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LES PERCURSEURS DU "PATRIE"

29 Avril 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

LES PRECURSEURS DU « PATRIE »

Les Aérostiers Militaires sous la Révolution

Les récentes manœuvres du dirigeable Patriedu par de Chalais, appellent l'attention sur l'avenir réservé aux aérostats militaire. Il est impossible de préjuger encore si leur rôle sera résolument offensif, s'ils lanceront la torpille et la bombe ; mais il semble qu'à titre éclaireurs ils doivent devenir de précieux auxiliaires des armées.

La pensée d'associer les aérostats aux exercices de guerre n'est, du reste, pas nouvelle et fut appliquée pour ainsi dire au lendemain de l'invention des ballons. En effet, si ceux-ci se signalèrent pendant la campagne de 1870 pour le transport des dépêches, ils prient une part bien autrement active aux guerres de la Révolution.

Dès le mois de juin 1794, le conventionnel Guyton de Moreau avait proposé de faire servir les aérostats aux armées comme moyen d'observation et le physicien Coutelle fut chargé d'organiser le corps des aérostiers, dont le comité de Salut public s'empressa de voter la création.

C'était une compagnie de trente hommes commandée par un capitaine et deux lieutenants. Leurs uniformes se composait de l'habit et de la culotte bleu avec passepoil rouge, collet et parements noirs. Un sabre et deux pistolets achevaient l'équipement. Une tenue quotidienne c'est-à-dire la plus utile, se bornait aux pantalons et veste de toile bleue, mieux appropriés au travail.

L'école des aérostiers était située à Meudon, où de vastes terrains et un laboratoire offraient toute commodité à leurs expériences.

Coutelle instruisait ses hommes depuis un mois à peine, quand le général Jourdan appela le nouveau corps à Maubeuge qu'il venait de conquérir, mais que les autrichiens assiégeaient à leur tour.

Coutelle accourut avec son ballon l'Entreprenant.

Il le gonfla en plein champ, au milieu des plus rudes difficultés, réunissant à faire deux ascensions par jour, à la stupeur des autrichiens extraordinairement effrayés.

La vue de cet engin pourtant inoffensif les impressionnait au point que les soldats accusaient les français d'user de sorcellerie.

Les manœuvres bien primitives, se faisaient il est vrai en silence, au moyen de signaux attachés à la nacelle. Des morceaux d'étoffes blanche, rouge ou jaune, de divers formes, indiquaient aux conducteurs s'il fallait avancer, reculer, tirer sur le câble ou le laisser aller. Car cet ancre était un ballon captif tenu à bras d'hommes !

Pour communiquer les observations recueillies l'aéronaute usait de petits sacs remplis de sable dans lesquels il insérait une note. Un signal avertissait du jet du sac qui tombait au-dessous de la nacelle.

Un trait bien français, c'est que Maubeuge délivrée les aérostiers pour revêtir leur bel uniforme de parade, voulurent offrir un but aux dames de la ville.

Les vivres étant épuisés par les deux sièges, on ne put servir aux invités que de la bière et des échaudés, mais on se rattrapa en dansant avec entrain devant le buffet vide.

L'armée quittait Maubeuge pour Charleroi. Comme on se disposait pas les moyens nécessaires à la production du gaz, on décida d'emporter l'Entreprenant tel quel... à la main ! Épisode vraiment héroï-comique que l'étape de ces troupiers conduisant au bout d'une corde leur formidable jouet ! Le ballon était attaché à deux câbles subdivisés près du sol en seize cordes tenues par autant d'hommes qui tiraient dessus de toutes leurs forces.

Ils franchirent vaillamment les fossés, les talus, les champs labourés, toujours cramponnés au ballon qui dansait dans les airs.

On peut présumer qu'après cinquante kilomètres de cette marche ils avaient les muscles endoloris mais grâce aux observations de Coutelle, le général Morelot prit Charleroi sur les Hollandais et le gouverneur venait juste de signer la reddition quand les autrichiens apparurent... toujours trop tard.

Nos soldats triomphèrent ensuite du prince de Cobourg à Fleurus, Morelot fit personnellement deux ascensions ce jour-là et Coutelle resta dix heures en observation. Des Hollandais, des Allemands, le poing levé criaient : « Espions, espions, pendus si serez pris ! »

Les Français riaient.

Coutelle donna toute la mesure de sa bravoure au blocus de Mayence par le général Lefebvre. Un jour où le vent furieux secouait le ballon comme un fétu, il fut jeté deux fois meurtri sur le sol. En dépit du danger il s'obstine à remonter encore. Tout à coup cinq officiers autrichiens sortent de la ville, des mouchoirs blancs la pointe de l'épée pour parlementer. Ils viennent demander au général de faire descendre Coutelle, ne voulant pas que le héros risque par son courage d'être victime d'un accident. Ils lui apportent, généreuse magnanimité, l'autorisation de venir visiter des fortifications.

On descend Coutelle ; dès qu'il est à porté de la voix, on l'informe de cette démarche. Furieux d'être dérangé, il riposte par un impératif : « Lâchez tout ! » et il s'élève une fois de plus en dépit des instances de ses admirateurs. Mais après Manhein, Necker, Strasbourg, Namur la période glorieuse se ferme brusquement pour les aérostiers. Coutelle prend les fièvres, le ballon prend un coup de fusil. Durant trois ans, on laisse le corps inactif, puis Hoche, successeur du général Jourdan, estime le rôle des aérostiers inutile et réclame le 30 août 1797 leur licenciement.

Coutelle, attristé, rejoignit ses ateliers de Meudon. Il obtient un peu plus tard de faire partie de la Commission scientifique qui accompagnait le Premier Consul en Égypte. Par une inconcevable malchance le navire qui le portait fut pris et coulé par les Anglais à son arrivée, et l'aéronaute se transforma en explorateur pour étudier la terre des Pharaons.

Bonaparte à son retour en France fit vendre aux enchères tout le matériel de l'école de Meudon. C'est ainsi que le glorieux ballon de Fleurus : l'Entrepreneur qui méritait pourtant le respect, échoua en 1802, aux mains d'un physicien exhibitionniste : Robertson, très connu dans toute l'Europe au début du siècle dernier.

 

REVUE NOS LOISIRS DU 1erDÉCEMBRE 1907

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