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LE TRIBUT DES FEUX

30 Août 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

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LE TRIBUT DES FEUX

Les feux sont allumés partout depuis les premiers froids. Et aussitôt les journaux ouvrent la rubrique des accidents causés par le chauffage. Un long martyrologe qui ne sera clos qu'en été, enregistre quotidiennement les noms et ces obscures victimes. Mais il n'éveille aucun mouvement d'opinion. L'homme est si moutonnier qu'il ne soumet aisément aux dangers établis et qui ont comme droit de cité. Il paye l'impôt au calorifère comme jadis au gardien du pont à péage sans plus protester. Cependant le progrès pourrait, là comme ici, amener l'économie de cette barbare prestation. Et ce seraient de belles et bonnes vies humaines maintenues sur le livre de l'avoir social.

Voyons d'un peu près ce compte ; il n'est pas difficile à établir. Les accidents se répètent avec une monotonie remarquable. Et les décriant, je dégagerai bien simplement l'enseignement qu'ils renferment.

Il y a d'abord le poêle à combustion lente, qu'on place dans une chambre à coucher ou dans une pièce attenante. Quand le tirage est faible, le sens on peut aisément se reverser et les gaz sont refoulés à l'intérieur au lieu d'être amenés au dehors. Il suffit pour cela d'une légère modification dans la température extérieure ou d'un changement dans la direction des vents. Les dormeurs sont réveillés par des cauchemars. La tête est lourde et la bouche pleine de nausées. S'ils ont la force de se lever, le vertige les abat quelquefois à deux pas de la fenêtre libératrice. Heureux si en tombant leur main ou leur tête heurte une vitre et la brise. L'air oxygéné du dehors peut alors les aider à sortir lentement de l'antichambre de la mort où ils s'étaient fourvoyés.

La morale de ces accidents est qu'il ne faut jamais laisser un poêle à combustion lente dans sa chambre — ce que chacun sait — où même dans une pièce voisine à moins d'assurer là, par l'entre-bâillement d'une fenêtre, la sortie des gaz toxiques — précaution que la plupart méconnaissent.

Mais ces accidents sont de l'ordre le plus inférieur et les gens de quelque réflexions s'en gardent maintenant. Passons au degré suivant.

On a pris chez soi toutes les précautions. Le chauffage se fait au bois et les eux sont éteints avant le coucher. Or un voisin de l'étage supérieur ou inférieur use d'un poêle à combustion lente, et par une communication ds cheminées, les gaz fabriqués chez l'autre refluent chez vous. Comment se garantir de ce péril ? Mais en s'enquérant avant location, si les chemines mises à votre disposition sont indépendants de toutes autres, et en faisant de cette clause un élément essentiel à la location.

Il n'est pas que le poêle à combustion lente qui soit dangereux. Tout feu, mal surveillé, peut causer la mort. Ces jours-ci un jeune homme monte un poêle à plein tirage dans sa chambre, l'allume et se couche. Il ne se réveille pas. Le tirage était défectueux où la clé avait été imprudemment fermée et les gaz ne s'échappèrent pas au dehors.

Il faut se rappeler que la clé d'un poêle ouvre souvent sur un lieu dont on ne revient pas facilement. Supprimez toujours la clef, à moins qu'elle obstrue incomplètement le tuyau.

La cheminée est pour le public le mode de chauffage le plus sûr. C'est vrai. Encore ne présente-t-elle pas une sécurité absolue. On se rappelle que c'est une cheminée tirant mal qui a causé la mort d'Émile Zola. Une cheminée peut être défectueuse et mal fonctionner habituellement. Elle est encore susceptible de se dégrader à l'improviste et de tuer. Témoin le cas de cet homme qui, naguère, fut trouvé asphyxié dans sa chambre, où il avait allumé un bon feu de cheminée avant d'aller se coucher. La cheminée s'était effondrée dans le haut et les gravats l'avaient obstruée, d'où refoulement des gaz toxiques à l'intérieur.

La morale c'est ne doit jamais dormir près d'un feu qui n'est pas éteint et bien éteint. Il ne suffit pas que des flammes soient assoupies et que le rouge du brasier ait pâli. Il faut s'assurer que les charbons ne se consument pas lentement sous les cendres. C'est d'ailleurs dans cet état qu'ils donnent le plus d'oxyde de carbone, qui comme on sait, est le poison subtil de toutes les combustions.

Je ne m'étendrai pas sur le simple réchaud allumé dans la pièce où l'on couche, et qui déverse à flots le gaz pernicieux. Conçoit-on qu'il est encore des gens assez ignorants pour l'employer ! Tout dernièrement à Paris, une jeune femme a été asphyxiée de cette manière. Quelle tristesse que malgré les milliards engloutis depuis trente ans dans les budgets d'enseignement, il y ait toujours des malheureux qui ignorent que le réchaud à charbon es un moyen de suicide mais pas de chauffage. Mais ceux-là savent sans doute imperturbablement les chefs-lieux des départements français.

