LAVONS-NOUS !
<!-- @page { margin: 2cm } P { margin-bottom: 0.21cm } A:link { so-language: zxx } -->
LAVONS - NOUS
Octave Mirebeau dans ses récentes notes de voyage automobile, a noté avec quelques malignité l'insouci d'hygiène et de propreté dont font preuve la majeure partie des Français comparativement aux peuples étrangers. Sans suivre l'éminent écrivain jusqu'au bout de ses paradoxes, il est permis de conclure avec lui que les Français ne savent pas se laver et qu'ils ne semblent pas avoir le goût de l'apprendre.
La plupart se croient suffisamment propres parce que, chaque matin, ils ont, d'un linge humide, essuyé leur visage et leurs mains ; hebdomadairement peut-être, ils procèdent à des ablutions un peu plus larges mais sur les parties extérieurs seulement ; ils se lavent que ce qui se voit, et l'anecdote demeure, sinon authentique, du moins vraisemblable, de cette jeune fille qui demandait à sa mère :
— Mettrai-je ce soir ma robe décolletée ?
Et elle ajoutait en forme d'explication :
— C'est pour savoir jusqu'où je dois me laver ?
La meilleure preuve de cette quasi-hydrophobie réside dans la dimension des cuvettes que l'on à l'habitude en province, de munir les chambres des voyageurs ou d'invités ; elles sont ridiculement minuscules. Vous y trempez deux doigts ; elles débordent.
Et quant aux salles de bains, elles n'existent qu'à l'état rudimentaires dans de très rares d'hôtels, et elles sont totalement absentes dans les maisons bourgeoises de province.
Je sais un hôtel vaste, confortable, soi-disant moderne, qui contient cent vingt chambres et qui n'a pour salle de bains, qu'une cabine exiguë avec une seule baignoire. Les cent vingt locataires ont, dans ce cas, quelque peine à prendre un bain quotidien.
A quoi attribuer cette indifférence des pratiques les plus simples et les plus usuelles de l'hygiène.
A l'ignorance ? Mais pourtant les hygiénistes ont fait, depuis cs dernières vingt années, les plus louables efforts pour faire pénétrer dans les masses cette idée que la propreté n'est pas une affaire de luxe et de bien-être, mais une question d'hygiène.
« Les progrès de la propreté sous toutes ses formes a écris le docteur Rochard, sont destinés à nous affranchir un jour des maladies infectieuses et des affections parasitaires. C'est une affaire de temps et il dépend de nous l'abréger »
Et le docteur Roux de son côté, écrivait naguère :
« Ce n'est pas sans raison que, de tout temps, les hygiénistes ont attaché une grande importance à la propreté de la peau. Un certain nombre de substance nuisibles élaborées dans notre corps sont éliminées par la peau. Une peu propre s'acquitte bien de cette fonction, tandis qu'une peau sale la remplit mal. De plus une peau mal tenue est chargée de germes microbiens qui peuvent causer des maladies cutanées. Souvent à la moindre blessure, ces germes amènent des infections gaves, en sorte qu'un individu dont la peau est rarement lavée est sujet à une foule d'inconvénients, et même d'affections dont un individu propre sera exempt. »
il est bien de vulgariser ces théories. Elles ne sont pas neuves d'ailleurs.
« L'usage des repas, disait M. Prudhomme remonte à la plus haute antiquité » L'usage des bains aussi. La mythologie grecque attribue à Hercule l'invention des bains chauds.
Quant à l'invention des bains froids, il est naturel qu'elle remonte plus haut encore.
Les pratiques balnéaires furent en honneur et poussées jusqu'au raffinement chez tous les peuples civilisés de l'antiquité.
Montesquieu n'a-t-il pas remarqué que la pratique du bain froid a donné aux soldats romains la vigueur physique, l'endurance à la fatigue, la résistance aux longues chevauchées qui a permis à ces conquérants leurs promenades victorieuses à travers le monde.
Et les comparaisons s'imposent avec quelque mélancolie.
Il y a quelques années à peine, dans une conférence sur la nécessité de la propreté corporelle, un hygiéniste, M. Sicheret citait les chiffres d'une enquête à laquelle il s'était livré en France, et il en résultait que dans la population ouvrière prise en bloc, sur cent individus, deux prennent des bains dans une baignoire ; dix huit se lavent les pieds quand ils changent de chaussettes ; cinquante eux se lavent deux fois par hiver les pieds seulement, la figure et le cou tous les samedis, le cuir chevelu jamais. Vingt quatre ne se lavent rien du tout.
Ces chiffres s'appliquent à la classe ouvrière mais les autres classes — sauf des exceptions qui selon l'usage, confirment la règle — ne pratiquent qu'une propreté superficielle et toutes de détails.
Le développement des sports — dont la race à déjà tiré d'avantage — aura sans doute de ce côté, une répression intéressante. Il est si agréable après un exercice violent, de prendre une douche ou un tub, que le plaisir éprouvé aidera peut-être à prendre goût et l'habitude des grandes ablutions froides.
Et pour finir nous voudrions montrer qu'il y a tout de même quelques Français qui n'ont pas attendu l'entente cordiale pour pratiquer l'hygiène anglaise. Nous en savons un, possesseur d'un fort beau domaine et dont les invitations sont très courues, qui s'hydrothérapisant au moindre prétexte, entend que ses invités fassent de même, et à trouvé un moyen ingénieux de s'en assurer. Sans son château chaque cabinet de toilette à un compteur d'eau. Quand un nouvel invité fait un séjour, on vérifie soigneusement chaque matin, à son insu, le compteur et s'il n'atteint pas le minimum de dépense d'eau que le châtelain s'est fixé comme critérium de propreté corporelle, il n'est jamais, quel qu'il soit et quoi qu'il fasse réinvité. Un haut personnage politique et littéraire y séjourna récemment. Causeur brillant, il fut très goûté par son esprit. Mais il avait gardé de longues années de bohème, une fameuse tendance à économiser... l'eau pour sa toilette. On ne le réinvitera point. Il s'en étonna , mais si il lit par hasard ce bout de chronique, il saura pourquoi.
Il faudrait en effet, que dans un pays civilisé chacun pris un bain par jour.
Mais, dites-vous, pris ans un établissement , les bains coûtent cher, et le luxe d'une salle de bain chez soi n'est pas permis à tout le monde.
Sans doute mais si la baignoire est chère, il n'en n'ai pas de même du tub, ce bassin en zinc qui permet au plus pauvres de ce vider des brocs d'eau sur le corps et de s’éponger autant qu'il leur plaira.
Le tub est vraiment la baignoire de ceux qui n'ont pas les moyens d'avoir une baignoire chez eux. Tout le monde doit avoir son tub.
Le prix moyen d'un tub est de douze à dix huit francs. En supprimant quelques apéritifs, tout le monde peut avoir son tub.
Mais, dites-vous comment feront ceux qui n'ont qu'une minuscule chambrette ? Où mettrons-t-ils leur tub ?
Un tub peut se mette partout. Les tubs les plus grands ont un mètre dix de diamètre. Partout où il y a de la place d'un lit, il y a de la place d'un tub.