CINQ HISTOIRES
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SI L'IMPÉRATRICE N'AVAIT PAS EU LES DENTS GATÉES
LES FEMMES N'AURAIENT PAS DE MOUCHOIRS DE DENTELLES
Bien des modes sont nés d'une façon bizarre. Si tel prince n'avait pas eu un anthrax de l'épaule qui l'empêche de tendre la main comme tout le monde nous n'aurions pas connu le shake-hand anglais, la poignée de main à hauteur d'épaule.
Une jolie mode a d'ailleurs surgi de cette nécessité de dissimuler une imperfection ; c'est celle du mouchoir garni de dentelles inventé par l'impératrice Joséphine.
Joséphine avait de vilaines dents — aujourd'hui plus on vieillit, plus on a de belles dents — autrefois il n'en était pas ainsi.
Pour dissimuler son défaut, l'impératrice avait toujours à la main un mouchoir de batiste garni de hautes dentelles ; tout en causant elle le portait sans cesse à son visage et cela faisait l'effet d'un nuage de dentelle parfumée qui s'agitait autour d'elle.
Elle poussa très loin ce luxe des mouchoirs et fut assurément la première femme qui eut des mouchoirs coûtant jusqu'à 1 200 francs pièce.
AUX PHILIPPINES LES FIANCÉS DOIVENT SAVOIR
MONTER AUX ARBRES
Les Américains sont certes bien originaux mais leurs sujets des Philippines, les Negritos de l'île Mindanao le sont encore plus.
Quand deux naturels de cette île veulent se marier leurs parents et mais se mettent à la recherche de deux jeunes palmiers bien droits, à écosse lisse, de même taille et assez rapprochés l'un de l'autre. Les ayants trouvés ils font part de leur découverte aux fiancés qui, le jour du mariage se rendent, suivis de tous les invités au pied des deux arbres. Le futur époux et la future épouse se mettent à grimper chacun sur son palmier
Arrivé au faite, le jeune homme étend le bras pour saisir la cime de l'autre arbre et pour le ramener vers lui. Cette gymnastique dure jusqu'à ce qu'il puisse de son front toucher le front de sa fiancée qui, de son côté, fait tous ses efforts pour faciliter le doux contact.
Alors le plus notable des invités déclare très solennellement que « le mariage est conclu ».
Nous signalons particulièrement ce mode de contrat qui trouvent le mariage civil trop banal et qui cherchent à rehausser l'éclat de cette cérémonie.
Cette ascension est plus pittoresque assurément que la traditionnelle lecture du Code. D'ailleurs vote coutume ne permet le mariage qu'aux fiancés agiles et vigoureux ; avantage appréciable pour l'avenue de la race.
MONTRE-MOI TA MAIN DROITE ET JE TE DIRAI TON MÉTIER
Chaque métier, chaque profession détermine une déformation caractéristique de la main.
La main du pianiste présente de très léger épaississements sur le bord externe de l'extrémité du pouce et du l'auriculaire ainsi que sur l'extrémité des trois autres doigts. On y trouve aussi l'écaillure des ongles occasionnés par le choc sur les touches du piano.
La main de la buraliste ou de la demoiselle de comptoir présente des durillons caractéristiques.
Encore plus celle du découpeur sur métaux, du ciseleur, du raboteur de parquets, du passementier, du peintre en bâtiment, du sculpteur, du tonnelier etc.
Celle du teinturier, malgré tout les lavages, conserve encore sous l'épiderme un coloris indélébile.
La main de l'écrivain, du dessinateur, de l'architecte, se reconnaît au léger épaississement de la peau, de la pression du crayon ou de la plume occasionne au médius droit. Ce signe est corroboré par une rugosité que l'accouchement provoque au coude gauche.
Le raffineur à des durillons et des ecchymoses à la clavicule gauche. Le typographe lui-même a un petit durillon caractéristique qu'il gagne en liant les paquets de caractères.
UN SERPENT QUI REMPLACE LES CHATS
Un serpent qui répond au nom bizarre « Giboya » et vit principalement au Brésil, se fait remarquer par la haine féroce qu'il professe contre les rats, les souris et autre rongeurs de toute sorte. Il les chasse la nuit, les poursuit, les guette et d'un saut leur broie la tête pour faire ensuite de leur cervelle un succulent repas.
Or, on a songé à utiliser la ratophobie du « Giboya » et sur les marchés de Rio-Janeiro on en vend couramment — cent sous pièce — pour remplir dans les maisons l'office du chat.
C'est parait-il un animal très doux parfaitement inoffensif et même capable d'attachement pour sa maison et pour ses maîtres. D'ailleurs il dort presque tout le jour lové dans un coin et ne se réveille que pour ses expéditions nocturnes.
Si les reptiles se mettent ainsi à leur faire concurrence que vont devenir les chats ?... Tout au plus continueront-ils à remplacer les lapins dans nos gibelottes. Triste destiné pour ces gracieux animaux dont les allures pittoresques et égoïsme presque humain inspirèrent de si jolies pages à Théophile Gautier.
Mais rassurons-nous, leur déchéance n'est pas encore venue et beaucoup de gens hésiteront à introduire un serpent dans leur vie et dans leur appartement privé.
L'EMPEREUR GUILLAUME II N'EST PAS UN PÈRE PRODIGUE
La princesse Victoria-Louise fille de l’empereur Guillaume avait commandé à sa couturière un charmant costume tailleur.
La robe très réussie, fut fort admirée par la princesse. Seuls les boutons ne lui parurent pas dignes d'accompagner une aussi jolie toilette. La couturière proposa de les remplacer par d'autres qu'elle montra à la jeune princesse et dont chacun coûtait 1.25 F.
Ce prix sembla trop élevé à l'impériale jeune cliente qui déclara qu'elle voulait d'abord demandé à « papa » Le soir la couturière revint pur connaître la décision paternelle. Voici ce qui répondit la princesse.
— « Papa » ne me permet pas de prendre ces boutons ; il les trouve trop cher et dis que je ne dois pas être gaspilleuse.
Et la petite princesse dut porter la jolie robe avec les vilains boutons.
REVUE NOS LOISIRS DU 12 JUILLET 1908