vilaine femme aimait comme une autre, souffrait comme une autre, pleurait comme une autre !
        Et le poète porteur du divin flambeau déclarait se complaire dans les lamentables ténèbres. N'étais-ce pas un défi, une insulte à la rayonnante beauté et ne devait-on pas, sans appel, reconnaître à ce signe une bassesse conforme d'ailleurs à l'origine et à la situation au triste sire ? 
        Une émotion s'était installée en lui, avait pris la place de sa conscience, de son cœur et elle criait sans cesse :
        — Tu ne me renieras pas ! Je fais partie de ton souffle, de ta vision, de ta pensée palpitante ! Et tu ne gagnerais rien à mentir, car tu cesserais d'être toi-même.
        Si le poète a    près une diversion, se croyant délivré de sa hantise et se préparait à rendre un jugement calculé, l'émotion furie accourait aussitôt :
        — Ne me renie pas ! Tu cesserais d'être toi-même. Comprends donc cette impitoyable évidence ; pour posséder, il faut être, et l'on ne possède pas vraiment ce qui est obtenu au prix de la négation de soi-même.


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Enfin le poète, vaincu renonça à ses chers espoirs ; il obéirait à l'émotion, il dirait son choix désastreux puis il se cacherait, l'on n'entendrait plus jamais parler de lui; uniquement dévoué à sa mère et à ses sœurs, il conserverait, dans la solitude, le deuil éternel de son amour téméraire.
        Dans une lettre à l'aimable diplomate, il fit connaître que sa préférence exclusive était pour le conte intitulé : La vilaine femme, et il s'excusa de ne pas porter lui-même cette réponse et de prendre congé pour toujours.

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Et voilà qu'une missive immédiate arriva, poste pour poste.
        Épouvante ! Épouvante ! C'était son écriture à ELLE !
        Alors nul miracle à ce que l'on retrouvât le malheureux poète évanoui, tenant dans sa main la lettre, dont il avait seulement déchiffré les premiers mots.
        Mme de Monjanin écrivait :
        « Monsieur le poète, la personne intéressée à l'arbitrage n'était autre que moi-même. Je désirais satisfaire une émouvante curiosité. Pour un motif que je vous autorise à interpréter, je prétendrais à connaître votre qualité d'âme... »
        Maximin n'avait pas lu plus loin. Et les parentes empressées à le soigner se demandaient s'il survivait ou seulement s'il demeurerait privé de raison.

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La cruelle perplexité dura peu. Il advint que le poète fut sauvé.
        Et ce fut une résurrection des plus simples ; il suffit pour l'obtenir qu'une des personnes présentes s'avisât de lire tout haut la lettre entière de l'idole.
        Sur la page que Maximin n'avait pas tournée, Mme de Monjanin déclarait piur finir :
        « … La lecture proposée constituait, à mes yeux une décisive épreuve entre les différents textes, un seul choix était admissible, un seul ; pas de second essai, pas de rectification... et par suite, devant mon sentiment ; point d'appel, point de recours en grâce.
        « Eh bien, sachez votre destin ; cette préférence que vous avez écrite, si aussi bien vous me l'eussiez dite en face, j'aurais voulu, monsieur le poète —  pour l'amour de l'humanité sans doute —  vous embrassez de tout mon cœur... »
                                                                                                                 REVUE NOS LOISIRS DU 23 FÉVRIER 1908


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