Aucune combustion ne doit se faire dans une pièce sans que les gaz en soient amenés dans la cheminée. Car toute combustion donne ou peut donner, à certain moment, de l'oxyde de carbone. Donc toutes les lampes chauffantes et autres appareils similaires ne serviront qu'à échauffer temporairement l'air d'une pièce, mais il ne faut pas les maintenir allumées continuellement.

Reste le gaz. Le danger de toute canalisation de gaz est la fuite qui peut survenir au niveau du joint d'un tuyau. Mais l'accident classique de cet ordre est celui-ci. Avant de se coucher, on ferme le robinet de l'appareil de chauffage et on laisse ouvert celui qui se trouve à l'extrémité de la conduite de plomb d'où part le tube de caoutchouc. Sous l'influence d'une pression plus forte, le caoutchouc cède et le gaz se répand dans la pièce. Un accident de ce genre est survenu, il y a une couple de semaines à Marseille où deux jeunes gens ont été asphyxiés parce que l'un d'eux avait, en se déshabillant jeté un de ses vêtements sur le caoutchouc d'une lampe à gaz, lequel avait cédé dans la nuit. Il faut donc toujours fermer les robinets à gaz en deçà des caoutchouc et — le mieux — le soir fermer le compteur.

Beaucoup de personnes qui habitent des maisons à calorifère abandonnent au propriétaire le soin de veiller sur l'appareil de chauffage en commun. Cette attitude est évidemment la plus commode. Mais il ne faut pas oublier que le vieux système de calorifère à air chaud n'est pas exempt de danger. A l'usage les parties se disjoignent ou se fissurent, elles laissent laisser une quantité d'oxyde de carbones souvent insuffisante pour causer la mort, mais susceptible de causer de véritables maladies.

Il est maintenant des appareils d'un maniement assez simple qui indique assez nettement si une atmosphère contient une proportion nuisible d'oxyde de carbone. Désirons qu'ils se perfectionnent encore et puisse être dans toutes les mains, comme le thermomètre et la baromètre, infiniment moins précieux. Au cas de doute sur la pureté de l'atmosphère une analyse faite par un chimiste ne serait pas une précaution excessive. On ne regarde pas à faire venir le tapissier pour lui demander un conseil sur la décoration d'une fenêtre, mais appeler un chimiste en vue d'une expertise d'air, quelle folle dépense ! Ayons toutefois confiance. Peu à peu la raison aura plus de force sur tous. Les chimistes et les physiciens seront consultés sur la santé de notre logis, comme on consulte aujourd'hui un médecin sur la santé de notre corps.

En attenant, fermez la nuit les bouches de chaleur de vos calorifères et obtenez surtout qu'elles soient hermétiques, car sans cela, cette manoeuvre resterait sans effet.

Une précaution générale est bonne et tous les modes de chauffage, est de ménager, dans les fenêtre des chambres coucher, de petites ouvertures aux vitres ou aux châssis, afin de permettre l'évacuation des gaz toxiques qui pénétraient dans la pièce. Ces ouvertures si elles sont suffisantes, c'est l'assurance contre la mort — sinon contre l’asphyxie — par l'oxyde de carbone.

Mais quelque chose est encore plus simple que tout cela ; c'est de supprimer tout chauffage qui peut donner de l'oxyde de carbone. Dans les maisons confortables, que l'on construit depuis quelques année, le chauffage en commun est fait à la vapeur. Là il n'est aucun danger d'asphyxie par les gaz toxiques. Il y a bien aussi l'électricité qui paraît être la meilleure solution du problème de chauffage — comme elle l'a été pour l'éclairage. Solution élégante mais trop coûteuse pour qu'on en prévoit l'adoption.

Voilà les progrès qu'il aurait encourager par les subventions au besoin par des prix, si les récompenses pouvaient susciter des découvertes. La suppression de l'oxyde de carbone, qui en hiver, tue tous les jours, ici où là, quelque imprudent ou quelque ignorant ne serait pas un mince résultat. Mais voilà, cela ne monte pas l'imagination comme l'appât d'autres découvertes. Une comète nouvelle dans notre ciel fait autrement plus d'impression sur la foule et les astronomes ne manquent pas de subventions terrestres.

En attendant que chacun puisse se chauffer sans s'exposer à la mort, j'ai pensé qu'il était de quelque utilité de faire cette chronique populaire. En suivant mes conseils, on est à peu près certain d'éviter l’asphyxie par l'oxyde de carbone, à moins que. Mais je ne crois guère à la fatalité.

 

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QUELQUES COMBLES

De la méchanceté : Battre la semelle

De la tendresse : Embrassez l'horizon

De la frugalité: Manger ses mots pour économise le rôti.

De la pitié: Refuser de boire dans une tasse de thé.

De la publicité: Pour un franc vous recevrez une machine à coudre.

Vous envoyez la somme et recevez une aiguille.

 

REVUE NOS LOISIRS DU 12 JANVIER 1908

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