Le bédouin du sinaï - Supertition marocaine
RAHIM-ABOUL-ED-DIN
LE BÉDOUIN DU SINAÏ
On sait que les bédouins composent les dernières tribus nomades et qu'ils vivent dans l'Afrique septentrionale en Arabie ou en Serbie. Rahim-Aboul-Ed-Din est chef ou cheik d'une peuplade de la péninsule sinaïtique. Sa notoriété lui est venue de son éloquence car les Bédouins qui sont des hommes les plus ignorants et les plus brutaux du monde, prisent la poésie des mots. Rahim a une apparence quelque peu terrible et exagère volontiers aux attitudes majestueuses malgré ses haillons. Il a fait croire à ses compagnons qu'il les mènerait à la conquête de l'univers chrétien. Les Bédouins ont planté leurs tentes au pied du Djebel-Monca, la montagne de Moïse, que les Hébreux considéraient comme « la montagne de la loi ». Rahim habite presque au sommet, sous une roche creuse teintée de couleur vives. Nul de sait comment il vit car il refuse toute aumône, et les herbes qu'il ramasse semblent plutôt servir à composer des pommades et des baumes miraculeux. Il descend chaque matin pieds nus par les sentes caillouteuses un long bâton à la main et va visiter les villages à la recherche des malades. Ses pommades ont opéré déjà d'innombrables guérisons et c'est à peine si l'on sourit aux discours terribles de Rahim, qui fait le bien avec la menace à la bouche. Lorsque qu'on veut le payer il désigne des tentes de sa tribu et chacun comprend son devoir. Les Bédouins vivent heureux ne manquant de rien, grâce à Rahim-About-Ed-Din.
Cependant les Bédouins qui habitent aujourd'hui la base de la montagne ne sont pas les mêmes que ceux qui vivent primitivement avec le guérisseur. Celui-ci de voir leur cheik vivre sans prendre jamais l'argent qu'on lui offrait, crurent deviner que Rahim cachait un trésor au fond de sa grotte. Trois Bédouins résolurent de tirer la chose au clair et se rendirent la nuit au gite du vieil homme. Le trouvant endormi, ils le frappèrent d'un coup de couteau en pleine poitrine puis fouillèrent la grotte, où ils ne rencontrèrent qu'un chat qui leur sauta à la gorge. Effrayés les misérables descendirent en courant la pente de a montagne. Mais ils n'avaient pas rejoint leurs compagnons qu'un quartier de roche qui semblait venir du sommet s'écroula derrière eux, les atteignit et les écrasa. La pierre alla rebondir ensanglantée jusqu'auprès des tentes. Les nomades épouvantés s'enfuirent en abandonnant leurs frêles demeures. Deux jours après, on vit le cheik descendre jusqu'au village improvisé, se traînant un peu, mais portant toujours à sa ceinture les fioles et les pots qu'il avait préparé. Une tribu nouvelle de Bédouins arrivait, qui avait rencontré les fuyards et appris d'eux leur crime. L'apparition de Rahim leur parut surnaturelle. Ils se prosternèrent devant lui et le vieux cheik leur fit un long discours pour les engager prendre les tentes délaissées que le ciel leur allouait, comme il avait puni les méchants. La tribu obéit. Et Rahim-Aboul-Ed-Din continue à régénérer les dernières races sauvages et leur apprenant la bonté.

SUPERTITIONS MAROCAINES
Rien de ce qui a trait à ce pays d'un inconnu aussi redoutable qu'est le Maroc, et d'une aussi attirante sauvagerie ne saurait laisser indifférente notre curiosité si vivement excitée par la suite des événements actuels.
« La sorcellerie est au Maroc la seule institution qui soit réellement établie » écrivait peu avant sa mort l'infortuné docteur Mauchamp assassiné à Marrakech et qui, durant son long séjour là-bas eut à lutter autant contre les superstitions que conte les maladies.
Il cité quantité de recettes procédés plus bizarres les uns que les autres, et qui, vraiment, ne manquent pas d'un pittoresque imprévu.
Voulez-vous guérir un nouveau né qui refuse de téter ?
Cette maladie ne pouvant provenir que de l'influence du diable, il faut pour conjurer le mauvais esprit « attacher autour du cou du nouveau-né en guise de collier une mèche tressée avec les poils d'un dromadaire et à laquelle on fait sept nœuds »
Le bébé vient-il à pousser de profonds soupirs en tétant ? C'est un mauvais présage et il faut au plus tôt brûler près de sa figure une poudre composée d'ambre gris, de boyaux desséchés de hérisson, de corne de cerf et de cheveux de nègre.
Si l'enfant est trop gourmand ce ne peut-être qu'une ogresse qui, invisiblement l'excite à manger et qu'il s'agit d'apaiser. Pour cela une confectionne une pâte où entrent de nombreux ingrédients et dont on dépose une portion sur le bord d'une rivière ; la part de l'ogresse ; avec le reste, on enduit le corps du bébé. Ned pas oublier de placer sous son chevet sept noix pendant une nuit entière.
Enfin ces aimables indigènes soignent la diarrhée en donnant à prendre au nourrisson de l'huile dans laquelle ils ont écrasé de jeunes caméléons.
Étonnons-nous après cela qu'il soit si difficile de faire pénétrer des idées modernes dans des cervelles d'une mentalité aussi particulière.
REVUE NOS LOISIRS DU 17 NOVEMBRE 1907