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L'ARMADA AMERCAINE BOUCLE UN BOUT DU MONDE

22 Décembre 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

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L'ARMADA AMERICAINE BOUCLE UN

BOUT DU MONDE

Punta-Arenas et le detroit de Magellan

 

L'ARMADA 01

Le détroit de Magellan qui met en communication à l'extrême pointe sud du continent américain, les océans Atlantique et pacifique, vient d'être franchi par l'escadre américaine — dans le médaillon un cacique araucan appartenant aux rares tribus indiennes qui habitent la terre de feu


 

On peut considérer que la croisière actuelle de l'Armada Américaine est avec celle que fit jadis la flotte russe, une des plus longues que les flottes modernes aient accomplies.

C'est un merveilleux pittoresque voyage que fait l'Armada, surtout à partir de Punta-Arenas, la dernière ville du monde, à l'entrée du détroit de Magellan. Perdue au bout du continent sud-américain, Punta-Arenas dernière ville du Chili, chef-lieu du territoire de Magallanes, compte 1 500 à 2 000 habitants, elle est l'escale obligée pour tous les navires allant de l'Atlantique au Pacifique.

La ville s'étale au pied des derniers sursauts des Cordillières et borde la mer. Elle reçoit les vents du Sud, aussi son climat est-il rude l'hiver. La mer qui y est resserrée entre les îles voisines, y maltraite souvent les navires qui s'y arrêtent en cette saison.

Triste est le paysage, quelques arbres bas et grêles couvrent les collines, le sol est pourtant verdoyant des fougères et des mousses qui le couvrent. On élève dans le pays, du bétail et surtout des moutons. Les trappeurs et les habitants de ma Terre de Feu viennent vendre à Punta-Arenas les fourrures produit de leurs chasses.

 

L-ARMADA-02.jpeg

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La calle del fueto, a funta-arenas est la rue principale de la ville, allant à la place d'armes au port. Elle offre un aspect de grande ville qu'on ne s'attend guère à trouver dans ce coin perdu du monde

 

Malgré son été très court et son long et dur hiver, Punta-Arenas est cependant une ville vivante. L'hiver on y pratique tous les sports des pays de neige et de glace. Il y a un cercle de patinage très fréquenté. L'été sur la Plaza de Armas, la musique de la Policia joue tous les jours.

L'étranger surtout le Français qui fait escale dans cette ville, y est fort bien reçu par la population qui est très aimable et très hospitalière. Je ne sais quels seront les sentiments manifestés par les habitants de Punta-Arenas aux navires américains du Nord, mais lors de mon passage dans cette ville, au moment de la guerre russo-japonaise, toutes les sympathies de la population étaient aux Japonais et ces sympathiques allaient même jusqu'à l'enthousiasme le plus délirant. Il en sera peut-être de même, demain, pour les Américains du Nord, car le tempérament du chilien est tout en surface, il manifeste ses sentiments avec abondance et exagération, aidé par la somptueuse langue castillane. Mais ce qui attend surtout les marins de l'Armada, c'est le spectacle inoubliable qui s'offrira à leurs yeux lorsqu'ils gagneront dans le détroit de Magellan. Rien de plus grandiose, de plus sublime que le panorama qui se déroule aux yeux du passager.

Le détroit s'encaisse entre les monts et les glaciers qui s'élèvent majestueux et terribles dans le ciel si pur du Chili, couronnés de leurs neiges éternelles. Pas un humain ! pas une barque ou pirogue. Un silence profond enveloppe ce prestigieux spectacle. Pas de place, les roches émergent du flot et s'élancent vers la nue. A mesure qu'on avance, le détroit se resserre cinq cent mètres à peine séparent les deux rives. A l'abri des vents, le flot dort, le navire glisse doucement, laissant un long sillage où se vrille sans fin son hélice ralentie.

La nature en ne laissant que cet étroit couloir entre les monts énormes, semble avoir voulu préparer le passager dans un crescendo d'enthousiasme et d'admiration à un spectacle plus magnifique encore.

Tout à coup au détour d'un Cerro couvert de mousses et de fougères géantes, le navire débouche au milieu d'un cirque immense dont les gradins sont formés par les monts qui s'étagent les uns derrière les autres.

La mer miroitante reflète leurs cimes neigeuses en mille tons. La gamme des couleurs est infinie ; c'est une débauche exquise d'horizons superposés, roses, violet dont les derniers se fondent dans l'azur du ciel. A quelque endroit que se porte le regard, tout est beau.

Puis ce sera le Cabo Pilar, rocher sinistre, tourné en éperon vers la mer, semblant attendre le malheureux paquebot pris dans le brouillard où la tempête de neige et malheur si le peu pacifique océan le pousse vers lui, le brutal broiera férocement !

Le Cap Pilar donnera à réfléchir aux marins et aux hommes de guerre américains. Plus d'un amiral ou capitaine de vaisseau pensera tout bas en sortant de la solitude sublime du détroit de Magellan que si le « petit jap » s'était trouvé là la porte, la splendid' Amada ne serait pas arrivée sans peine jusqu'à San Francisco...

Mais point n'est ainsi et le prestigieux voyage se continuera sous un ciel de plus en plus bleu, de plus en plus pur en remontant le pacifique vers le Nord et la dentelle des monts de la Cordillère des Andes répétera de ces échos les « hurras » des petits marins de l'oncle Sam.

REVUE NOS LOISIRS DU 23 FÉVRIER 1908

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