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LES DIAMANTS * BRILLAT-SAVARIN

20 Novembre 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

 

POUR QUE LES FEMMES AIENT DES DIAMANTS

DES HOMMES PEINENT DANS LA MINE

 

Si vous aimez les comtes de fées, les histoires merveilleuses, les Mille et une nuit, les romans de chevalerie, vous y avez vu souvent décrites des « escarboucles » c'est-à-dire des pierreries qui ne reflètent pas simplement la lumière extérieure mais qui possèdent par elle-mêmes un pouvoir éclatant. Et vous avez mis les escarboucles au rang des choses fabuleuses, comme les philtres d'amour, des licornes et les hypogriphes. Eh bien, il existe réellement des escarboucles ; des diamants phosphorescents. Quand on les frotte avec un morceau de drap, ou quand on les exposes un moment à la lumière, ils brillent d'un vif éclat dans l'obscurité.

Vous avez lu aussi des histoires de joyaux qui volés, se détruisaient spontanément dans la cachette du voleur. Ce n'est pas non plus une invention des conteurs. Il y a des diamants naturel et des diamants artificiels qui font explosion sans cause apparente et se désagrègent en particules le diamant a été fabriqué par la nature et se fabrique ou se fabriquera dans les laboratoires, sous d'énormes pressions. Quand la pression cesse , il arrive que les particules mal agrégées se séparent violemment.

Ainsi la science nous rend compte d'une multitude de phénomène, que les hommes d'autrefois avaient connus sans les expliquer, que les générations suivantes oublièrent et que nous placions à tort dans le domaine de la fiction.

Le diamant à toujours excité l'imagination des hommes. Il a toujours été pour eux une énigme . A certaines époques on le considérait comme un présent direct des puissances célestes, parce que des fragments de planètes étrangères, tombés à;la surface de la notre, on souvent contenu des pierres précieuses. A la lettre, il a quelquefois plus de diamant sur la terre comme il a plus du minerai de fer, un jour, sur un district de l'Arizona. En quelques milles carrés, on en a trouvé près de deux mille fragments d'un poids variants entre trente grammes et cinq cent kilos. Aucun parapluie n'y aurait résisté !

Les diamants d'origine terrestre se trouvent ans des mines dont les plus fameuses sont maintenant celles de l'Afrique australe ; de Kimberley, De Beers, Dutoitspan, Balfontein et Wesselon. Ces cinq mines sont contenues ans un cercle de six kilomètres de rayon et le sol renferme les précieuses gemmes appelé « terre bleue » forme la plus extraordinaire mixture de tous les éléments géologiques.

La mine de Kinberley atteint neuf cent mètres de profondeur et les tunnels qui dans toutes les directions à tous les niveaux unissent les différents puits, composent un labyrinthe sans pareil. Dans un abîme e boue, des hommes demi-nus, trempés de sueur piochent ou charrient les débris du sol, soutenant leur allure par des chants étranges. Sans répit, le jour et la nuit sous l’œil des contremaîtres européens, les travailleurs indigène usent leurs forces pour découvrir les pierres attendues par la coquetterie féminine. Tant de labeurs, tant de frais, tant de peine, pour une futile vanité !

Le plus gros diamant connu, le Cullinan qui pèse 3 025 carats, n'est manifestement que la moindre portion d'une pierre éclatée. Le mineur qui dans les mêmes parages, trouvera l'autre morceau pourra vivre de ses rentes.

La perpétuelle inquiétude des Compagnies exploitantes vient de la facilité qu'offrent les diamants aux voleurs ; car ils représentent une valeur considérable sous un très petit volume. Ans les ateliers où se ait le triage, et où les pierres sont classées selon leur pureté, c'est un spectacle éblouissant pour les curieux, bien tenant pour les aventuriers. Aussi a-t-on promulgué des lois impitoyables pour réprimer le larcin.

Quoique la terre, depuis l'origine des temps, appartienne à tous les hommes, la terre diamantifère n'appartient qu'aux Compagnies minières ; et les nègres qui habitent ce pays n'ont pas d'autre doit que d'en extraire la richesse pour le bénéfice des conquérants. On les enferme dans une enceinte bien gardée ; on leur permet généreusement de se vêtir, de se nourrir, de se divertir à leur fantaisie pendant les heures de repos ; on leur procure même des aliments et diverses commodités à bon compte. Mais ils sont captifs pour la durée de leur engagement. Quand vient le temps de sortir, on peut dire qu'ils sont épluchés extérieurement, sondés et purgés intérieurement par tous les procédés imaginables.

Combien de diamants font l'orgueil de nos belles dames et la parure de leur gorge ou de leurs oreilles qui ont séjourné d'abord, au sortir de la mine dans les boyaux d'un Cafre.

 

POUR MANGER DE LA POULARDE

BRILLAT-SAVARIN RISQUA SA VIE

C'était pendant la Révolution. Taxé d'incivisme, Brillat-Savarin le célèbre gastronome, se préparait à quitter la France. Mais tandis que déguisé sous un faux nom, il tentait de gagner la Suisse, il ne put résister à son penchant pour la bonne cinère et risque sa vie et la liberté pour l'amour d'une belle poularde.

Il s'était arrêté dans une auberge de Mont-sous-Vaudrey pour faire reposer son cheval ; mais bien qu'il eut grand intérêt à ne pas aire de questions, il ne put s'empêcher de demander à l'hôtelier à qui était destinée la jolie volaille qui rôtissait devant un feu vif.

C'est, répondit l'aubergiste pour les membres de la commission révolutionnaire en tournée.

La prudence exigeait que Brillat-Savarin décampât au plus vite. Mais la gourmandise le rendit héroïque et comme il n'avait pu obtenir de l'hôtelier qu'il lui cédât le plat qu'il convoitait, il envoya demander aux convives qu'il lui fût permis, en payant son écot, de s'asseoir à leur table.

Les commissaires consentirent à la requête de cet inconnu de belle mine et Brillat-Savarin improvisa même à la fin du dîner un couplet en l'honneur de ses compagnons ; puis il prit congé d'eux.

Il était temps. Deux heures plus tard un exprès apportait son signalement. On était sur ces traces.

L'art de la science eurent leurs martyrs. Si Brillat-Savarin fut monté sur l'échafaud pour une poularde cuite à point, la gourmandise elle aussi aurait eu son héros.

 

REVUE NOS LOISIRS DU 28 JUIN 1908

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