LA FEMME D'UN MINISTRE
LA FEMME D'UN MINISTRE
FAIT ELLE-MEME SA LESSIVE
Un simple ouvrier devenu ministre d'un
grand pays. Voilà une destinée qui montre clairement ce que peuvent réaliser l'énergie et la volonté au service d'une intelligence précise et vigoureuse. La vie de John Burns, ministre des
travaux public en Angleterre est un magnifique enseignement pour tous ceux qui doute de l'existence et qui sont découragés par la médiocrité de leur situation.
John Burns était à l'âge de dix ans apprenti dans une fabrique de bougies.
Par son endurance, sa volonté, son labeur, il est arrivé à la haute situation qu'il occupe aujourd'hui. Lorsqu'il qu'il fut nommé ministre, il demanda au roi Édouard VII un entretien particulier. Il désirait d'être dispensé de porter l'habit de cérémonie orné de dentelles d'or. Mais le roi fut inflexible. Jamais aucun ministre n'avait présenté semblable requête ; il ne pouvait être fait d'exception. Force fut à John Burns de se soumettre à cette vieille coutume, afin de pouvoir servir utilement son pays.
La vie du ministre anglais fut traversée de difficultés innombrables. En 1896, John Burns disait à un ami dans une crise de découragement : « J'ai fait mon testament, je laisse à ma femme toute mon affection, à mon fils uns constitution solide et à mon pays toutes mes dettes »
John Burns gagnait alors 250 francs par mois. Il touche maintenant un traitement de 125 000 francs par an.
Et dans cette vie de travail et de volonté, le côté romanesque ne manque pas non plus. C'est au cours d'une grande manifestation organisée par le Labour Parti (parti du Travail) que John Burns fit la connaissance de celle qui devait être sa femme.
La police avait résolu d'empêcher la manifestation et d'empêcher John Burns de parler à la foule. Le tribun employé pour prononcer quand même son discours une ruse amusante et courageuse. Il se fit attacher avec des chaînes, solidement liées aux grilles du parc. Pour l'emmener les agents durent couper les chaînes. Mais pendant ce temps, John Burns eu le temps de parler.
Une jeune fille miss Carhlote Gale, éprouva une vive admiration pour le courage, l'intelligence et le sang froid déployés par John Burns et s'en éprit immédiatement.
Le mariage eut lieu quelques mois après.
Le roi Édouard VII a tenu à recevoir à la cour mistress Burns, avec le même cérémonial que les ladies les lus huppées. Il paraît que les dames de la cour ont esquissé force grimaces devant la ministresse prolétarienne.
Toutefois lady Haversham qqui se pique de socialisme, voulant montrer qu'elle ne s'embarrasse pas de préjugés aristocratiques, écrivit un jour à mistress Burns le billet suivant :
« Chère mistress Burns,
« Je serai très heureuse de vous voir chez moi. Excusez-moi de ne pas aller moi-même jusqu'à vous Battersea est si loin de Grosvenor-Square. Battersea est un faubourg ouvrier; Grosvenor-Square le quartier le plus chic de Londres. »
Par courrier, mistress Burns répondit :
« Chère lady Haversham,
« Je viens de constater sur la carte que la distance de Grosvenor-Square à Battersea est exactement la même que celle de Battersea à Grosvenor-Square »
Le roi s'est fort diverti de cette amusante boutade.
Mrs Burns a gardé malgré la forte situation de son mari les habitudes les plus simples. Notre photographie la montre étendant elle-même son linge à la campagne.
Le frère de John Burns est le fameux boxeur Tommy Burns ; le ministre lui-même est très connue comme un excellent amateur de boxe. Ce sont deux « lutteurs » tous les deux.
REVUE NOS LOISIRS DU 2 AOUT 1908
